A1NNUAIRE L'INSTITUT DBS PROVINCES. ; ANNUAIRE DE L'INSTITDT DES PROVINCES DES CONGRES SCIENTIFIQUES. 18S2. PARIS , DERACHE , RUE DU BOULOY , 7 ; DUMOULIN , QUAI DES AUGUSTINS ; CAEN , A. HARDEL , RUE FROIDE , 2 ; ROUEN, LEBRUMENT, QUAI DE PARIS. NANCY, M me . GONNEJL- ?'/!< gaa i/ .. COUP-D'E L'INSTITUT DBS PROVINCES. v etre employee avec avantage pour ce genre d'iconographie COUPE D'UIVE FALAISE L1TTORALE COMPOSES DE TROIS DEPOTS. ACCIDENTS PRODUITS PAR LES ORES SCHISTEUX. aussi Men que pour la reproduction des etres organises iossiles. COUP-D'OBIL SUE LES TRIVAUX DE L'INSTITUT DBS PROVINCES. vn L'etude du terrain superficiel appliquee a 1 'agriculture a donne lieu de repandre aussi de nouvelles instruc- tions sur les cartes agronomiques que Tlnstitut des pro- vinces a prises sous son patronage , et une seance toute speciale a eu lieu a Nevers , au mois de juin. M, Avril , president de la Societe d'agriculture , a fait, avec ses con- freres, une carte agronomique tres-detaillee de 1'un des cantons de la Nievre : ce travail important sera, plus tard t etendu a tout le departement. La Societe fera bien de pro- c6der ainsi par canton. Un canton n'est pas tellement etendu qu'on ne puisse , dans un temps donn6 , en terminer la carte et la statis- tique , et c'est deja beaucoup que d'avoir determine la na- ture et 1'etendue des different es terres arables d'une pareille circonscription. Le systeme de notation figurative adopte dans la session du Congres des del^gues pour les cartes monumentales a ete recommande aux archeologues et aux Societes archeo- logiques ; le tableau des sigDes adoptes sur la proposition de M. Victor Petit, leur a ete envoye. M. de Caumont a fait , au nom de 1'Institut , un nouvel appel aux explora- teurs pour les determiner a lever des plans de toutes les constructions romaines , de toutes les villx , de tous les vestiges anciens , afin de completer autant que possible la carte antique de la Gaule romaine : les materiaux abon- dent ; chaque jour les grands travaux publics amenent quelque decouverte ; encore quelques efforts et la geogra- phie de la Gaule sera faite. Deja Tlnstitut a regu a ce sujet des communications et des memoires impor- tants. M. Victor Petit prepare un travail considerable sur les voies romaines de 1'Yonne ; M. de Caumont a reuni des TIII COUP D OEIL SUR LES TRAVAT7X :x:i i^i DE L'INSTITUT DES PROVINCES. ii plans compares de plus de quatre-vingt villas ou maisons de campagne gallo-romaines. SEANCES DE I/INSTITUT. Le Congres des delegues des Societes savantes des de- partements , convoque au Luxembourg , a 6t plus im- portant en 1851 que 1'annee precedente , et il prendra naturellementplusd'importanced'annee en annee. Dans la stance publique tenue a Orleans pendant la session du Congres scientifique de France, 1'Institut a en- tendu des rapports du plus haut inter&t. M. le docteur Roux , de Marseille , en a fait sur 1'etat du Sud-Est de la France. M. le comte de Mellet, sur l'6tat de 1'Est et du Nord de la France. M. Le Gall , de Rennes , sur la region du Nord-Ouest, M. 1'abbe Auber , de Poitiers , sur la region de 1'Ouest M. Ch. Des Moulins , de Bordeaux^ sur la region du Sud-Ouest. M. Tabb6 Blatairou , de Bordeaux , a fait aussi une communication sur 1'etat de l'instruction dans le Sud- Est. M. deCussy alu une notice tres-inte'ressante sur le tunnel en fer que 1'on a construit en Angleterre pour reunir 1'ile d'Anglesey au pays de Galles. La seance a dure pres de quatre heures et a ete des mieux remplies. Independamment de ses seances generales , la Compagnie a tenu des seances divisionnaires a Bordeaux , au Mans , a Nevers, a Caen. Ces seances se multiplieront par la suite, X COUP-I>'OEIL SUR LES TRAVATTX quand 1' organisation des sous-directeurs provinciaux sera complete. OUTRAGES RtiCOMMANDES. L'Institut a toujours ete tres-sobre d'approbation d'ou- vrages destines a 1'enseignement public, et cette annee ii n'en a recommaude qu'un, quoique plusieurs petits traites assez bons eussent ete adresses , entr'autres , tout re- cemment le Traitd d' agriculture pratique de M. Rey, president de la Societe d'Autun , qui a ete confie a un rapporteur. Des traites d' agriculture appliques a chaque partie de la France, a chaque departement si Ton veut, seiraient chose excellente et que 1'Institut n'a cesse de demander. M. de Yigneral a donne sous ce rapport un excellent exemple, dans son traite d'agriculture , applique particulierement au canton de Briouse et que 1'Association normande a cite honorablement 1' annee derniere. L'ouvrage approuve cette annee est le second volume de VAbecedaire d } archeologie :le premier volume a obtenu un grand succes. Le second ne saurait e"tre moins bien accueilli. II traite de 1' architecture civile et de Tarehitecture militaire au moyen age ; de nombreuses gravures sur bois sont, dans ce volume comme dans le precedent , intercalees dans le texte , qui , par sa simplicite et sa forrne ,. continue de justifier le titre adopte pour ce rudiment d'archeo- logie. Ce sujet traite pour la premiere fois par M. de Caumont dans le 5 e . volume de son Cours d'antiquites, n'avait pas occupe les archeologues depuis cette epoque. II appartenait a M. de Caumont de perfectionner son oauvre, ce qu'il a fait dans Je volume auquel 1'Institut a donne sa haute approbation. T ffl h XII OOUP-D'OEIL SUR LES TRAVAUX DE L'INSTITXJT DES PROVINCES. fciii ORGANISATION DES SOCIETES SAVANTES. L'Institut continue les negotiations entamees pour 1'eta- blissement de nouvelles associations regionales ; il avive- ment engage M. de Buzonniere a persister dans la tache qu'il a entreprise relativement a 1'organisation de Vasso- ciation region ale du Centre , fondee 1'annee derniere pour les departements du Loiret , de la Marne , du Cher , de Loir-et-Cher et de 1'Allier. La Compagnie dirige autant que possible les Congres regionaux qui se sont multiplies depuis quelques annees, et elle est parvenue a leur imprimer une marche a peu pres uniforme. Enfin , et ceci est d'une importance tres-grande, elle a examine quelles sont les Societes savantes de France qui ont le mieux rempli leur mission , celles dont le cadre de travaux est le mieux trace' , et se propose de les signaler aux autres comme des modeles a imiter. La Societe du Puy a paru tres-bien remplir 1'objet que doit se proposer une societe departementale embrassant toutes les etudes auxquelles on pent se livrer en province, et, sous ce rapport , le volume qu'elle a publie en 1850 doit tre distingue. Les Societes qui s'occupent d'une specialite d6terminee se font toutes remarquer par une excellente direction et des travaux utiles ; il serait difficile , par exemple , de de- terminer laquelle a le mieux merite des Societes des Anti- quaires de Normandie , du Midi de la France , de Picardie , du Poitou ou de 1'Orleanais. Les Societes archeologiques qui ont adopte une circonscription moins 6tendue que les precedentes , telles que celles de Sens et d'Autun , ont aussi une excellente methode. L'Institut a vu arec plaisir cette annee le programme adopte par les Societes archeo- logiques de la Nievre et du Cher. xiv COUP-D'OEIL SUR &ES TRAVA.D La Societ6 frangaise pour la conservation des monu- ments est toujours hors ligne et a la t6te du mouvement archeologique en France. Le Bulletin monumental illustre qu'elle publie est par- venu au 18 e . volume , et toujours parfaitement nourri de memoires pleins d'interet. L'Institut a remarque et si- gnale sous ce rapport deux memoires : Tun de M. Bor- deaux ; intitule : Principes d'archeologie pratique appliquds a I'entretien , la decoration et I'ameublement artistique des eglises ; 1'autre de M. 1'abbe Auber , sous le titre de : Instructions sur la restauration f I'entretien et la decoration des eglises. Ces deux memoires devront plus tard , taut ils sont interessants et utiles , etre reimprimes et tires a grand nombre. Les Societes qui ont pour objet special les sciences na- turelles sont bien moins actives que les Societes archeolo- giques , ce qui tient sans doute a la difficulte de faire du nouveau en botanique , en zoologie et dans les autres branches des sciences naturelles : Tlnslitut des provinces voit avec regret cet affaiblissement des etudes qui , il y a vingt ans , avaient dans nos departemects beaucoup plus d'adeptes : ce serait une grande erreur que de croire qu'il n'y a plus rien a faire. Quand on considere les importantes observations geologiques et botaniques de M. Le Coq sur TAuvergne et le Centre de la France, celles de M. Thur- mann sur le Porentruy et Farrondissement de Pontarlier , celles de M. Charles Des Moulins sur le Sud -Quest; quand on voit, en paleontologie, Timmense quantite d'objets nou veaux recueillis dans un rayon tres-limite par M. Eudes- Deslongchamps, on peut dire que la mine n'est pas epuisee et que , sous certains rapports , elle est a peine efileuree. La Societe linneenne de Normandie , celle de Bordeaux # la Societe d'histoire naturelle de Strasbourg', sont des So- BE I/INSTITUT DBS PROVINCES. XV cietes speciales que 1'Institut a signalees comme ayant bien merite de la science. Parmi les Societes speciales , il faut citer comme une des plus laborieuses la Societe de statistique des Bouches-du- Rh6ne , habilement dirigee depuis long-temps par le doc- teur Roux , de Marseille. L'Institut a recu dernieremenl de cette compagnie un tableau dans les colonnes duquel viendront se ranger tous les documents statistiques qu'il importe de recueillir; des modifications pourront seulement y etre apportees suivant les pays auxquels on voudra 1'ap- pliquer. Les Societes d'agriculture marchent bien ; 1'Institut n'a eu que des eloges a leur adresser. Sur tous les points de la France elles ont donne 1'impul- sion depuis quinze ans. Plus de trois cents Societes agri- coles ou cornices pourraient tre honorablement mention- nees. Vous avez applaudi sincerement a leurs efforts , soit dans les Congres , soit dans les grandes reunions ou vous vous e" tes fait representer. S'il y a beaucoup a faire encore, il est certain que les Societes agricoles ont fait enormement depuis quelque temps. L'Institut a porte particulierement son attention sur les publications agricoles periodiques. Aucune ne sert a relier ensemble ces nombreux cornices , qui vivent a peu pres ignores les uns des autres. Nous ne voyons pas que les recueils agricoles qui se publient songent a combler cette lacune ; ils recoivent avec indifference les compte-rendus qu'on leur adresse, ne les impriment pas et ce sont les journaux politiques qui les font connaitre le plus souvent. Ceci est un mal qui tient au personnel de la redaction des revues agricoles. Ces re- dacteurs se preoccupent beaucoup moins des efforts que Ton fait dans les departements que de constater des re- xvi COUP-D^OEIL SUR LES sultats ou d'ecrire des articles theoriques ; il serait utile de creer un recueil nouveau destine a donnerun apercu des travaux des trois cents cornices de France. Ce recueil r6ussirait certainement , car il aurait un grand nombre d'abonnes s'il etaitredige comme nous le comprenons. Si chaque societe agricole savait , par le recueil dont on parle ici , ce que font partout les societes similaires , on obtiendrait une emulation nouvelle. On pourrait imiter ce que fait de bien tel cornice , et il est facile de prevoir les excellents effets que produirait cette espece de Moniteur des societes d'agriculture. Ajoutons que ce moniteur ne s'occuperait pas seulement des travaux des societes , qu'il pourrait faire connaitre les ameliorations effectuees par les particuliers dans les differentes contrees, proposer ainsi des exemples a la judicieuse appreciation des lecteurs. Ce journal , les petits traites d'agriculture rediges pour chaque contree sont , avec les conferences agricoles dans les campagnes et Penseignemcnt officiel , les plus puissants moyens qui puissent e" tre mis en oeuvre pour faire progresser Tagriculture. L'Institut porte un intere"t tout particulier a la silvicul- ture, au reboisement et a Pacclimatation des nouvelles es- sences resineuses ; il a charge M. de Cautnont de visiter les belles plantations de M. le marquis de Vibraye , ce qu'il a fait au mois de juin dernier. M. de Cussy a, de son c6te , visite les pares anglais et le magnifique etablissement du due de Devonshire en An- gleterre. II a fait un rapport sur cette exploration. Parmi les Societes qui n'ont pas pour objet unique This- toire naturelle ou Tagriculture , nous citerons la Societe des sciences naturelles de 1'Yonne , la Societe de Chalons- sur-Marne , la Societe des sciences et arts de Lille , celle de Douai , la Societe academique de Nantes , celles du DE L'INSTITUT DES PROVINCES. rvif Mans et d'Angers , la Societe d'emulation de Lisieux f celle de 1'Eure , les Societes d' Abbeville, d'Orleans, de Besanc.on, de Lyon, de Grenoble, de Marseille, Toulouse, deNimes et beaucoup d'autres qui ont publie de bons me- moires sur les sciences physiques et naturelles, 1'histoire, 1'archeologie. Les academies de Caen, de Rouen , de Lyon, de Mar- seille, de Toulouse, soutiennentleurvielle reputation; leurs membres sont choisis parmi les hommes les plus honorables et les plus eminents du pays. Mais toutes les academies , me*me les plus anciennes et les plus illustres , auraient des changements a introduire dans leur regime , si elles voulaient conserver quelqu'influence sur 1'esprit public : la pensee de 1'Institut a deja ete exprimee a ce sujet dans un precedent annuaire , on y reviendra dans un article special. EXPOSITIONS PROVINCIAJLES. L'Institut des provinces a pris sous son patronage toutes les expositions departementales. L'expositipn qui a eu lieu a Orleans a 1'occasion du Congres , n'a pu etre aussi conside- rable que I'lnstitutravaitdemande. Cependant elle a offert un grand interet : au lieu d'embrasser les arts,l'industrie et 1'agriculture de la region du Centre de la France comme celle qu'avait provoquee et organiseel'Institut des provinces a Bourges en 1849 (1) , elle n'a pu s'etendre qu'aux arts , a 1'agriculture et Thorticulture. L'exposition des arts occupait cinq grands salons del'hotel-de-ville, et 1'expositionhorticole etait disposee avec gout dans la grande nalle aux grains. L'Institut a approuve et encourage de tout son pouvoir (1) On salt combien M. le baron de Girardot contribua par son dvouement et son infatigable activite au succs de cette intressante exhibition. XVIII COUP-D OEIL SUR LES TRAVAUX 1'exposition des produits de 1'industrie, de 1'agriculture et des arts qui a eu lieu a Chalons , et des qu'il a 6te informe du projet, il a nomm6 M. le comte de Mellet commmatre- gendral pres de cette exposition et charge M. de Barthe- lemy, inspecteur des monuments historiques, de faire un rapport special sur la partie artistique de I'exhibition. II requite des renseignements qui sont parvenus a la compagnie que 1'exposition de Chdlons n'a point ete re- gionale, mais seulement departementale. La ville de Chalons est pourtant tres-bien placee pour une exposition regionale et bientot elle sera par son chemin de fer a quelques heures de Metz , de Nancy , de Stras- bourg et de toutes les autres villes de Test , alors elle pourra realiser le projet d'une exposition regionale pour Test de la France. Ce qu'elle a fait cette annee ne doit &tre consid6r6 que comme un ballon d'essai. EXPOSITION DE LONDRES. L'Institut avait charge M. de Caumont , conjointement avec M. le vicomte de Cussy etM. Le Coq, de Clermont, de visiter Texposition de Londres; M. de Caumont s'est rendu dans cette ville au commencement d'aout pour s'ac- quitter de cette mission. M. Le Coq n'a pu faire le voyage ; M. le vicomte de Cussy, au contraire, est reste quatre mois en Angleterre, et il a vu avec le plus grand soin tout ce que renfermait le magnifique bazar uiiiversel. II a ete charge du rapport. Les commissaires ont vu avec plaisir figurer a Lon- dres des produits auxquels 1'Institut des provinces avait ac- cordedes recompenses Tannee derniere, et une des mMailles d6cernees par suite de 1'exposition regionale de 1'Ouest , en 1850 , figurait dans le cadre honorifique d'un de nos industriels , qui avait envoye a Londres une belle collec- tion de ses produits. PE L'INSTITUT DBS PROVINCES. xn SEANCE DE I/INSTITUT AU MANS. (Presidence de M. Ch. DROUET, membre de I'lnstitut des provinces, charg^ de Tadministration de la province du Maine. ) Comme on Ta vu dans 1' article precedent , les membres de I'lnstitut des provinces se sont reunis dans plusieurs villes ; nous ne pouvons publier les divers proces-verbaux auxquels ont donne lieu ces reunions. Le proces-verbal de la seance tenue au Mans sera le seul reproduit ici , parce quec'est le plus court et qu'ilsuffira pour montrer quelle a ete la direction donnee a ces especes d'assises scientifiques de I'lnstitut des provinces. Au bureau siegent : MM. de Caumont, directeur-general de I'lnstitut ; de Surigny , del'Academie deMacon; 1'abbe Lottin, chanoine ; Ed. Gueranger, president de la Societe academique de la Sarthe ; Etoc-Demazy , ancien secretaire- general de I'lnstitut des provinces. L'abbe Voisin remplit les fonctions de secretaire. M. le President. ouvre la seance par un discours concis ou il remercie M. de Caumont d'avoir accord6 au Mans la faveur insigne de sa presence , et ou il le prie de venir plus souvent encourager par ses exhortations les travaux scientifiques dans le Maine. II paie un juste tribut de regrets a la memoire de M. Ch. Richelet. M, le directeur-general , au nom de I'lnstitut qu'il repre- sente , felicite , de son c6t6 , M. Ch. Drouet de son grand devouement et de ses importants travaux. La premiere question posee par M. le directeur-general est relative a la confection des cartes agronomiques. Aucun travail de ce genre n'a ete entrepris dans le departement; XX COUP-T>'OEIL SUR LES TRA.VAUX mais M. Ed. Gueranger, president de la Societe d' agri- culture , espere que la nouvelle direction donnee aux cornices agricoles permettra de s'en occuper serieusement. Ce sera d'autant plus facile, reprend M. 1'abbe Voisin, que M. Triger vient de terminer la publication du trace de sa carte geologique, et qu'il est desormais facile d'en faire une carte agronomique et me" me une carte archeologique. M. de Caumont proclame hautement la vive satisfaction qu'il eprouve de voir enfin paraitre cette carte attendue depuis si long- temps , et engage les membres de la com- pagnie a faire ressortir toute 1'importance d'une telle entre- prise. M. 1'abbe Voisin expose son dessein de convertir en carte archeologique 1'exemplaire qu'il met sous les yeux de 1'assemblee , et cela conformement aux indications adoptees dernierement par la Societe franchise d'apres le rapport fait au Congres des academies. Par une seconde question , M. le directeur-general de- mande quel mouvement scientifique s'est oper6 depuis quelques annees dans le departement de la Sarthe , et s'empresse de feliciter tout d'abord M. Ed. Gueranger d'avoir termine ses lecons de chimie appliquee a 1'agri culture : Ce travail, Monsieur, dit M. de Caumont, est remarquable, comme le sont d'ailleurs toutes vos productions ; nous sommes heureux de trouver aujourd'hui 1'occasion favorable de le proclamer. Relativement aux sciences agricoles et specialement aux irrigations, M. Ed. Gueranger fait connaitre que la commission nominee depuis quelques annees par M. le prefet a reussi dans ses entreprises au-dela de ses esperances. Plusieurs cantons du departement se sont ameliores deja d'une maniere tres-notable , sous le rap- port des fourrages ; mais si les irrigations ont eu un plein DE L'INSTITUT DES PROVINCES. xxi succes , aucun essai n'a encore ete tente pour le drainage des terrains mouilles. Cependant la commission dont il est ici question , vient de faire un achat de tuyaux , fabriques a Alengon ; elle les distribue gratis. Deux fabriques de ces tuyaux sont sur le point de s'eta- blir dans notre departement. M. de Caumont recommande d'une maniere speciale les travaux de drainage ; il s'informe ensuite ou en sont les etudes sur les moeurs des poissons, et particulierement sur les essais de fecondation artificielle des truites. Aucun de ces essais n'a ete fait parmi nous , dit M. Ed. Gueranger ; d'ailleurs 1'ichtyologie est tres- negligee dans ce departement. Plusieurs de nos rivieres, la Sarthe et la Vegre nommement, voient leur faune diminuer sensiblement chaque annee , par suite du rouissage des chanvres, dont la culture augmente considerablement. M. Ed. Gueranger ajoute qu'a son avis , en dehors des difficultes materielles que rencontreront les pisciculteurs, la constitution geologique du sol ou coulent les rivieres , la composition chimique de leurs eaux, 1'etat de plantation ou de denudation des rives sont autant de causes qui doivent iiifluer sur la distribution des especes de poissoas dans nos rivieres et qui devront apporter des obstacles a 1'acclimatation par voie de fecondation artificielle. Tel poisson qui reussit sur un fond calcaire pourra bien ne pas prosperer sur un fond argileux; de me"me celui qui recherche une eau rechauffee par les rayons du soleil souffrira dans une riviere ombragee. Pour ce qui regarde la composition chimique des eaux , il est difficile d'appre- cier son influence qui pourtant doit 6tre considerable ; cette partie de la question sera sans doute 1'objet des etudes speciales des naturalistes qui s'occupent de pisciculture. Le meme membre fait observer a Tappui de son opinion XXII COUP-D OEIL SUR LES TRAVAUX que les deux rivieres principales qui arrosent le depar- tement de la Sarthe n'ont pas une faune tout-a-fait identique , certaines especes de poissons se trouvent plus particulierement dans Tune que dans 1'autre. Or, 1'Huisne a sa source et coule presque constamment sur un terrain crayeux , tandis que la Sarthe qui prend naissance an sein d'une formation contraire, roule ses eaux, presque jusqu'a son confluent avec 1'Huisne , tant6t sur des roches granitiques plus ou moins decomposees , tant6t sur des petrosilex ou des porphyres. II en resulte que les eaux de ces deux rivieres ont une composition chimique bien differente. A 1'occasion de Fanalyse de ces eaux, M. Gueranger demande la permission de s'ecarter un moment de la question pour faire remarquer que celle de la Sarthe ren- ferme de la potasse et un peu d'oxide de fer ; la decouverte de cette derniere substance tres-insignifiante relativement a sa quantite , est cependant venue donner a nos blan- chisseurs industriels la cause de la preference legitime qu'ils ont constamment accordee a la riviere de 1'Huisne pour retablissement de leurs usines. Revenanl a la pisciculture , M. Gueranger resume ainsi sa pensee : 1*. La nature du milieu dans lequel les poissons sont destines a parcourir les differentes periodes de leur existence doit exercer sur eux , suivant les especes , une influence salutaire ou pernicieuse ; 2. La modification de ce milieu pour ce qui a rapport aux rivieres n'est pas prati cable. M. de Caumont declare que , pour sa part , il n'a point reussi. II entre dans des details curieux relativement a la reproduction de la Vandaise dans les eaux de la Dive ; M. Drouet fournit plusieurs observations sur la viviparite BE L'INSTITUT DES PROVINCES. xxm des anguilles , et sur leur faculte de parcourir , par terre 7 des distances assez considerables pour se rendre dans un autre cours d'eau. Une question est adressee ensuite a M. le docteur Etoc- Demazy sur le mouvement ascendant de 1'alienation men- tale. M. Etoc constate que ce mouvement ascendant est si reel que Fasile d'Alengon contient deja 200 alien 6s, et que celui du Mans est oblige de s'agrandir dans une proportion assez considerable. Les causes , il croit les trouver particulierement dans le developpement plus grand des idees ambitieuses, des preoccupations politiques, des embarras dans les affaires commerciales : en sorte , dit-il, que les dieux , les rois , les presidents augmentent chaque jour de nombre a 1'asile de la Sarthe. La mortalite se fait sentir plus sur les hommes alienes que sur les fernmes ; mais le nombre parait etre le me" me pour les alienes des deux sexes. Aux questions sur les sciences historiques, M. Tabbe Lottin repond que la premiere partie du volume qu'il publie au nom de 1'Institut des Provinces, contient deja 722 chartes et environ 400 pages ; il se propose d'editer la seconde partie du cartulaire , dont la bibliotheque du Mans possede une copie. De son cote , M. I'abb6 Voisin repond que la continuation du Gallia Christiana se pour- suit, et plus il avance dans ce travail , plus il comprend la necessite d'opposer des documents historiques incon testables aux assertions fort erronees des auteurs mo- dernes. M. 1'abbe Voisin est sur le point de terminer, en outre, la publication du premier volume de son his- toire du departement de la Sarthe. M. Drouet a fait imprimer un volume in-8. sur les travaux de la Societe fran^aise dans la subdivision du Mans ; il est a desirer xxiv COUP-D'OEIL SUR LES TRAVAUX vivement, dit M. de Caumont, que ce bon exemple soit partout encourage et imite. Relativement aux etudes geologiques dans le departe- ment de la Sarthe , M. Gueranger reniarque qu'elles sont en progres. La nature et la circonscription des differents terrains commencent a &tre connues avec plus de certitude et plus de detail ; plusieurs collections de ibssiles se for- ment ou se completent a tel point que notre musee du Mans, si riche en ce genre, se trouve dejadepasse, quant aux especes departemen tales , par certaines collections particulieres au nombre desquelles on peut citer speciale- ment cellede M. I'abbe Davoust, cure d'Anieres. Nos gres- verts du Mans, de St. -Calais , de Coudrecieux ., etage cenomanien de M. Dorbigny , sont assez bien connus ; ceux de Ballon, de Savigne, de Bonnetable , etc.,le sont moins. L'etage jurassique nous a presente une zone tres- fossilifere dont la place se trouve actuellement contro- versee. Le carbonifere et le devonien qui se me" lent et se contournent sur plusieurs points de notre territoire ont ete 1'objet de plusieurs erreurs qui se rectifient tous les jours. Des gisements fossiliferes abondants, recemment decou- verts dans ce dernier etage, ont ete explores activement et avec assez de fruit pour enrichir non-seulement notre faune locale , mais pour fournir aussi a la science des especes tout-a-fait nouvelles. On espere que ces m&mes fossiles permettront de combattre avec succes Topinion ecrite par M. de Verneuil , dans sa brochure sur 1'Espagne, relativement a 1' anthracite de Vire que ce paleontologiste distingue pretend &tre exploite dans le terrain d6vonien. L'etage silurien reconnu sur une assez grande etendue du departement a ete moins etudie. Quant aux autres terrains, les uns n'ont pas encore ete 1'objet de recherches suffi- BE L'INSTITXTT DBS PROVINCES. xxv santes, les autresparaissentjusqu'a present nous manquer. En terminant cet expose , M. Gueranger emet le desir qu'a 1' occasion du congres il soit fonde une exposition annuelle de paleontologie ou seraient admises toutes les especes rares et douteuses ayant une origine certaine ; F etude de ces precieuses collections offrirait aux amateurs un bien grand inter&t , elles faciliteraient les progres de la science en faisant connaitre un grand nombre d'objets caches dans les collections particulieres . Apres avoir epuis& ces questions , M. le directeur expose le resultat des essais entrepris sur une immense echelle , dans la Sologne, par M. le marquis de Vibraye ; planta- tions de plusieurs especes de pin , et me*me de chenes pro- teges par des semis de pin. Ne pourrait-on tenter de sem- blables essais dans les sables qui entourent le Mans? M. Ed. Gueranger repond que le sous-sol de la Sologne permet la vegetation du che'ne, et qu'il n'en peut etre de meme dans la Sarthe , au moins pour lamajeure partie des sables cullives en sapin ; que le Pinus maritima , employe comme bois de chauffage, offre un produit de culture assez con- .siderable, que les autres especes n'offriraient peut-etre pas le meme avantage ou ne seraient pas cultivees avec le meme succes. Une longue et tres-interessante conversa- tion s' engage entre MM. de Caumont, de Surigny, Gue- ranger et Drouet sur la nature et la culture des differentes especes de pin et de sapin , leur gite de predilection dans les Alpeset les Pyrenees; puis la seance est levee. ASSISES SCIENTIFIQUES PROVINCIALES. Le 30 octobre 1851 , 1'Institut des provinces a ccmp!6t6 par un dernier scrutin le nombre de uiembres titulaires fixe xxvi COTJP-D'OEIL SUR LES TRAVAXJX par ses statuts , et il y a lieu de mettre a execution le plan de travail precedemrnent accept^ sur ma proposition. D'apres ce projet , il provoquera dans des villes centrales qui seront designees , une ou plusieurs reunions dans les- quelles on recommandera certains travaux qui seront de- termines par le bureau central. Tous les membres des Societes academiques de la cir- conscription et les hommes connus par des publications scientifiques seront convoques aux reunions au nom de Tlnstitut des provinces. La direction de ces assises scientifiques est confiee a un president nomme par le directeur de PInstitut des pro- vinces et choisi exclusivement parmi les membres de cette compaguie. Le president devra appeler au bureau les membres de Tlnstitut des provinces et les presidents des Societes sa- rantes qui assisteront a ces reunions. II ne pourra transmettre a personne les fonctions dont il sera reve'tu. Les assises scientifiques se tiendront ainsi qu'il va etre dit , du l er . Janvier au l er , juin. La circulaire de convocation du president de chaque assise divisionnaire renfermera 1'indication des objets dont on devra s'occuper. MM. les presidents ne devront jamais s'ecarter du pro- gramme qui leur aura ete transmis par le directeur de Tlnstitut. Les proces-verbaux de ces reunions devront e"tre envoys avant le l er . juillet au directeur de 1'Institut des provinces pour qu'il puisse comparer et analyser les resultats. Voici la designation deja faite des presidents nommes pour 1852 et 1'indication des circonscriptions d'assises. DE L'lNSTITtft DBS PROVINCES. XXVII M. le comte de Mellet est nomme president des assises scientifiques qui se tiendront en 1852 dans les departe- ments de la Marne, de 1'Aube et de Seine- et-Marne. Les reunions auront lieu a Chalons ou a Reims pour le depar- tement de la Marne , a Troyes pour les deux autres de- partements. M. Girardm , professeur de chimie a Rouen , est nomm& president des assises scientifiques qui se tiendront a Amiens pour les departements de la Somme , de 1'Aisne et du Pas- de-Calais. M. Drouet est nomme president des assises scientifiques qui se tiendront au Mans pour les departements de 1'Orne et de la Sarthe. M. le comte Louis de Kergorlay est nomme president des assises scientifiques qui se tiendront a Nantes , pour les departements de la Loire-Inferieure et du Morbihan. M. Le Gall, de Rennes , est charge de presidor les as- sises qui se tiendront a Rennes pour les departements d'llle-et-Vilaine et des C6tes-du-Nord. M. Duchatellier est nomme president des assises scienti- fiques qui se tiendront a Brest pour le d6partement du. Fi- nistere, M. Guillory , membre de 1'Institut des provinces, a Angers, est nomme president des assises scientifiques qui se tiendront dans cette ville pour les departements de la Mayenne et de Maine-et-Loire. M. le vicomte de Cussy est nomme president des assises scientifiques qui se tiendront a Tours , pour les depar- tements de Loir-et-Cher, de 1'Indre et d'Indre-et-Loire, t a Poitiers pour les departements de la Vienne, des Deux- Sevres et de la Haute- Vienne. M. le baron de Girardot est nomme president des assises xxvui COUP-D'OBIL SUR LES TRAVAXTX BE L'INSTITXJT, scientifiques qui se tiendront a Bourges pour les departe- ments du Cher , de la Nievre et du Loiret. M, le baron Chaillou des Barres est nomm6 president des assises qui se tiendront a Auxerre pour les departements de 1'Yonne et de Sa6ne-et-Loire. M. Charles Des Moulins est nomm6 president des assises scientifiques qui se tiendront a Bordeaux pour les departe- ments de la Gironde , des Landes , du Gers et de la Cha- rente , et a Toulouse pour les departements de la Haute- Garonne, deLot-et-Garonne, duLotet de Tarn-et-Garonne. M. le comte de Gourgues est nomme president des assises qui se tiendront a Perigueux , pour les departements de la Dordogne et de la C reuse. M. Malherbe, membre de 1'Institut a Metz , est nomme president des assises scientifiques qui se tiendront dans cette ville pour les departements de la Moselle , de la Meuse et des Ardennes. M. Digot est nomme president des assises scientifiques qui se tiendront a Nancy pour les departements de la Meurthe , des Vosges et de la Haute-Marne. M. Fournet, professeur de geologic a Lyon, est nomme president des assises scientifiques qui se tiendront a Lyon pour les departements du Rhone , de 1'Isere et de la Loire. M. Le Coq est nomme president des assises qui se tien- dront a Clermont pour les departements du Puy-de-D6me , de 1'Allier et du Cantal. M. Roux, de Marseille, est nomme president des assises scientifiques qui se tiendront a Aix pour les d6partements des bouches du Rh6ne , du Gard , du Var et de Vaucluse. Le directeur de 1'Institut, DE CAUMONT. COMPOSITION DU BUREAU, et du Gonseil d'administration. Directeur general : M. DE CAUMONT O $5, fondateur des Congres scientifiques de France. Secretaire: M. EUDES-DESLONGCHAMPS 3, professeur a la FacultS des sciences de Caen. Tresorier : M. GAUGAIN ^., inspecteur de 1' Association normande. Actministra- teurs. I MM. J. GIRARDIN ^< , correspondant de Tlnstitut de France, a Rouen. Le V te . DE CUSSY O ^<, membre de plusieurs Academies, a Paris, eta Vouilly (Calvados). LE SAUVAGE ^ , ancien chirurgien en chef des Hospices de Caen. LE GRAND >^c, D.-M. , ancien maire de St.- Pierre-sur-Dive. P.-A. LAIR ^< , doyen du Conseil de prefecture du Calvados. LAMBERT, conservateur de la Bibliotheque pu- blique de Bayeux. B. DE LA FRENAYE ^, membre de plusieurs Academies, a Falaise. MORIERE , secr^taire-g6n6ral de TAssociation normande, a Caen. LISTE DES MEMBRES DE L'INSTITOT DES PROVINCES MM. Le prince LOUIS-NAPOLEON , G dfctifc. , President de la R6pu- bliquc franchise. ETOC-DEMAZY, ancien secr6taire-gneral de Tlnstitut , au Mans. LOTTIN (Tabbe), ancien tresorier de rinstitiit, id. BOUVET (Tabb6), ancien raembre du conseil, id. DB MARSECL , chef destitution , a Laval. LE GALL, conseiller a la Cour d'appel, directeur de la divi- sion de la Bretagne , a Rennes. AUBER , chanoine titulaire de Poitiers, directeur de la division du Poitou, a Poitiers. BOUILLET $fc , membre de plusieurs Societ6s savantes , directeur de la division de 1'Auvergne et du Velay, & Clermont- Ferrand. LECOQ & > secretaire perp6tuel de 1'Academie , ii Clermont- Ferrand. L6on DE LA SICOTIERE, avocat, a Alencon. TAILLARD ^, conseiller a la Cour d'appel de Douai. OLLIVIER ^, membre de la Societ6 d' Agriculture et du Conseil general de la Manche, a Avranches. Guerrier DE DUMAST $J, membre de TAcademie, a Nancy. Marquis DE LA PORTE, membre de plusieurs academies, fc Vendome. RIGOLLOT e^ , president de I 1 Academic , a Amiens. DE GIVENCHY, secretaire-general de la III 6 , session du Congres ? a St.-0mer. DBS MEMBRES DE L'lNSTITUT DBS PROVINCES. XXXI MM. BONNET $, professeur d'agriculture , a Besancon ? BUVIGNIER ej , membre de plusieurs Academies , a Verdun. COMMARMOND $, bibliothecaire du Palais des Arts, a Lyon. D'HOMBRES-FIRMAS $ , a Alais ( Card ) , correspondent de TAcademie des sciences. Jules RENODVIER , president de la Sociei6 des Arts, a Mont- pellier. SoiER-WiLLEMET $ t tre"sorier-archwste de r Academic , & Nancy. CROIZRT ej, cur6 de Neschers, pres Issoire. Marcel DE SERRES 3, professeur a la Facult6 des sciences, a Montpellier. WEISS , O f$S , bibliothe'caire", a Besan^on. GERAULT, cur^ d'Evron, a Evron (Mayenne ). MILLET, naturaliste, president de la Socie"t6 d' Agriculture, a. Angers. GREPPO (1'abb^), vicaire-g6ne"ral de Bellay, correspondant de T Academic des Inscriptions. GREGORY^, president de chambre, a la Cour d'appel de Lyon. BONNET, D.-M. , ^., chirurgien en chef de THotel-Dieu , a Lyon. BOULLEE, membre de F Academic de Lyon. VERICEL ^, ancien me"decin en chef des Hospices de Lyon. MONIN , professeur d'histoire a la Faculte des lettres de Be- sancon. FOURNET e^, professeur de geologic ^ la Faculte des sciences de Lyon. SERINGE , professeur de botanique a la m6me Faculte. Victor SIMON ej^, ancien secr^taire-ge'ne'ral du Congres, i Metz. MOUGEOT 3, naturaliste, a Bruyeres (Vosges). HEPP ^<, professeur a la Faculte de droit, a Strasbourg. COUTURAT ^, ing^nieur en chef du cours du Rhin, i Strasbourg. XXXJI LISTE MM. Monseigneur DONNET, O $, archeveque de Bordeaux. DBS MOULINS , inspecteur divisionnaire des monuments , di- recteur de la division du Sud-Ouest, a Bordeaux. Monseigneur GOUSSET, O $, cardinal-archeveque de Reims. BABREAU (Tabb6) , historiographe et chanoine de Beauvais. FERET , conservateur de la Bibliotheque , a Dieppe. Jules RIEFFEL )^, fondateur de Tlnstitut agricole de Grand- jouan. COUSSEAU (Tabb6), 6veque d'Angoulme. FOUCART 3, doyen de 1'ficole de droit, a Poitiers. DE BLOSSEVILLE 3, membre du Conseil general de FEure, a Amfreville (Eure). DE LA FARELLE ^<, repr&entant du Gard, a Nimes. DESROCHES (Tabb6), cure" d'Isigny (Manche). DE CAYROL $*< , ancien depute" , a Compiegne. BISEUL, a Blain (Loire-Inf6rieure). DROUET, inspecteur divisionnaire de la Socit6 frangaise, au Mans. Comte de QUATRE-BAHBES, a Angers. Marquis DE VIBRATE, geologue, a Cheverny, pres Blois. Artur MARTIN (leR. P.), auteur des vitraux de Bourges, a Paris. CAHIER (id), membre de plusieurs academies, a Paris. DUCHATELLIER, secr^laire-g^n^ral de T Association bretonne, a Quimper. DE LA BAUME $ , conseiller h la Cour d'appel de Nimes. Comte DE MONTALEMBERT ^ , ancien pair", de France , in- specteur divisionnaire de la Soci&e franc,aise pour la con- servation des monuments, a Paris et a Vesoul (Haute- Saone). Comte DE MERODE, C $, ministre d'Etat de Belgique, ins- pecteur divisionnaire de la Soci^te francaise, au chateau de Trelon, pres d'Avesne (Nord). REIDET , conservateur des Archives de la Vienne , a Poitiers. DBS MEMBRES DE L ? INSTITUT DBS PROVINCES. XXXIII MM. GODARD, graveur, membre de plusieurs academies, a Alencon (Orne). V. HUCHER, membre de plusieurs Societes savantes, au Mans (Sarthe). Comte DE TOCQUEVILLE , O ^, ancien ministre , repre"sentant, membre de r Academic franchise, a Tocqueville (Manche). TEISSIEH, membre de plusieurs academies, a Anduse (Card). Le comte A. DE GOURGUES , membre de plusieurs Societes savantes, a Lanquais (Dordogne), WALZ 3, directeur de FObservatoire , a Marseille. BRANCHE, inspecteur des monuments historiques, a Paulhaguet (Haute-Loire). GOGUEL ^, membre de plusieurs academies, a Strasbourg (Bas-Rhin). L'abbe' Voisin, membre de plusieurs academies, au Mans (Sarthe). LE GLAY 3 , conservateur des archives , correspondant de FAcademie des inscriptions, a Lille (Nord). KUHLMAN^JS, professeur de chimie, membre du Conseil ge- n6ral du Commerce, a Lille (Nord). HERMAND , membre de plusieurs Academies , de la Socie"te" des Antiquaires, etc., a St.-0mer (Pas-de-Calais). JOURDAIN, chanoine de la cathedrale , a Amiens. DUVAL, membre de la Societe" francaise pour la conservation des monuments , a Amiens. F. WOILLEZ, membre de plusieurs academies, a St.-Quentin. Bon. D'HAUSSEZ, O &, membre de plusieurs Societes savantes, a St.-Saens (Seine-Inferieure). C te . DE BLOIS ^S, membre de plusieurs Societe"s savantes, a Morlaix ( C6tes-du-Nord ). B". DU TATA &, president de la Societe" d' agriculture des C6tes-du-Nord, a St.-Brieux. DESNOYERS, vicaire-g6n6ral d'Orleans, inspecteur des monu- ments du Loiret. JXXIV LISTE MM. E. DOLFUS ^:, president de la Societ6 industrielle de Mulhouse. L'abbe" BANDEVILLE, raembre de plusieurs Academies, a Reims. DIGOT, membre de plusieurs Academies, inspecteur des mo- numents , a Nancy. Le comte DU COETLOSQCET >^<, reprsentant, membre de 1'Aca- d6mie de Metz. MALHERBE , juge , president de la Soci&e d'histoire naturelle de Metz. Le comte DE CHASTELLUX, C $fc , membre de plusieurs Acade- mies, a Paris. BARILLOX, reprSsentant de 1'Oise, a Compiegne. BALLIN ^ , archiviste de 1' Academic des sciences , arts et belles- lettres de Rouen. DUBREUIL, professeur d'agriculture, a Rouen. DESJOBERTS, membre du Conseil gnral de Fagriculture, d- put6 de Neufchatel. BALLY, O >^<, ancien president de T Academic de m6decine , a Paris. BERTHELOT, >^<, secretaire-g^n^ral de la SociSte de geo- graphic. VILMORIN $fe , correspondant de PInstitut , a Paris. TOURET ^, membre du Conseil ge"nral de Tagriculture , an- cien ministre , a Cosne. BELLA^ O ^< , directeur de 1'Institut agronomique de Grignon. PETIT r proviseur an lycee de Rennes. Le comte DE TRISTAN 3fe , membre de plusieurs Academies , a Orl6ans. Le comte DE LOCKART ^ , directeur du musee d'histoire naturelle , a Orleans. BAYLE-MOUILLARD, O ^<, membre de T Academic de Clermont, ancien secretaire-general du ministere de la justice, BEAUDET LA FARGE ^, repr^sentant , ancien sous-prefetj, membre de 1'Academie de Clermont. DBS MEMBRES DE L INSTITUT DBS PROVINCES. XXXV BERTRAND, docteur en medecine, membre de FAc^'demie de Clermont. PETIT-LAFITTE, membre de 1' Academic de Bordeaux, profes- seur d' agriculture. L'abbe BLATAIROU , chanoine, professeur a la Faculte de theo- logie de Bordeaux. P. M. Roux $, membre de 1' Academic, secretaire-general du Congres scientifique de France , a Marseille. BARTHELEMY, conservateur du musee d'histoire naturelle, se- cretaire de r Academic de Marseille. DIEDSE ^ , president de la Societe de statistique de Marseille. BERTHULUS ^., medecin du Lazaret de Marseille, membre de plusieurs Academies. COQUAND , ingenieur des Mines , vice-president de r Academic d'Aix. CASTEL, secretaire de la Societe d'Agriculture deBayeux. L'abbe DEVODCOUX, secretaire perpetuel de la Societe acade- mique et vicaire-gen6ral d'Autun. NIEPCE , president de la Societe d'histoire et d'archeologie de Chalons-sur-Saone. Le baron DE CONTENCIN, O ^< , directeur de 1'administration des cultes , a Paris. LE ROY DE BETHUNE, membre du Conseil general de 1'agri- culture, a Douai. RENAULT, inspecteur divisionnaire de T Association normande, vice-president du tribunal , a Coutances. C te . OLIVIER DE SESMAISONS , representant , directeur de 1'Asso- ciation bretonne , a Nantes. C ARTIER, directeur de la Revue numismatique , a Amboise. LAMBRON DE LIGNIM, capitaine de cavalerie , secretaire-general de la XV e . session du Congres scientifique, a Tours. CHAMPOISEAU ^, secretaire-general de la m^me session, a Tours. DE SOURDEVAL ^, id. , juge destruction , u Tours. XXIVI LISTE MM. J. DE FONTENAY, mcmbre de pi usieurs Academies, a Autun. Mg*. PARISIS ^< , e*veque d' Arras, repre"sentant du Mor- bihan. DE GLANVILLE , inspecteur des monuments de la Seine-Inf6- rieure , a Rouen. L'abb6 LE PETIT , chanoine honoraire de Bayeux , secre"taire- ge"n6ral de la Socie"te francaise pour la conservation des monuments, a Tilly (Calvados). E. PATY , inspecteur des monuments de Seine-et-Marne. L'abbe" GODARD-ST.-JEAN , professeur de the"ologie, a Langres. E. DE BLOIS, representant du Finistere, president de la classe d'histoire de rAssociation bretonne. L'abbe" LA CCRIE, chanoine-honoraire de la Rochelle, inspec teur divisionnaire des monuments historiques, a Saintes. MATHERON, inge"nieur, membre de plusieurs Soci6t6s savantes, a Marseille. DE HALDAT $, membre de 1' Academic, secretaire-g6n6ral de la XVIK session du Congres scientifique de France, ^ Nancy, secretaire perp&uel de T Academic, correspondant de T Academic des sciences, etc. DE Bois LE COMTE, membre de plusieurs Academies, ei Tours. DE LA TERRADE, directeur de la Societe linn^enne, a Bor- deaux. DE BCZONNIERE, secretaire-general du Congres scientifique de France ( XVIII 6 . session ) , membre de plusieurs Academies, a Orleans. LA CROSSE, C ^<, ministredes travaux publics, ^ Paris. THIERRY, doyen honoraire de la Facultg des sciences , ^ Caen. DE ST. -GERMAIN, inspecteur des monuments historiques, & Evreux. DUFAUR DE MONTFORT ^ , president de la Societe de statistique des Bouches-du-Rhone, & Marseille. Ge*n6ral RAYMOND, C >^< , ancien d6put^, membre de plusieur* Academies, prts Gisors. DES MEMBRES DE L INSTITUT DBS PROVINCES. XXXVII MM. GODELLE, membre de plusieurs Academies, repre"sen^ant de la Somme. MORIERE, secretaire-general de 1' Association normande, direc- teur des Gours speciaux du lycee , a Caen. LEFEBVRE DU RUFFLED, inspecteur-divisionnaire de TAsso- ciation normande, representant de TEure, a Pont-Authou. LE NORMAND, ancien sous-prefet, membre de plusieurs Aca- demies, a Vire. V te . DE FALLOUX $, ancien ministre de Tlnstruction publique, representant de Maine-et-Loire. DE KERDREL, representant d'He-et-Villaine , ancien eleve de 1'Ecole des chartes. Alph. LE FLAGUAIS, membre des academies de Caen et de Rouen, a Caen. L'abbe CROSNIER , vicaire-gnral de Nevers , inspecteur des monuments de la Nievre, a Nevers. HERPIN DE METZ , docteur en medecine, membre de plusieurs Academies, a (Indre). Mg r . DUPONT , C. ^, cardinal-archevque de Bourges, a Bourges. AUSSANT, membre de plusieurs Academies, professeur en me- decine, a Rennes. TAROT $ , president de chambre a la Cour d'appel de Rennes, secretaire-general de la XVI e . session du Congres. C tc . Louis DE KERGORLAY, ancien directeur de la Revue pro- vinciale, secretaire-general de 1'Association bretonne, a Fossieux ( Seine-et-Oise ) . A. TASLE ^, conseiller a la Cour d'appel de Rennes. BARRE, sculpteur, laureat de 1'exposition regionale de FOuest, a Rennes. B ot| . DE GIRARDOT , secretaire-general de la prefecture, membre de plusieurs academies, a Bourges (Cher). GUERANGER, president de la Societe acad^mique de 1 aSarthc au Mans. XXXVIII ilSTE MM. Succ, sculpteur, Iaur6at de Tlnstitut (exposition rSgionale de TOuest) , a Nantes. L. DE LA MOTTE, membre de I'Academie, inspecteur des etablissements debienfaisance, a Bordeaux. DELALONDE-DUTHIL fils, membre de plusieurs Academies , a Rouen. DE BENGY DE PUYVALLEE ^, president de la Societe d'Agri- culture du Cher , a Bourges. MARECHAL, inge'nieur des ponts-et-chaussees , a Bourges. MACHARD f$S ing6nieur en chef, id. BERTRAND 3fc, maire de Caen, doyen de la Facult6 des lettres, a Caen. VALLAT, recteur de l'Acad6mie du Lot, membre de TAcad^mie , a Bordeaux. BOUCHER DE PERTHES >gc, president de la Societe d'6mulation, a Abbeville. RAYNAL ^& , procureur-g6neral pres la Cour d'appel de Caen. DE LA MONNEBAYE, president du Conseil general du Mor- bihan, a Recnes. PoTTiER^jj,conservateurdela Bibliotheque publique de Rouen. NICIAS GAILLARD, O >^< , avocat-general a la Cour de cassation, membre de plusieurs Societes savantes. THEVENOT, chef d'escadron, secretaire de la 5 e . section de la VI e . session du Congres scientifique de France, a Clermont- Ferrand. CHAVIN DE MALLAN >^c, conservateur de la Bibliotheque du palais du Luxembourg , a Paris. Mq ls . DE CHENEVIERES-POINTEL , membre de plusieurs acade- mies, employ 6 au musee des tableaux, a Paris. GUILLORY aine >^<, secretaire-general de la X e . session du Congres scientifique de France , president de la Societe in- dustrielle, a Angers. Le B on . CHAILLOU DES BARRES, $fr , ancien prefet, president de la Socit arch^ologique d'Auxerre* t>ES MEMBRES DE L INSTITUT DBS PROVINCES. XXXIX MM. DE VERNEILH-PUIRAZEAU , inspecteur divisionnaire de la SocietS francaise pour la conservation des monuments , a Nontron (Dordogne). DE SURIGNY, membre de PAcad&nie de Macon, a Macon (Saone-et-Loire). FLECHET, architecte, a Lyon. M. CAN AT , secretaire-archiviste de la SocietS academique de Chalons-sur-Saone. R. BORDEAUX , docteur en droit , membre de plusieurs Acade"- mies, a Evreux (Eure). BLOJNDLOT , secr6taire-ge"ne>al de la XVIK session du Congres scientifique de France, professeur a FEcole secondaire de medecine de Nancy. BOULANGE , ing6nieur des ponts-et-chaussees , membre de I'Acad&nie* a Metz. SIMONIN, docteur-m6decin , secretaire de TAcad^mie Stanislas, a Nancy , secretaire de section a la XVII e . session du Congres. LE PAGE, membre de TAcad^mie de Nancy, archiviste du departement de la Meurthe, secretaire de section fc la XVH e . session du Congres scientifique , a Nancy. C te . DE MELLET, inspecteur des monuments de la Marne, membre de plusieurs Academies , president de section a la XVIP. session du Congres scientifique, a Chaltrait (Marne). Victor PETIT , membre de plusieurs Societe"s archeologiques , & Sens (Yonne). TR AVERS, professeur de litterature latine a la Faculte des lettres de Caen, secretaire perpetuel de TAcad^mie de sciences , arts et belles-lettres , a Caen. DUPRE LA MAHERIE, docteur en droit, secretaire de section i la XVI e . session du Congres scientifique de France, sub* stitut, a Argentan. ROSTAN, inspecteur des monuments historiques, maire de SU* Maximin (Var). XL LISTE MM. PELLERIN , docteur-me"decin , ancien professeur & TEcole secondaire de medecine, membre de plusieurs Academies, a Caen. HARDEL, imprimeur de Tlnstitut, membre du Conseil de la Socie'te francaise pour la conservation des Monuments, a Caen. DR QUATREFAGES $, ancien professeur d'histoire naturelle a la Faculte de Toulouse, membre de plusieurs Societes savantes, a Paris. PAUFFIN, ancien magistral, membre de plusieurs Academies, a Rethel (Ardennes). MAHUL ^<, ancien preTet , membre de plusieurs Societes sa- vantes, a Carcassonne. Le C te . DE MONTLAUR, membre de plusieurs Academies, a Moulins (Allier). L'abbe BOCDANT, cure" de Chantelle (Allier). Le PELLETIER-SAUTELET, docteur-me"decin , a Orleans. JALLON , docteur-m6decin , a Orleans. Le C te . deViGNERAL, president du cornice agricole, 5 Ry (Orne). DE BEHAGUE, O afc , membre du Conseil gne"ral de 1'agricul- ture, a Dampierre (Loiret). Le Vox, bibliothcaire de la marine, ^ Brest. L'abbe CIROT DE LAVILLE , de TAcad&nie de Bordeaux. Le C te . ACMET D'HERICOURT, president de T Academic d 1 Arras. CHALLE, avocat, vice-pr6sident de la Soci6t6 acad^mique d'Auxerre, membre du Conseil g6n6ral de TYonne. FEUILLET , juge de paix, membre de plusieurs Societes sa- vantes, a Lyon. Le B n . DE MONTREUIL, ancien representant , k Gisors. DES MEMBRES DE L INSTITUT DBS PROVINCES. XLI SScsacro: Strangers. MM. LOPEZ, conservateur en chef du musee, & Parine. GAZZERA , secretaire de 1' Acad&nie , a Turin. AVELLINO, conservateur du musee Bourbon, a Naples. Le chanoine IORIO, a Naples. Mg r . RENDU, eveque d'Annecy. Mq s . PARETTO, a Gnes. Mq'. DE RIDOLFI , ancien ministre , a Florence. Pasteur DDBY, a Geneve. B an . DE SELIS-LONGCHAMP , a Liege. WHEWHEL, a Cambridge. JAMES IATES, a Londres. Le prince DE CANINO, a Rome. SAN QUINTINO, conservateur honoraire du Muse"e, a Turin. BECKER ( Justus Fiederick Carl ) , professeur de medecine rUniversit6 de Berlin. DESPINES, directeur-ge*ne"ral des mines du Piemont, a Turin. VARNKOENIG, professeur a 1'Universite de Tubingue, BAEHR , professeur a 1'Universite de Hiedelberg. SCHADOW , directeur de Te'cole des Beaux- Arts, a Dusseldorf, Leopold DE BUCH, naturaliste, ci Berlin. KUPFER, professeur de physique, a Saint-Petersbourg. KRIEG DE HOCHFELDEN, charge des fortifications du Grand- Duch6 de Baden, a Baden. DE HAMMER-PCRGSTALL, membre de 1' Academic imperiale, a Vienne. DB BRINCKEU , conseiller d'Etat , a Brunswick. BOISSEREE, architecte, a Bonn. D'HOMMALIUS D'HALLOY, correspondant de rinstitut de France, a Namur. MARAVIGNA , professeur d'histoire naturelle , a Catane ( Sicile)* Due SERRA DI FALCO, prince de St,-Pietro, ^ Palerme (Sieile). 1LII LISTE MM. BERTINI, &, membre de la Chambre legislative de Sar- daigne , conseiller a la Faculte de medecine , membre de plusieurs Academies , vice-president gne>al du Congres scientifique de France, a Turin. B on . DE ROISIN $, an chateau de Kurens, pres Treves (Prusse Rhenane). BUCKLAISD, professeur a TUniversite d'Oxford. Mq . DE SANTO ANGELO, ministre de S. M. le roi des Deux- Siciles , a Naples. C te . DE FURSTEMBERG ^<, chambcllan de S. M. le roi de Prusse, a Apollinarisberg , pres Cologne. B >ri . DE QCAST, inspecteur-g6ne>al des monuments historiques de Prusse , a Berlin. ROCLEZ, professeur d'arche"ologie , a TUniversite de Gand. BOH. DE STASSART, GO ^c, membre du Senat, president de TAcademie , a Bruxelles. BONAFOCS&, membre de FAcademie royale de Turin, corres- pondant de 1'Institut de France, a Turin. SISMONDA ^<, professeur de geologic a 1'Universite de Turin, membre de TAcademie de la meme ville. C te . DE SELMOUR ^<, gentilhomme dela Chambre du Roi de Sardaigne , president de T Association agricole du Pie- mont. JACQUEMONT ^c , membre du S6nat et president de la Societe academique de Chambery. Mg r . MULLER, eveque de Munster. REICHENSPERGER , conseiller a la Cour royale et membre de plusieurs Academies , a Cologne. Mg r . GEISSEL ^jf, cardinal archeveque de Cologne. BOTOWSKI , secretaire de Tambassade russe , ^ Paris. C ic . DE LA MARMORA, C $, directeur de l^cole de marine , a Genes. DONALSTON, secretaire de Tlnstitut des architectes, a Lon- dres. (i DES MEMBRES DE L INSTITUT DBS PROVINCES. XL1II LE MAISTRE-D'ANSTAING, president de la Soci&e archeolo- gique , a Tournay. QUETELET, secretaire perpe"tuel de I'Acad&nie royale de Bel- gique, a Bruxelles. JOBARD , membre de plusieurs academies , a Bruxelles. DE WILMOSKI , chanoine de la cathe"drale de Treves , a Treves. THURMAN, membre de plusieurs academies, a Porentruy. LE B 011 . DE PLANCKET , docteur en droit , membre de plusieurs academies , & Bruxelles. MURCHISON , membre dela Socie"te" royale de Londres, corres- pondant de 1'Institut de France, a Londres. PARKER, membre de la Soci6t6 des Antiquaires de Londres, a Oxford. Le C te . Ernest DE BEUST , directeur-gen^ral des mines, a Berlin. L'abb6 BARUFFI ^S, professeur de geom^trie a Tuniversite de Turin. Le C te . AVOYADRO DE QUAREGNI, professeur de physique a I'Universite de Turin. Le C te . CESAR BALBO, de"put6, ex-pr6sident du conseil des ministres, a Turin. CIBRARIO, senateur de Pi&nont, professeur de chimie a 1'U- niversit6 de Turin. RAGOZINI ROCH , secretaire perpe"tuel de 1'Acad^mie royale d'agriculture de Turin. Le B on . Joseph MANNO, president du senat du royaume de Piemont et de la Cour d'appel de Turin, membre de TAcademie. J. MORIS, snateur du royaume de Piemont, professeur de botanique a TUniversite de Turin. XLIV LISTE DBS MEMBRES DE L'lNSTITUT BBS PROVINCES. Membres Titulaire:, DECEDES DEPUIS LA PUBLICATION DU PRECEDENT ANNUAIRE. REQUIN , a Avignon ( Vaucluse), 61u membre titulaire le 6 mai 1845, mort en Corse le 1851. Pcvis ^, de Bourg (Ain), elu membre titulaire le l er . juin 1842, mort & Paris le . . juillet 1851. P.-D. DUDEZERT, de Conde"-sur-Noireau , nomine* membre titulaire le 2 feeder 1850, d6cede a Caen le .... 1851. Membres Strangers. Le marquis DE NORTHAMPTON, president de la Societe royale de Londres, e"lu membre Stranger le 30 septembre 1845 , dece"d6 le . , . . . 1851. CONGRfcS DBS DELEGUES DBS SOCIETES SAVANTES DBS DEPARTEMENTS Nous ne pouvons encore indiquer le jour de 1'ouver- ture du Congres des delegues des Societes savantes des departements pour 1852, mais les Societes savantes sont instamment priees de faire leurs delegations dfcs ce mo- ment. Elles seront prevenues prochainement du jour de 1'ou- verture de la session. Les questions du programme ne sont pas encore ar- retees , mais celles qui suivent ont te admises precedem- ment et seront discutees; elles sont des ce moment re- command6es a Tattention des menibres du Congres des deleguSs. Quelles modifications les Societes savantes de Paris et des departements devraient-elles introduire dans leurs sta- tuts pour les mettre en harmonie avec les faits acade- miques actuels et avec 1'extension des etudes ? Quelles sont , d'apres les observations faites depuis quel- ques annees dans les diverses localites , les rectifications a indiquer dans la belle carte geologique de la France par MM. Elie de Beaumont et Dufrenoy ? XLVI CONVOCATION DBS DELEGUES Que doivent faire les Societes d'histoire naturelle pour perfectionner la topographic geognostique de la France? Quelle impulsion doivent donner les Societes d'agricul- ture et du commerce a la navigation interieure , au per- fectionnement des canaux et a la recherche de nouveaux debouches ? Quelle direction les Societes savantes peuvent-elles im- primer au progres des industries anciennement connues, et a Tintroduction des industries nouvelles? Quelle part les Societes savantes des departements doi- vent-elles prendre dans les recherches et les explorations qui permettront I'achevement de la geographic ancienne de la Gaule? Comment le travail doit-il etre conduit et distribue entre les explorateurs ? N'est-il pas utile de soumettre tous les travaux deja faits et ceux qui s'executeront successivement , a une commis- sion du Congres qui fera chaque annee connaitre par un rapport les nouveaux resultats obtenus ? Quels etaient les procedes usites au moyen age pour la fabrication du fer. Quelques grandes abbayes se sont- elles occupies de cette fabrication ? Quelle etait , aux differents siecles du moyen age , la disposition des vergers , et celle des jardins d'agrement , dans les chateaux et les abbayes ? Quelles etaient , au XII e . siecle , les pratiques agricoles en usage dans chaque contree de la France ? Poursuivre cette etude dans les siecles suivants jusqu'au XVI e . POUR 1852. XLVII Nous rappelons que,dans sa session de 1851, le Congres des Dengues a nomine une commission chargee d'ecouter les rapports qui ont et6 envoyes au Congres par les Aca- demies et Societes savantes, en vertu de l'arrt pris an- ciennement et que nous reproduisons ici : 1. Que toutes les academies et Societes savantes ou litte>aires des de"partements , envoient a leurs frais , s'il est ne"cessaire , ou aux frais des villes, aux Congres scientifiques futurs, un repr6- sentant des connaissances qui recoivent le plus grand developpe- ment dans chacune de ces Socie"t6s. 2. Que ces dele"gu6s soient porteurs d'une statistique des travaux de leurs Societes respectives et de l'6tat intellectuel des Societes ou ils siegent. 3. Que leur choix soit uniquement bas6 sur leur science, sur 1'estime qu'ils inspirent et sur les travaux personnels qu'ils pour- ront apporter au Congres. Nous rappelons & MM. les Delegu6s charges d'entretenir le Congres des travaux de leurs Academies respectives , qu'il ne doit etre question en 1852 que des travaux de 1'annee 1851. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE DES PUBLICATIONS FAITES EN PROVINCE. Les delegues des Soeiete" savantes de France reunies en congres en 1850 et 1851 , au Palais du Luxembourg , out decide qu'une revue bibliographique destinee a faire XLVIII connaltre tous les ouvrages imprimes dans les provinces , serait publiee par les soins de la commission permanente instituee par le Congres pour veiller aux interns litteraires des d^partements dans 1'intervalle des seances. Tous les auteurs sont prie's d'envoyer franco chez M. Derache, rue du Bouloy, n. 7 , les ouvrages qu'ils ont fait imprimer depuis 1850. II en sera rendu corapte dans le bulletin bibliographique el Touvrage sera ensuite catalogu^ et depose a la biblio- theque du Luxembourg, dep6t special des livres appar- tenant aux Societes savantes des departements. Onjugera facilementde tous les avantages d'une pareille mesure : moyen rapide de faire connaitre partout les ou- vrages de la province , et d'6tablir des relations suivies entre les ecrivains qui s'occupent des me'mes matieres. Un des Secretaires du Congres des Delegues , DUCJHATELLIER. Le compte-rendu des seances du Congres des Dele- gues qui va suivre a ete imprime a Paris jour par jour pendant La session , avec une precipitation necessilee par le peu de duree de la session qui rfa pas permis de lire les epreuves avec toute I* attention desirable. II s'est done glisse dans ce texte un certain nombre de fautes d* im- pression pour lesquelles nous reclamons ^indulgence des lecteurs. CONGRfiS DES DELfiGUES DES SOCIETY SAVANTES DBS DEPARTEMENTS, SOUS LA DIRECTION DE L'INSTITUT DES PROVINCES, All PALAIS DU LIXEMEOIKG. SESSIOIV BE SEANCE DU JEUDI 20 FEVRIER. La seconde session du Congr&s des dlegu6s des soci6ts savantes des departejnents s'est ouverte le 20 fevrier , a deux heures un quart , au palais du Luxembourg , dans la salle des seances de la chambre des pairs. Le but de cette session placee , comme la pr6cedente , sous la direction de rinstitut des Provinces de France , est de continuer Tceuvre si heureusement entreprise dans la reunion de Tannee derni^re , de resserrer les liens exis- tant entre les diverses societ6s savantes des departements, d'6tudier les moyens qui permettraient de coordonner le mieux possible leurs travaux , de s'appliquer en un mot , a developper de la mani&re la plus efficace et la plus fe- conde le mouvement intellectuel de la province. M. de Caumont, en sa qualite de directeur de 1 2 INSTITUT DBS PROVINCES DK FRANCE. des Provinces , est president du Congres. MM. Louis de Kergorlay, du Chastellier, de Quatrefages, Bordeaux, Knault et Moriere ont ete nomm^s secretaires gene- raux. La premiere stance est pr6sid6e par M. de Gaumont. II invite a singer au bureau MM. le baron de Stassart, ancien president du senat de Belgique , Oliver de Sesmaisons , representant du peuple, directeur de Tassociation agri- cole bretonne , Antoine Passy , ancien sous-secretaire d'fetat de Tinterieur, Parker, representant de la Societe des antiquaires de Londres. Plus de cent trente d<16gu6s de Societes savantes assistent a la stance. On remarque dans Tassemblee MM. Henri de Riancey, deKeridec, Ferdinand Favre, Jean Bertrand , representants du peuple , comte de Mailly, an- cien membre de la chambre des pairs, de Fontette , an- cien depute , de Guernon-Ranville et de Parieu , anciens ministres, Charles Bonaparte, Aurelien de Courson, Nicias- Gaillard , avocat general a la cour de cassation , de la Porte, Jobart (de Bruxelles). M. de Caumont prononce im discours dans lequel il jette un coup d'ceil rapide sur le mouvement des etudes dans ^es departements depuis Tannee derniere. II reconnait que des travaux importants ont ete commences ou continues, que d'autres ont ete acheves , que la province a ete plus laborieuse peut-etre qu'on n'aurait pu Tesperer ; et pour- tant il deplore les tendances qui se manifestent surtout a Paris , mais qui menacent les departements de leur con- tagion. a On ecrit pour briller, dit M. de Gaumont; pour faire parler de soi : peu importe quel sera le sujet, pour peu que la satisfaction d'amour-propre s'obtienne. On fait CONGRfcS DBS ACADEMIES. 3 de Fetude au jour le jour, comme nos hommes d'Etat font des lois et de la politiquede circonstance. Rien n'estplus deplorable que cette anarchic des esprits , qui annihile les hommes les plus meritants, ramollit les ames les mieux trempe'es , et ravale les esprits les plus distingu6s. Que faut-il done faire , messieurs , pour arreter 1 mal, pour neutraliser les progres de la paresse, de 1'orgueil et de rego'isme ? II faut regenerer et fortifier les academies et les corps savants, en leur donnant plus d'action et plus d'influence. Or, le moyen d'obtenir ce resultat , c'est , comme vous 1'avez fait Fanned derniere , de creer pour ces compagnies une representation, un congres de dele'gues dans lequel on discute tout ce qui peut interesser Favenir Iitt6raire , artistique et scientifique des departements. Votre premiere session a ete bonne ; la seconde sera meilleure encore, parce que la voie est tracee, et qu'il ne vous reste plus d'incertitude sur la marche que vous de- vez suivre , parce que d'ailleurs les societes academiques, d'abord un peu indifferentes , comprennent mieux la port6e de nos discussions, et mettent plus d'empresse- ment ^ y prendre part. Soixante-deux societ6s savantes sont repr6sent6es dans cette enceinte , et nous n'avons pu constater encore toutes les delegations , tandis que Tannee derniere trente-huit societes seulement vous avaient en- voye" leurs delegues. Ge progres me'rite d'etre constat6 ; il est d'un bon augure pour Tavenir. L'an dernier, vous avez reconnu que, malgre leur bon vouloir, les societes savantes des departements n'ont pas encore rendu tous les services qu'on peut en attendre. Ge qui leur manque, ce ne sont pas les capacites , ce sont les vues d'ensemble , une bonne direction ; c'est UQ 4 1NSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. plan de travail base" sur la connaissance des besoins de la province, et des moyens d'exe"cution qu'elle possede. Vous avez commence* Texamen des objets qui doivent particulierement occuper les hommes s6rieux des de"par- tements ; vous continuerez cette anne"e , et probablement Fannie prochaine encore, cette Revue si utile et si inte- ressante. Tracer un plan de travail pour toutes les spe"cia- lites est chose tres-importante et fort grave & laquelle on no saurait apporter trop d'attention. Nous n'avons pas Tespoir de re"soudre le probleme en une session ; il faut que les societe" s savantes , apres avoir donne leur avis par rinterme'diaire de leurs delegue*s, revoient et discutent dans leur propre sein nos resolutions avant qu'elles de- viennent definitives. En convoquantaParislesde!6gues des soci^tes savantes des de*partements, nous avons eu pour but, vous le savez, de resserrer les liens qui doivent exister entre elles , et d'engagerles hommes disperses dans les provinces a entre- prendre des ouvrages dont on eprouve fe besoin , et dont Texecution parait encore eloignee, parce que avant la venue des congres scientifiques, personne en France n'avait songe ^ organiser le travail acade"mique dans nos departe- ments. Cependant Fordre , le plan , c'est la charpente qui doit soutenir Fedifice. Construisons done cette charpente qui manque , et nous aurons fait faire un grand pas aux etudes que nous voudrions voir partout prosperer et s'e"- tendre. Vous aviez pris Tarrete suivant Tannee derniere apres une longue discussion : i II sera fonde" , sous les auspices et la direction de Tinstitut des provinces, un Bulletin analytique et biblio* graphique des travaux des societe*s savantes des de"parte- CONGRES DES ACADEMIES. 5 ments. Ce Bulletin n'aura que Fetendue (Tune feuille par mois. 2 II sera cree" , a Paris, un depot general des publica- tions faites par les academies de province. 3 Une commission perrnanente sera charge*e d'arreter ies voies et moyens d'execution de la publication du Bul- letin , et ce qui sera relatif au depot ci-dessus indique. U La commission fera , a la plus prochaine reunion , un rapport sur Fopportunite d'une publication plus eten- due. Nous avons voulu que cet arrete" fut execute avant Fouverture de la seconde session du Congres desdelegue"s : une circulaire a ete adressee aux societes savantes pour les inviter a envoyer leurs memoires imprimes, et a corres- pondre avec la commission chargee de la redaction du Bulletin. Cette commission , composed de neuf membres , s'est constitute sous la pr&sidence de M. Nicias-Gaillard ; elle a rempli son mandat avec zele , et le premier numero du Bulletin bibliographique des departements a paru en Jan- vier ; le deuxieme numero paraitra le l er mars, les autres se succederont de deux mois en deux mois ; tous se compo- seront de deux feuilles d'impression. Cette publication sera precieuse pour 6tablir des liens de fraternite" entre les di verses societes , pour faire connaitre dans toute Pe- tendue de la France leurs travaux collectifs et les travaux individuels de leurs membres. Un dep6t central a ete commence pour toutes les pu- blications faites en province. M. le bibliothecaire du Luxembourg, membre de la commission et de 1'Institut des provinces, a bien voulu recevoir ces di verses publica- tions. Nous espe"rons que toutes les society's savantes s'em- 6 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. presseront d'envoyer un ou deux exemplaires de leurs m^moires , et inviteront tous les hommes d'e* tude a con- courir au dereloppement de cette bibliotheque provin- ciate. Un registre special , affecte a Pinscription de tous les dons qui seront faits , avec mention des noms des dona- teurs, est deji\ ouvert, il deviendra ainsi le livre general des travaux de la province. Les expositions regionales des arts et de Findustrie , ieaugur6es en 1S49 , ont pris plus d'importance en 1850. \ous aurons vions i\ vous en faire connaitre les resultats dans la stance du 23 fe"vrier, qui sera presidee par M. le ministre de Pagriculture et du commerce. Le but de nos reunions est compris, messieurs; jen'ai point a revenir sur les explications donnees Fann6e der- niere. D61egues des societ^s savantes , vous venez avec le desinteressement le plus louable rechercher les moyens d'exciter, de regulariser, d'appliquer de la maniere la plus utile les forces intellectuelles du pays ; de soulager notre agriculture en etudiant les causes du malaise qu'elle eprouve ; d'indiquer aux cornices et aux societes agricoles quelle direction ils peuvent imprimer aux travaux statis- tiques ; de donner une vie nouvelle & nos associations lit- teraires, agricoles, scientifiques, dont le travail n'a pas toujours ete assez actif faute d'ele"ments bien choisis et bien appropries aux besoins de 1'epoque. Votre osuvre est louable, elle est belle ; elle est d'une port^e immense pour Tavenir. Nous suivrons dans les travaux de cette session le meme ordre quel'ann^e derniere. Tous les jours il y aura stance publique h une heure CONGRfeS DBS ACADfiMIES. 7 precise; le matin, les commissions se re"uniront pour e"la- borer leurs rapports. J'indiquerai aujourd'hui meme quels seront les presidents et les secretaires de ces commis- sions. Aujourd'hui meme nous discuterons les questions re- latives a radministration des bibliotheques. M. le comte de Kergorlay presidera aux travaux du secretariat. Demain la stance publique sera presidee par M. le baron de Stassart; on s'y occupera des questions du programme qui concarnent Tagriculture. M. Du Ghastellier remplira les fonctions de secretaire general. La stance du 22, presidee par M. Antoine Passy, sera consacreVaux sciences naturelles. M. de Quatrefages en rMigera le proces-verbal. Le dimanche 23 , a une heure precise , M. le ministre de Tagriculture, assiste de M. Dumas, ancien ministre, et deM. Mimerel, president du conseil general des manu- factures, presidera la seance publique, dans laquelle les me'dailles seront solennellement remises aux industriels et aux artistes qui les ont obtenues aux expositions regio- nales de Rennes et de Lisieux. M. Moriere, sera secre"- taire general. La seance publique du 2/i sera presidee par M. le comte de Montalembert ; elle sera exclusivement consacre"e aux questions d'histoire et d'archeologie. M. R. Bordeaux rem- plira les fonctions de secretaire general. Dans la seance du 25, qui sera presided par M. Nicias- Gaillard , on discutera les questions du programme rela- tives a la litter ature et a la philosophic. M. Enault rem- plira les fonctions de secretaire. Nous indiquerons ulterieurement Tordre des travaux pour le 26, le 27 et le 28 , en maintenant Talternance que 8 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. nous venons cTindiquer entre ce qui aura trait aux sciences physiques et naturelles, et ce qui concerne la literature, les beaux-arts et Hiistoire. Une commission speciale sera d6signee pour suivre at- tentivement les rapports qui seront faits par MM. les d6- Iegu6s sur les travaux de leurs societ6s respectives et sur les travaux personnels des hommes studieux de chaque pays ; sur les ecoles de peinture , sur les collections pu- bliques ou privies. Gette commission, presidee par M. le vicomte de Gussy, sera chargee de suivre attentivement ces rapports, de les analyser, de les comparer, deles grou- per par regions et d'en deduire des consequences qui se- ront presentees au Congres dans une des dernieres seances dela session, afin que ces observations puissent etre trans- mises aux diverses societes savantes par rintenndiaire de leurs d61egues. La meme commission sera charge de presenter un apergu sur les moyens d'6tablir de nouveaux rapports entre les societes savantes et les conseils g6neraux ; sur les moyens de faire mieux comprendre a ces corps elec- tifs Tutilit6 des institutions scientifiques locales , afin de vaincre leur indifference ordinaire pour ces institutions et de les determiner a les seconder par des subventions. Telles sont , messieurs, les dispositions reglementaires que je crois devoir vous rappeler. Nous esp6rons que Tor- dre le plus parfait regnera dans nos discussions , et je r- clame instamment pour le bureau Indulgence dont il aura besoin pour conduire a bien cette session. Nous y comptons, mes confreres et rnoi , et nous vous offrons tout le zele et tout le d6vouement dont nous sommes capables, en echange des sentiments que nous rite , il faut les aimer a cause de la v6rite ou des par- celles de ve>ite qu'ils contiennent; or la verite", c'est Dieu. L'auteur de I'lmitation, ce doux livre que des anges ont probablement oublie sur le seuil du moyen age , nous donne a tous un bel enseignement bibliographique dans ces pieuses paroles : Lorsque vous prenez un livre pour le lire, prenez-le comme le saint vieillard Simeon prenait l'Enfant-J6sus dans ses bras pour le porter et le baiser, et quand vous aurez acheve votre lecture fermez le livre , et rendez grace a Dieu de vous avoir fait'trouver un bon trsor dans son champ (3). Voila comment TEglise a fonde toutes les bibliotheques de TEurope. La revolution heretique du seizieme siecle vint les detruire avec tous les monuments des beaux-arts. Laissez-moi a ce sujet vous raconter la deplorable histoire de la belle bibliotheque de saint Benoit-sur-Loire. D. Claude Estiennot ^crit a D. Mabillon : (1) D. MABILLON , De re diplomatica, n 199. (2) LEBEUF, Dissertations, tome If. (3) Sic aceipe librum in manibus luis ad legendum . sicut Symeon Justus puerum Jesum in ulnas suas , ad porlandum et osculandum, et postquam legisti, claude librum, et gratias age de omni verbo ex ore Dei , quia invenisti in agro dominico thesaurum occultum. THOMAS A KEMPIS, Doctrinale Juvenum, cap. 5. 20 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Mon re" ve"rend pere , il ne faut etre que bien medio- crement vers6 dans la connaissance de 1'histoire , pour ne pas ignorer qu'il y a eu autrefois dans Tabbaye de saint Benoit-de-Fleury une 6cole florissante par le grand nombre d'ecoliers qui abordaient en ce lieu pour y puiser la piet6 et la doctrine. Et s'il est vrai que le nombre des ecoliers y fiit ordinairement de cinq cents et plus , et qu'il y fut du devoir de chacun d'eux de faire tous les ans pr6- sent de deux manuscrits a son inaitre, il est vraisem- blable que la reputation de la bibliotheque de ce monas- tere , quoique tres-grande , etait beaucoup au-dessous de sa richesse , soit pour le nombre , soit pour la bonte des manuscrits. Gette bibliotheque fut conserved en son en- tier jusqu'en 1562, epoque a laquelle elle f ut devastee avee le riche tre~sor par 1'mfame cardinal de Chatillon , son abbe commendataire. Le debris de cette bibliotheque fut recueilli par le juge Pierre Daniel , homme d'une Ktt6ra- ture peu commune dans un siecle plein dMgnorance. II detourna les meilleurs manuscrits ou il les racheta a vil prix a des soldats qui n'en connaissaient point la valeur, et ce qu'il put sauver de ce naufrage il le fit transporter a Orleans. G'est de ce magasin qu'il a tire la comedie de Plaute intituled Aulularia qu'il a publie*e en 156Zt. Il en a pareillement tir6 les commentaires de Servius sur Vir- gile , dont il fit present au public en 1'annee 1600 ; les epitres de Lupus , abbe de Ferrieres, que Papirius Masso a fait imprimer en 1'an 1588 ; les deux manuscrits de Justin avec le secours desquels Jacques Bongars rStablit le texte de cet historien. Pierre Daniel mourut a Paris en 1603. Paul Petau , conseiller au parlement , et Jacques Bon- gars, tous deux ses amis et ses compatriotes , vinrent a Orleans , et traiterent promptement de la bibliotheque du CONGRES DES ACADEMIES. 21 defunt avec le tuteur de ses enfants mineurs, a une somme de 1500 livres , de la valeur de laquelle biblio- theque ils taient pleinement informes a cause de Tamitie qui 6tait entre eux et Pierre Daniel, et du commerce qu'ils avaient ensemble par lettres , et ils se partagerent les manuscrits. La part de Paul Petau est, apres son'd6ces, tomb6e avec le surplus de sa bibliotheque en la possession d'Alexandre Petau, son fils, aussi conseiller au parlement de Paris, le- quel a beaucoup aide Andre Du Chesne avec les manus- crits de Fleury, dans son recueil des historiens de France ; et depuis quelques anne"esayant6tesollicitepar les agents en France de Christine, reinede Suede,d'accommoder cette princesse de ces manuscrits, il a entendu aux propositions qui lui en ont te faites et consent! a leur transport a Stockholm, ou sontaujourd'hui Iespr6cieuxoriginaux dont nous n'avons en France que quelques copies. Jacques Bongars fit voiturer sa part a Strasbourg ; il avait choisi cette ville pour etre le lieu de son sejour le plus ordinaire , l^tablissement de sa maison et le sie*ge de sa bibliotheque , a cause des nSgociations tres-fr^- quentes auxquelles il etait employ^ aupres des princes d'Allemagne. Gomme il n'avait point d'enfants, il eut la vo- lonte de faire part de ses biens r apres sa mort, a ceux aux- quels il avait donne part & ses affections, et par son tes- tament il donna sa bibliotheque Granicet, fils de son hOtesse de Strasbourg, que Ton a cru Tavoir touche de plus pres que de Tamiti^. Il mourut & Paris en 1612, et la nouvelle de samort ayant e"te portee & Heidelberg, Janus Gruterus decida le prince Palatin de tirer cette biblio- theque des mains de celui auquel elle avait ete* le"guee , qui n'eiait pas fait pour en faire un bon usage. 22 INST1TUT DES PROVINCES DE FRANCE. Les mouvements cTAlleinagne, a cause des pr6ten- tions mutuelles au royaume de Boheine, de Ferdinand em- pereur, et de Frederic prince palatin, attirerent dans le Pa- latinat les armes d'Espagne , commandees par le marquis de Spinola, et apres lui par Gonzalez de Cordoue ; et en- suite celles du due de Baviere, commandoes par le ge"- neral de Tilly, dorit le succes fut la prise d'Heidelberg au niois de septembre 1622 , et de la reddition d'une bonne partie du Palatinat sous la puissance du due de Baviere , qui, usant du droit des vainqueurs, disposa de la biblio - theque palatine par le present qu'il en fit au pape ; elle fut placed au Vatican par les soins de L6o-Allatius. Ainsi par un secret de la Providence divine, la bibliotheque de Fleury , assemblee par les religieux , dissipee par les cal- vinistes , recueillie par Pierre Daniel, catholique, tomb6e de nouveau en la possession des heretiques, est devenue Heritage du chef visible de FEglise et le patrimoine de Saint- Pierre (car plus tard, les manuscrits de la reine Christine furent deposes au Vatican). Voila, mon reverend pere, ce que j'ai tire du manus- crit de M. de Gyaz ; nous sommes a vous a la vie , a la mort (!). On ne peut pas se faire une idee des tresors litteYaires que la revolution heretique a detruits, a disperses, au xvi siecle , et de tous les manuscrits qu'elle a fait sortir de France. Mais Dieu veille sur les livres comme sur les fleurs, et aux grands mauxde TEglise il apporta de grands remedes. De nouvelles associations religieuses naissent et grandis- sent les oratoriens , les jOsuites. Partout ils batissent de^ (t) D. MABILLOS , OEuvrcs posthuraes, lorn. I , pag. 401 , in-4. CONGRtS DBS ACADEMIES. 23 colleges ; partout ils 6tablissent des bibliotheques. Le concile de Trente, en portant dans FEglise la ri&s. Puis la bibliotheque du college de la Trinit6 , donnee en 1731 aux 6chevins par M. Aubert, a la condition qu'elle serait publique trois fois par semaine. CONGRfcS DBS ACADEMIES. 25 3. La bibliotheque de Mortain, en Normandie, sorte de cabinet de lecture de haut-bord forme par quelques bons citoyens de la ville. Pour encourager Fetude, ces braves gens distribuaient chaque annee, le jour de la fete de Saint-Denis, deux prix de la valeur de cent livres. !\. La bibliotheque de Saint -Quentin, composee de 3,000 volumes donnes au public par le chanoine Claude Bendier. La commune ne logeait meme pas cette biblio- theque; elle etait au-dessus de la grande sacristie parois- siale. 5. La bibliotheque de Strasbourg, formee de divers fonds : le fonds de Jacques Sturm , le fonds de Marc Otton, et le fonds de Phistorien Schceplin. 6. La bibliotheque de Langres, entretenue aux frais du corps municipal , ouverte aux gens de lettres et dot6e en 1784 d'un buste en bronze de Diderot , par Houdon. 7. Et enfin la bibliotheque de Vesoul , donn6e a Th6tel de ville par Fabbe Bardenet. Elle 6tait administree par le doyen du chapitre , le plus ancien familier, le maire de la ville , et un bibliothecaire. On 1'ouvrait le mercredi et le vendredi. Je n'ai pas trouve d'autres vestiges de biblioth^ques en France. L'Etat n'en avait pas, et les communes en avaient sept, qu'elles avaient revues en pur don, Ainsi, excepte sept bibliothques , toutes les autres sont le produit de la spoliation revolutionnaire. Apr6s la r6volution, qu'avons-nous fait de ces glorieuses ; depouilles? Disons-le franchement. La grande culture a cesse ; les biensont 6t6 morcel^s 2 26 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. tout le monde a 6te proprietaire, et le nombre des pauvres s'est accru d'une maniere effrayante. Les monuments de Tart ont 6t6 en partie de'truits , et ceux qui restent , nous ne pouvons pas les entretenir. Les monasteres , qui e" taient les seuls contre-poids contre les abus excessifs de la centralisation, sont devenus des usines ou les ouvriers souffrent et se perdent , ou les maitres sont gene's par 1'industrie. Gertes, a 1'aspect des decombres amonceles dans nos grandes cites manufacturieres par rinsurrection affamee, quel bon citoyen, quel economists meme ne prefererait le voisinage paisible du couvent celui de la fabrique? Les monasteres etaient habites par des hommes de savoir, d'esprit , d'excellente compagnie ; aujourd'hui ils sont transformed en usines , en prisons , en casernes. D'apres Tenquete faite par le celebre lieutenant general de la police La Reynie , chaque moine revenait b 437 livres et h sols. Demandez au plus chetif de vos bache- liers universitaires s'il se contenterait d'un pareil revenu? Aussi toute la societe est declassee , bouleversee. Les livres ont ete entass^s dans des greniers , abandon- n6s a toutes les injures, laceres par des ecoliers , ou ven- dus aux epiciers , quand on ne les laissait pas pourrir honteusement. II y a eu d'honorables exceptions, je le sais , mais voil& pourtant Thistoire presque universelle des premiers ages de nos bibliotheques communales. Depuis quelques ann^es on se proccupe beaucoup , et j'en rends graces a Dieu , et aux municipalit^s , de Forga- nisation des bibliotheques de provinces; je serai heureux d'y concourir pour ma faible part , en recueillant dans ces pages les conseils d'une longue experience, CONG1ES DBS ACADEMIES. 27 II. Administration exterieure des bibliotheques par la Commune. L'administration municipale a le droit d'adniinistrer les bibliotheques communales, de les augmenter, et meme de les supprimer entierement par une vente publique. I. Le premier soin des administrations communales est de loger convenablement le dep6t litteraire. II est rare en France qu'on batisse des bibliotheques ; presque toujours on dispose d'anciens monasteres a cet usage, ou bien on leur reserve une des salles du col!6ge ou de Fhdtel de ville. Les anciens architectes avaient etabli certaines regies pour la disposition d'une bibliotheque, et ils y attachaient une religieuse importance. La bibliotheque devait s'ouvrir au soleil levant (1), dans un lieu solitaire et paisible, entour6 d'arbres et de parfums (2), les murs 6taient decores de peintures, d'or et d'ivoire (3). Les boiseries e"taient en cedre et en cypres. Les grandes bibliotheques modernes ont ete construites d'apres ces magnifiques idees ; ce sont les temples de la science. Je nommerai la bibliotheque du Vatican, avec ses armoires sculptees et ferm6es, ses riches peintures, qui repre"sentent, d'un c6te, les conciles, de Pautre, les bibliotheques antiques; ses inscriptions, qui sont comme des lemons solennelles; la bibliotheque impe"- riale de Vienne, la Royale de Paris , TEscurial et notre bi- bliotheque du Luxembourg , toute en marbre blanc et en chene sculpte" , avec un d6me, ou M. Eugene Delacroix a (1) Vitruve, lib. VI, cap. 7. (2) Ruris Bibliotheca delicati vicinam videt unde lector urbemHorat, lib. II, epist. 3. Voir aussi Martial, lib. VII, epist. IS. (3) Boetius, De consolat. philosoph., lib. I. 28 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. represent^, ets et dans Fint6ret des livres et des savants. III. Administration inte'rieure des bibliolhequespar les bibliothecaires. L'administration interieured'une bibliotheque embrasse deux parties essentielles : 1 La classification ; CONGRfeS DES ACADEMIES. 31 2 La conservation. Le premier devoir du bibliothecaire , c'est de mettre de Tordre dans le d6p6t qui est confie a ses soins, c'est un tra- vail honorable. Sans ordre et disposition , dit Gabriel Naude (1) , tel amas de livres que ce pent etre, fut-il de 50,000 volumes, ne meriterait pas le nom de biblioth&que, non plus qu'une assemblee de 30,000 liommes le nom d'armee s'ils n'etaient ranges en divers quartiers sous la conduite de leurs chefs et capitaines, ou une grande quan- tite de pierres et de materiaux celui de palais ou de maison, s'ils n'etaient mis et poses suivant qu'il est requis pour en faire un batiment parfait et accompli. GicSron interrompait ses glorieuses etudes pour disposer ses livres, les mettre en ordre et donner par la de Fame a sa maison enti&re (2). Pline le Jeune, dans la charmante description de sa maison de Laurentium, n'oublie pas sa chSre biblio- theque ou il avait rassemble de ces livres qu'on ne lit pas seulement, mais qu'on relit sans cesse (3). L'histoire qui loue Pisistrate d'avoir ouvert a Athenes la premiere bi- bliothfeque publique (/i) ne nous a rien transmis sur la classification de ces depots d'une fabuleuse grandeur. Dans le moyen age, il est probable que les manuscrits 6taient ranges suivant le systeme scolastique des sciences humaines, la th6ologie et le droit ayant la place d'hon- (1) Advis pour dresser une bibliolheque. ln-8, 1644, page 128. (2) Posteaquam mihi libros disposuit, mens addita videtur meis sedi- bus. Epist. Attic. VIII. (3) Parieti in Bibliolhecse speciem armarium insertum est, quod nou legendos libros, sed lectitandos capit, PLINE, Epist., lib- II, 17. (4) Libros Athenis disciplinarum liberalium publice ad legendum praebendos primus posuisse dicitur Pisistralus. AULU-&ELLE, Noct. Attic., lib. VI , cap. 17. 32 INSTITUT DBS PROVINCES DK FRANCE. neur. Les premiers essais de classifications bibliographi- que commencent avec le d6veloppement de rimprimerie qui inultiplia les livres. Les premiers catalogues sont les catalogues officinaux des Aides et des Estienne. Et pour mesurer la route parcourue en quatre siecles il n'y a qu^ mettre en regard le simple et rarissime feuillet publi6 en 1498 par Aide TAncien (1), etl'6norme index de 2,000 pages du libraire anglais Bohn. Conrad Gesner, dans la seconde partie de sa Bibliolheca wiversalis imprim6e a Zurich en 1545, aborde d'une ma- niere tres-large la classification des livres en partant de la grammaire pour arriver a la th6ologie qui est le couron- nement de Tedifice. Un Frangais , Christofle de Savigny. adopta cette classification dans ses Tableaux accomplis de tons les arts liberaux , imprimis en 1587. Et pour le dire en passant, nous trouvons dans cet ouvrage curieux devenurare le modele sur lequel, vingt ans plus tard, Bacon devait tailler son arbre encyclopMique. Le systeme bibliographique fut Tobjet des speculations d'un grand nombre de savants : Florian Treffer (2), Mor- hof (3), Leibniz (Zi), Middleton (5). Mais on peut reduire a huit grandes et principales formules tous les Merits didac- tiques sur ce sujet. Nous allons les exposer brievement et exactement. (1) Libri graeci impressi. A la Biblioth^que royale. (2) Sa methode pour classer les livres fut irapriraee a Augsbourg en 1560. (3) Dans son Polyhistor. Lubeck, 1748, torn. I, pag. 37. (4) Idea Leibnitiana bibliothecae public* secundum classes scientia- rum ordinanda3, fusior et conlraclior. Edit. Dutens., torn. V. (5) Bibliotheca3 Cantabrigiensis ordinandac melhodus quaedara. Dans les melanges anglais de Middleton. In-4, torn. III. CONGRES DES ACADEMIES. 33 1. SYSTEME D'ARIAS-MONTANUS (1598). Ce savant orien- taliste a classe la bibliotheque de TEscurial d' apres un plan tout nouveau et dont il est tresdifficile de se rendre compte. D'abord il a s6pare les ouvrages ecrits en langues differentes, le latin du grec, et erisuite les imprimis des manuscrits , et apres cela il a partage les livres en 64 ob- jets d'etude. Les ceuvres des grammairiens forment la premiere classe; ils sont suivis des dictionnaires, des traites sur Tart d'ecrire, sur la fable , sur la po6sie , sur 1'histoire. Apres la cosmographie, la philosophie, la juris- prudence, les arts, apparaissent les bibles, les peres, les commentateurs des ecritures, les conciles, le droit cano- niquc , les theologiens scolastiques. Gette distribution a ete modifiee par Gasiri dans sa somptueuse bibh'olhcquc de VEscurial (1) qui rejette , sans plus de raison la geo- graphie et Thistoire apres la thdologie. If. SYSTEME CLEMENT (1635). Ge savant jesuite fraAcom- tois, dans un curieux volume plein d'observations utiles sur Porganisation des bibliotheques (2), etablit ainsi les principales divisions: th6ologie, droit, philosophie, ma- thematique, physiologie , medecine , histoire sacree , his- . toire profane , polygraphes , orateurs et rheteurs , poetes et grammairiens.Ges classes, dont on n'aguere fait dans la suite que transporter les sections d'une place a Tautre en en multipliant les sous-divisions,se retrouvent dans presque tous les systemes dont il nous reste a parler. Ismael Boulliaud appliqua ce systeme a son excellent catalogue (1) Bibliolheca arabico-hispanica escurialensis. Madrid, 1760, in-fo!., 2 vol. (2) Musei, sive Bibliothecae lam privalae quam publicee extruclio, inslructio. Lyon, 16^5, in-4. 34 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. de la bibliotheque de Thou (1) et la bibliotheque royale de Paris Tadopta en le modifiant unpeu. IU.SYSTEME NAUDE (1643). Dans Tavis de Naud6 pour dresser une bibliotheque, je lis ces paroles pleines de bon sens, et qui resteront toujours justes et applicables : C'est pourquoi ne faisant autre estime d'un ordre qui ne peut e"tre suivi que d'un auteur qui ne veut etre entendu , je crois que le meilleur est toujours celui qui est le plus fa- cile, le moins intrigue , le plus naturel , usite" , et qui suit les faculty's, thque tout ce qui a ete ecrit sur la province et la ville , et les livres de tous genres qui y ont ete imprimes. Join- 3 50 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. dre i\ cette collection provinciale une collection (Tauto- graphes des personnages celebres de la province, leurs portraits , et des planches topographiques concernant la province. 7 Les moyens de conservation sont : Veiller a ce qu'aucun livre ne sorte sans etre inscrit; Faire rentrer les livres exactement, et les visiter; Ne jamais preter un volume a gravures, ou richement reli6, ou appartenant a de grandes collections; Faire epousseter les livres chaque anne~e; Laver et revernir les dos; Dormer de Tair a temps , et preserver les livres des ar- deurs du soleil. Cette lecture est accueillie par de nombreux applaudis- sements. La parole est & M. de Chennevieres pour lire un travail sur la classification d'un musee de tableaux et sculp- tures. Messieurs , dit M. de Chennevieres , charg6 par M. le directeur de Tlnstitut des provinces, de rediger un spe- cimen de catalogue uniforme , applicable a tous les mu- sees de tableaux , de dessins et de sculptures qui se sont fondes un si grand nombre dans les villes de province de- puis la revolution de 1789, j'ai pens6 que ma tache se bor- nait a consulter deux autorite's serieuses : avant tout et toujoura Tautorit^ du senscommun, et puis 1'au tori te" des bons catalogues anciens et nouveaux. Permettez-moi , messieurs, de vous soumettre imm6- diatement ce programme succinct : CONGRES DBS ACADEMIES. 51 ARTICLE P r . Raconter, dans une introduction , Thistoire de la for- mation du musee , quels en ont ete les fondateurs , les bienfaiteurs ; citer les arret6s de fondation , les arti- cles de legs , etc. ; par quelles donations successives s'est-il enrichi ? quels divers locaux a pu occuper suo cessivement la collection municipale ou de"partementale ? une breve histoire du local qu'elle occupe actuelle- ment , et par les soins de quel architecte s'est faite 1'ap- propriation de ce local. Description des salles du mu- se" e, et dans quel ordre les objets d'art y sont-ils disposes? ART. IL Division des tableaux en trois ecoles principales : d'a- bord Fitalienne, puis la flamande et hollandaise , et enfin rcole franchise. Ordre alphab6tique des noms suivis dans chacune de ces trois divisions. ART. III. 1 Le nom patronymique du peintre, ses prenoms ; la date et le lieu de sa naissance , le lieu et la date de sa mort; son maitre, dans quels pays a-t-il 6tudi6 ; faits prin- cipaux de sa biographie ; quels f urent ses Sieves ; 2 Titre du tableau ; 3 Sa hauteur et sa largeur, mesur6es suivant le sys- teme m6trique ; !? Sur quelle matiere , bois , toile on cuivre, a-t-il enu, il y a quelques instants a peine, que je de- vais vous entretenir de Putilit6 de 1'introduction de la pra- tique du drainage, je viens, messieurs, me renfermer dans des considerations restreintes et toutes pratiques , en abandonnant les de"veloppements theoriques : 1. Quel est le but du drainage? 2. Quels sont les re"sultats financier et economique , et sanitaire du drainage? 3. Quel est le mode d'exe"cution et quels en sont les moyens ? A. Quels sont les vosux a emettre pour favoriser et re*- pandre la connaissance et la pratique du drainage ? Les vceux emis proposes par le rapporteur ont 6t6 modifies par un vosu unique propose par M. de Saint-Her- mine, apres les observations de MM. Cordier et Ga- reau, M. Denis demande si, au lieu de solliciter le con- cours du gouvernement, comme nous le faisons a presque toute occasion , le moment ne serait pas enfin venu de laisser la nos lisieres et d'essayer de marcher nous-memes dans la voie des ameliorations que nous apercevons ou que nous indiquons memo ; et si , dans le cas dont il est question, les associations et les soci6t6s agricoles ne pour- raient pas elles-memes indiquer ce qu'il y a de mieux a faire. M. le Rapporteur cite quelques rsultats obtenus dans le drainage qui prouvent de plus en plus combien sesutiles methodes, quand elles sont appliquees avec discernement, peuvent produire d'heureux resultats. 12 et 15 O/o de b- CONGRfcS DES ACADEMIES. 81 ne~fice ne sont pas rares, 20 meme ont quelquefois 6t6 obtenus. M. Gareau, qui a deja justifi6 , par la pratique et (Tha- biles essais , les faits signales par le rapporteur, rappelle que PAngleterre , en garantissant, par un bill, Pemprunt d'une somme de 186 millions destines a favoriser les des- sechements que la methode du drainage paraissait devoir assurer, a ainsi determine les proprietaires du sol a de- penser eux-memes une somme de plus de 900 millions qui ont e"t affectes aux travaux de Tagriculture. Les travaux du drainage ont, d'une autre part , cela de tres-avantageux qu'ils s'ex6cutent pendant Tlriver et peu- vent procurer ainsi du travail a une population nombreuse que les chomages de la morte saison portent trop sou- vent a e"migrer vers les villes. Quant aux meilleures methodes de drainage recomman- d6es jusqu'a present par les publications qui ontet6 faites directement ou empruntees a FAngleterre , nous croyons d'apres notre propre experience, dit M. Gareau, qu'il faut regarder jusqu\\ ce moment le tres-petit livre de M. Lupin comme ce qui a ete dit de meilleur et de plus complet sur la matiere. D'autres publications plus volumineuses ne seraient propres qu'a ^garer les agriculteurs qui vou- draient se livrer a ce genre de travaux. L'assemblee en remerciant M. Gareau de cette inte>es- sante communication, demande que Topuscule de M. Lupin, compose de six pages seulement, soit publie a tres-grand nombre aux frais du Gongres, distribu6 gratuitcment a tous les cornices et societSs agricoles en meme temps que reproduit dans VAnnuaire de Tlnstitut des provinces. M. de Caumont complete ce vceu en adressant des re- merciments publics a M. Gareau pour la gracieuse obli- 82 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. geance qu'il a bien voulu inettre a autoriser les hoinmes qui voudraient 6tudier les meihodes de drainage , a en 6tudiertous les elements sur sa propre exploitation, et a y envoyer meme des apprentis qui pourraient prendre part aux travaux qu'il poursuit avec un succes et une intelli- gence si digues d'attention. L'assembl6e, en acceptant les conclusions de M. de Vi- gneralles et le vceu precedemment 6mis sur la reproduc- tion de Tinstruction de M. Lupin , reprend son ordre du jour. M. Cordier a la parole sur la question de la boucherie. M. Gordier avait precedemment presente & rassemble> une proposition relative & cette question. On a envoye a tous les prefets une lettre reel am ant des renseignements sur tout ce qui regarde la boucherie. M. Cordier reclame les lumieres et les conseils de Tin- stitut sur ces matieres , qui sont depuis longtemps Tobjet de sa sollicitude. M. Gordier signale une serie de questions dont la solu- tion est cherchee par la commission. Une partie de ces questions est relative & la produc- tion ; la seconde a la consommation. L'asseniblee prend en consideration la proposition de M. Cordier. M. de Montreuil a la parole au nom de la commission agricole sur la question de savoir quelles sont les princi- pales causes de la misere de Tagriculture. Trois faits generaux dominent la question : 1 L'abondance des recoltes depuis trois annees et rex- tension donnee, en 1847 et 1848, a la culture des fro- ments. (Gette abondance est plus qu'amrm^e par Texporta- tion considerable faite en Augleterre.) CONGRfeS DES ACADEMIES. 83 2 Le deficit de 1847, exage>6e par la crainte, et qui a determine des arrivages supe>ieurs aux besoins. 3 L'absence de credit et de confiance a la suite des eve- uements de 1848. A ces faits ajoutons ces causes secondaires : On n'a pas fait d'approvisionnements commerciaux , et Fon a supprime plusieurs de ceux qui concernaient les grands services publics. Un decret , celui du 14 Janvier 1850 , a autoris6 la mouture des bls etrangers sur le littoral mediterranean. On devait les reexporter , mais la fraude les a francises, et ils sont ainsi introduits a Marseille dans une proportion qu'on estime etre au moins de 33 p. 100. Et puis , ce qui determine surtout la persistance de 1'a- vilisseinent des prix , c'est la profonde detresse du labou- reur, II ne peut tirer un parti avantageux d'aucun de ses produits ; il se voit contraint de vendre a un tres-bas prix pour satisfaire a ses engagements envers ceux dont il tient ses terres, et envers ses ouvriers. L'ensemble de ces causes pese sur tous les produits de Tagriculture. Les menus produits , si importants dans les fermes, recoivent un nouvel echec du decret du 20 de- cembre 18/]9, qui double les droits d'octroi a Tentree de la ville de Paris en ce qui concerne les beurres , les vo- lailles et les ceufs. line ferme de cinquante vaches , par exemple, payant 1,500 fr. d'impots annuels, livre cinq mille kilogrammes de beurre a Paris lorsqu'elle est dans le rayon d'approvisionnement. Or Taugmentation des droits d'entree la frappe sur tous les produits de basse- cour de pres de 500 francs ! Tels sont les faits auxquels la commission attribue la ci&resse agricole. Le bon marehe des denreas alimentaires 84 INST1TUT DBS PROVINCES DK FRANCE. est desirable; il faut le poursuivre, mais en veillant at- tentivement sur la juste remuneration des services pro- ductifs. Autrement on fait fausse route : c'etait Tavis de TURGOT, ce grand homme de bien , quand il disait : Les exces de bas prix et de cherte sont egalement funestes ; ils sont a la vie economique ce qu'est a Fhomme Texces du froid et de la chaleur. 11 faut craindre Texag6ration du bas prix , car il resserre la production, il ne recompense pas le travail. Si retat actuel se prolongeait , on devrait craindre qu'il n'alterat le capital agricole. Le laboureur voit diminuer ses instru- ments de culture ; il se tourne vers des cultures indus- trielles plus profitables que les cereales; c'est un symp- t6me menac.ant; car c'est ainsi, et cette remarque est encore de TURGOT , que , naturellement , et independam- ment des causes atmosphe>iques , des anne"es de pe"nurie et de souffrance succedent a celles ou les produits des cer^ales n'ont pas trouve leur prix remunerateur. Le benefice rural fait le progres agricole ; il etend les cultures , il augmente les richesses du pays. Sans Tepargne du laboureur on chercherait en vain la vie a bon marche ; on ne peut la trouver que par la pro- duction augmentee , et cette production ne peut augmen- ter que par suite de la juste remuneration de tous les ser- vices productifs. La commission , preoccupee des souffrances de Tagri- culture, soumet au Congres les propositions suivantes : 1 L'etablissement dMnstitutions de credit; 2 Que les approvisionnements en cereales soient main- tenus dans tous les grands services publics ; 3 Qu'un minimum d'approvisionnement soit impost au CONGRES DES ACADEMIES. 85 commerce de la boulangerie, conformment au vceu 6mis par le Congres agricole de 1850 ; U Que Ton rapporte le d6cret du 14 Janvier 1850 , con- cern ant la mouture des bles Strangers ; 5 Qu'on maintienne les tarifs protecteurs ; 6 Que les droits de Toctroi de la ville de Paris , relati- vement au beurre , ceufs et volailles , soient ramens an chiffre anterieur au decret dedecembre 18/|9; 7 Que TEtat, en continuant le reseau des chemins de fer, consulte les populations et ait gard & leurs vceux. M. de Montreuil termine son rapport par ces paroles, . qui sont vivement accueillies : Mais le premier besoin de Tagnculture , c'est la securite, c'est la confiance, c'est un lendemain ! M. Du Chatellier a la parole. II croit que le gouvernement , dans les deux grandes crises queTagricultureatraverseesdepuis depuis peud'an- n6es, la disette de 1847 et les embarras d6sastreux sur- venus a la suite de 18A8, auraient pu s'environner de ren- seignements qui sont toujours a sa disposition , et qui auraient certainement contribue a jeter du jour sur les nombreuses perplexites du pays. M. Du Chatellier dit qu'il ne veut pas ajouter a ces ren- seignements plus dMnteret qu'ils n'en meritent. Mais il persiste a croire qu'ils pourraient, sur beaucoup de points , eclairer la marche de Tadministration comme de Fagriculture elle-meme et dire au moins ou est le mal , d'ouilvient, quelle marche il a suivie, quels resultats desastreux il a amenes. G'est ainsi que , dans la pense de Torateur, il aurait ete necessaire, au milieu des vagues allegations produites chaque jour sur les causes de la d- tresse que nous subissons, de savoir comment r&6vation 86 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. des fennages et Taffluence des capitaux dans les cam- pagnes avant 18A8 avaient determine , & la suite de la revolution , pour le fermier comme pour le proprietaire , cette extreme pe"nurie de capitaux qui les force aujour- d'hui i\ arreter leurs travaux d'amelioration et a consom- nrer la vente de leurs produits a des prix reduits et telle- ment abaisses, qu'il n'y a plus de remuneration pour le travail le plus pe*nible. Mais le remede ! le remede ! disent quelques mem- bres. Je le sens bien comme vous , dit M. Du Ghatellier ; 1& est toute la difficult^!... Mais enfin si ce sont les capitaux qui manquent... pourquoi, dans ce moment de supreme detresse, ne se rappellerait-on pas que les millions pr6- leve"s sur Tagriculture par les 45 centimes, ont et6 dans un moment de penurie, la derniere cause de sa detresse, et qu'il y aurait justice alui en rendre au moins une partie en institutions de credit ou de banque, capables de la sous- traire & Faction usuraire des faiseurs d'affaires et surtout aux surcharges que les droits du fisc lui imposent en cas d'eniprunt ? M. Cordier. M. Du Chatellier signale le mal... , mais, quand il s'agit d'indiquer le remede..., il indique des choses impossibles..., il parle de reprendre les 45 cen- times... Plusieurs voix. Non, non... il a retire sa proposition. M. Cordier. Alors il n'a rien propose !... II a accuse le gouvernement... qu'on accuse toujours... il n'a rien in- dique... Vous etes des hommes speciaux, trouvez des re- medes reels. M. Du Chatellier reprend la parole et rexrtifie Tinterpre- CONGRES DES ACADEMIES. 87 tation donn6e par M. Cordier qui ne rend pas complete- ment sa pensee. M. de Guernon-Ranville. On a parle des fautes des gou- vernements... on ne parle jamais decelles des gouvernes. Comment le gouvernement peut-il venir a notre aide? II y a des remedes!... Qu'on allege les nouveaux droits d'octroi... que I'octroi rentre dans ses anciennes limites... qu'on Tall^gel Voila mon premier vceu ! II faudrait augmenter les voies de circulation ; il fau- drait qu'il y eut partout des chemins de fer. Autrement, on se trouve dans une inferiorite relative injuste ! A ce point de vue la Normandie est vraiment desherite'e. Que le gouvernement dote done egalement toutes les parties du territoire de voies de fer, et que pour la direc- tion on consulte les populations ! Le chemin de fer de 1'Ouest, s'il est fait tel qu'on le pro- pose, nousruine. Si le chemin de fer de Normandie n'est pas fait en meme temps que celui de Rennes , nous sommes ruines ! Quant aux banques de credit dont on parle, j'ai peur que ce ne soit un remede chimerique et plein de perils : rien ne ruine comme les emprunts faciles. Ce qu'il nous faudrait, ce serait la diminution des frais de procedure pour expropriation. L'expropriation ruine le de"biteur sans enrichir le cre"ancier. M. Raudot. En Angleterre, aujourd'hui les denre"es ali- mentaires entrent en franchise. On y enverra nos produits si nous ne baissons nos octrois. On demande la p6re"quation de Timp6t ; elle est impos- sible , a cause des Hyalite" s jalouses de tous les pays. Quant a la question des chemins de fer , elle est e"gale- 88 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. ment difficile. La Normandie demande trop : elle a deja beaucoup ! Le gouvernement n'est pas riche, n'exigez pas trop de lui. II faut finir les lignes commences avant d'en faire d'autres. M. le comte d'Ison. Je suis convaincu que les elections trop rapproche"es troublent tout. Si nous n'avions a voter qu'en 1852 les affaires reprendraient. Ce qu'il faut encore a Theure qu'il est, quoi qu'en dise Thonorable M. de Guernon, c'est restitution des e*tablisse- ments de credit. M. le president met aux voix les propositions de la com- mission d'agriculture. Ges diverses propositions sont adop- te"es a une forte majorite". 4rcheologie.Ve Mellet, president ; Duprat Ditorand , secretaire. Agriculture. Comte de Saint-Hermine , president ; comte de Guernon-Ranville , vice-president ; de Montreuil, secretaire. Sciences naturelles. Cap, president ; Gu6ranger , se- crStaire. Lilterature et socie'tes savantes M. de Cussy , presi- dent ; M secretaire. La stance est Iev6e a cinq heures. DBS ACADEMIES. 89 SEANCE DU 22 FEVRIER. (Presidence de M. A. PASSY.) M. le president engage MM. de Contancin , Cap, Mansel, de Stassart, a sieger au bureau. M. de Kergorlay engage les membres qui auront pris la parole a s'entendre avec les secretaires sur la redaction du proces-verbal. Le Congres recoit i\ litre d'hommage les ouvrages dont les titres suivent : Glossaire elymologique et comparatif du patois pi- card ancien et moderne , precede de recherches philolo* giques et litteraires sur cedialecte, par Tabbe" Jules Cor- blet. De Vordre social. Etudes politiques , par M. E. de Montlaur. Bibliotheque d' elite. Essais litteraires. Portraits, paysages et impressions , par le comte Eugene de Mont- laur. Recherches sur les eloiles filantes , par MM. Coulvier- Gravier et Saigey. Courte refutation du long rapport de la commission des brevets beiges. Nouvelles machines motrices dites electro-dynamiques du professeur Page. Enumeration des insectes qui consomment les tafiacs.. par M. Guerin Meneville. 90 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Culture de la cochenille en Algerie, par M. Guin Me"neville. Ex trait des materiaux recueillis a la magnanerie ex- periment ale de Sainte-Tulle , par M. Gu6rin Meneville. Analyse des experiences sur la muscardine et les autres maladies des vers a sole en 1849, par MM. Gu6rin M6ne- ville et Eugene Robert. Annuaire des cinq departements de Tandenne Nor- mandie, publi6 par FAssociation normande, 1851. Observations sur Venseignement agricole, par M. de La Chauviniere. Notice historique sur V agriculture de France t suivi* de quelques considerations sur la necessite de creer des chambres consultatives pour Industrie agricole , par M. D. de La Chauviniere. Guide des cornices et des proprie'taires t par M. D. de La Chauviniere. Question des cereales , par M. D. de La Ghauviniere. M. de Loriere, charge d'un rapport sur la direction a donner aux etudes botaniques dans les departements, pro- pose d'engager lesbotanistes a composer des flores locales, lorsqu'il n'en existe pas ; on devra, dans tous les cas, ap- puyer ces travaux par la composition d'herbiers que Ton d poserait soit au musee de la ville , soit dans les archives des socit6s savantes. Ces herbiers seraient formes d'a- CONGRfcS DBS ACADEMIES. 91 pres les indications ordinaires formulees dans les traites de botanique. M. Gap presente sur le meme sujet un second rapport dont les conclusions sont les suivantes : recommander aux botanistes, dans leurs recherches locales, d'insister sur les observations relatives a la geographic botanique, appuy6es sur les donnees fournies par la geologie et la meteoro- logie. Ces observations , tres-importantes pour Fagricul- ture, fourniraient par la suite les elements d'une slalisti- que vegetate. Ge travail, entierement neuf, servirait a constater la predominance relative de certains groupes vegetaux dans chaque subdivision regionale , et , en montrant les instincts, les predilections naturelles des plantes, il eclairerait les agriculteurs sur le choix des lo- calites les plus favorables a certaines cultures. M. de Mellet prend la parole sur les deux rapports. II croit que c'est bien a la campagne qu'il faut etudier ; mais il ne faudrait pas s'attacher outre mesure a la specifica- tion, il faudrait dresser des catalogues ou des flores lo- cales considerees en general. II ne faut pas ceder a la ten- dance trop commune de creer des especes nouvelles parfois douteuses, il faut surtout former des herbiers. M. de Lambertyes a dresse un catalogue raisonne de la bo- tanique du departement de la lyiarne. II a r6uni un her- bierou setrouvent,moinsquarante, toutes les plantes dont , il est question dans le catalogue. II y a joint une carte*geo- logique dressee au point de vue botanique. C'est la un des meilleurs exemples que Ton puisse proposer a Timitation des savants de province. M, des Voidy habite un departement et un canton ou se trouvent presque tous les terrains. II s'est occup6 de la botanique locale. Aucune plante du terrain jurassique ne 92 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. vient naturellement dans le terrain n6ocomien. La deter- mination exacte de Fespece , de la vari^te" , est ncessaire pour ces sortes de recherches. Dans le terrain de Saint- Sauveur (Yonne), sur douze cents plantes, trois cents en- viron vivent sur le terrain jurassique, et ne se rencon- trent nulle part ailleurs. Quand il y a melange des terrains, il y a aussi melange des flores. L'indication gologique a done une tres-grande importance. Les propositions des rapports pr6ce"dents sont adoptees. M. de Mellet demande que le Congres exprime le vceu que la botanique appliqu6e soit enseigne"e dans les e"coles norm ales et primaires. M. Sellier a la parole. II ne faut pas , dit cet honora- ble membre , separer les etudes scientifiques proprement dites des applications. L'agriculteur doit avoir des notions de botanique precises , en meme temps que la pratique des choses usuelles. Cette derniere n'a pas encore et6 suffisamment 6 clairee par la science ; il faut porter remede a ce triste etat de choses. M. le president fait observer que la question a 6t trai- tee dans la commission de Fagriculture. M. Sellier insiste pour que Tetude de la botanique soit introduite dans Tenseignement primaire des hommes et des femmes. M. de Loriere re"pond ^ 1'orateur precedent. La section au nom de laquelle il a pris la parole est essentiellement scientifique; elle a du renvoyer a une autre section les questions d'application. Quant a Tenseignement scienti- fique, il existe a T6tat de programme : on doit demander seulement que le programme soit execute". M, des Voidy voudrait voir s'Stablir Tuniformit^ de d6no- CONGRfcS DBS ACADEMIES. 93 minations dans les ouvrages de botanique agricole. Le nom scientifique seul devrait toujours etre employe. M. de Loriere ne croit pas a cette necessite. M. Charles Bonaparte a la parole. II rappelle que , dans les sciences naturelles , la nomenclature a une importance extreme. Tournefort dsignait une plaute par une phrase. Linne , en 6tablissant la nomenclature dont nous suivons encore aujourd'hui les regies, a rendu un service im- mense. Tout naturaliste digne de ce nom protestera con- tre ceux qui voudraient nous faire retrograder jusqu'a Tournefort. M. de Vibraye a la parole pour la lecture d'un rapport relatif a la culture et a racclimatation des arbres r6- sineux. Messieurs , Depuis quelques anne"es le gouvernement semble se pr6occuper avec une louable sollicitude de Famelioration des contrees les plus improductives du sol frangais, et la Sologne, que j'habite, fut mise naturellement en premiere ligne. Mais aujourd'hui la question doit demeurer pen- dante , et le Gongres scientifique du mois de septembre, dont le siege est Orleans , devra convier, nous Tesperons, tous les agriculteurs et praticiens a concourir par leurs avis et leur experience a Tceuvre de regeneration de la contre"e qu'ils habitent. Aussi ne doit-on pas aborder au- jourd'hui Tensernble de cette grande question ; je veux seulement soulever le coin du voile qui la recouvre dans les limites du programme de ce Gongres. Le point de la question qu'il nous engage a traiter est Tintroduction de ve"ge"taux propres aux differentes zones, botaniques ou climateriques. II ne s'agit ici que de poser les bases ; c'est 94 1NSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. un Edifice auquel chacun doit travailler , il faut des au- jourd'hui commencer Tceuvre, et je viens y apposer ma pierre. On se preoccupe a juste titre des moyens d'utiliser toutes les parties du sol franc, ais , et je m'en applaudis ; mais les annees qui viennent de s'ecouler doivent mal- heureusement nous apprendre a ne point abuser de la production des c6reales , et l'expe>ience , ou mme trop souvent les deceptions et la ruine d'un certain nombre d'ameliorateurs , doivent nous convier a la prudence et it la juste appreciation destravauxa eritreprendre. On pre- tend ameiiorer les sols pauvres au moyen de la culture ; les generations futures verront cette ceuvre , si vous avez assez de Constance et assez de capitaux a sacrifier pour y perseverer : autrement c'est une deception, c'est une ceuvre completement illusoire. Les sols pauvres , sauf de rares exceptions , sont destines a une autre mission : au- trement il faudrait violenter la nature , restituer a force de bras a la terre les elements constitutifs dont elle manque. Ce ne sera plus ameiiorer le sol , mais le recon- stituer sur des bases completement nouvelles. G'est une possibilite mecanique , materielle, mais ruineuse, mais chimerique du c6te de Texecution. Que ferons-nous done des sols pauvres , sinon des bois , dont la France est au- jourd'hui si pauvre, et que son etat climaterique reclame imperieusement ? Nous sommes encore & retat d'enfance relativement a Fintroduction des plantes utiles a nous approprier ; nous negligeons les richesses qu'il nous faudrait acquerir, nous acceptons ce qui se trouve sous notre main , parce qu'il nous faudrait trop d'efforts, probablement, pour nous ap- proprier d'utiles conquetes. Ici , messieurs , je ne con- CONGRES DES ACADEMIES. 95 vierai pas les societes des provinces a resoudre un difficile probleme , en se preoccupant des a present de 1'introduc- tion d'especes exotiques, utiles a introduire, a replace? dans leur milieu , dans nos differentes zones botaniques ; mais ce dont je dois m'etonner, c'est de voir 1'Europe meme cacher des tresors que jusqu'a ce jour nous n'a- vons, je ne dirai pas essaye, mais pas meme songe a nous approprier. De ce nombre, et en tete de la serie , se place naturelle- ment le pin d'Autriche , dont 1'introduction me semblerait e"minemment desirable pour le climat et les terrains de la Sologne , aussi bien que pour les arides formations creta- cees de la Champagne. Vous allez vous-memes en juger par un resume succinct de ses proprietes. Boss , professeur a 1'Ecole forestiere de 1'empire d'Au- triche , decrit au long cet arbre dans une monographic toute speciale et le designe sous le nom de pinus nigra ausiriaca , schwarze Fohre des forestiers allemands. Cet arbre croit specialement dans les plaines de la basse Au- triche , entre Klognitz et Wiener-Neustadt ; c'est la qu'il se developpe sur une plus grande e"chelle ; on le rencontre encore dans les montagnes de la Styrie , de la Groatie , du Bannat , et sur quelques points des rivages du Danube, mais on ne le trouve pas dans les Alpes , non plus que sur les Carpathes. Tenore , qui Tobservait d'abord en Au- triche, le signale ensuite dans la Flora napolitana, comme croissant spontanement sur plusieurs points des monta- gnes du royaume de Naples. Je ne m'etendrai pas sur la synonymie ; je ne mentionnerai pas les arbres qu'on assi- mile plus ou moins legitimement au pin d'Autriche ; ce qu'il s'agit de constater ici, c'est que le veritable pin d'Autriche est tout recemment introduit en France aussi 96 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. bien qu'en Angleterre, de 1835 & 1836. En 18&1 , je con- statais sa presence dans les forets de la Carniole ; il 6tait encore si peu connu, qu'a cette epoque nous Tavons cher- che vainement, M. Brongniart etmoi, dans lesherbiers du jardin des plantes , et lorsque parut la monographic de Hoss, les botanistes le confondaient encore avec le pin syl- vestre , le pin maritime et le laricio , peut-etre parce que cet arbre change de caractere suivant Texposition, le climat, la nature du sol et Page de I'individu qu'on ob- serve. Je ne m'appesantirai pas ici d'ailleurs sur Tensem- ble de ses caracteres botaniques ; il suffira de dire en quoi son introduction ou plut6t sa divulgation semble utile. Ses racines ont la propriete de s'etendre a fleur de terre, et meme a decouvert, sur les roches calcaires, lors- qu'eiles ne trouvent aucun moyen de plonger dans le sol par une fissure. Le pin noir atteint une hauteur de 100 pieds d'Autriche , 31 metres 60 centimetres , sur un diametre de 95 centimetres a 1 metre 26 centimetres. II est fort important de ne pas confondre le pin d'Au- triche avec le pin laricio son congenere. Relativement a leur Divulgation dans les differentes zones botaniques , et relativement au climat, le pin laricio , comme le pin mari- time, appartient aux zones meridionales et sort de son milieu lorsqu'on Tintroduit dans le Nord ; le pin d'Au- triche appartient a des zones plus tempe're'es ; ce dernier pin , qui perd ses caracteres sur les rochers des environs de Trieste , vegete encore au nord de Berlin ou le laricio ne pourrait probablement pas vivre. On repondra peut-etre : a quoi bon Introduction d'un nouveau pin dans les sols pauvres impropres a Tagricul- ture , lorsque nous possedons deux arbres qui semblent suffire aux exigences de ces contrees , le pin sylvestre et COKGRfcS DI.S ACADEMIES. 97 le pin maritime ? Je crois que, dans nos climats temperes, la qualit6 du pin d'Autriche , qui se retrouve dans son milieu , doit Temporter sur le pin silvestre , dont la qua- lite du bois, dans les regions froides, est due a la lenteur de faccroissement annuel de ses couches ligneuses ; quant au pin maritime, il cesse de croitre et se developpe difficilement au nord de Paris. Plus j'etudie cet arbre , plus je le considere comme sorti de son milieu dans nos contrSes, comme arrivant au centre de la France sur 1'ex- treme limite de sa croissance ; est-ce & dire qu'il faut im- me*diatement le proscrire dans ces conditions , alors que nous n'avons pratiquement rien a lui substituer? Je suis loin de conseiller une pareille imprudence, non plus que de me lancer moi-meme dans une voie si dangereuse ; je veux seulement provoquer en faveur du pin d'Autriche un commencement d'execution , dans 1'intime conviction ou je suis de Futilite de son introduction dans la grande culture. Dans le centre et Touest de la France, le pin ma- ritime a perdu la majeure partie des qualites qu'on lui reconnatt dans les contr6es meridionales , soit comme accroissement et qualite de bois, et consequemment comme ligneux, soit pour la quantite", la qualite meme de sa resine. Les resiniers, je le veux bien, commencent a se repandre en Sologue et dans le Maine , et les pro- pri6taires qui jouissent a peine de ce nouveau produit acclament les resultats comme admirables ; ce que je puis iidmettre ju^qu'a plus ample informe, c'est que les pins maritimes, en Sologne et dans le Maine, rendent en effet de la resine, mais combien? Jeme suis Iaiss6 dire par un proprietaire impartial , parce qu'il est a la fois pro- prietaire en Sologne et dans les Landes , que bien des r&siniers venusdans la Sologne orleanaise pour y chercher 5 98 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. fortune, s'en retournent dans les Landes, decourage"s ou trompe"s sur le rendement qu'ils espe"raient obtenir de reparation du gemmage. C'est done 11 la fois comme produit ligneux et comme produit industriel que Fexten- sion de la culture du pin d'Autriche me semble essentiel- lement desirable. Hbss,ayant compart cette essence avec le pin silvestre , a de"montre par des tableaux que, jusqu'a soixante ans, le pin d'Autriche Femportait en volume sur le pin silvestre, mais que plus tard, il est vrai, ce dernier reprenait Favan- tage. Aujourd'hui que chacun reclame une jouissance immediate , soixante annexes seront une p6riode plus que suffisante pour nos desirs. II y a plus: les arbres destines au gemmage , c'est-a-dire a un rendement annuel et r6- gulier , cesseront de gagner en volume lorsque vous exi- gerez d'eux une autre production plus lucrative , mais en meme temps epuisante. Qu'importe alors le plus ou moms d'accroissement que Tarbre pourrait ulterieurement atteindre , s'il vous faut consentir a arreter cette source de production pour obtenir un nouveau produit plus lu- cratif? Le pin d'Autriehe, d'apres les auteurs forestiers alle- mands, est le plus riche en resine de tous les bois d'Eu- rope. D'apres les calculs de Hoss , chaque sujet de 31 a 36 centimetres de diametre devra fournir en moyenne U kilogrammes 629 grammes de resine. Cette appreciation a e"t6 faite pour les arbres eleves en massifs ; le rende- ment des arbres isoles serait beaucoup plus fort. Le bois des arbres gemmes est, du reste , le plus estime* comme bois d'ceuvre, aussi bien que pour la carbonisation et la fabrication du goudron. Le bois du pin d'Autriche a plus de fermet6, de tenacite que celui du pin silvestre, Tern* CONGRE6 DES ACADEMIES. V9 . porte ,sur le melese pour les constructions immergees ; aussi , le pin de Caramanie , que je regarde comme lui etant identique, est, dans Tempire ottoman, avantageuse- ment employe dans les constructions maritimes. Le pin d'Autriche croit en plajne & toute exposition ; on le ren- contre encore a 1,225 metres au-dessus du niveau de la mer , mais alors sur les versants meridionaux eeule - ment Du reste, il n'est pas exigeant sur la nature du sol, pourvu qu'il ne soit point trop humide ; on pretend qme la nature de son bois varie beaucoup , suivant la nature du terrain ; le sol calcine serait essentiellement favorable asa croissance. Get arbre croit spontan6ment , il est vrai, sur des roches calcaires a peine recouvertes d'une faible couche d'humus ; aucun de ses congeneres ne s'y ren- contre en aussi grande abondance, j'en conviens, mais ce n'est pas, quant aux pins silvestres du moins , parce qu'ils ne sauraient y croitre quant a la nature du terrain , mais parce qu'ilssontplus exigeants quantalaqualite, quant a la profondeur. Le pin d'Autriche r6ussit du moins sur les arnas de galets les plus maigres, ou Pherbe meme ne sau- rait croitre ; il y atteint de 15 17 metres de hauteur sur un diametre de 25 a 31 centimetres. C'est Tarbre qui , a Texemple des races de moutons sologneaux, devra mourir leplus difficilement de misere. G'est done essentiellement un arbre des pays pauvres. Si cet arbre est en effet plus ro.buste.que le pin silvestre , moins exigeant sur la na- ture ou bien plutdt sur la qualite" du terrain , qu'une de ses proprietes soit de croitre dans des terrains calcaires, ce.t arbre deviendra sans contredit une utile introduction dans la Champagne. Du reste, cet arbre ne me semble pas exclusif, et les terrains pretendus calcaires , ou sa crois- iOO WSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. sance est spontan6e, sont composes d'16ments fort divers, La plaine de galets formant la valle de la Leytha em- prunte ses 616ments constitutifs & des formations trs-di- verses,aux terrains de stratifications primordiales, tels que gneiss, micachistes et phyllades, & des gomphalites (Nagelfluhe) siliceuses par essence. Ges differents e!6- ments sont em prunes aux montagnes qui separent la basse Autriche de la Hongrie ; sur la rive gauche de la Leytha se montrent le Sureberg et les premieres collines de la Theiss styrienne, appartenant au terrain de Gosau, gres t'ossilifere, calcaire & hippurites, & Tensemble des forma- tions cr6tac6es. C'est dans I'agglom^ration des ces forma- tions si di verses que le pin croit, prend sa plus grande extension. Ce n'est que plus bas qu'il se montre sur les di- verses formations des terrains de Vienne, tant6t calcaires et tant6t siliceux, comme les analogues de Dax et de Bordeaux, de Touraine et d'Anjou, dont toutes les series se trouvent representees dans le bassin de Vienne. Cette analogic de la nature du sol ne doit-elle pas etre un pres- sant motif de penser a la propagation de cette precieuse essence? Deja la Bavi^re se glorifie de sa conquete, comme le constate une description de cet arbre publiee dans ce pays. Quant a moi, son introduction me semble essen- tiellement utile. J'ai deja commence quelques essais sur des sols fort divers, dans les tufs calcaires des terrains d'eau douce superieurs (etage pa!6oth^rien), ouje ne suis nullement 6merveille de sa croissance, dans les riches d6- p&ts argileux des terrains neocomiens de la Champagne, oft il v6gte vigoureusement ; enfin, dans les sables sous- sol argileux appartenant aux alluvions anciennes de la Sologne, et je le crois eminemment propre & ces terrains, pourvu qu'ils soient suffisamment assainis. Un terrain lui CONGRfcS DES ACADEMIES. 101 serait, & mon sens, essentiellement propre, mais ce terrain n'existe que par exception, dans quelques communes qui m'environnent, sur quelques points tres-restreints de la Touraine et de I'Anjou : c'est le point d'intersection des depots d'alluvions anciennes et du falun, a cette limite oti les sables d'alluvions s'entremelent aux depots arenacs a la fois et calcaires par les debris de la formation du falun. Un des emplois du pin noir dans la plaine aride et sur les plages de galets de Neustadt et Neukirchen ; une des raisons de Introduction de sa culture sur des sols aussi 6minemment ingrats, est de se procurer une litiere au moyen des aiguilles produites par ces pins , et de rendre, par ce moyen , a la culture les maigres terrains du voisi- nage. On ne commence a ramasser les feuilles que la qua- torzieme anne ; cette operation s'ex6cute tous les deux ans au mois d'octobre; on se procure ainsi par arpent (57 ares 55 cent.) , dans les futaies de quatorze a vingt ans , une & trois voitures de litiere attelees de deux che- vaux, et post^rieurement de quatre & cinq voitures. Toutes ces considerations devraient nous faire desirer, non point d'entreprendre des essais, il n'en est plus desor- mais besoin, mais bien de propager facilement cette pre"- cieuse essence. Malheureusement les graines en sont en- core fort chores et ne s'obtiennent qu'avec une extreme difficulte. Le gouvernement, qui cherchait a repandre les anne"es pr^cedentes la culture du pin larcio au moyen d'une distribution de graine faite au ministere du com- merce , ne pourrait-il s'appliquer a doter le centre de la France d'une essence plus en rapport avec les exigences de son sol et plus encore de son climat? Ici, je le rpete, ce n'est plus un essai , car il ne s'agit 102 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. que d'utiliser une conquete. Si je voulais parler de pro- blemes a resoudre, je de*roulerais a vos yeux la sSrie iiombreuse des coniferes exotiques que chaque jour je m'efforce d'introduire et de m'approprier, je me trompe , que je serais heureux et fier d'experimenter a mes risques et perils , afin d'en doter un jour mon pays, lorsque j'au- rai constate* Tutiiit6 de leur introduction dans la culture en grand par des moyens ordinaires et accessibles a tous. La commission, tout en recommandant aux society's des provinces du Centre la culture en grand d'un arbre appro- prie" a leur climat, desire que la ne s'arretent pas leurs efforts , et que les especes exotiques nouvellement intro- duites soient galement cultivees, eiudiees dans les diffe*- rentes zones auxquelles leur nature semble devoir les faire classer et mieux approprier. On pourrait consulter ce sujet le premier des prix proposes par la societ6 centrale d'agriculture , ou la nomenclature des especes les plus utiles & proposer est indique"e. Quant a moi, je ne voudrais prendre la responsabilite d'un conseil en pareille matiere, mes experimentations n'6tant, sur ce point, assez completes. Ges conclusions sont adoptees sans discussion. M. de Quatrefages a la parole pour la lecture d'un rap- port relatif a Tethnographie franchise. Voici les conclu- sions de ce rapport : Elhnographie franpaise. On sait que la population franchise , considered dans son ensemble, se rattache a la raceceltique. Mais, d'unepart, cette race se diviseaumoins en deux rameaux bien distincts qui sont tous deiix repre"sen- te"s sin 1 notre sol, et, d'autre part, des circonstances spe*cia- les agissant localement sur une certaine masse de popu- lation ont modifie" le type primitif et donne naissance a CONGRES DES ACADEMIES. 103 des vartetes constantes dont il faut tenir compte. En outre, le voisinage ou les migrations des races e"trangeres ont in- troduit sur le territoire francais des elements ethnologi- ques tres- divers. Tantdt ces Elements ont exerce autour d'eux une influence serieuse et modifie la race primitive dans un rayon plus ou moins 6tendu; tantot ils sont rested presque isoles et ont forme des groupes circonscrits qui tranchent d'une facon parfois extremement marquee sur le fond des populations environnantes. De ces di verses causes, agissant pendant unelongue suite de siecles, est r6sulte"e 1'extreme variete qu'offre a 1'obser- vateur la population de la France. Aucune autre nation, peut-etre, ne pr^sente & Tethnologiste des problemes aussi nombreux et aussi compliques. Pour les re"soudre , il faut avoir recours simultanement & Fhistoire generate et lo- cale , aux caracteres physiques observes surtout chez les femmes, aux idiomes locaux, aux superstitions locales, aux conditions d'existence, etc. En ethnologic, plus peut-etre que dans toutes les autres sciences, les travaux trop e"tendus presentent des difficul- tes extremes. Pour arriver ^ cr6er une EUnwgraphie frangaise vraiment digne de ce nom , il serait iitile que chaque collaborateur ^ cette oauvre circonscrivit le champ de ses recherches et travaillat pour ainsi dire monogra- phiquement. Dans Tetat actuel de nos connaissances, con- struire Tedifice est impossible : il faut commencer a en r^unir les materiaux. G'est ^ ce point de vue que devraient etre trait6es, ce nous semble, nieme les questions g^n^rales que nous allons indiquer. 104 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. PROGRAMME. 1 Quels sont les caracteres distinctifs des Gaels et des Kimrys ? 2 Dans quelle proportion ces deux rameaux de la race celtique sont-ils associe's dans la population ? 3 D'autres e"le"mentsethnologiques sont-ils venus se m&- ler aux pre"ce"dents ? Quels sont-ils et quelle a e* te" leur ac- tion principalement sur les caracteres physiques et sur les idiomes locaux ? 4 Jusqu'a quel point Tinfluence des conditions d'exis- tence locales a-t-elle modifie les caracteres physique* primitifs des populations? 5 Rechercher les caracteres distinctifs que presentent, dans un rayon determine, les habitants de montagnes, de valises et de plaines, ayant une origine commune incon- testable. 6 Faire connaitre les traits caracteristiques des popu- lation? qui vivent sous Tinfluence de conditions exception- nelles agissant sur une grande surface (landes , plaines marecageuses, etc.)... Comparer ces populations aux po- pulations circonvoisines. 7 Rechercher avec soin les traces ethnographiques laissees par les colonies grecques et romaines au sein de nos populations ; 8 L'invasion sarrasine a-t-elle Iaiss6 des traces ethno- graphiques sur le sol de la France? 9 La domination espagnole a-t-elle laisse des traces ethnographiques en France? 10 Jusqu'& quel point la race scandinave transported en Normandie a-t-elle conserve ses caracteres distinctifs? 11 Rechercher Torigine des colonies qui, sur le littoral CONGRfcS DBS ACADEMIES. 105 de la France , pr6sentent des caracteres si differents de ceux des populations voisines. 12 Faire Miistoire ethnologique des tribus bohe- miennes fixers, et plus particulierement de celles qui ha- bitent le nord-est et le sud-ouest de la France. On passe & la discussion des deux premiers articles. M. Riviere demande sMl est bien certain que la division des populations primitives de la France en Gaels et Kimrys soit applicable partout, et suffise toujours. II a rencontre les Gaels et les Kimrys dans la Bretagne et la Vendee ; mais il lui semblerait con ven able de poser la question d'une maniere plus gen6rale. M. de Quatrefages fait remarquer que la suite des ques- tions poshes par la commission repond ace que demande le pr6opinant. II reconnait d'ailleurs qu'il existe effective- ment en France d'autres elements que les Gaels et les Kimrys. Sur une observation de M. Charles Bonaparte, M. de Quatrefages donne lecture de Tensemble des questions; puis la discussion reprend sur les deux premieres. M. Rivi&re, insistant sur sa pr6c6dente observation, af- firme qu'il existe en France d'autres branches de la race celtique aussi importantes que les deux qui ont 6t6 signa- M. de Mellet prie Tassemblee de ne pas perdre de vue que la commission a seulement eu pour but d'indiquer aux societ6s une marche a suivre dans leurs travaux. II s'agit uniquement ici d'un programme d'etudes, et rien ne seinble s'opposer a ce qu'on Tadopte dans les termes sous lesquels il est presente. M. de Quatrefages exprime que M. de Mellet a parfaite- 5. 106 INSTITUT DES PROVINCES DE PRANCE. ment saisi la pense"e du rapport. On a seulement voulu dire qu'il existait sur notre sol deux branches celtiques bien raract6rise*es, et c'est la un fait generalement admis. Mais Ton n'a pre"tendu rien prdjuger sur la presence ou 1 'ab- sence d'autres rameaux celtiques, qui pourraient avoir une 6gale importance. On laisse auxsocietes elles-memes a s'occuper de ces rameaux, si elles en connaissent ou d6- couvrent Fexistence. M. Charles Bonaparte, convaincu que le premier carac- tere des Congres doit etre Yulilite, considere comme par- ticulierement important de bien formuler les questions. La redaction proposee pourrait avoir le serieux inconvenient d'exercer une influence trop absolue sur les savants de la province, qui sont toujours assez portes a accepter coinme des faits consacres ce qui 6mane de reunions telles que le Gongres. L'orateur regretterait d'autant plus ce r^sultat, que dans sa pens6e personnelle il existe en France trois ou quatre rameaux principaux de la race celtique. M. de Quatrefages declare que la commission a seule- ment voulu dire que ces deux rameaux avaient e" t6 jus- qu'& ce jour particulierement Studies. Ge fait suffit pour lui faire trouver opportun d'appeler sur ces deux rameaux I'attention toute sp6ciale des ethnologistes, car le plus sur moyen d'assurer quelque succes a leurs efforts , c'est de coramencer par les inviter & proce"der dans des voies qui leur sont dejci familieres. M. Du Chatellier expose qu'il s'est Iivr6 dans le Finis- tere, en commun avec M. Edwards, a Fexamen comparatif des races. M. Edwards 6tait port^ d'avance a ne voir dans les populations qu'il e"tudiait que des Gaels et des Kimrys, et n^anmoins, au bout dehuit jours, il crut reconnaltre CONGRfcS DES ACADEMIES. 107 Texistenqe (Tune troisieme race, a laquelle il appliqua le nom de Celtes-Iberes ; les individus qu'il rangea dans cette cat6gorie se trouverent meme bientot fort nombreux. Ces faits viennent a 1'appui des observations presentees par M. Charles Bonaparte. M. Charles Bonaparte explique que le systeme qu'il tient essentiellement a combattre, est celui de fairedela divi- sion en deux rameaux la base generate de la classification qu'on adoptera, et il rappelle a ce sujet, qu'en mati&re de sciences , une classification vicieuse est un inconvenient de premier ordre. M. de Quatrefages fait remarquer qu'il n'a encore ex- prime aucune opinion personnelle. II a signal^ lui-meme aM. Du Chatellier, dans une petite ile de la Bretagne, qu'il a jadis habitee, un element meridional. M. de Kerdrel , representant d'llle-et-Vilaine , trouve que jusqu'a present il a entendu critiquer la question , mais qu'on n'a pas encore pose la question. Il propose de la formuler de la maniere suivante : Quelles sont les races principals dont se compose la population francaise? A quels caracteres les reconnait-on? Gette redaction ne lui parait pas plus vague que celle de la commission, et elle lui parait avoir neanmoins 1'a vantage d'etre plus large. II doute d'ailleurs que Ton sache bien ce que Ton appelle Kimrys. M. Pupre propose a son tour de presenter la question en ces termes : Le Congres emet le voau que les societ6s savantes etudient les caracteres qui pourraient distinguer et fa.ire,diviser en groupes les populations de leurs arron- ,dissemerits respectils. II lui parait que de cette maniere on ne prejuge rien. M. le president propose de dire: QueLs sont, le.s carac- 108 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. teres distinctifs des races qui ont peup!6 originairement a France ? M. de Quatrefages demande si cette forme ne serait pas trop g6n6rale. II lui semble que cela renfermerait la ques- tion ethnographique tout enti&re. II est personnellement convaincu qu'on n'arrivera a constituer une veritable ethnographic franchise qu'en s'appliquant a faire une se*rie de inonographies. M. de Guernon-Ranville conseille de poser d'abord la question sous la forme tr&s-gnerale indiqu^e par M. de Kerdrel, parceque les articles suivants de la Commission specialiseront dans im degre tr&s-suffisant. M. de Quatrefages consent a Tadoption de ce systeme, en exprimant seulement qu'il est porte a craindre ce qui donnerait aux questions un trop grand caract&re de g6n6- ralitS. M. Prou prsente la redaction suivante : Distinguer pour chaque localite les divers elements ethnologiques de a population , tels que Gaels , Kimrys , etc. M. Labourt rappelle qu'un membre a demand6 si Ton savait bien ce que c'est que les Kimrys. Les Kimrys vien- nent de la Crimee ; ce sont les Tartares , c'est-a-dire des hommes du centre de TAsie. L'orateur, appelant succes- sivement & son secours Tethnologie , rhistoire , et la com- paraison des religions, arrive a cette consequence, que nous avons la preuve de Forigine qu'il a attribute a cette race. M. le president met aux voix, et F Assemble adopte la premiere partie de la proposition de M. de Kerdrel. Ce dernier reconnait que la redaction de M. Prou pent remplacer celle de sa seconde partie. La redaction de M. Prou est adopte*e. CONGRfeS DBS ACADEMIES. 109 M. le president relit la proposition deM. Dupre". M. Charles Bonaparte prefe"rerait qu'on substituat le mot province a celui tfarrondissement. M. Esnault trouve que la province offre une Stendue trop vaste. M. Dupre" declare que sa pensee a et6 de ne pas trop 6tendre les questions. II croit que les societes ne rpon- dront pas a une question aussi generate que celle deM.de Kerdrel, qui aete votee, et qu'on courra egalement le risque de ne point avoir de reponses si Ton introduit dans la presente question le mot province. Les soci6t6s locales ne peuvent etudierquelescaracteres de races des popula- tions qu'elles ont sous leurs yeux. M. Albert Du Boys fait remarquer que certaines societes, telles que TAcademie delphinale , renferment dans leur circonscription une province entiere. II faudrait, dans la proposition de M. Dupre , substituer au mot arrondissc- ment le mot circonscription. La proposition de M. Dupr6 est adopted avec cette mo- dification. M. des Voidy, s'appuyant sur cette consideration que les membres de Tassemblee representent des societes appar- tenant aux di verses parties de la France , voudrait qu'on envisageat la question dans tout son ensemble et qu'on format de la science de tous un seul faisceau. On parle ici de peuples dont Texistence meme n'est peut-etre pas bien constatee. II faudrait prendre la question dans toute sa ge"neralite et exclure toute discussion sur les races elles- memes. M. de Quatrefages estime qu'il suffit qu'un certain nom- bre d'hommes se soient attaches a la consideration des Gaels et des Kimrys , pour qu'il soit convenable d'attirer HO INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. sp6cialement 1'attention des societ^s sur ces deux ra- meaux celtiques. Mais les propositions qui viennent d'etre adoptees lui paraissent remplir suffisamment ce but, et remplacent en consequence, d'une maniere convenable, ies trois premiers articles de la commission. En raison de cette observation, on passe au quatri&me article de la commission, qui est adopte, ainsi que les cin- quteme et sixieme. Su rle septitbme article , M. de Quatrefages expose que les traces des races grecque ou romaine sont quelquefois restreintes sur un espace fort etroit. Ainsi il existe en Franche-Gomte une commune isolee , qui est evidemment d'origine latine , ainsi que le ctenotent le langage , les nomsde famille, la configuration physique et les caracteres des individus. De telles colonies reclament evidemment des travaux monographiques. Le septieme article est adopte. L'article 8, dont la redaction etait d'abord plus restreinte, est adopte sous la forme plus generate qui a ete repro- duite ci-dessus, apres des reclamations de MM. Albert Ou Boys et Charles Bonaparte, qui declarent que les Alpes et la Corse offrent des traces incontestables de ces memes origines. I/article 9 est vote , apres que sa redaction a recu une gen6ralisation analogue a celle qui vient d'etre mention- nee pour Particle 8. On passe a Particle 10. M. Labourt s'appuie sur Tetymologie du nom de la vilie de Salerne pour montrer qu'on rencontre jusqu'en Francs et en Ualie des traces de Fidiome scandinave. L'assemblee vote Particle 10. Sur le .pnzteme article , M. de Qua.trefages rappelie que CONGRtS DBS ACADEMIES. Ill notamment dans les ports de Boulogne et de Granville , on rencontre des races differentes de celles des contr6es environnantes. Tl a fait de semblables observations dans File de Brehat. A Granville, on aperc,oit des traces du sang basque. La population qu'on trouve A Boulogne decele egalement une origine meridionale. Tous ces faits four- niraient de tres-interessantes monographies. Peut-etre deme~lerait-on aussi , dans quelques-uns de nos ports du sud-ouest, quelques caracteres rappelant nos races du nord. M. de Stassart dit qu'il est historiquement connu que Tile de Br6hat est habitee par une colonie d'origine fla- mande , qui y a 6te introduite par Henri IV. Malgre" ce document, M. de Quatrefages regarde la po- pulation de Brehat comme pre"sentant un cachet meri- dional. L'article 11 est adopte". M. de Caumont fait remarquer qu'en Normandie la cou- leur blonde fait de plus en plus place a la couleur brune, Le genre de vie, les aliments, enfin le progres de la civili- sation sont-ils les causes dterminantes de ce ph6no- mene? Ce qui est certain , c'est que le fait en lui-meme ne saurait etre conteste. 11 serait bon qu'une question parti- culiere fut redigee pour attirer Tattention en ce sens. M. de Quatrefages fait observer qu'un des articles de la commission donne satisfaction au desir exprime par M. de Caumont. On passe a Particle 12 , qui est adopted M. de Lagorce propose de rechercher si les caracteres distinctifs des races se transmettent plus particulierement par les hommes que par les feinmes. Cette proposition n'est pas adoptee. H2 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. M. Joly demande que le Congres emette le voeu que les socie" te" s publient , avec leurs travaux, les portraits ou ty- pes auxquels elles rattachent les groupes par elles si- gnates. Cette proposition est adopted. M. Martins prononce un rapport sur les questions de me'te'orologie. La commission pense qu'il faut attirer Tattention des socle" te*s sur des questions qui aient & la fois le caractere scientifique et le caractere pratique. Elle indique d'abord la question de la grele , qui a ce double caractere. Les orages de grele ont etc" jusqu'a present mal obser- ves. Aussi voit-on les societe"s d'assurance tomber dans les plus grands embarras, quand il s'agit de fixer les coti- sations a demander dans des lieux quelquefois tres-voisins les uns des autres. C'est ainsi qu'on a vu certaines com- munes des environs de Montlucon grelees quinze fois pen- dant les quinze dernieres ann6es , tandis que tout pres de 1& , dans la Limagne , on n'a 6prouve le meme fl^au qu'une ou deux fois pendant cette meme periode. Ges faits indiquent assez que les soci6tes absolument locales sont appel^es d'une maniere toute spe"ciale a ^tudier ^ fond la question de la grele. L'emploi d'aucun instrument n'est n^cessaire pour les experiences qu'il s'agit de faire. Elles sont a la ported du plus simple ouvrier. Les diffe>ents points a observer sont les suivants : 1 Le vent qui a amene la grele. 2 La dure"e de Taverse de grele. 3 La densit6 de la grele, ou en d'autres termes,le nombre de grelons dans un espace donne". Pour faire cette observation, il suffit de tracer sur une surface unie un CONGRfcS DBS ACADEMIES* 115 carr6 de dimensions de" termine*es et de compter les grelons qu'il regoit. 4 La grosseur et le poids moyens des grelons, leur grosseur et leur poids extremes. 5 Faire une estimation du dommage cause par la grele. 6 Observer ses effets sur les differentes recoltes. Enfin , si on le peut , se livrer a un ensemble d' observa- tions sur la forme, la grosseur, la couleur du nuage qui recelait la grele , sur les phenomenes concomitants, tels que la temperature avant , pendant et apres Taverse , sur Tetat electrique de Fair, et particulierement sur les ph6- nomenes detraction et de repulsion qui se rencontrent souvent dans les cas de grele de meme que dans ceux de trombes. Le rapporteur passe a une seconde question , qui est celle de Fexamen de la temperature des sources. II rappelle que M. Dumas a fait decider la construction d'une carte des lieux isothermes ; mais, dans Fetat actuel des choses, cette carte est inexecutable. II faudrait avoir des temperatures moyennes differant au plus les unes des autres d'un quart de degre, et Ton est bien loin d'en etre la. II est douteux que dix annees d'experiences pers^ve- rantes avec les me"thodes usuelles fussent suffisantes pour resoudre le probleme. On arrivera, au contraire, a de tres-bons et tres-prompts resultats, en etudiant la tem- perature des sources. Les circonstances a noter sont les suivantes : 1 Le de"bit de la source est le degr6 dans lequel il est constant ; 2 La nature ge"ologique du terrain d'ou elle sort ; 3 Sa situation topographique; 414 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. & Sa hauteur au-dessus dela mer ; 5 Les points par ou s'infiltrent les eaux qui donnent naissance a la source; 6 Sa temperature dans les di ff rents mois de Fannie; la variability de cette temperature , qui donnera des indi- cations sur la profondeur d'ou la source est issue , et qui est d'ailleurs d'une si importante consideration pour la vegetation ; 7 Enfin , son analyse chimique , d'une maniere au moins approximative. Le seul instrument necessaire est un bon thermometre , gradue par cinquieme de degr. II faut avoir en outre la precaution de lire sur le ther- mometre pendant qu'il demeure plong6 dans la source. M. le president invite M. Martins a rediger lui-meme les questions qu'il a posees verbalement. M. le general Raymond presente quelques observa- tions. M. Bessy, de Chalons-sur-Sa6ne, voudrait que Ton exa- mi nat avec soin la composition chimique des eaux. On sait que le goitre qui affecte certaines populations tient a la mauvaise qualite de Teau dont elles font usage. D'abord on a suppose que la presence de sels magnesiens dans les eaux potables etait la cause du goitre , ensuite on s'est assur6 que la cause etait au contraire dans Tabsence des iodures qui se trouvent dans les eaux potables ordinaires. M. Cap fait remarquer que la proposition est inutile, le ministere s'etant occupe d'un travail special sur ce point qui sera incessamment public. M. Du Chatellier annonce a Tassemblee 1'apparitian prochaine du deuxieme numero du Bulletin bibliogra- phique des societes depariementales, et Tentretient des es- CONGRES DES ACADEMIES. 115 peYances que donne Tavenir de ce bulletin. II entre dans quelques recommandations sur ce point. Lecture et adoption du proces -verbal de la seance pre"- cdente. Delegues qui ont pris seance le 22 fevrier. AUDREN DE KERDREL , representant , delegue de la SociSte* arche"ologique d'Jlle-et-Vilaine. DE GODEFROY, de Lille, delegu6 de la Societe pour la con- servation des monuments. Le comte DE ROQUETTE , representant , membre du conseil general de Tagriculture. ERNOUF, delegue de la Societe d'agriculture de TEure. - TESTE-DOUET, delegue de la Societe academique des Vosges. BATAILLE DE MANDELOT, d61egue de la Soci6te eduenne. Ch. GALEMARD DE LAFAYETTE , delegue de la Societe aca- d6mique du Puy. THIOLLET, delegue" de la Soci^te pour la conservation des monuments. BUTEUX DE FRANSART (Somme), de!6gu6 de la Societe d'(- mulation d' Abbeville, M6 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. SEANCE SOLENNELLE DU 23 FEVRIER 1851. ( Presidencede M. DUMAS, representant du peuple, ancien minlstre de 1'agriculture et du commerce). MM. Mimerel , president du conseil gne"ral des manu- factures, Pongerard, representant du peuple et maire de Rennes , baron Mercier de FOrne , Denys Mouchel et Chenevieres, membres du conseil general des manufac- tures, siegent au bureau comme vice-presidents. MM. Tabbe Daniel , membre du conseil superieur de Tinstruction pu- blique, de Cussy, de Montaur, de Buzonniere, Jobard de Bruxelles, Target, de Caumont, directeur de Tlnstitut des provinces , Du Chatellier, de Kergorlay , Quatrefages et Moriere, secretaires ge"ne>aux , siegent au bureau. M. Mimerel ouvre la seance a deux heures , au milieu d'un concours tres-nombreux d'exposants et de membres des societ^s savantes. Les tribunes sont egalement rem- plies d'un nombre tres-empress6 de curieux. M. Dumas, ancien ministre, entre en ce moment, prend place au fauteuil, et donne la parole a M. Du Chatellier, qui fait lecture de deux lettres de M. le ministre de Tagriculture et du commerce , exprimant Tempressoment avec lequel il avait accept^ Thonneur de presider la stance du Con- gres ou Tlnstitut des provinces doit faire la distribution des me"dailles qu'il va d^cerner aux laureats des exposi- tions re" , et la foule immense qui se pressa pendant un mois dans les galeries de Fexposition, prouva que la pense"e de mettre en lumiere les productions des artistes et des industriels du pays avait trouve sympathie dans toutes les classes de la societ^. En 1850, Fexposition regionale de FOuest a e"t< transfg- r6e de Rennes a Lisieux. M. Victor Godefroy , maire de cette ville , avait accueilli avec empressement les ouvertu- res que nous lui avions faites a ce sujet ; sur sa demande, le conseil municipal vota une somme peu considerables mais suffisante pour les preparatifs de cette exhibition des produits des quatorze departements de la region dePOuest L'exposition se divisait en six parties : Galerie de rindustrie; Galerie des machines et des voitures ; Galerie des machines agricoles ; Galerie des produits agricoles ; Galerie des produils de I 'horticulture ; Exposition de peinture et de sculpture. A Lisieux comme a Rennes, une foule immense n'a cess6 de visiter 1'exposition pendant un mois, et pres de 25,000 personnes ont parcouru les galeries le 10 juin , JQUE QU elles ont et6 ouvertes pour la premiere fois. M. Dumas, alorsministre du commerce, avait bien vouiu. CONGRfcS DBS ACADEMIES. 119 sur la demande de M. Leroy Beaulieu, repre"sentant, ac- corder a Ffnstitut des provinces une somme de 900 fr. pour 1'achat et la gravure des medailles a decerner. Que M. Dumas resolve ici nos remerciments : au moyen de cette allocation et d'un supplement fourni par un desmem- bresde Flnstitut, soixante-dix medailles de vermeil, d'ar- gent, de bronze ont pu etre decernees aux exposants, aux- quels elles vont etre remises aujourd'hui. Permettez-moi , monsieur le ministre, de vous faire remarqtier que Texposition regionale de 1'Ouest qui a sti- muli le zele de plusieurs de nos departements les plus riches, n'acoiite que la modique somme de 4,000 fr., frais qui ont encore 6 te reduits par suite du produit de la vente du livret. Je ne crois pas qu'il soit possible d'obtenir un pareil resultat a si peu de frais ; et sous le rapport de Teconomie, il n'y a que les societes savantes qui , par le devouement de leurs membres, puissent faire aussi bien avec aussi peu d'argent. Deux expositions ont aussi eu lieu dans le centre de la France , Tune a Bourges , en octobre 18/i9 , Tautre a Cler- mont, en juin 1850. L'exposition de Bourges a ete* tres-iinportante , grace au zele infatigable de M . le baron de Girardot , secretaire g6- neral de la prefecture du Cher, et au devouement de son collaborates, M. Marechal, ingenieur des ponts et chaus- sees. On n'a pas vu sans etonnement les resultats obtenus par ces deux hommes de science, qui n'avaient eu que deux mois pour preparer Texposition : Tautorite munici- pale s'etait empressee de voter une somme minime, qui pourtant a suffi pour faire face aux depenses indispensa- bles. Les exposants s'etaient charges de la decoration 120 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. des galeries. L'exposition de Findustrie 6tait place"e dans F6glise des Carmes; les salles du college renfermaient Texposition de peinture et de sculpture. L'Institut des provinces a decerne* trente medailles aux exposants. [/exposition de Clermont, organised au nom de Tlnstitut des provinces par la Ghambre de commerce de cette ville, et par MM, Le Coq et Bouillet, se divisait en trois parties, induslrie, horticulture, PEINTURE ET SCULPTURE. L'exposition de Findustrie e" tait placed dans la halle aux toiles. L'exposition des beaux-arts comprenait deux galeries & I'h6tel de ville, Tune consacree exclusivement aux vitraux peints, Fautre a la peinture, au dessin et a la sculp- ture. Vous comprenez, monsieur leininistre, que je n'ai pas la pensee de faire connaitre ici ce que nos expositions out offert de plus remarquable : d'autres en ont fait Fobjet de rapports complets et detailles. Permettez-moi seulement de terminer ce resume" historique par une courte re- flexion. Les expositions periodiques par grandes regions sont chose excellente et dont on appreciera tot ou tard la por- tee. Outre qu'elles encourageront les arts et la produc- tion, elles offriront, quand elles serontmieux comprises, un enseignement utile , en montrant & tous les richesses que procure le travail , et combien de produits vane's nos diverses regions fournissent a la consommation generate. G'est ainsi, monsieur le ministre, que par des exposi- tions et d'autres moyens analogues, nous espe*rons faire mieux connaitre la statistique agricole et industrielle de la France, occuper les esprits des v6ritables interests du pays, repartir plus egalement Faction etla vie, en don- CON'3RfcS DES ACADEMIES. 121 uant aux Iocalit6s secondaires quelques-uns des avantages dont les grands centres ont joui a peu pres exclusivement, en un mot decentraliser. La decentralisation ainsi com- prise n'est autre chose que de la justice distributive, c'est la consequence de notre 6 tat social , de notre civilisation du xix* siecle. Les expositions re"gionales se rattachent done a un grand principe de justice, et c'est un gage de succes et d'avenir pour elles. Si legouvernement, si les conseils gene"raux nousvien- nent en aide, les expositions regionales acquerront une immense importance ; alors Flnstitut des provinces pour- rait prendre a sa charge les frais de transport des objets. Tant que ces frais resteront au compte des exposants , les departements eloignes pourront difficilement concourir. Chacune des regions indiquiodicit6 reguliere finira par s'6tablir. G'est ce que nous esperons , monsieur le ministre , et Thonneur que vous voulez bien nous faire en presidant cette seance, est un puissant encouragement dont nous comprenons le haut prix. Nous vous remercions de cette preuve de sympathie pour nos efforts, elle fortifie nos convictions, et nous prenons ici Tengagement formel de perseverer plus resolument encore que par le pass dans la mission que nous avons entreprise. M. Moriere, Tun d^s secretaires g^n^raux, rend corapte de Texposition de Lisieux. II s'exprime ainsi qu'il suit: MACHINES. La commiss on desigriee par Tfnstitut de^ provinces , pour appr6cier les machines qui figuraient u Texposition regionale du nord-ouest, s'est particuliere- ment preoccupee de la valeur commerciale et industrielle des objets exposes. Elle a cru devoir passer sous silence quel- ques machines, qui sont plutot des tours de force, presque toujours mal executes, que des objets d'une utilit^ reeile; les encouragvor, ce serait trop souvent contribuer a la ruine de ceux qui leur consacrent un temps dont ils pour- raient faire meilleur emploi. C'esr. done sous le double point de VUG de rulililc, qui est 1 inesure la plus vniio d^ CONGRfcS DES ACADEMICS. S 4 25 la valeur reelle des choses , et du prix , qui est un des principaux Elements de la perfection , que nous allone avoir Thonneur de vous signaler les objets qui nous out paru meriter des recompenses. MM. G. DE BERGUE et A. GILLOTIN , a Lisieux. Rots on peignes a lisser. Maillons metalliques ou la- mes a maillons. Gills ou peignes a etirage pour fila- ture de lin. Peignes a peigner (e Un, a la main ct me- caniq nement. Verges pour tapis et velours. Parmi les manufacturiers qui, repondant & 1'appel qui leur av ait 6te adresse , sont venus enrichir 1'exposition de leurs pro- duits, honneur du pays et de Findustrie franchise , nous devons placer au premier rang MM. C. de Bergue et A. Gillotin, qui, depuis vingt ann6es, fabriquent des peignes de tous les genres et pour toute espece de tissus. Le mer te de leur fabrication consiste : 1 Dans les perfection nements qui ont et6 apports par M. Gh. de Bergue aux machines & polir les dents et aux divers outils appliques & ce travail. Grace a ces perfection- nements, un seul ouvrier, dans sa journ^e de douze heu- res, polit et dresse parfaitement 3,000 metres de longueur de fil lamine, qui produisent 30,000 dents de peignes; 2 Dans les perfectionnements apportes par M. Gh. de Bergue et M. Desfrieches, associe decede, a la confection des peignes, au moyen de machines qui fixent les dents a des espaces parfaitement egaux et d'une maniere tres-o- lide. A 1'aide de ces machines, une ouvriere fixe 2,000 dents a 1'heure. MM. Ch. de Bergue et A. Gillotin ont importe d' Angle- terre la confection des maillons en m.e'tal DOUF lames ^ tis- 124 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. ser. Les ameliorations qu'ils out apporte*es & cette Indus- trie consistent a simplifier la main-d'ceuvre , au point qu'une ouvriere perce et d6coupe /iO,000 maillons en douze heures. La meme quantite de travail exigeait au- paravant quatre ouvrieres. Us ont ajout6 a cette fabrication celles des lames maillons au inoyen de metiers inventes par M. Lechantre, leur employe, qui a resolu, en grande partie, la difficult^ de faire vite un travail fort compliqu6 en apparence. 11s retordent m6caniquement les fils servant a la confection de ces lames, qui sont chaque jour plus appr6ci6es, et qui occupent pr6sentement douze ouvrieres. Ces divers produits se placent dans toute la France, en Belgique , dans quelques parties de TAllemagne , de la Suisse, de Tltalie et de TEspagne. MM. Ch. de Bergue et Gillotin fabriquent, en outre, tous les peignes pour le peignage du lin et du chanvre , a la main et a la mecanique, et les gills ou peignee d'6tirage pour la filature de ces matieres a la mecanique. Us tirent d'Angleterre les pointes d'acier, que la France ne produit pas , et les placent au moyen de machines & percer, qui s'appliquent a toutes les varietes d'espacement et de gros- seur de ces aiguilles. La derniere Industrie que MM. de Bergue et Gillotin ont jointe aux pr6cedentes est la confection des verges pour tapis et velours, qui servent, dans ces tissus, & faire sailin- gs fils de chaine; la plupart portent une rainure qui per- uie.t de faire glisser la pointe d'un instrument tranchant. Co travail s'obtient au moyen d'etirages, qui offrent d'assez grandes diiTicultes, a cause de la forme de ces verges et de la raideur qull faut leur donner. lAHablissement de MM. de Bergue et Gillotin occupe CONGRfeS DBS ACADEMIES. 125 cinquante-quatre ouvriers. Tous , a 1'exception de deux , ont et formes dans leurs ateliers et appartiennent a la localite. Les services immenses que MM. Ch. de Bergue et Gillo- tin rendent journellement a Pindustrie, en fournissant aux manufacturiers les principaux instruments de travail dont la superiorite, unanimement reconnue, permet de soutenir le renom de la fabrication nationale, sont des ti- tres reels & la plus haute marque de distinction qu'il soit possible a PInstitut de leur offrir. Aussi PInstitut des pro- pinces a-t-il accord6 a ces industriels si distingu6s , dont on a dit , dans une des dernieres expositions de Paris , quails eta/tent sans rivaux sur le continent, une m6daille en vermeil , recompense 6clatante que ne manquera pas de ratifter Popinion publique. M. LECOUVREUR , mecanicien a Caen. Potnpe a incendie. Pompe-borne. Belier hydrau- liquc. M. Lecouvreur, mecanicien a Caen, nousaenvoy^ : 1 Une pompe a incendie , de force moyenne. Cette pompe, quidoit etrernanoeuvreeparlOhommes, lance Teau en un jet vertical de 30 metres ; le balancier, auquel M. Le- couvreur a eu riieureuse idee d'adapter un syst&me de paralleles, permet de faire descendre le piston perpen- diculairement , ce qui evite beaucoup de frottements et conserve aux cuirs une egalite constante d'epaisseur dans tout leur pourtour. Les soupapes sont a charni^res, et ajustees avec une precision qui ne laisse aucun jour et ne permet ni au sable ni aux graviers de les empecher de fonctionner. II suffira, pour donner une juste id6e du soin qu'apporteM. Lecouvreur dans la construction des pompes 126 1NSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. & incendie, de dire que les pompes qu'il a construites pour la ville de Caen, et qui fonctionnent depuis 16 ans, ne se sont pas de>ang6es une seule fois. Celle qu'il expose aujourd'hui ne laisse rienad&sirer sousle rapportde I'ex6- cution ; elle est a fleche mobile et a brancard, et peut etre conduite par des hommes ou par des chevaux. Elle porte en avant un sac, contenant quinze sceaux en toile & voile, et, en arriere, une boite pour mettre les outils. Deux grilles en osier et deux autres grilles en cuivre, placets a la base du corps de pompe , sont destinees arreter les corps etrangers. Gette pompe est d'une execution parfaite et bien entendue dans toutes ses parties. 2Unepompe-borneen fonte,tres-commode pour mettre sur les trottoirs des rues, dans les cours, etc. Une che- mise en cuivre 6tam6 , soud6e dans Finterieur , empeche Toxidation et rend les frottements tres-doux, r6sultat au- quel contribue puissamment le mouvement de paralleles 6tabli a Tint^rieur. 3 Une .collection d'instruments de sondage pour puits artesiens. Ges outils, tres-bien executes, ont ete, pour la plupart, simplifies par Texposant, et lui ont servi & percer a Caen vingt-quatre puits , qui ont fourni des eaux ascendantes abondantes , et , en raison de la couche pro- fonde qu'il a pu atteindre, d'une qualite bien superieure a celle des puits ordinaires. Le dernier puits fore par M. Lecouvreur est celui de la place Saint -Pierre, dont Teau, sans etre jaillissarite, monte a 1 metre en contrebas du sol. ^ Enfin, nous devons encore a M. Lecouvreur une sim- plification du belier hydraulique, qui consiste dans la sub- stitution d'un serpentin a un tuyau droit de 11 metres de longueur. Le belier, ainsi modifie, peut etre applique dans CONGRfcS DES ACADEMIES, 127 tous les cas ou Ton ne pent disposer que d'un espace tres- limite\ Les ouvrages de M. Lecouvreur soot tous d\me excu- tion parfaite ; ils annoncent a la fois un mecanicien habile et un artiste distingue". Le jury vous propose de lui de"- cerner une medaille en vermeil. M. le chevalier DE MANNEVILLE, a Honfleur. Machines pour la lonnellerie. M. le chevalier de Manneville est depuis longtemps connu par ses machines pour le travail de la tonnellerie. Avant lui , la meilleure tonnellerie ne s'obtenait que par le travail & la main ; travail toujours lent , couteux et sans precision. Les ma- chines inventees par M. de Manneville font disparaitre complement ces inconvenients ; elles sont trcs-shnplcs , pen nombreuses, n' exigent que peu deforce et peu d' empla- cement, et sont surtout faciles a manauvrer. Qaatre ou- vriers, etrangers a la mecanique, font, avcc cos machines, plus de travail, et mieux, que cent owners avec Tancien systeme. Ces machines debitent les bois ; elles coupent de longueur, eta la foisjablent, parent, sous-rognont aux deux extremites, creusent a rinterieur et dolent a J'ext6- rieur, donnent le bouge , le biseau , et joignent toutes les douves necessaires a la confection des tonneaux ; tandis que les pieces pour fonds sont me"caniquement percees, gougeonnees , tourne'es , chanfrcnees et perfectionne'es par une machine speciale , avec une Vitesse et une precision remarquables. Par cemoyen, on obtientdes tonneaux tres- solides, de toutes formes et dimensions voulues, d'une con- tenance toujours parfaitement reguliere. Ajoutons que ces tonneaux peuvent etre transporters d'un endroit ou d'uu 128 CONGRES DES ACADEMIES. pays & Tautre, demontes, puis remonte's sans aucune des precautions indispensables pour ceux qui sont faits par la main du tonnelier le plus habile. L'ensemble de la fabrication deM. de Manneville nous a paru etre conduit avec Intelligence qui constitue le mca- nicien habile, poss6dant & fond la connaissance de la ma- tiere sur laquelle il opere , et toutes les ressources qu'offre la m6canique pour rpondre a ses exigences. Nous sommes heureux de proposer pour M. de Manneville le rappel des m6dailles qui lui ont et6 decernSes dans di- verses expositions. M. GARAT , balancier-ajusteur, & Caen. balances de diver ses especes. M. Garat, balancier- ajusteur a Caen , a expose les instruments de pesage sui- vants : 1 Une balance-bascule, forte dimension , de la portee de 1,000 kilogrammes, destined ^ servir dans une usine ou dans le haut commerce ; 2 Une balance-bascule, dela portee de200 kilogrammes destinees sp^cialement^i peser debout les sacs de grains ou de farine ; 3" Un petit modele de balance-bascule pour peser lo* animaux vivants ; k Une balance de comptoir, d'un nouveau systeme, sans chafne ni suspension , avec lequel on peut peser jusqu'& 50 kilogrammes. Ces divers instruments annoncent chezM. Garat une par- faite connaissance d'un art difficile, auquel il fait faire chaque jour de nouveaux progres. Permettez-nous , pour vous en convaincre , d'entrer dans quelques details. INST1TUT DES PROVINCES DE FRANCE. 129 Les deux premieres balances sontmuniesde leviers, dans le rapport de 1 a 10 : elles different peu, quant a la forme , de ce qui est dej& connu ; mais elles possedent des qualites essentielles dans un instrument de pesage quel qu'il soit : 1 les leviers, dans leurs diverses combinaisons, sont divi- ses.avec une telle regularite, qvCh quelque point du tablier que Ton place un fardeau, le rapport de 1 1\ 10 est toujours parfaitement exact ; 2 sous un petit comme sous un grand poids, la sensibilite est identiquement la memeet toujours de la quatre-millieme partie du poids d'uneportee, c'est-a- direque la bascule de la porteede 1,000 kilogrammes, par exemple , etant chargee de tout son poids , il suffit de la simple addition de 2 a 3 hectogrammes pour la faire osciller. M. Garat, quiasujoindreunexcessif bonmarch6aunepar- faite execution, ali vrejusqu'ici, 683 balances-bascules de differentes forces, sortant toutes de sa fabrique, et sur les- quelles il ne lui est pas parvenu le moindre reproche. Ses balances-bascules sont regardees comme les meilleures qui soient fabriquees en France. La troisieme balance est un modele de bascule propre a peser les animaux vivants. Les bascules qui servent, dans les villes de Caen et de Lisieux , pour percevoir le droit d'en- tree sur les bestiaux, sortent des ateliers de Texposant, et possedent encore le meme degre de sensibilite" que lorsqu'il les a livrees ; tandis que des balances de meme genre , en usage dans d'autres villes du d6partement , eprouvent de frequents derangements qui exigent de nombreuses repa- rations. Les leviers sont dans le rapport de 1 & 100 , et Tin- strument, quoique d'une grande dimension, n'est ni moms exact ni moins sensible que les bacules ordinaires. Le quatrieine instrument de pesage est une balance de comptoir & bras 6gaux, destine*e au commerce de detail. 6. 130 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE- Elle est forme"ede deux leviers paralleles, places Tun sous Tautre , et s'appuyant au centre sur une embase en fonte moulee de forme Elegante ; ces deux leviers se treuvent reunis entre eux, aux extremity's, par deux tiges verticales mobiles, au sommet desquelles sontles plateaux destines & recevoir les instruments a peser. Get instrument avait jus- qu'alors toujours te regarde comme v peu propre a devenir une bonne balance , et M. Ravon, inspecteur des instru- ments de pesage au bureau central de Paris, s'exprimatt ainsi & son egard : Ces sortes de balances ne vaudront jamaisles balances ordinaires d'essai, car les frottements auxquelles elles tont assujetties nuiront toujours a lew libre mouvement , ce qui cmpechera , par consequent, leur usage dans le commerce, a moins quon ne trouve le moyen de leur donner la precision des autres balances. On peut juger, par la balance qui figure a Fexposi- tion , s'il etait possible d'arriver a la perfection desiree par M. Ravon ; car cette balance , qui est d'une grande dimension , ce qni suppose toujours plus de force d'inertie & vaincre , est neanmoins sensible a la dix-millieme partie dupoids d'une portee, c'est-a-dire que, chargeede 20 kilo- grammes , il suffit de 2 grammes pour la faire tre"bucher. Vous croirez , comme nous, que M. Garat a parfaitement merite la medaille d'argent. M. DUBUS aine , & Rouen. tfouleau a e'meri. Les cylindres a emeri de M. Dubus, de Rouen, sont parfaitement connus et apprecies des in- dustriels. Les trois cylindres qu'il vous a envoyes sont d'abord tres-remarquables sous le rapport de Fexecution , raais le merite essentiel de rinvcution de M. Dubus coa- CONGRES DES ACADEMIES. 131 siste a faire disparaitre , par un precede de son invention la colle dont on se sert pour appliquer Temeri sur la sur- face du cylindre, ce qui permet aux grains d'emeri d'exer- cer toutes leur action sur les cardes que Ton veut aigup ser : par ce moyen , on abrege considerablement le travail , qui s'opere meme d'une maniere plus effective. S'appliquant a un tres-grand nombre d'industries impor- tantes , cette decouverte rend de tres-grands services , surtout dans les filatures de laine et de coton. M. Dubus a d'ailleurs recueilli de nombreux certificats des principales fabriquesde France, constatant Fefficacite de son procede. Le Jury propose de lui decerner une medaille d'argent. M. LERENARD (/Vuguste) , m6canicien a Caen). Machine a chocolaf. Machine a concasser le tourteau. Jusqu 1 ^ present, les machines a chocolat exigeaient une force motrice autre que celle de rhomme, prenaient beau- coup, d'espace, et necessitaient une raise de fonds assez considerable. L'appareil expose par M. Lerenard a Tavan- tage d'etre applicable aux etablissements de moindre im- portance , et de pouvoir etre mis en mouvement par la force, de rhomme. II faut ajouter que le faible capital qu'exige Femploi de cette machine permet de la placer dans des localitesou Ton ne pourrait etablir les machines ordinaires. Les machines a e" eraser le tourteau n'avaient pas jus- qu'alors ete bien executees , et ne remplissaient que d'une maniere imparfaite le but qu'on se propose , c'est-a-dire concasser le tourteau et non le pulveriser. La machine de M. Lerenard nous a semble bien entendue pour Temploi pratique ; elle annonce chez son auteur une intelligence 152 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCF. naturelle pour les arts mcaniques, que nous sommes heureux cTencourager en lui accordant une me*daille d'ar- gent. M. PALYART, a Breteuil (Eure.) Objets en fonte et en fer. Cercles en fer, etsieux et charrues. M. Palyart est depuis longtemps connu par Jes perfectionnements qu'il a apporte" s dans la construction des socs de charrue. L'essieu , le grand cercle de roue en fer, et les divers autres objets en fonte et en fer qu'il a exposes, nous ont paru d'une qualite remarquable etd'une bonne confection. Nous demandons pour M. Palyart une medaille d'argent M. LEREBOURS, a Lisieux. fiouleaux sans coutures, pour filatures. Cuirs sans cou lures. Cylindres de pression pour filatures. Un rouleau de rota-frotteur et son tablier, pour filatures a colon. Deux tabliers pour cardes ame'ricaines, et autres objets. Les divers objets exposes par M. Lerebours sont tous d'une excellente execution. II prepare lui-meme les cuirs qui recouvrent les cylindres de pression , et confec- tionne ces cylindres tant en fer qu'en alliage de divers metaux. ttant place dans un centre industriel, M. Lere- bours rend de grands services aux divers etablissements de filature de la contree. La Commission vous propose de lui decerner une m6daille de bronze. M. AUGER , a Louviers (Eure). Pompe a incendie. M. Auger a prite de cette machine consiste a operer une division parfaite en meme temps que la plate-bande se perce ; ce qui simplifie et perfectionne un travail tres-importnrsi pour la bonne marche des metiers et la duree des broches. Nous proposons pour M. Bonnour une medaille de bronze. M. ROISSART , coutelier a Brest. Instruments de chirurgie. Les instruments de chi- 7^urgie exposes par M. Roissart sont d'une execution tres- remarquable. II a apporte a plusieurs d'entre eux des per- lectionnements importants , qui nous font demander pour M. Roissart une medaille de bronze. CARROSSERIE. La carrosserie est une de ces industries qui me" ri tent le plus d'etre encourages ; car, a elle seule , elle met en reuvre toutes les matieres que se partagent, auivant des specialites distinctes , un grand nombre d'au- tres industries. Ainsi, le bois, le fer, Tacier, le cuivre. le drap, le cuir et d'autres matieres sont employees par elle, en donnant de Foccupation a un nombre consid6- rabte de bras. CONGRfeS DBS ACADEMIES- 155 L'exposition ne compte malheureusement que peu de ventures, malgre le grand norabre de fabricants que ren- ferme le pays. Trois carrossiers seulement, Pun de Caen, les deux autres de Lisieux, nous ont paru avoir fait pro- gresser cette Industrie si importante dans notre departe- ment. M. IlAYOT-HEUDiARi), de Caen, a expose une voiture qui, par un ingenieux mecanisme , pent servir egalement de voiture a quatre roues et a deux roues. Cette voiture peut devenir : 1 caleche entierement ferm.ee ; 2 caleche avec capote, soit devant, soit derriere; 3 caleche americaine a quatre roues, entierement decouverte ; k tilbury a capote ; 5 tilbury sans capote. La voiture exposee par M. Hayot a ete Tobjet de Tattea- tion la plus flatteuse de la part des connaisseurs. Son exe- cution parfaite sous le rapport de Tart du sellier et du car- rossier, son aspect gracieux, le fini de la peinture et dela garniture, ont assure & cette oauvre le rang le phis dis- tingue. Nous vous proposons done de donner a M. Hayot une medaille d'argent. Le second exposant est M. CAVELIER, de Lisieux, qui a presente une voiture de fantaisie, dont la serrurerie et le bois sont encore en blanc , ce qui a permis de juger de la partie la plus intime de sa fabrication , de celle qui en coustitue la solidite et en garantit la duree. La serrurerie est remarquablement executee, les ressorts sont surtout parfaitement etablis; mais, comme cette voiture n'est pas terminee, qu'elle ne peut, en consequence, nous montrer dans toutes ses parties le talent du carrossier et du sellier, la commission ne croit pas devoir placer sur la meme ligne MM. Hayot-Heudiard et Cavelier; elle vous propose de ctoimer "M. Gavelier une medaille de brome.. 136 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. M. GOILLON , carrossier a Lisieux , a prsent6 un tilbury qui , etabli pour etre vendu a bon marche , n'est cepen- dant point inferieur. Le jury sollicite pour M. Guillon une mention honorable. PEINTURE SUR VERRE ET ARTS CRAMIQUES. Porcelain** La manufacture de porcelaine dure de Bayeux a une speciality qui lui a acquis une reputation justement m6- ritee : c'est la fabrication d'instruments destines aux ex- periences de chimie. Parmi les objets de ce genre envoyes par M. Gosse , di- recteur actuel de cet important etablissement, le jury a vu avec faveur des cornues, des matras, des tubes, des mortiers et une serie de capsules de toutes dimensions , ainsi que plusieurs pieces destinees & des usages domes- tiques. Outre la bonne execution de ces divers objets, il est un autre motif qui a recommande a la bienveillance du jury la manufacture bayeusaine : c'est Introduction dans son mode de fabrication de deux precedes usites a Sevres , ce qui diminuera n^cessairement le prix de revient. Ces innovations consistent a renfermer actuellement , pour la cuisson , deux plats ou assiettes dans la me me ga- zette , et a soumettre a Faction du feu une douzaine de capsules a la fois, en recouvrant ces pieces les unes par les autres. Ges di verses considerations ont d6termin6 le jury a vous proposer de dcerner a M. Gosse une medaille d'argent M. Fr6d^ric LANGLOIS, a Bayeux. Vilraux points. La peinture sur verre, ce genre cte CONGRfcS DES ACADEMIES. 137 decoration si en harmonie avec la disposition de nos mo- numents religieux , et que nous a conserve" si heureuse- ment Fouvrage de Le Viel , a avec la peinture sur porce- laine une telle analogic, que Ton peut, sans empieter sur le domaine des beaux-arts , rattacher cette Industrie a la ceramique. En effet, ce sont, a quelque chose pres, les memes oxydes que Ton emploie comme matieres colorantes dans ces deux genres de peinture , et on a besoin , dans Tun comme dans Tautre cas, pour leur conserver une fixite inalterable, de les soumettre a Faction d'un feu violent. Pour produire de bons vitraux , ecrivait recemment un homme dont Topinion fait loi en cette matiere , M. Di- dron , il faut un archeologue , un dessinateur, un chi- miste et un verrier. Dans le vitrail expose par M. Frederic Langlois, etdorit la pensee premiere du dessin appartient a M. Bouet, le peintre archeologue caennais , le verrier bayeusain a eu seul a supporter le lourd fardeau des trois derniers r61es que nous venons d'enumerer. La verriere par lui presen- tee, et dont le sujet est saint Julien , n'est pas exempte de nombreux defauts sous le rapport du montage et de 1'exe- cution ; defauts pour lesquels on doit etre indulgent ce- pendant , lorsqu'on sait que Tceuvre a ete produite dans le court espace de quatorze jours , et que plusieurs pieces ayant ete brisees au feu, celles qui les ont remplacees n'ont pu etre soumises qu'une fois , au lieu de deux , a Faction de la moufle. G'est ce qui explique surtout Tinferiorite de Tencadrement et Tinegalite des nuances de plusieurs des details. II ne faut pas non plus perdre de vue que le per- sonnage expose par M. Langlois a ete execute pour etre vu a une hauteur de 20 metres, elevation qui adoucira neces- 138 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. sairement la duret6 des tons. Mais si, au point de vue de Tart du dessin proprement dit, la verriere de M. Langlois laisse a d&sirer, elle n'en merite pas moins a son auteur une recompense sous le rapport ch unique. Les couleurs meialliques , surtout celles qui recouvrent la figure de Fe"veque, sont devenues inalterable*, meme lorsqu'on les soumet a Faction d'une pointe d'acier. Ce re~sultat merite (Fautant plus d'etre signale", que beaucoup de vitraux dus au pinceau de peintres distingues ont perdu leurs nuances sous Faction des influences atmospheriques. Un autre titre a votre bienveillance est la modicite" du prix des verrieres de M. Langlois, dont les tarifs sont de 25 pour 100 au-dessous de ceux de plusieurs manufactu- riers du meme genre. La Basse-Norm andie possedait autrefois beaucoup de fa- briques de vitraux. II est & desirer que Fetablissement fonde par Fancien directeur des manufactures de porce- laines de Bayeux et de la Moncloa progretse et prospere. ?^ous vous proposons d'accorder a M. Frederic Langlois une m6daille d'argent. Poterie commune. II y a moins d'une vingtaine d'an- n6es, les fleurs, emprisonn^es dans cles pots lourds, mas- sifs , et tres-souvent difformes, 6taient releguees clans nos jardins , et ne trouvaient qu'un abri ephemere cans les salons, ou elles ne pouvaient souvent entrer qu'en se s6- parant de leurs tiges. M. GOMPTK-NERAT, deGaen, en apportant une veritable revolution dans la fabrication des pots devenus plus legers, a introduit une jouissance de plus dans les plaisirs de la vie domestique. Empruntant a la sculpture ses formes les plus belles, il a su donner aux pots a fleurs la physionomie IR plus gracieuse, en les metamorphosant, tantot en urnes OONGRtS DES ACADEMIES 159 aux contours purs et corrects, tantdt en lampesaux hardis et elegants pendentifs. Outre le double merite de la soli- dit6 et de la legerete , la poterie de M. Compte-Nerat a encore 1'avantage de ne jamais perdre la vivacite de sa nuance. Get habile potier a encore expos6 une statuette moule'e twee un succes qui prouve et le talent de 1'artiste et la fa- :ilite avec laquelle la terre qu'il emploie se laisse tra- vaiiler. Le jury propose de decerner a M. Compte-Nerat une me*- daille d'argent. MM. BOURIENNE et HELAIN , le premier proprietaire , le deuxieme directeur d'une usine importante a Moult, pres Caen , ont presente de tres-bons specimens de briques t de tuiles et de carreaux faits avec Targile de Dives. Les briques resistent assez bien au feu, sans cependant etre refractaires ; les tuiles ne verdissent pas a Taif, et n'eprou- vent aucune action facheuse de la gelee. Le prix tres- modique de cesdifferents objets et leur confection soignee nous font vous demander pour MM. Bourienne et Helain une medaille de bronze. M. LYS, potier au Predauge, a expos6 quatre articles de poteries. Plusieurs, reconverts d'un vernis vert, sont d'une grande dimension et bien executes. Le jury sollicite pour M. Lys une mention honorable. M. BARBIER, deSaint-Desir, a presente cinq objets, parmi lesquels trois soupieres a doux enveloppes , dont Texte"- r-Jeur-o, a jour, offre des difficultes d'exectition. Le jury demaade pour ce potier une citation favorable. MARBRES ETCHAUX. Le d6partement du Calvados, si heureusement privil^gie sous le rapport des inateriaux 140 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. qui ont convert son sol de tant de monuments, n'aura bientdt plus rien a envier aux contr6es de TEurope les plus favorisees, lorsque M. Lebrethon se sera mis en me- sure d'exploiter en grand les belles carrieres de marbre qu'il vient d'ouvrir a Laize-la-Ville. M. Lebrethon , qui fabrique dej'a , depuis plusieurs an- nes , avec le calcaire-marbre de Laize , une chaux ex- cellente et regarded par les hommes de Tart comme supe"- rieure , pour les constructions , a toutes celles du departement , va prochainement livrer au commerce les divers marbres de nuances differentes que renferme cette formation. Une scierie mecanique, composee de quarante-trois la- mes (un chariot de trois lames pour les gros blocs, et deux de chacun vingt lames pour les blocs ordinaires), et mue par Teau , lui permettra de donner ses produits a un prix modique. Quant a la beaute des marbres que M. Lebre- thon pourra livrer au commerce, le carrelage en mosaique, les benitiers et le mortier presentes par lui, en donnent une idee avantageuse. Ces marbres pourront etre em- ployes avec le plus grand succes, dans la marbrerie de luxe et d'ornement, pour des cheminees, des chambranles, des vases, etc. Le tombeau du colonel Bellencontre a fait voir, dernierement, tout le parti qu'on en pourra tirer dans les monuments fune>aires. Si les marbres du Calvados ont e"te diaux pour la construction ou la decoration des monuments quMls ont eleves sur di- CONGRfcS DBS ACADEMIES. 141 vers points de notre sol normand , et dont nous retro u- vons des mines a Bayeux, au vieux Lisieux, etc. Les colonnes qui decorent maintenant 1'autel de Teglise Notre -Dame, a Caen, furent faites en marbre de Vieux, et Richelieu enrichit Thotel de la Sorbonne, a Paris, avec ce me: me marbre. Mais , depuis cette e" poque , nos carrieres ont e"te abandonnees ; elles n'etaient plus connues que des naturalistes , qui ont souvent regrette un delaissement si contraire a Tinteret du pays. Sachons done gre" a M. Lebrethon d'avoir donne" une nouvelle impulsion a cette Industrie ; et, comme legitime remuneration de ses efforts autant que par marque d'in- t6ret, demandons pour lui une medaille d'argent. Le travail des marbres de Laize a ete* confie* a un mar- brier de Caen, M. Dubois, dont Thabil ete s'est re.velee par Texecution de la mosaique , dans le genre italien, qu'il a confectionn6e avec des marbres. de nuances differentes. Le bon gout et la r6gularit6 de ce travail ont deter- min6 lejury a demander pour M. Dubois une medaille d'argent. M. GOURTOIS, duMans, a present^ trois cheminees, dans lesquelles le fini de Texecution se reunit ^ la beaut6 de la forme. Le jury sollicite pour lui une medaille do bronze. Une table de marbres incrustes , presentee par M. LE- i GRAD, de Bernay, a semb!6 devoir meriter a son auteur une mention honorable. M. POTTIER , platrier a Lisieux , a expose plusieurs imi- tations de marbres, qui sont susceptibles d'etre employe's avantageusement , soit comme enduits, soit comme de- cors. L'execution de ce proc6de , dont on connait plu- 142 1NST1TUT DBS PROVINCES DE FRANCE. sieurs autres analogues, a determine le jury a sollieiter pour M. Pottier une mention honorable. Imprimerie el lithngraphie. L'imprimerie et la litho- graphic ontete dignement repre"sentees a Fexposition par MM. Surdeves, de ttouen, Letemplier et Durand, deLisieux.- et Hardel, de Caen. Arts chimiques. Un rapport tres-6tendu a 6te fait a Tlnstitut des provinces par la commission des arts chimi- ques. Parmi les objets qui ont le plus particulierement attire* 1'attention du jury, nous devons citer les magnifi- ques e*chantillons de gelatine dite grenetine , exposes par M.Grenet, de Rouen, et lescuirs tanneset verms deM. Pltitn- mer, de Pont-Audemer. M. Plummer, en se"parant en trois, dans le sens de Tepaisseur, la peau du meme animal , peut executer en tres-peu de temps (une quinzaine de jours) Toperation du tannage sans rien oter a la solidite et & la souplesse de ses produits, La decouverte d'un nouvel aliment rend plus de ser- vices au genre human que la decouverte d'une planete , a dit quelque part Brillat-Savarin. Sans partager de tout point Topinion de Teminent gastronome , la commission a cru devoir accorder une recompense d'un ordre eleve a M. Viau, chimiste a Harfleur, qui est parvenu h trans- former une plante employee jusqu'alors seulement comme condiment (la criste marine), en une conserve alimentaire agreable , d6ji tres-appreciee par la marine marchande . et qui ne peut tarder a Tetre par celle de TEtat. Fils et tissus de laine. M. Durieu a6te charge d'exa- miner cette partie de Texposition , et il a fait voir que Findustrie des fils et tissus de laine etait en progres dan^ plusieurs villes du nord-ouest, et notamment aElheuf, a CONGRfcS DES ACADEMIES. 145 Lisieux et a Vire. II suffira de citer MM. Theodore Chen lie- viered'Elbeuf, Fournet et Duchesne de Lisieux, dont les produits justement appre"cies ont merite aces honorables industriels des distinctions elevees aux expositions quiti- quennales de Tlndustrie francaise. Les draperies ex- poshes par MM. Jannin etMery -Samson, de Lisieux, placent cette viile tres-peu au-dessous d'Elbeuf. F-ils et tissus de Jin et de cotOn. M. le baron Mercier, le juge le plus competent sur cette partie de Fexposition re"gionale, a lu un rapport tres-remarquable danslequel il a signale" d'une maniere spe"ciale les magnifiques produits des filatures de MM. Fauquet-Lemaitre, de Pont-Audemer, et de Bergue, de Lisieux , et les toiles provenant de la fa- brique de M. Gharpentier, du Failly (Calvados). INDUSTRIES DIVERSES. Enfin la commission des indus- tries di verses, parmi les objets souinis a son examen, a particulierement remarque les objets en fonte malleable sortant de la fabrique de M. Piegnolds de Pont-Audemer. Les accidents nombreux que Ton previent dans les fabri- ques en employant des engrenages en fonte malleable, ont fait dernander pour M. Regnolds une medaille en vermeil. M. le rapporteur passe successivement en revue les di- verses sections industrielles de Texposition de Lisieux, II termine ainsi : L'enumeration que nous allons faire , en appelant les noms des laureats , des divers objets exposes par chacun d'eux, fera voir aux membres du Congres que beaueoup d'industries 6taient re presentees a Texposition r^gio- Dale de FOuest , et que , s'il est vrai de dire qu'il reste encore beaueoup a faire , il est juste de cofiVenir qe dejit 41 a ete fait beaueoup et que Ton est en droit 144 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. d'attendre d'immenses rie non interrompue de triomphes , et nous ne doutons 7 146 INSTITUT DES PROVINCES DE PRANCE. -pas que Imposition universelle qui se prepare, ne mette encore plus complement en relief notre habile compa- triote. Jusqu'au resultat qu'il est parvenu & obtenir, les pates (TAuvergne cdaient le pas , a grande distance , aux pro- duits de Nancy, Lyon et Paris, tandis qu'en ce moment c'est tout le contraire. II y a mieux , messieurs , nous avons la certitude qu'une tres-notable partie des pates alimentaires , vendues sous le nom de fabricants ita- liens, sort des ateliers de M Magnin. Ses pates sontbien superieures aux meilleures pates qui nous viennent de Ge~nes et de Naples. Ge n'est pas tout encore : jusqu'ici nous avons apprecie son rnerite au point de vue g6n6- ral, en quelque sorte; il nous faut aussi Tenvisager a- celui de Tinteret local. Le ble rouge, ce magnifique produit de la fertile Limagne, par suite peut-etre de la nature volcanique du sol , des courants athmosph^- riquesou autres causes non encore bien determinees, ar- rive a maturite , dans nombre de locaiites, a. T6tat glace, ce qui lui donnait sur le marche une moins-value de plus de 2 francs par hectolitre; or aujourd'liui,. grace en tres grande partie a M. Magnin, la meme quantit6 -de froment se vend 2 et 3 francs de plus que tous les autres ; de la , une prime annuelle de 8 a 900,000 francs sur cette seule culture. Gertes, messieurs, vous avouerez que M. Magnin a me- rite une mention hors ligne. Le jury d'examen a encore jug6 dignes de la me*rne recompense deux tapis i\ la main executes par des damo,,s qui ont voulu garder Tanonyine. Deux autres , sortis des ateliers de M. Fabard-Dubroc. Enfin, les caf6s de chataignes et de glands doux exposes CONGRfcS DBS ACADEMIES. U7 par MM. Lecoq et Bargouin, qui ont les premiers utilise" ces matieres d'une facon si favorable a la sante , selon beaucoup de membres de la Faculte" , et si appro" ci6s an- jourd'hui en France comme a Petranger. DEUXIEME ORDRE DE RECOMPENSES (medailles d'argent). Le jury a propose* et Tlnstitut des provinces a de'cerne" une medaille d'argent a MM. Gosson et Rossignol, arque- busiers a Clermont, pour leurs pistolets a la fois legers et solides , d'un maniement facile , d'une grande precision de tir et d'une longue portee. La meme medaille a e"te accord6e a M. Lhe*ritier, 6b6- niste du chef-lieu du Puy-de-D6me, pour un lit et un bu- reau en acajou d'un grand fini. TROISIEME ORDRE DE RECOMPENSES. Des medailles de bronze ont e"te" decern^es a MM. Rapp etGrinaire, de Mege-Goste, pour leurs 6chantillons de verrerie, d'une belle execution et d'un prix tres-mode"re\ A M. Cue" rin , cordier a Billom , pour ses hamacs et di- vers genres de cordages. A la sucrerie de Bordon , connue sous la raison so- ciale Herbet et Com p. , qui a expose des sucres tres- blancs et cristallises obtenus ainsi du premier jet. G'est a peu pres le seul 6tablissement de ce genre qui ait pu re*- sister, dans le Puy-de-D6me , a la rude concurrence du sucre colonial. A M. Hippolyte Delcros , pour ses instruments d'horti- culture et un iug^nieux m^canisme d'orthopedie. 148 1NSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Une autre mdaille e"galement en bronze, a M. Briere, de Brassac, pour son acide ars6nieux et son exploitation intelligente des mines de cuivre du Vernet, dont il a fourni de remarquables e"chantillons. A M. Giraud Billoud, createur, en Auvergne, d'une nou- velle Industrie, Textraction du tartre rouge et blanc des tartres du pays, jusqu'alors reste's improductifs ; et pour ses succes dans sa lutte contre les produits du meme genre du midi de la France , places dans des conditions double- ment avantageuses. La meme recompense a M me Constant, de Thiers, pour ses 6chantillons de soie, qui peuvent concourir avec celles d'Alais, si appreciees. A M. Clementel, pour ses produits a deux tons des sources incrustantes de Saint-Allyre; perfectionnement re" cent qui lui permet de soutenir la comparaison avec les r6sultats obtenus a Saint-Nectaire. A MM. Hinder et Genillet, pour les beaux e"chantil- lons de leur poterie de Billom. A M. Doumeau jeune, pour ses ingenieuses persiennes en fer. A M. Mouly Retaille, pour ses pierres de construction, dont la finesse de grain et la main-d'oauvre ne laissent rien a desirer. Meme recompense a M. Joyal , relieur ; la carte , Tatlas et le volume exposes sont d'un travail hors ligne. A M. Ledru, pour ses efforts e"prouvs a doter TAuvergne d'une industrie nouvelle : les vernis tires de ses bitumes. Aussi une medaille de bronze a M. Jacquet , qui peut 6tablir, au prix de 200 fr., un appareil complet de sup- ports a guillocher, s'adaptant ^ tous les tours, et qui cou- terait 500 fr. a Paris, selon toutes probability. CONGRES DES ACADEMIES. U9 Qui ne connait, messieurs , la de"licatesse et la superio- rite des conserves de fruits de Clermont, qui tire un si de- licieux rsultat de ses abricots blancs des vergers de la Limagne, cette autre terre promise ? Jusqu'ici la concur- rence 6trangere n'a pu un instant se soutenir. Le jury d'examen a demande une m6daille de bronze pour M. Gail- lard, confiseur. Meme recompensed M. Bernard, d'Ambert, pour ses liens et lacets, d'un prix accessible a tous, malgre" la per- fection de leur execution. A M. Larose , horloger, qui est parvenu a enlever a la ville de Morey le monopole de ses horloges. A M. Bonenfant, facteur de pianos , pour un de ses in- struments reconnu d'une qualite superieure. A M. Quinsot, ebeniste a Glermont, pour un lit en noyer du pays. A M. Jobert-Barriere , d'Issoire , pour ses echantillons de marbres factices. A M. Percepied , de Saint-Nectaire , pour sa decouvertc des moyens de decalquer par Teau toute espece de gra- vures. II suffit de placer un dessin sous les chutes , et an bout de peu de temps il est transpose fidelement et entie- rement sur le sediment calcaire, comme sur une pierre lithographique. QUATRliME ORDRE DE RECOMPENSES. Le jury a propose", et Tlnstitut des provinces a accorde une mention honorable a M. Richome, de Vernangheou (Haute-Loire), pour ses gres et briques refractaires. A M. Thibaudier, directeur de la compagnie de Brassac, pour ses cokes de houilles grasses. 150 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. A M. Bauny fils , a Clermont , pour ses sabots de tout genre. A M. Fautat , serrurier, pour une serrure a timbre et un niors arabe. A M. Valadier, pour ses echantillons de parfuraerie. A M. Pichau , pour ses chocolats. A M. Gilberton, pour ses impressions lithographiques eu noir et en couleur. A M. Alphonse Ledoux , pour un appareil inedico-61ec- trique. A M. Pironon , pour une pompe. A M. Champleaux , pour ses ouvrages en cheveux. A M. Versepuy, pour un modele en relief de la cath- drale de Clermont. A M. Auguste Morange, pour ses incrustations fac- tices. A M. Guillot , tourneur au Pont dii-Ghateau , pour une baratte et autres objets produits de son tour. A M. Vandoil, pour ses echantillons de pipes, qui peuvent hitter avec les produits de ce genre venant du Nord. A M. Servies fils , pour un parquet en marqueterie. A M. Michel, a Ghamaillieres, pour ses instruments de jardinage. A M. Dchaud ,' f umiste , pour un fourneau 6cono- mique. A M. Clement, serrurier, pour une porte ing6nieuse- ruent disposee , pour Fouverture et la fermeture. A M. Laussedat, pour ses fleurs artificielles. A M. Clavel fils, pour ses Echantillons de ficelle dite de Montargis. A M. Poiret, pour ses appareils de bains. CONGUfcS DES ACADEMIES. 151 A M. Dubreuil , pour un fort beau billard. A M. Leroux, pour ses impressions lithographiques. Enfin, a M. Ligier, de la Prade, pour ses vins blancs oaousseux de Mzel. Llnstitut des provinces eut vivement desir6 que les lau- re"ats de F exposition regionale du Centre pussent rece- voir leurs recompenses en cette enceinte , dont la solen- nit6 eut ajoute" a leur valeur ; mais Teloignement est venu s'opposer a la realisition de ce vceu , et leurs medailles ont du leur etre envoyees. M. Bordeaux est appel< a la tribune pour faire connaitre a I'assemblee les re"sultats des expositions d'objets d'art qui ont eu lieu successivement a Reims et a Lisieux. II expose a ce sujet quelques vues pour Tavenir de Tart provincial, sur les moyens de former le gout en province, meme. temps qu'il dilapiderait moins son 160 INSTITUT DBS PROVINCES DK FRANCE. temps et ses travaux. Je voudrais, messieurs, que lejeane peintre ou le jeune statuaire , durant tout le temps que le conseil municipal accorde & ses etudes lointaines, ne fut tenu a offrir en don a sa ville aucune ceuvre particuli&re ni spciale, mais seulement a exposer, en un envoi annuel les Etudes dessin6es oumodeteesqui ont occupe son ann6e. OEuvres superflues, ceuvres perdues, je Tai dit, que ces donations enfantines, exig6es par Tespritsoupgonneux de certaines villes. Mais en tete du programme du concours ouvert pour la pension des artistes, j'ecrirais pour premier article cette clause fondamentale : le peintre ou le sculp- teur que le concours enverra a Paris pour y acquerir les derniers secrets de son art , apres y avoir 6tudie aux frais de la ville pendant quatre annees , reviendra dans cette ville passer la cinquteme et la sixteme annee de sa pen- sion, et il emploiera ces deux annees a y ex6cuter un tra- vail considerable de decoration publique. Vous n'avez pas, messieurs, vous n'aurez jamais, tant que la decentralisation des arts ne sera pas complete , d'autre moyen de retenir aupr^s de vous vos pensionnaires. Certes tout artiste de cceur sera fier de voir Tune de ses meilleures ceuvres , la plus importante peut etre, enorgueillir sa ville natale; et cette ceuvre peut a elle seule parfois feconder une pro- vince. Mais ne voyez-vous pas, messieurs, quelle plus active et r6chauffante influence exercerait , & coup sur, la residence meme de ces jeunes gens tout pleins encore a cet age du soin et du respect de leur avenir? ils ne sont pas encore rassasi&s de renommee, ils sont encore a Tas- seoir sur des ceuvres durables. Ce serait au milieu de leurs anciens rivaux de concour^ et sous leurs yeux , qu'ils au- raient Toccasion solennelle de manifester leur valeur par un de ces grands travaux publics qui sont le reve de tout CONGRfcS DBS ACADEMIES. i6i veritable artiste. La province a pre"cisement besoin de ces compositions de quelque haleine ou se complaisent les 6coles serieuses , et dans lesquelles un artiste e" tale , avec toute la se" ve de sa jeunesse , sa science et son ambition. Nos departements n'ont guere sous les yeux, par malheur, que des ceuvres d'artistes uses ou renies par Paris , ou qul n'ont jamais eu leurs grands modeles sous les yeux. Paris garde a lui toute la jeunesse, et vous ne savez pas me" me rappeler a vous ceux de vos enfants que vous lui envoyez pour surprendre les secrets de sa richesse et de sa splen- deur. Tant que vous n'aurez pas force vos pension-naires a une residence au moins temporaire, residence sanctionn^e par un dedit severe, taut que vous ne les aurez pas eon- traints a revenir verser les tre"sors acquis de leur science et de leur pinceau dans vos ecoles departementales, tant que vous n'aurez pas exig6 des jeunes artistes, nourris & vos depens, les legitimes premices d'un talent enfin mai- tre de lui-merne , vous gaspillerez inutilement , 'au benefice de Paris qui n'en a pas besoin , les fonds de votre caisse municipale , et vos esperances d'etre utiles a Thonneur de votre province ; et c'est pour cela que j'ai 1'honneur de proposer au Gongres d'adopter la conclusion suivante a la question qui regarde les peintres et les sculpteurs pen* sionnes par les villes : Le congres engage les Conseils municipaux des villes qui pensionnent a Paris ou a Rome des eleves peintres ou sculpteurs, & n'exiger d'eux, dans Tinteret mieux entendu de ces villes , durant les annes d'etudes de ces jeunes pensionnaires , que Texhibition annuelle de leur travail le plus important , inais a poser pour condition capitate du concours et de la pension que ces artistes, apres leur pe- riode d'itablement les artistes, et nous ne sommes plus d'ail- leurs au seizieme siecle. Bornez-vous a faire ^ vos eleves des commandes, et ils les executeront, soyez-en surs, avec une predilection toute particuliere. L'orateur regarde comme impossible qu'on voie 6maner d'un congres fran- ^ais, au dix-neuxieme siecle , le vosu d'une punition in- flig^e a Tartiste qui honore son pays natal. (Applaudis- sements.) M, Dupr^ exprime sa surprise de voir considerer comme entaches de barbaric lesactes par lesquels les convents du seizieme siecle encourageaient les arts. Le seizieme et le dix-septieme siecle auront assurement une belle place dans Thistoire generale de Tart. Pourrait-on dire ce qu'a veritablement produit le dix-neuvieme siecle, au point de vue de Tart? (Bruyants applaudissements. ) Le dix- 166 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. neuvieme siecle , se sentant incapable d'Stre cr6ateur , s'est partout appliqu6 a des restaurations des chefs- d'oeuvre dessiecles precedents. Comment les precedes bons au seizieme siecle pour faire de grands artistes, le seraient- ils moins au dix-neuvieme? Qu'on ne dise pas, du reste, qu'au seizieme siecle il s'agit d'un conlrat; le couvent imposait simplement a Tartiste de lui donner un tableau. II est une autre consideration a laquelle on ne semble pas prendre garde : c'est que si vous proposez aux villes de soutenir le jeune artiste sans qu'il leur rende rien en 6change de leur protection , elles s'abstiendront tout sim- plement de voter les fonds necessaires. Le point essentiel est d'imposer a Tartiste 1'obligation de venir, pendant un certain temps, habiter sa ville natale; car, il faut bien qu'on le saclie , c'est a cela que tiennent principalement les partisans de la proposition de M. de Ghennevieres. Un des r^sultats de ce systeme sera de creer une sorte de diversity dans les 6coles. G'est ainsi qu'au xvi siecle, Rome , Florence , Venise et tant d'autres villes d'ltalie ont eu leurs 6coles distinctes dont la rivalite meme a puis- samment contribue i\ exciter le genie des grands maitres. Paris lui-irie"me a interet a ce qu'on marche dans ces voies, car, si vous n'avez en France qu'une seule ecole , remula- tion faisant defaut, la decadence fera chaque jour de nou- veaux progres. L'orateur ajoute encore que si Ton a justement critique le sentiment Idche qui a inspire certaines productions expose"es & Paris , le remede le plus sur ^ cette deplorable tendance est de rappeler le jeune homme dans ses foyers. Peut-on un instant supposer quMl s'y livrerait a ces orgies du talent qui dehonorent trop souvent Tart contemporain ? (Applaudissements prolonges.) CONGRftS DES ACADEMIES. 167 M. Assezat de Bouteyre (de la Haute-Loire) prie Fassem- tol6e de ne pas oublier qu'elle a essentiellement mission de formuler des faits pratiques et non des utopies. Or la pro- position est 6galement irrealisable en fait et en droit. On demande la residence de Fartiste dans sa ville natale ; c'est une 6vidente atteinte a sa liberte. On veut le contraindre a executer un ouvrage ; mais dans nos lois tout engage- ment se resout en dommages-interets. II naf trait done ne- cessairement du contrat propose un proces qui d^shono- rerait a la fois Fartiste et la ville elle-meme, et ou cette derniere succomberait. L'artiste recompense presque toujours sa ville natale des sacrifices qu'elle a faits, par le don d'un objet d'art, et si par hasard il se montrait-ingrat, il ne faut pas s'exagerer F6tendue du mal qui en resulterait. La province , il est vrai, aurait fait cette fois des frais inutiles; mais la France , du moins , aurait gagne une osuvre d'art, et c'est 1& le point essentiel. Mais , en general , les artistes ne veulent pas souiller leur front d'une tache dMngratitude , et on ne saurait les placer au rang de ces dieux dont parle Virgile, qui avaient besoin d'etre converts de ehaines pour chanter. M. Sutaine pense que si Fon considere la proposition de M. de Chennevieres comme trop absolue , on pourrait exi- ger au moins de Fartiste qu'il donnat a sa ville natale un tableau reproduisant quelque fait honorable relatif a son histoire locale. Cette demande n'est, au reste, qu'une imi- tation de ce que fait FEtat lui-meme a Fegard de ses pen- sionnaires de Rome; il les oblige a envoyer des tableaux aux musees parisiens. Pourquoi les communes ne traite- raierit elles pas leurs propres perisionnaires 1 comme FEtat traite lessiens? 168 INST1TUT DES PROVINCES DE FRANCE. Le d6sir de clore la discussion g6ne>ale se manifesto dans Tassemblee; le president en met aux voix la proposi- tion, qui est adoptee. 11 fait ensuite remarquer qu'il est ncessaire d'etablir une division dans la proposition de M. de Chennevieres et d'6mettre deux votes separes. On met aux voix et Tassemble'e adopte, sans discussion, la premiere partie , cone, ue en ces termes : Le Congres engage les conseils municipaux des villes qui pensionnent u Paris ou a Rome des eleves peintres on sculpteurs , & n'exiger d'eux, dans Tinteret mieux entendu de ces villes, durant les annes d'etudes de ces jeunes pensionnaires, que 1'exhibition annuelle de leur travail le plus impor- tant. Le president lit ensuite la seconde partie, ainsi conc,ue : Mais & poser pour condition capitale du concours et de la pension, que ces artistes, ap res leur periode d'etudes, seront tenus de resider un certain nombre d'annees dans la ville qui les a pensionnes , et d'y executer un travail important, ou leur talent muri acquitterait la reconnais- sance qu'ils doivent a leur ville nourriciere. 1.1 lit egalement Tamendement de M. Sutaine, mentionn6 ci-dessus. M. des Voidy voudrait que, dans cet amendement, on se bornat a inviter Tartiste a faire un tableau pour sa ville natale , sans lui en imposer Tobligation. Un membre demande la question prealable sur la re"- daction de M. de Chennevieres. Une discussion s'etablit sur ce sujet; maisTauteur de cette proposition la retire, et la discussion relative a la question prealable n'a pas de suite. CONGRfeS DES ACADEMIES. 169 On vote surla redaction de M. de Chennevieres , et elle n'est point adoptee par Fassembtee. La discussion s'engage sur Tamendement de M. Sutaine. M. de Guernon-Ranville demande si Partiste, qui est souvent denue de toutes ressources , sera oblig6 de faire gratuitement le tableau exig6. M. le president exprime que la pense"e de ramendement de M. Sutaine est que la ville paye & Fartiste la valeur du tableau. M. Ch. Calemard de Lafayette fait remarquer quMl y a au fond de la proposition , une pensee sur laquelle tout le monde parait d'accord , c'est-a-dire qu'il serait desirable que les artistes, apres avoir recu les temoignages de la bienveillance de leur pays, lui apportassent plus tard quelque preuve de leur reconnaissance. D'une autre part, chacun recule devant les moyens de contrainte et Tabsolu de la proposition. M. Ch. de Lafayette , pour rentrer au moins dans Tesprit de la proposition par une voie detour- n6e , propose au Congres d'exprimer le vceu que le gou- vernement voulut bien consulterles soci6t6s locales ou les administrations communales, sur les encouragements donner aux artistes originaires de leurs Iocalit6s, et sur la matiere des dons qui seraient faits aux musees , e"tablis~ sements publics , etc. Gette proposition n'est pas mise aux voix. L'assembl6e vote ensuite Tordre du jour sur la proposi- tion de M. Sutaine. La question des bibliotheques est & Tordre du jour. M. Chavin de Malan lit les conclusions suivantes ( i' f partie de son projet) : 8 i70 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. Administration exterieure des bibliothegues par la Commune. La commission municipale doit a la bibliotheque : 1 Un local convenable; 2 Un fonds pour Tentretien des livres ; 3 Un traitement honorable au biblioth6caire; 4 Veiller a ce que les achats soient en rapport avec les necessites de la ville et de la province ; 5 Verifier le catalogue des doubles , et les faire vendre publiquement. Toute commune dont les ressources sont insuffisante* pour entretenir une bibliotheque doit : 1 Ou la ceder a une association religieuse de la ville, * la charge de la loger, de la soigner et de Touvrir chaqua jour, adesheures fixes, au public studieux; 2 Ou la vendre publiquement aux encheres , d'apres un catalogue envoye a tons les libraires et a to us les etablis- sements scientifiques. M. Isidore Lebrun a la parole : Suivant lui , avant de chercher un local pour conserver les livres, il faut avoir des livres. Plusieurs voix : On n'en manque pas. M. Isidore Lebrun continue a rechercher quels nioyens* on peut employer pour se procurer des livres. Plusieurs voix : A la question. M. le president. On suppose que le noyau de la biblio- theque est forme. II est quatre heures un quart. II roste peu de temps pour discuter la question meme. M. Lebrun presente encore quelques observations. La parole est a M. Ilebert. 11 expose en quelques mot? CONGRfcS DBS ACADEMIES. f.71 un systeme nouveau de catalogue dont il est 1'auteur. II analyse une brochure dont il offre des exemplaires aux membres du congres. M. de Blois combat les conclusions de M. Ghavin de Ma- Ian, quant a la question des echanges. 11 proteste surtout contre la proposition d'engager les communes a vendre leurs livres dans certains cas. II voudrait seulement que les communes aient plus de liberte dans Tadministration de leurs bibliotheques, tout en restant sous une certaine tutelle sur ce point M. Ghavin de Malan rpond au pr6opinant, et defend son systeme de ventes. II pretend que le systeme d'echanges est impraticable. ... Le systeme des echanges n'est pas executable, ou du moins il est environne de tant de difficulties et promet des r^sultats si peu avantageux , qu'il vaudrait mieux laisser les choses dans Tetat ou elles sont. Et d'abord, aurait-on le catalogue des doublet, que j'af- firme qu'il serait absurde de vouloir assimiler un livre un autre livre sur la foi d'un catalogue et d'un titre. Cha- que livre a une valeur materielle qui est propre a chaque exemplaire, et qui n'est appreciable qu'aux yeux des con- naisseurs. Prenons des exemples : Je suppose que la bibliotheque de Caen possede en double YArislole des Aide* relie en v^lin, et que la biblio- theque de Bayeux eut a offrir en echange le P la I on d'Es- tienne , grand papier. Ges deux ouvrages sont en librairie cot6s a peu pres au meme prix ; mais le Platon de Bayeux est rogne de pres et il a une piqure de ver dans le texte. Alors il ne vaut plus que 30 ou 40 fr., tandis que TAristota vaut toujours 2 a 300 fr. Je suppose encore que la bibliotheque de Gaen possd* i72 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. cinquante exemplaires de Malherbe , le grand poete de la renaissance des lettres. La bibliotheque de Bayeux peut tre assez pauvre pour ne pas posse" der Malherbe, mais elle a par hasard deux ou trois exemplaires des chansons de Basselin ou de Lehours. Le bibliothecaire de Bayeux peut se trouver tres-fier d'enrichir sa collection d'un olassique immortel au prix d'un bouquin obscur. Eh bien ! f exemplaire de Malherbe vaut 10 sols et Texemplaire de Basselin vaut 150 fr. Get e" change serait ridicule et im- moral. Je suppose encore que la bibliotheque d'Evreux veuille ^changer avec la bibliotheque de Coutances un volume commun, ordinaire, sans prix. L'change se fait. Un Wr- yile part pour Coutances, un Chapelain arrive a Evreux. Or voila qu'un antiquaire , un amateur eclaire , en par- courant le volume de Chapelain , trouve sur les marges bien conserves dix lignes autographes de Boileau , et Texemplaire devient prScieux. Je le repete, Techange sera presque toujours une mesure impraticable , une me- sure trompeuse , une mesure spoliatrice qui ne s'excuse que par son innocence. Personne n'en profitera, et voil son beau c6t^. La vente publique au contraire a tous les avantages. Le catalogue sera imprime, envoy6 aux grands libraires, aux bibliotheques de France. Les livres seront vus , examines soigneusement par des amateurs. On les poussera a la vente. Us iront a leur prix. Tout se fera publiquement et legalement. Les bibliotheques qui vendent, trou vent ain si des res- sources pour se procurer des livres plus utiles a la locality, (ielies qui achetent s'enrichiront , se comple'teront. Un autre motif encore , c'est Tint^ret de la science et CONGRfeS DBS ACADEMIES. 475 des Etudes particulieres. II y a des hommes studieux et isoles qui ont besoin de livres pour leurs travaux, et puis la librairie y gaguera aussi ; il faut bien entretenir cette noble Industrie, qui concourt a la formation de toutes les grandes et excellentes bibliotheques. Enfin toutes les bi- bliotheques communales y gagneront en estime, ou plut6t en estimation. Je veux dire qu'elles seront rehauss^es aux yeux des administrations municipales, pour qui les valeurs n'ont rien de reel tant que leur signification n'est pas traduite en chiffre. Par ce qu'elles auront vendu , elles apprecieront ce qui leur reste, et les allocations y gagne- ront en largesse. On aurait laisse perir des chefs-d'oauvre, on sera liberal pour entretenir des capitaux. Ainsi, au lieu du reve honnete et seduisant des echan- ges , je propose la pratique utile des ventes. M. de Girardot est aussi partisan des ventes an lieu des ^changes. De ville a ville il y a inegalite ; on donne un ouvrage de prix pour recevoir un ouvrage mediocre. Avec le gouvernernent , c'est pis encore ; le gouvernement re- oit et n'envoie rien en echange. M. de Stassart et M. Chavin de Malan echangent quel- ques observations sur ce qu'on doit entendre sous le mot de doubles. M. Chavin de Malan abandonne le dernier article de son projet sur les ventes de bibliotheques tout entieres. M. R. Bordeaux monte a la tribune pour combattre la proposition des ventes de livres , meme restreintes. II croit que M. Chavin ne connait pas bien T6tat de la province, ni ses besoins reels. M. Bordeaux propose de repousser non-seulement les ventes de bibliotheques entieres, mais encore les ventes de doubles et des fonds de theologie scolastique proposees 174 JNSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. par le rapporteur. II trouve que les villes sont de"j& trop disposers ii se defaire de livres qui n'ont d'inte're' t que dans la locality meme , et qui n'ont cependant pas de valeur ailleurs. La vente des doubles est funeste, quoi qu'on fasse ; si elle enrichit les libraires , elle cause une perte re"elle aux villes qui s'y laissent aller. Les villes ont pour la plupart de\ji vendu leurs doubles il y a une vingtaine d'annees , et le resultat qu'elles ont obtenu n'est pas de nature & revenir a un pareil systeme. D'ailleurs , toute bi- bliotheque sagement administree gardera les doubles de ses ouvrages rares , pour ne mettre aux mains du public qu'un exemplaire, tandis que Tautre sera tenu en reserve, . Enfin , il faut bien s'entendre sur ce qui constitue des doubles. Deux exemplairesd'unmeme ouvrage, dela meme Edition, devront souvent n'etre point considers comme des doubles. L'un , par exemple , tirera une valeur a part d'une reliure historiee et curieuse ; Tautre d'annotations marginales, ou simplement de la marque de 1'ancien pos- sesseur. Les armoiries appliquees en or sur les reliures ou sim- lement gravies a Tinterieur de la couverture servent sou- vent a Miistoire locale. De la marque d'une bibliotheque on tire des indications pre"cieuses pour Thistoire des bi- bliotheques d'un pays, pour celle d'un monastere, d'un chateau ou d'un homme c61ebre. Tel biographe a retrouve" Torthographe exacte d'un personnage dont il^crivait la vie sur un livre provenant de la bibliotheque de ce m^me personnage. Il y aurait une foule de choses a dire sur Tusage a tirer de ces documents de toute espece que fournissent les livres de nos vieilles abbayes et de nos an- ciens chateaux. Faites sortir ces livres de la localite" oil iis deviennent de v6ritables materiaux historiques, et vous CONGRfcS DBS ACADEMIES. 175 les vendrez & vil prix, parce que, ailleurs, ils auront perdu cette valeur locale. Que de ibis des livres ont e"te achet&s pourquelques centimes chez des libraires de Paris, et qui, portes en province, dans la ville ou ils etaient d'abord, recouvraient un interet nouveau. Sans accuser les muni- cipalites d'ignorance (et il y en a qui le raeriteraient pourtant) jamais on lie peut esperer qu'un conseil muni- cipal puisse comprendre ces vetilles scientifiques, si im- portantes cependant aux yeux des hommes speciaux , des faiseurs de monograph ies. Ces curiosites de reliure, de notes marginales, de mar- ques gravies (qui par parenthese sont une source f6conde pour I'histoire des anciens graveurs), d'armoiries et de provenances locales, s'opposeront toujours aussi & la vente des ouvrages de the"ologie scolastique. Un livre, en effet, de rios jours a gene*ralement , s'il est an^ien, une valeur bibliographique independante de son contenu. II faut que les bibliotheques des monasteres restent en entier dans ie lieu ou ces monasteres s'elevaient. II faut que le fonds provenant d'une donation reste dans son int6grite. Que dirait-on de la ville de Caen , cite"e par Thonorable pr^opi- nant , si elle vendait , sous pretexte de double emploi , les livres de sa bibliotheque qui se trouvent a la fois dans le fonds de Samuel Bochart et dans celui de F. Martin, ce moine bibliophile ami de Daniel Huet , et qui rassem- blait avec tant de passion les livres deja rares au XVII* siecle? La theologie scolastique n'occupe plus les esprite. Mais qui dit que Tesprit humain n'y viendra pas quelque jour jeter un coup cTceil r^trospectif ? Deja on s'occupe partout de la biographic des auteurs scolastiques. Pour faire cette biographie, ne faut-il pas consulter leurs ou- vrages? II y a vingt ans, les villes vendaient a I'Spicier les 176 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. livres de blason , de feodalit6, de genealogies, qu'aujour- d'hui elles rachetent a grand prix, parce que la curiosite publique a trouv6 un riche sujet d'investigations dans un ordre de connaissances historiques que la generation pas- s6e traitait avec un souverain mepris... Les bibliotheques de corps permanents , cornme le sont les communes, doivent etre a Fabri des caprices de la mode et des fluc- tuations de Tesprit humain. L'orateur ne croit point non plus qu'on doive proscrire les echanges. Si on les a rarement pratiques ce n'est pas la preuve qu'ils soient impraticables. II croit surtout qu'il faut favoriser les echanges entre les villes d'un meme de- parteinent, toujours afin de ne pas eloigner les ouvrages anciens de leur provenance originaire et de les laisser dans le voisinage des etablissements ou ils furent d'abord conserves. Quant aux ventes, M. Bordeaux les croit dangereuses dans tous les cas. En province, les livres les plus rares, ne trouvent pas toujours 1'amateur auquel ils s'adresseraient, et se trouvent livres a la destruction. On parle de catalo- gues et des libraires de Paris. Mais les catalogues sont couteux et les libraires ne se deplacent que si Ton annonce une vente importante. Or nos pauvres bibliotheques de petite ville, composees de cinq a dix mille volumes pour la plupart n'ont pas des quantites de doubles suffisantes. pour payer les frais de voyage d'un libraire et lui assurer un benefice. Qu'une ville ait a vendre un Ducange , par exemple, est-ce que les frais d'annonces, le voyage du Ji- braire, le benefice que celui-ci devra faire, les frais d'em- ballage et de transport n'en absorberont pas la valeur. Si on reproche aux echanges de couter des frais de transport, le meme defaut a lieu pour les ventes ; il disparaitrait entre CONGRfcS DBS ACADEMIES. 177 des villes voisines. Si les echanges par rintermediaire du gouvernement n'ont pas reussi, c'est parce que les livres venaient de province a Paris, et de Paris retournaient en province. Tout 6tait consume en frais. C'etaient des Pa- risiens qui avaient imagine ce systeme. Les ventes de livres en province, meme avec catalogue, meme avec la surveillance d'un libraire instruit, n'ont qu'un r6sultat: perte pour le vendeur, et destruction on alteration d'une notable portion des livres vendus. Si on ne peut empecher ce malheur, pour les bibliotheques par- ticulieres ou 1'interet prive veille cependant, qu'on l'6par- gne au moins aux bibliotheques communales. En resume^ c'est peut-etre discuter inutilement, car la province ne recele pas cette prodigieuse quantite de livres doubles que grossit Timagination parisienne. Les villes marchent malheureusement depuis cinquante ans dans la voie ou M. Ghavin leur propose d'entrer, et qui deja a port6 jusqu'au bout ses fruits. La proposition n'a done plus guere de dangers : ce ne sont pas des craintes qu'il faut manifester, ce seraient bien plut6t des regrets... M. Nicias-Gaillard appuie Topinion du preopinant M. Isidore Lebrun s'opposerait aussi aux ventes. Les deux premiers articles , amended par M. Gaillard , sont mis aux voix et adoptes. Sur le troisieme article relatif au traitement du biblio- thecaire, M. Bordeaux fait remarquer que dans beaucoup de villes, a Chartres, par exemple, et a Pont-Audemer, les fonctions de bibliothecaire sont partagees entre des hommes studieux qui les remplissent gratuitement. Un gargon de salle, dont le salaire modique n'est pas compa- rable a celui d'un bibliothecaire, ^pargne aux biblioth6- caires b^nevoles ce que leurs fonctions auraient de servile 8. ITS INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. et de rebutant. Enfin mieux vaudrait pour le public stu- dieux, une bibliotheque avec un bibliothecaire mal paye, quo la suppression meme de l^tablissement. Au reste , il est impossible de tracer une regie uniforme... M. Bordeaux est invite a formuler un amendement. M. Nicias-G ail lard, appuyant M. Bordeaux, propose cette redaction : Si la bibliotheque n'est pas administree gra- tuitement, qu'un traitement convenable soit assure au bi- bliothecaire. L'amenclement est adopte. M.Cap monte a la tribune pour la communication suivante : M. Paulin , editeur fort distingue de Paris, desirait avoir 1'honneur de vous entretenir lui-meme d'un projet de bi- blfotheques destinies aux communes. A son deTaut, il m'a prie de vous communiquer les id6es principales sur les- quelles repose son projet. On congoittout Tinteret, toute 1'importance que M. Paulin attache a votre suffrage, aux vives lumieres que votre discussion peut repandre sur cette matiere. Permettez-moi done de vous Texposer en peu de mots , et d'arreter un moment votre attention sur un point qui me parait lie intimement avec Tobjet actue) devos deliberations.... J'appuie, j'approuve avec empressement le projet congu par M. Paulin , et je prie Fassemblee de vouloir bien y joindre 6galement son suffrage , selon le voau exprim6 par son auteur. II est donn acte a M. Cap de cette proposition et du voeu qu'il 6met. Oil reprend Texamen des conclusions de M, Chavin de Malan ; mais Tassembiee n'est plus en nombre pour voter le autres articles du projet. l& stance est leve ^ cinq heures et demie. CONGK&S DBS ACADfiMlKS. SEANCE DU 25 FEVRIER. (Presidence de M. DE MONTALEMBERT, membre de 1'Academie frangaise et de 1'Institut des provinces.) La s6ance est ouverte a deux heures. Sie"gent au bureau : M. Guizot, rnembre de FAcademie franchise, monseigneur Tev&que de Meaux, M. Fabbe* earlier, M. Dureau de la Malle, membre de Tlnstitut de France; M. de Mellet, M. de Montlaur. M. Raymond Bordeaux, membre de Tln- stitut des provinces, tient la plume comme secretaire ge"~ neral. M. de Gaumont rappelle a Fassembtee que, dans le con- gr6s de Tannee derniere, une iongue discussion s'etait etablie sur la Gallia Christiana. Le Congres avait exprim6 le vceu que, dans la continuation de cet ouvrage, on se conformat completement au plan des volumes deja pu- blies. Un jeune eccl^siastique , M. Voisin , membre de Tfn- stitut des provinces, fait hommage des trois premieres feuilles in-folio de la continuation de la Gallia chris liana pour le diocese du Mans. M. de Gaumont, en deposant ce travail sur le bureau , fait remarquer que son auteur s'est parfaitement conforme au VCEU qu'avait exprime le con- gres. Le format, la disposition du texte, etc., sont les memes que dans le commencement de cet ouvrage. igL'assemblee exprime sa satisfaction de voir ces premiers essais d'une entreprise aussi importante et si feconde en r^sultats a venir. 180 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. M. de Kergorlay annonce qu'il est fait hommage aa Congres des ouv rages suivants : 1 Considerations sur Veconomie et sur la pratique de Fagrieulture, par M. Mahul. 2 La r6forme administrative, ou la since'rite' du budget national , etablie a 1'aide de rimmatriculation , par M. H- bert , ancien notaire. 3 Cate"chisme agricole a 1'usage de la jeimesse bre- tonne , par M. Hugues Quevret. /i Fermiere bretonne , du meme auteur. 5 Rapport fait an nom d'une commission a la Societe* centrale d'agriculture du Puy-de-D6me, sur le fromenfe rouge glace d'Auvergne, et son emploi a la fabrication des pates , facon de Genes ou d'ltalie , par M. Dumay. 6 Memoires de la Societe" des arts et des sciences de Carcassonne (annees 18&9, 1850 , 1851). M. de Caumont lit ensuite la liste des personnes qui on! exprime' leurs regrets de ne pouvoir se rendre au Congres. Ce sont : MM. Baron Chaudruc de Crazannes , correspondant de Tlnstitut a Castel-Sarrazin ; comte de Merode, id. , ti Bruxelles; Le Coq, membre de Tlnstitut des provinces, a Clermont ; comte de Chatellier, id. , a Avalon ; de Fontenay, id., a Autun; de Verneilh, id., a Nontron; Van Iseghem , a Nantes; Godard Faultrier, a Angers; Desmoulin, mern- bre de Tlnstitut des provinces, a Bordeaux ; L. Drouyn, a Bordeaux ; Drouet, memhre de Tlnstitut des provinces, du Mans ; Bonafous, a Gueret; Ed de Barthelemy, a Chalons- sur-Marne ; Tabb6 Gouve , de la Dr6me ; Lambron de Li- gnim, membre de Tlnstitut des provinces, de Tours; Tabbe" Auber, id., a Poitiers; Foucart, id., a Poitiers; Danjou, a Beauvais; Monnier, a Nancy; Boulang<, ingc- CONGRfeS DES ACADEMIES. i8l nieur , membre de Tlnstitut des provinces , a Metz ; R. Digot , a Nancy ; Victor Simon, id., a Metz ; R. Poty, id. , a St. -Calais; baron de la Frenaye, id. , a Falaise; de Bre- launoy, secretaire de la Soci6te de Pont-Leveque ; Guillory , membre de Hnstitut des provinces, a Angers ; Le Sourd de Lisle, a Angers; G. Dupont, d61egue de la Societ6 des antiquaires, a Caen ; L. de la Sicotiere, membre de Tin- stitut des provinces , a Alenc,on ; Grigny , de la Society franchise , a Arras ; Leglay, de TAcademie des inscriptions et de 1'Institut des provinces , a Lille ; de Nieukerke, & Paris ; Henri Aucapitaine, de la Societe des sciences natu- relies de la Gharente-Inferieure , a La Rochelle ; A. de Caulaincourt ; T. de Vauxonne, a Lyon ; de Doe , membre du conseil general de Tagriculture, a Troyes. M. de Kergorlay lit le proces - verbal de la seance du 24. M. Calemard de Lafayette rappelle a TAssemblee qu'on n'a point mis aux voix sa proposition relative aux jeunes artistes pensionnaires des villes de province , et prend acte de cette circonstance pour se reserver la faculte de reproduire plus tard , en temps opportun , cette meme proposition. M. de Kergorlay donne lecture d'une note deposee par M. de la Chauviniere sur le bureau des secretaires , et re- lative au proces-verbal (Tune des stances precedentes. Cette note est cone, ue en ces termes : Dans le compte rendu des stances du Congres, page 90 , on m'attribue un ouvrage qui n'est pas de rnoi , et je desire ne pas laisser subsister cette erreur. En faisant hommage au Congres du Guide des Cornices et des Proprietaires, j'ai positivement 6nonc6 dans ma lettre a M. le president que cet ecrit avait pour auteur l$fc INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. Jacques fiujault, le laboureur des Deux-Sevres, de tres- regrettable mmoire, lequel, par acte de derniere vo- lonte, m'avait engage a le faire imprimer comme 6tant, de tous ses nombreux ouvrages sur l'6conomie rurale, oelui qu'il regardait comme le plus utile , comme le plus propre a aider aux progres de Tagriculture. Je saurai gr6 a MM. les secretaires generaux de vou- loir bien aviser aux moyens de rectifier 1'erreur dont il s'agit, soit par quelques paroles adressSes au Congres dans la seance de ce jour, soit par 1'insertion d'une note dans le prochain numero du compte rendu. Leur tout d6voue serviteur, D. DE LA CHAUVINIERE. On ordonne la mention au proces-verbal. M. Nicias-Gaillard demande a dire un mot sur le proces- verbal de la stance du 21 , dont la redaction {tourrait faire supposer qu'en invitant Tassemblee a s'abstenir d'cxprimer line opinion sur le merite des rapports dont elle discute les conclusions, il a eu en vue ceux de MM. de Chennevieres et Chavin de Mallan, qui avaient 6t6 lus dans la stance du 20. II a pos6 .un principe general , mais il etait bien loin de penser a en faire aucune application particuliere. L'assembl^e ordonne la mention au proces-verbal. M. Dupr6 a la parole pour faire un rapport au nom de la commission d'archeologie. Il s'exprime dans les termes suivants : Messieurs, A.Tentr^e du xix* siecle, la societe franchise, qui de- CONGRfcS DBS ACADEMIES. 185 puis longtemps etait sortie de sa voie, s'apercut que, dans sa course , elle avait brise tous les liens qui Fatta- chaient a un glorieux passe ; qu'apres avoir rompu avec la tradition religieuse, elle venait de rompre avec la tra- dition monarchique ; que, depuis bien longtemps, les tra- ditions artistiques du xiir et du xiv e siecles avaient dis- paru, et que la Renaissance elle-meme avait abdique. Tout etait done nouveau dans cette soci6te , qui essaya de se constituer au milieu des ruines semees autour d'elle. La generation d'alors avait vu nattre le pouvoir qui la protegeait, mais le pouvoir ne se sentit pas assez fort de sa force propre pour refrener les passions trop violem- ment agitees par une lutte desesperee; il comprit qu'il lui fallait renouer la chaine rompue des traditions. Une forte magistrature , ou les grands noms des parlements bril- lerent d'un 6clat nouveau, surgit a sa voix. Elle fut bien- t6t escort6e par une aristocratic brillante de ses titres an- ciens, empruntes aux premiers siecles de la monarchic. Enfin la tradition religieuse, plus importante que tout le reste, fut reconstitute. Le grand hoinme qui presidait alors aux destinies de la France faisait ainsi de Farcheo- logie politique. II voulut rattacher la France nouvelle a la France ancienne. II n'eut pas la prevention de commencer sa gloire, mais de la continuer. II voulait que les genera- tions destinees a servir ses enfants trouvassent dans leur patrimoine toutes les traditions d'honneur, de grandeur antique , de foi aux serments qui appartiennent en propre aux nations qui ont des ruines, aux nations chez lesquelles chacun se sent surveille par une longue serie d'a'ieux par- lant tous de vertu, applaudi par les siecles passes ou re- nte par eux. II voulait que la nation entiere , en voyant les -grandes choses qu'elle avait faites, se dit : Noblesse 184 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. oblige. Alors , comme pour commencer Pceuvre, pa- rut le ge"nie du christianisme. Ce fut le commencement de la lutte. L'esprit du xvm siecle , qui avait fait tant de ruines , se trouva tout a coup en presence de Tesprit du xix% qui recueillait pieusement les debris. Les hommes qui n'avaient e"te* que s6duits par Fesprit nouveau, le libre examen, reconnurent u Toeuvre quel e"tait Touvrier; ils s'apergurent que tout etait par terre autour d'eux ; ils entrevirent vers quels abimes in- connus alors, et trop connus depuis, cet esprit de critique qui use la civilisation sous pretexte de la polir, les entrai- nait, et alors ils Tabandonnerent; et quand parurent les champions de la tradition, ils trouverent une armee qui n'attendait plus que des gene"raux ; les poetes , les philo- sophes se grouperent autour des leurs, ettous se tinrent prets au combat. Mais une science nouvelle, nee de la disposition nou- velle des esprits, Tarcheologie nationale, attendit long- temps le puissant organisateur qui devrait diriger dans le monde ses premiers pas. M. de Caumont lui traga la route, et bient6t elle enr61a de nombreux adeptes. De Valen- ciennes a Carcassonne , de Strasbourg & Caen , les debris du moyen age furent inventories. La veritable armee de la civilisation travailla a con- server le souvenir de ceux qui avaient tant travaille* pour Thumanite, elle decrivit les monuments d'oti est sortie notre gloire moderne , les cimetieres ou reposent nos an- cetres, les croix devant lesquelles ils flechissaient le ge* nou, les monasteres ou ils apprenaient ^ etre humbles et doux. Les hommes sages applaudissaient a ces progres de notre science? car ils voyaient quels effets moraux en e"taient les consequences. N'avait-elle pas, en exhumant CONGRfcS DBS ACADEMIES. 185 les ruines romaines , montre" combien notre pays avait et6 cheri par les maitres du monde, avec quel amour ils avaient releve" par de superbes ornements ses graces natu- relies. N'avait elle pas ainsi rattache* au sol le citadin de province qui s'etait senti Theritier de ces vieilles gloires, et, en quelque sorte , le compatriote des grands hommes, N'elevait-elle pas le patriotisme en montrant combien notre sol est riche en souvenirs? ]Vinspirait-elle pas la foi en mettant en relief les ceuvres gigantesques accomplies autrefois par la loi ? Telle fut sa puissance sur ce siecle d'orgueil haineux , qu'elle le forga d'avouer que ces barbares s'entendaient mieux que nous a batir a Dieu ses eglises , et aux hommes leurs maisons; il fallut bien avouer qu'ils avaient donne* a leur ceuvre rimmortalite de la foi qui residait en eux. 11 fallut bien avouer que notre civilisation n'est pas sortie tout armee du cerveau encyclope*dique du xvnr siecle , mais bien plutot de la porte basse de quelque convent. Voila quelle a ete Tinfluence morale et religieuse de rarche"ologie ; mais elle n'en doit pas rester la. Si desor- mais, grace a de savants travaux, elle est constitute comme science , il lui reste beaucoup a faire. L'histoire lui demande des lumieres que les grands travaux d'en- semble peuvent seuls fournir. La domination romaine sur notre sol ne sera bien connue que lorsque toutes les voies seront trace" es, toutes les stations indiquees , toutes les ruines explorers. Alors seulement nous comprendrons beaucoup de passages fort obscurs des Commentaires de Cesar, et un rayon plus vif 6clairera cette partie de nos annales. 11 en sera de meme pour les autres periodes de notre histoire, quand chacune des socie"tes archeologiques aura 186 1NST1TUT DES PROVINCES DE FRANCE. dress6 la carte monumentale de la contree soumise a sa surveillance. Du rapprochement de ces cartes on verra surgir les lois de la distribution des styles d'architecture sur notresol, les lois del'influence detelie race sur le style commun, les lois meme de Tinfluence des ordres monas- tiques. Mais , messieurs , ces magnifiques r6sultats ne peuvent 3tre obtenus qu'a la condition que les societes de province se voudront bien plier a une marche uniforme que nous allons avoir 1'honneur de vous proposer dans une serie de resolutions ; s'y refuser ce serait se refuser a leur propre gloire. La l rc concerne I'uniformite des recher,ches ; La 2% un plan commun de cartes a dresser ; La 3% un systeme commun de notation des monuments sur les cartes ; La A% un systeme commun de classification des col- lections archeologiques ; La 5 e un systeme commun de redaction du catalogue de ces collections. Premiere proposition. Le Congres e"met le vceu que la Societe archeologique , que la section des societes sa- vantes qui s'occupent d'archeologie , publient leurs tra- vaux sous les classifications sui vantes : e"poque gauloise- romaine, Gallo-romaine du moyen age. 2 e proposition. Les societes archeologiques seront invitees a dresser des cartes sur lesquelles seront indiqu6es les voies romaines , les monuments , les fouilles , les d6- ct5uvertes archeologiques. Sur le 3 e point , il sera fait un rapport particulier , par M. Victor Petit, au nom d'une sous-commission. 1? proposition. Le Congres emet le vceu que les objete CONGRES DES ACADEMIES. 187 route-nils dans les musees d'archeologie soient distribues on trois categories, Tune comprenant les objets gaulois , i'autre les objets remains , gallo-romains , du moyen 5 C proposition. Le Gongres emet le vceu que le speci- men du catalogue presente par M. de Caumont soit adopte par les musees archeologiques , sous les modifica- tions suivantes : 1 II contiendra une explication sur Fusage de Tobjet en termes exacts et precis; 2 A la descriptiption ne sera jointe aucune apprecia- tion artistique ; 3 Le mot fresques sera remplace par celui de pein- tures murales. M. Dupre" ajoute qu'un amendement propose par M. de Surigny et adopte par la commission sera ensuite soumis aux deliberations de Tassembl^e. La discussion s'ouvre sur la premiere des propositions de la commission. M. Victor Petit aperc. oit dans ces propositions une omis- sion. 11 serait bon d'adopter un format uniforme pour tous les ouvrages d'archeologie et de determiner celui dont on fera choix. L'orateur propose le grand in-octavo, qui a le merite d'etre transportable. Quelques planches se trouveront exceptionnellement plus grandes ; il faudra les piier, et c'est un inconvenient ; mais il est plus que compense" par les avantages d'une autre nature du format plus grand. M. Dupre fait remarquer que Tassemblee se trouve saisie a la fois de deux questions distinctes : cello de Ti- dentite dans la classification des travaux et celle de Ti- deotite du format. La premiere de ces deux pensees se 188 INSTITUT DES PROVINCES DK FRANCE. le"gitime assez cTelle-meme pour qu'il soit superflu d'y in- sister. Mais la proposition de T unite du format pourrait cr6er a toutes les soci6tes des difficult^ se>ieuses. L'ex- tre"me diversity du style des monuments doit en introduire une inevitable dans le format des publications qui les concernent. Que fera-t-on d'ailleurs a regard des ouvra- ges en voie de publication ? Si Ton veut les poursuivre en modifiant leur format primitif , ce sera une source de d&- penses one>euses, et cette consideration decisive fera peut-etre interrompre les series d'6 tudes generates ou de monographies les plus inte"ressantes. La commission apense" , de plus, que si le Congres for* mulait un pareil vote, on pourrait Faccuser de s'etre im- pregne de Fesprit parisien et de vouloir, en quelque sorte, imposer a la province un seul et meme habit. Au moment ou Fon siege au sein de la capitale, il faut 6viter de preter h des accusations de ce genre. M. Victor Petit declare qu'il ne demande pas que les ouvrages deja commences soient ramenes a un format unique. 11 limite sa proposition aux ceuvres futures. II ajoute que Fin-octavo possede, par lui-meme, des condi- tions d'economie , parce quMl permet plus aisement d'6- viter tout ce luxe typographique des grands formats qui a ruine tant de societ6s, et en a arret6 tant d'autres, qui ont renonce a tenter d'utiles publications. On pourrait , du moins, indiquer aux societ6s Fin-octavo, sous la forme d'une simple proposition. M. Charles Bonaparte reclame contre la pense"e de la commission, qui parait craindre qu'on n'occupe le Con- gres d'esprit parisien. Lorsque nous sommes ici runis r n'est-ce pas la province elle-meme qui siege en cette en- ceinte ? Aux yeux de Forateur, il n'y a pas lieu de s'arr^ter CONGRES DES ACADEMIES* 189 & de semblables preoccupations, et la proposition de M. Victor Petit peut etre adoptee. M. Dupre prie Fassembiee de bien remarquer que si la commission a recornmande Tidentite dans le plan des tra- vaux, c'est que cette proposition a le caractere d'une chose indispensable. Dans les publications archeologiques actuelles, on trouve Tart roman, la renaissance, etc., con- fondus pele-mele dans les memes volumes. Gela rend les recherches impraticables. Mais Tidentite du format ne re- pond & aucune necessite reelle ; c'est pour cela qu'on n'a songe a tracer aucune regie a cet egard. II faut d'ailleurs 6 viter, sur toutes choses, de faire aux societes des recom- mandations dont elles ne tiendraient pas compte , car ce serait compromettre la dignit6 du Congres. M. le president met aux voix la premiere proposition de la commission , et elle est adoptte. M. Albert Duboys propose de restreindre aux societes qui naitront par la suite, la proposition d'adopter un for- mat unique. M. de Guernon-Ranville estime que la plupart des motifs qui empechent de proposer 1'identite de format aux socie- te"s deja existantes, subsisteraient egalement a regard des soci^tes qui seraient posterieurement crepes. La diffe- rence profonde qui se rencontre entre les monuments des diverses ecoles, cr6e une complete diversite de conve- nances par rapport a la question du format La proposition de ridentite" du format pour les soci6ts & venir est mise aux voix et rejete. L'on adopte ensuite Particle 2 des conclusions de la commission. M. Victor Petit a la parole pour faire un rapport au nom d'une sous-commission sur la question de Tidentite a in- 190 1NSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. troduire dans le systeme des notations. II appelle 1'atten- tion de Tassemblee sur un tableau indicatif des signes con- ventionnels a employer pour les ecoles archeologiques dont on a distribue des exemplaires au commencement de la seance; puis il s'exprime en ces terrnes : ' Rapport de M. Victor Petit. Messieurs , I/une des questions du programme de la section d'ar- che"ologie est celle-ci : Quel est le systeme de notation figurative a recom- mander d^finitivement aux Societes historiques pour les cartes archeologiques. Votre commission a examine et discute" plusieurs sys- temes ; elle vient soumettre a votre approbation le resul- tat de son travail. A Tunanimite, la commission a adopte 1 le tableau indicatif qu'elle a Thonnenr de mettre sous vos yeux en ce moment meme. Les archeologues ne se bornent plus & compulser le* vieux textes, ni leurs copies souvent fautives ; ils veulent voir, examiner, 6tudier enfin les monuments eux-mtoes. Votre commission a cherche a obtenir les moyens de sim- plifier les indications graphiques , et de leur donner ujae parfaite unite pour les travaux commences dans toutes nos provinces. Pour arriver a cette unite si desirable , voici le moyn propose ; il est tres-simple et s'appuie sur des connaisean- ces d6ja acquises et en quelque sorte populaires. Les cartes de Cassini sont justement celebres ; dres- ses et gravees vers le milieu du siecle dernier, elles of- frent Tiuter^t immense , au point de vue historique , de CONGRfcS DBS ACADEMIES. 491 represented la position des monuments religieux ou civils qui , aujourd'hui, sont tombe's en ruines ou meme demolis entierement Vous savez , messieurs , que les cartes de Cassini ont e"te dressees d'apres les indications fournies presque exclusivement par Padministration ecclesiastique des dioceces et par les officiers des ge neralites. Ces cartes offrent done pour les denominations des localites histori- ques une exactitude reelle. Aussi votre commission a-t- elle pense qu'on ne pouvait mieux faire dorenavant que d'employer ou de calquer ces memes cartes, en les modi- fiant d'apres les connaissances acquises aujourd'hui sous le rapport archeologiciue. D'un avis unaniine, il a 6te" decide qu'on adopterait completement les signes conventionnels de Cassini , en ce qui concerne les edifices religieux , signes reproduits de la meme maniere dans les nombreuses cartes publiees du- rant le xvm e siecle, et aussi pour la Gallia Christiana. En consequence, nous demandons avec insistance que toutes les cartes ou fragments de cartes qui devront etre publiees & Tavenir par les Societes historiques , soient dressees d'apres la metliode de Cassini , et sur Fechelle de proportion employee par ce savant g6ographe. Ainsi Pu unite de mesure aussi bien que Punit6 d'exe'cution de- viendront partout les memes. II est bien entendu que des subdivisions territoriales pourront ^tre representees dans une proportion plus grande si la multiplicity des details Pexige. De meme, si une carte doit renfermer une region entiere de la France, ou seulement une de nos provinces, la feuille d'ensemble devra etre forcement reduite a une petite echelle de proportion. Votre commission recommande Petude et Pemploi de 192 1NSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. la magnifique carte de France , dite du D6p6t de la Guerre, 6tude fructueuse en ce qui concerne la des- cription et ntin6raire des voies antiques ou des vieux chemins du moyen age, trop peu indiques sur les an- ciennes cartes. Enfin, votre commission 6met le vceu que les d6cou- vertes interessantes , deja anciennes, nouvelles ou futures relatives aux antiquites gauloises et gallo-romaines, soient des maintenant tres-soigneusement consignees sur les cartes archeologiques, et & Taide des signes convention- nels dessin^s par votre commission. Ces signes sont faci- lement executables , meme par les personnes auxquelles Tetude du dessin peut ne pas etre familiere. 11s sont ex6- cutables, nous le repetons,soit a la plume, soit au crayon, et non-seulement dans le silence d'une bibliotheque, mais encore au milieu du mouvement actif d'un voyage d'exploration. Aux signes deja connus, mais qui ne se rapportaient qu^ la periode de la renaissance , votre commission a dil ajouter une nouvelle serie exclusivement consacree aux ^poques gauloise et gallo - romaine. Voici rindication sommaire des principaux signes : Vous remarquerez, messieurs, que la lettre majus- cule G accompagne toujours les signes de Tepoque gau- loise, de meme que la lettre R les objets remains. La commission a pense que les cromlecs, les menhirs, les dolmens et enfin les pierres branlantes auxquelles les po- pulations attachent quelques idees superstitieuses , ne pourraient, par suite de la diversite de leurs formes et aussi leur rarete, etre representes chacun par un signe particulier, et qu'alors on ne pouvait mieux faire que de les ranger sous une meme et commune denomination de CONGRES DES ACADEMIES. 195 monuments divers gaulois, indiquee au tableau ci-joint par un petit carre noir accompagne" de la lettre G. Pour Fepoque si grandiose gallo-romaine, votre com- mission n'a pas cru non plus devoir adopter pour les cir- ques, les theatres, les amphitheatres, les arenes , les tem- ples, les autels votifs, les arcs de triomphe, les naumachies, les bains , les bornes milliaires , et enfin la statuaire en general, des signes spciaux pour tous ces monuments. Ces signes eussent ete trop nombreux a retenir et trop diffi- ciles a dessiner sur une carte. D'ailleurs les monuments que nous venons d'enumerer sont tous connus et de"ja longuement etudies en France, et Hen ne sera plus facile aux societes savantes qui out le bonheur de posseder dans leur province Tun de ces meines monuments, que de les indiquer sur leurs cartes arche ologiques , de maniere qu'ils n'echappent pas a Tattention des antiquaires. An surplus , les noms des monuments devront toujours tre Merits a cdte" des signes graphiques. Le signe auquel votre commission a donne une preference marquee est celui qui , en forme de large carre borde de lignes noires, peut , jusqu'a un certain point , representer aiix yeux le perimetre d'une villa antique. Remarquons que chaque annee des decouvertes pr6- cieuses sont faites, et que des villa? jusqu'alors ignorees, c'est-a-dire dont personne ne soupgonnait Texistence, sont rendues a la science , et que , au milieu de ces mu- railles enfouies sous le sol , on decouvre des mosaiques , des sculptures, des medailles, des poteries, enfin une foule d'objets tous si precieusement recueillis dans nos mu- shes. La villa est done le type choisi par votre commission Leinemesysteme a ete" suivi pour les 6poques du moyen 9 194 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. age et de la renaissance. Un coup (Trail vous en fera re- connaitre la destination. Ici nous n'avons rien invente* , mais seulement ajoute" des chiffres indiquant Page , ou plutot la periode arch^ologique de la classification des monuments. Ces chiffres, qui devront toujours etre indi- qu6s en caracteres arabes comme 6tant les plus usuels, feront reconnaitre immediatement I'Spoque ou le style des edifices signales. Tous les .utres signes conventionnels sont a peu pres imites de ceux de Cassini, c'est-a-dire que, pour les rendre plus visibles, on leur donne, des maintenant, une propor- tion plus developpee, afin que leur ensemble frappant davautage lesyeux, on puisse reconnaitre sans fatigue les divisions generates de nos richesses archeologiques. Tel est le travail que votre commission a Thonneur de soumettre & votre approbation. M. Thiollet voudrait que dans le tableau indicatif pre"- sente par la sous -commission , le carre destine a noter les monuments divers fut accompagne d'une lettre pour faire connaitre la nature du monument (T, temple, V, vil- la, etc.). M. Victor Petit objecte qu'on arrivera bien vite a trop charger la memoire. M. de Surigny, membre de la sous-commission , declare qu'elle s'oppose en masse a la proposition qui vient d'etre faite , parce qu'elle nuit essentiellement a la simplicity du systeme. M. de Gaumont ajoute que cette proposition serait menie dangereuse, car souvent la destination des monuments est mal connue ; cela est surtout vrai pour les monuments remains ; ce serait done ouvrir une porte a Terreur. M. de Guernon-Ranville veut bien qu'on evite la deter- 1 Sir us catfeb uv O T < Oo ^tn.1 ^% Hd^ux-^cise principalement les monuments du xn c siecle dans TOuest et dans le Nord, n'apparait guere qu'au xm* dans certaines contre*es de 1'Est et du Sud. II y a peut-etre quelque danger, pour la popularisation de Tarch^ologie, a multiplier les denominations d'ecoles. Si Ton passe par-dessus cet inconvenient, quenous avonsen- tendu plusieurs fois signaler, on pourrait, selon nous, ad- mettre pour le xn siecle, les sept ecoles suivantes : 1 L'Ecole picarde 'se distingue par la frequence de. Fogive, F abandon des chapiteaux histories, la rareie des statues et quelques dispositions d'origine allemande (comme les transsepts circulates et le plan en forme de croix de Lorraine), qui sont dues a nos frequents rapports avec les rives du Rhin. G'est en Picardie, et anterieure-* ment au xir siecle, que le style ogival parait avoir pris son premier developpement , comme nous Tavons dit dans notre Description de Veglue romano-ogivole de Saint- Germer, qui date de Tan 1030. Les monuments religieux de Tile de France, de la Champagne et de TOrleanais, dif- ferent peu des notres et pourraient etre rattaches a rcolc picarde. 2 L'Ecole Normande nous offre des tours carrees, cou- ronnees de hautes pyramides , des angles saillants orne- mentes que separent les colonnes, et une grande inferio- rite artistique par rapport au Midi. L'influence byzantine y est beaucoup moins sensible que sur les bords du Rhin et dans les provinces situ6es entre la Loire et la Me"diter- ranee. Si Texactitude de nos souvenirs ne nous trompo point, il nous semble qu'on pourrait rattacher a cette CONGRfcS DES ACADEMIES. 201 cole le Nord de la Bretagne, c'est-a-dire rile-et-Villaine, les cotes du Nord et le Finistere , tandis que le Morbihan et la Loire-Inferieure devraient rester annexees & TEcole ligerine. 3 L'Ecole ligerine , qui comprendrait la Lorraine, le Poitou , PAnjou et quelques parties des provinces voisines, peut revendiquer urie grande superiorite dans la richesse de ses facades et dans la delicatesse de ses sculptures , favorisees par la nature des materiaux. La solidit6 des voutes, dont quelques-unes sont & coupoles; la represen- tation frequente des figures humaines, et surtout la finesse des ornements en rinceaux, en feuillages et en arabesques, caracterisent suffisamment cette region artistique. 4 L'Ecole auvergnate, tout au contraire, est avare de statues et de bas-reliefs; ses portails sont severes, ses tours peu elevees, ses contre-forts peu nombreux , ses co- lonnes isolees. Ses triforions offrent des arcades multl- Iob6es. On n'y trouve pas, comme en Picardie et en Nor- mandie, de zigzags et de fretes cannelees, mais une orne- mentation de marquetteries en pierres de couleur. 5 6cole rh^nane. Dans TAlsace et la Lorraine , 1'archi- tecture du xn e siecle est plus ornementee que dans Pouest Les contre-forts ne sont que de simples pilastres peu epais s'elevantjusqu'a la corniche du toit (bandes lombardes). Le portail occidental est souvent remplac6 par une absido. Les tours se inultiplient et se couronnent de frontons triangulaires ; les arcatures sont prodiguees aux couron- nements ; les corbeilles des chapiteaux sont ordinairement godronnees et cubiques. Ce n'est qu'au siecle suivant qu'apparait notre style de transition. Les quelques ogives qu'on voit surgir au xn e siecle ne semblent etre admise.s que pour varier la decoration des edifices. 9. 202 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 6 I/ecole de Guyenne comprend la region qui s'etend depuis la Gironde jusqu'aux Pyr6n6es et a la Mediterran6e. Elle se distingue par la fid61it6 au plein cintre , la repro- duction des formes antiques, T<16gance des formes sculptu- rales, Femploi des lignesarrondies, Tabsence des losanges, des meandres, des tores rompus et des ornements du meme genre si r6pandus dans le nord de la France. L'ab- side des chapelles est souvent triangulaire , bien que Tin- terieur soit circulaire. On pourrait signaler quelques nuances de style entre la Gascogne et la Guyenne ; mais elles ne sont pas assez determinees pour necessiter des di - visions sous-r6gionnaires. 7 L'6cole burgundo-lyonnaise doit comprendre non- seulement la Bourgogne, mais le Bourbonnais, le Lyon- nais , le Languedoc , la Provence et le Dauphine. Dans ces diverses provinces, nous trouvons des contre-forts en bandes lombardes , des corniches soutenues sur de v6ri- tables consoles , comme dans Tordre corinthien. Partout encore , appareil d'ornementation forme de marbres poly- chromes, des figures en ronde-bosse accompagnant les rinceaux et les feuillages , ou galbe elegant , ou plan ^gu- tter, une grande correction de detail , une sculpture ha- bile et 1'absence de Togive. Je crois, messieurs, qu'on doit s'en tenir rigoureuse- inent a ces circonscriptions , tout en reconnaissant que des circonstances locales ont pu multiplier sur divers points les modifications de Tart, et en tenant compte de Finfluence qu'ont pu avoir les monasteres, Tecole des francs-magons, les Anglais, la persistance du type basili- cal et diverses autres causes. Prenons garde de trop diviser et de trop subdiviser : aux yeux du savant , cela peut pa- CONGRfcS DBS ACADEMIES. 205 raitre une simplification ; aux yeux des simples amateurs , c'est un inextricable dedal e... M. de Surigny resume son opinion. L'arch6ologie ne lui parait pas suffisamment avanc6e comme science, pour que la theorie de M. I'abb6 Crosnier n'ait pas devant elle de grandes chances de succes. M. de Montalembert a etudie specialement la question de Tinfluence des monasteres sur Tarchitecture. 11 ne croit pas entierement a- la theorie de M. Crosnier, qui lui parait trop absoiue. II reconnait 1'influence des deux grands ordres de Gluny et de Giteaux, mais cette in- fluence s'est bornee aux edifices monastiques. II serait im- possible de citer une cathedrale, une collegiale, une grande eglise paroissiale qui ait subi rinfluence monasti- que. Mais pour Pordre de Giteaux Tinfluence est prouvee, vidente. Saint Bernard fit la guerre a rornementation ; il reagit contre le toe des sculptures. La simplicite est de- venue le caractere conimun des 6glises cisterciennes. M. de Montalembert a vu 160 eglises de Tordre de Gi- teaux, qui en posseda un mille. Mais a c6t6 des 6glises cis- terciennes, les eglises des ordres differents et les Eglises non monacales ne subirent en rien Tinfluence de Giteaux. Au'reste, M. de Montalembert a ete frapp6 du plan par- ticulier des eglises de cet ordre. Ge caractere n'a encore tjtejarnais signale au monde savant, et M. de Montalembert Texpose au Gongres. Les eglises cisterciennes sont tou- jours terminees par un chevet carre pour eviter la d6co- ration des absides. II y a quatre chapelles sur le transsept. M. de Montalembert n'a remarque cette forme que dans les eglises cisterciennes et dans les deux plus grandes 20i 1NST1TUT DES PROVINCES DE FRANCE. cglises de Venise, Saint-Jean et Paul, et une autre grande eglise, Sainte-Marie... L'ordre de Giteaux ayant 6t6 pendant deux siecles le mieux discipline, ayant le mieux suivi la regie de son pa- triarche saint Bernard, il n'est pas etonnant de retrouver la menie forme dans les e"glises cisterciennes non-seule- inent en France, mais encore en Angleterre, et dans les autres contrees ou Fordre s'etait repandu. L'assemblee remercie M. de Montalembert de cette communication si interessante par de vifs applaudisse- rnents. M. le president soumet au Congres la redaction suivante proposee par M. de Mellet : La commission, tout en engageant les Socie"tes archeo- logiques a continuer 1'etude des modifications architectu- rales produites par les ecoles regionales, appelle leur attention sur les observations suivantes... (Viendraient ensuite les conclusions de M. de Surigny.) La redaction est mise aux voix et adopted. M. le rapporteur Dupre lit les conclusions de la com- mission sur la question suivante : Les monuments religieux des xi e et xn c siecles mon- trent partout la preoccupation des artistes a peindre, par des images frappantes, la lutte entre le bien et le mal. Peut-on indiquer les origines et les developpements dc cette ecole avec plus de precision qu'on ne Ta fait jusqu'ici ? M. le comte de Mellet presente quelques observations sur Forigine de ces representations du bien et du mal. M. de Montalembert croit qu'il serait tres-difficile au Congres de formuler une decision sur cette matiere. M. de Guernon-Ranville trouve la proposition de M. de Mellet trop tranchee. Sur une question pareille, la plu- OWJRfcS DES ACADEMIES. 205 part des membres ne seraient pas en etat de voter avec conviction, et de se decider sur la question. M. Dupre croit aussi que la question n'ayant pas rapport ii rorganisation des Soci6ts savantes , doit etre retiree. M. le comte de Montalembert propose de recommander toutefois la question comme sujet d'6tude. Cette motion est adoptee a Tunanimite. M. deCaumont indique Fordre dujour, pour la stance du 26 fevrier, qui sera consacree entierement a Tagri- culture. Le Congres finira au plus tard vendredi. M. de Montalembert fait part de grands travaux entre- pris par M. Perree sur les catacombes de Rome, travaux qui ont attir6 Tattention de FAssemblee nationale. M. Per- r6e a execute un nombre immense de dessins en presence desquels il est permis de dire que les ouvrages de Bosio et de ses einules sur Rome souterraine ne font point con- naitre les catacombes. M. Perree desirerait vivement sou- mettre ses dessins au Congr&s. Le Gongres verra avec plaisir les travaux de M. Perree. M. de Montreuil a la parole pour indiquer en detail Tor- dre dujour de demain. M. de Mellet annonce que la Societe Francaise pour la conservation des monuments sigera mercredi et jeudi <\ onze heures du matin, au lieu et place de la sous-com- mission d'archeologie. II est quatre heures et demie. M. de Montalembert d- clare la stance Iev6e. . . j 206 INSTITUT DBS PROVINCES BE FRANCE. STANCE DU 26 FEVRIER. (Pre'jjidence de M. NICIAS-GAILLARD, membre de 1'Institut des provinces, avocat general la Cour de cassation.) Sont presents au bureau MM. le baron de Stassart ; de Sainte-Hermine , directeur de F Association de FOuest; de Guernon Rahville , ancien ministre ; Favre , repre*sen- tant du peuple et ancien maire de Nantes , de la Chauvi- niere , et du Chatellier, secretaire ge'ne'ral. M. R. Bordeaux , Tun des secretaires g^neraux , lit le proces verbal de la stance precedente, qui est adopte. On remarque dans la salle de nouveaux membres des socie" tes savantes, dont les noms suivent : MM. Audren de Kerdrel, repre*sentant, de!6gue de la Socie* te archeologique d'llle-et-Vilaine ; comte de Vesvrotte, de!6gue de Dijon ; de Godfroy, de Lille, de" legue" de la Society acade*mique de cette ville ; le comte de Roquette , membre du Conseil general de Fagriculture ; Ernouf, delegue de la Socie" t6 d'agricul- ture d'Evreux; Teste d'Ouet, d61^gu6 de la Soci6t6 acade"- mique des Vosges; Bataille de Mandelot, dele"gue* de la Societe 6duenne ; Galemard de La Fayette , delegue de la Societ6 acad6mique du Puy ; Buteux, dele'gue' de la Societe d'emulation d' Abbeville; Thiollet, d61egu6 de la Societe" pour la conservation des monuments; David, represen- tant, dengue" de la Soci6t6 de statistique des Deux-Sevres; Paul de Wint, delegue" de TAcad^mie de Reims; Sue, de*- legue de la Societe* archeologique de Nantes ; de Buzon- niere , de"le"gue* de la Soci6te arch6ologique de T0rl6anais ; CONGRfcS DBS ACADEMIES. 207 de Coetlosquet , rep repentant de'le'gue' de la Societe acade- mique de Metz ; de B6hague , merabre du Conseil general de ragriculture ; de Riancourt , delgu6 de la Societe d'emu- lation d' Abbeville; de Foblant, representant, delegue" de la societe" archeologique de Lorraine ; de la Villegille , d- legue de la Soci6t6 pour la conservation des monuments; Rouget-Lafosse , representant , delegue de la Societe" de statistique de Niort; Beaulieu, vice-president de la So- ciete de statistique de Niort ; de Vautenet , delegue" de la Societe archeologique d'llle-et-Vilaine ; de Tocqueville, delegue de la Societe d'agriculture de Gompiegne. Les ouvrages suivants sont de" pose's sur le bureau et offerts au Congres par leurs auteurs : Me*moire sur la culture du psoralea esculenta , par M. Lamare Picquot ; Observations sur les brises de jour et de nuit , par M. Lartigues , capitaine de vaisseau ; Nouvelle 6tude de jetons , par M. de Fontenay; Histoire des peuples anciens et de leurs cultes, par M. Tabbe Des- roches; Ganne silvicole inventee par M.Thomas; Etudes h6raldiques sur les anciens monuments religieux et civils de la ville de Caen , par M. R. Bordeaux et Boue't ; De la legislation des cours d'eau, et des frais d'ingenieur prelev6ssurles riverains, parM. R. Bordeaux (un vol. in-8). M. de Montreuil monte a la tribune et lit , au nom de la commission d'agriculture, un rapport sur le commerce de ]a boucherie. Rapport de M. de Montreuil. (^Messieurs, Vous avez ets les plus 212 INST1TUT DBS PROVINCES DE FRANCE. precieux. Or cette caisse ne peut subsister dans ses con- ditions actuelles qu'ensuite de ces deux termes correla- tifs, monopole et syndicat. Que si le syndicat et le privi- lege disparaissent, il est evident que la caisse n'a plus de raison d'etre, maisqueson principe, c'est-a-dire un inter- mediaire serieux , un 6tablissement financier, soumis a surveillance speciale, doit devenir le lien necessaire, quoique facultatif, entre les producteurs et les bouchers. C'esfc la ce que votre commission nomine le principe de la caisse de Poissy , et ce qu'elle vous demande de declarer bon a maintenir comme intermediate facultatif et non comme intermediaire obligatoire. Quant aux conditions de garantie et de duree d'un tel intermediaire, un reglement d'administration publique devra les determiner. La commission a pense a runanimite que les marches sppciaux et obligatoires de Poissy et de Sceaux elaient iililes aux producteurs et dans Vinteret de rapprovision- nement de Paris. Cette proposition se justifie d'elle-meme, elle n'exige pas de plus amples developpements. II en est ainsi des deux suivantes : votre commission maintient la defense dela revente des bestiaux sur pied, et en raison de rillimitation du n ombre des bouchers et de la vente a la criee, elle ne prohibe pas la vente a la cheville, dont les abus disparaitront devant la concurrence serieuse que les mesures precedentes doivent creer. La derniere proposition qu'elle vous soumet est de require a trois jours la limitation de garantie port6e a neuf jours pour tous les bestiaux vendus aux bouchers de Paris, cette garantie est extremement onereuse aux producteurs. Le Gonseil general de Tagriculture a de- mand6 que la garantie soit de quatre jours , y compris CONGRES DES ACADEMIES. 213 celui de vente , et que la perte soit supported par moitie" par le producteur et Facquereur. Enfin la commission pense que la vente a la criee est favorable a la production, car Tabaissement des profits commerciaux de la bou- clierie et le plus grand nombre de parties prenantes doivent augmenter necessairement la consommatian. J'ai termine cette partie de ma tache, messieurs, votro discussion suppleera & ce qui manque a ses developpements. II y a des droits a menager, des interets serieux a satis- iaire ; nous regrettons , quant a nous , et avec le syndic de la boucherie de Paris, que Tavidite, mauvaise conseil- 16re , ait provoque tant de plaintes ; qu'un privilege qui devait etre la garantie d'un commerce franc et loyal ,' ait d6genere en monopole ; qu'il faille briser un rouage utile de ces grands services publics, ou la surveillance admi- nistrative ne suffit pas , mais ou elle a besoin d'avoir pour auxiliaire celle dont un interet eclaire et moral fait T6- troit devoir. Nous examinerons dans la seconde partie du rapport deux questions d'une haute gravite : 1 A quelles causes faut-il attribuer le bas prix du b6tail dans les deux dernieres annees ? 2 Quelle a 6te Tinfluence du tarif protecteur de 1822? Et, comme consequence, quelle influence exerce- rait la reduction de ce tarif sur la production, Celevugv et I'engraissement par suite de la substitution du droii au poids an droit par tete sur les bestiaux strangers? Nous avons deja traite sommairement la premiere question & propos de Tavilissement du prix des cereales, Les memes causes influent sur tons les produits agricoles ; leur depreciation tient a la misere des producteurs et & Tabsence de speculation depuis deux annees; nul ne 214 1NSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. hasarde ses capitaux, Toffre, que les besoins talonnent, de"passe la demande. Nous avons dej'2i indiqu6 ces causes relativement aux ce" reales , nous y reviendrons. II s'agit en ce moment de 1'introduction des bestiaux Strangers, menace toujours suspendue sur la tete de 1'a- griculteur par des esprits 6minents , dont les combinai- sons aventureuses ne tiennent jamais assez compte de la vie propre & chaque peuple et des conditions de leurs fortunes diverses. On le sait, malgre leur amour pour le laisser-faire r le laisser-passer, peu de nos economistes vont d'un seul coup au bout de leur doctrine ; ils admettent des tempera- ments; mais, tout en les admettant, ils provoquent des mesures qui d6couragent Tindustrie agricole. L'6mulation ne nait pas toujours d'une menace; et quand les souf- frances du laboureur sont intole>ables , on est mal venu d'y aj outer encore en demandant Tabaissement des tarifs protecteurs. Les droits qui protegent le travail national , quoi qu'on en dise , sont populaires. Ils vont deux choses : ils fournissent des revenus & TEtat , ils retablissent Tegalite entre les conditions du travail. Les produits cereales et bestiaux de Tautre cote du Rhin sortent d'un fermage , d'unsalaire, d'un impot moindres que les n6tres. L'ouvrier agricole gagnc des journees qui ne sont que les deux tiers de celles de nos ouvriers ruraux , le fermage et les imp6ts sont dans les memes proportions. Voulons-nous done , en face d'61ements de production qui permettent de livrer des produits 20 pour 100 au-dessous des n6tres, d6truire nos barrieres et ouvrir ainsi nos marches ci une concur- rence d6sastreuse ? Par cet abaissement de la fortune pu- blique, on retrograderait vers le passe" , il faudrait require CONGRfcS DES ACADEMIES. 215 les salaires, les fermages, s'attaquer ace qui constitue notre force, a ce qui nous permet peu a peu dar river a la vie a bon marchepar V amelioration de services pro- ductifs el Vabondances des produits ! Si nous ne le voulons pas, et nous avons pour nous tous les producteurs contre un certain nombre cTeconomistes , il faut prouver que les interets des consommateurs n'ont rien a souffrir des tarifs de 1822. Voyez ce qu'etait l'6tat agricole de la France avant cette poque, production de ce>eales et de bestiaux; comparez cet 6tat avec la situation aujourd'hui. Depuis la loi de 1822 , la production garantie a pro- gresse. Partout Televage s'est multiplie, ainsi que Ten- graissement des bestiaux. Et comme la multiplication des bestiaux entraine Textension des cultures, il en est result^ que les benefices obtenus par 1'industrie de Televage et de Tengrais ont double la valeur et augmente la puissance du sol cultivable ; les prairies naturelles se sont araelio- r6es sous de puissantes fumures ; les prairies artificielles ont pris la place des landes et des pacages qui n'offraient auparavant qu'une nourriture insuffisante et grossiere. Le mouvement s'est 6tendu de proche en proche, et sans lessecousses politiques, sans les menaces de Favenir qui alterent la confiance et qui font deserter les entreprises , on pouvait entrevoir Theure ou les droits protecteurs , et les tarifs qui avaient si bien servi 1'agriculture, cesseraient d'avoir la meme valeur pour elle , et ou la concurrence des marches europeens ne serait plus tin peril. Ce sont 1 des faits evidents pour qui connait nos pro- vinces, pour qui sait ce qu'un peu de securite, ce qu'un lendemain assure leur rendrait en force , en energie , et comment elles sauraient triompher d'une situation 216 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. qui deviendra terrible si le remede ne vient pas ! Oui, malgr6 la dette qui s'6tend chaque jour de plus en plus, les laboureurs reprendraient courage , ils triompheraient des difficulte's de leur position ; le commerce , la spe"cula- tion e"teints en ce moment, rendraient bientot leur juste valeur aux produits. Mais 6branler le tarif protecteur, siibstituer le droit au poids au droit par tete a 1'entree des frontieres , c'est hater leur ruine. Le Gonseil general de ragriculture , du commerce et de Tindustrie ne Fa pas suffisamment compris. Les agriculleurs , qui y sont en minority n'ont pu faire triompher les vrais principes de la matiere. La fixation du droit au poids porterait la per- turbation dans 1'industne de Televage et de Tengraisse- ment. G'est Favis de la Societe d'agriculture de TAin. Voici comment elle s'exprime : a Dans Tetat actuel des choses, le laboureur trouvo ti peine quelque benefice ^ elever ; mais ce benefice est fai- ble. Si vous Pentravez ou le detruisez en abaissant le tarif, le cultivateur cessera d'elever des bestiaux qui lui coute- ront plus qu'ils ne lui produiront... II achetera ses betes de travail, celles pour Tengrais. La quantite de ses fu- iniers diminuera d'un quart, parce que ir^levant plus il aura soustrait a sa terre tous les fumiers qui eussent t6 produits par ses bestiaux d'eleves de leur naissance ^ Page de quatre ans, moyenne des bestiaux d'engrais qui lui seront de"sormais fournis par les arrivages etrangers. Le cultivateur ne s'apercevra pas immediatement, peut-etre , de cette cause de ruine; mais le sol qui, dans les anne"es aiuccessives , recevra un tiers d'engrais de moms, verra diminuer ses produits dans la meme proportion ; cet effet aura lieu partout ou se produira la baisse des bestiaux maigres , et cette baisse ira de proche en proche bien au CONGRfeS DES ACADEMIES. 217 deli des points ou pourront arriver les bestiaux de Pe* tran- ger. L'eleve des bestiaux sera done par tout diminuee ou abandonnee; la.plaie sera generate, et le sol francais, qui aura perdu ses animaux reproducteurs, cessera bientdt de produire la subsistance necessaire a sa population. C'est ainsi que la Societe d'agriculture de 1'Ain et son honorable president , M. Puvis , ancien depute , repondent u la notice de la direction du commerce sur les effets du traite conclu avec la Sardaigne et relatif a Introduction de ses bestiaux. Le droit par tete, c'est la securite des approvisionne- ments, c'est le repoussement des petites races de bestiaux etrangers qui viendraient non-seulement faire concur- rence aux notres , mais qui appauvriraient 1'esp^oe. On fait une confusion etrange lorsqu'on parle des droits d'en- tr6e a la frontiere et des droits d'octroi des villes ; requite" veut qu'a Tentree des villes les bestiaux payent le droit au poids et non par tete : mais alors il s'agit de produits indigenes. 11 n'en est pas ainsi a la frontiere : le be*- tail etranger est frappe d'un droit et d'un impot local dans Tinteret de la production franchise qui, sans cela, et par suite de la difference des services productifs, subi- rait une concurrence fatale : Tun est un impot, Tautre est un droit d'egalisation, si j'ose m'exprimer ainsi. Ce droit est-il exagere ? II suffit de consulter le tableau des douanes pour se convaincre du contraire : la loi de 1822 ne chasse pas les produits Strangers; il est entr6 par nos frontieres 37,950 bestiaux de la race bovine en 1847 et 29,2G/i en 1848. Que serait done le chiffre de Tintroduction et le danger de la concurrence si les tarifs disparaissaient ou s'ils 6taient gravement modifies? D'un autre c6te", les besoins publics ont 616 servis; la 10 218 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. production n'a pas cess6 d'etre surabondante sur nos marches; trente departments alimentaient Sceaux et Poissy il y a quelques anuses ; les facilites de transport , ies voies de fer y arnenent aujourd'hui les produits de pres de soixante d On e*tudia, remarquez-le bien, on etudia quelles CONGRfcS DES ACADEMIES. 2% 4 avaient 6t6 les causes principales de la prospe*rite* de FAn~ gleterre. L'Angleterre, sur un sol peu 6tendu, nourrissait une population active et nombreuse. Elle rfavait rien manage" pour creer sa puissance agricole. Routes , canaux , droits prohibitifs , primes nombreuses , encouragements multi- pile's , le labourage en honneur ; Taristocratie , penche" e sur tous ses progres, apportant ses exemples et son or, ap- plaudissant lorsqu'il s'efforcait de triompher des obstacles de la nature et du temps. L'esprit de suite, cet esprit que j'admire et que j'envie aux hommes d'Etat de FAngleterre, Fesprit public si favo- rable a la diffusion de toutes les richesses nationales, et qui met la fierte du peuple anglais dans la grandeur do son pays, tout a servi merveilleusement re* Ian domic* a, Tagriculture ! le peuple n'a pas craint de manger son pain a un prix deux fois plus cher qu'on ne le mangeait h sept lieues au dela de la mer, parce qu'il voyait une source de grandeur future dans ce sol enrichi , dans ces epis dou- bles, dans ces bestiaux croissant en nombre, en qualit^, qui devaient lui permettre un jour d'ouvrir ses ports en franchise, de defier la concurrence etrangere, et d'arriver au bon march^ par la voie veritable, celle des produits multiplies sous la meme somme de services productifs, Eh bien! on voulut marcher, en France, sur les traces de FAngleterre; on a bien fait, il n'y avait pas 15, un sen- timent aristocratique, une pensee de monopole terrien, comme on Ta pretendu; cela partait d'un sentiment na- tional. G'6tait rinde"pendance du pays a 1'endroit de Granger qu'il s'agissait de fonder ; le prix n'y fait rien , Tidee e" tait grande. Nous 1'avons vu , le retour a la pros- p6rite date de ce temps. II est vrai que les encouragements n'ont pas ete* aussi nombreux en France qu'en Angleterre. L'agriculture n'a rencontre ni dans .la legislation ni dans nos mceurs les magnifiques appuis qu'elle trouvait chez nos rivaux. Le goilt des champs nous est venu tard; les intelligences, les capitaux se sont tournes principalement du c6t6 de Tin- .dustrie ; nous avons meconnu la source veritable de notre puissance. Malgre cela, et, par la force seule des choses et de quelques bonnes lois , Tagriculture a fait de ve"ri- tables progres. ^exportation considerable de viande et de c^r^ales faite cette annee en Angleterre, en est une preuve mani- feste. Done notre puissance agricole et nationale s'est accrue et a justifie les tarifs protecteurs ; done ils ont augment^ la fortune du pays, et Us preparenl lentement, mais d'une fapon certaine, la vie a bon marche, par suite de Vac~ croissement desproduils, de ^extension du travail et de la bonne tenue des salaires. En faire une arme contre la proprie"te* , serait meconnaitre a la fois les legons de notre experience et Texemple du peuple anglais. CONGRES DES ACADEMIES. 223 Mais vous avez imite 1'Angleterre protectionniste , nous dit-on, pourquoi ne 1'imitez-vous pas aujourd'hui? Nous avons imite 1'Angleterre d'hier, parce que nos interets nous le commandaient; nous n'imitons pas celle d'aujourd'hui , parce qu'ils nous le dependent. Notre sol , sur le meme espace ou 1'Angleterre compte trois tetes de betail, n'en compte qu'une; nous ne re- cueillons qu'un epi ou elle en a deux; ses terres furaees, marnes, irriguees ; ses prairies, ou des rigoles souterraines accusent une munificence legislative de soixante-quinze millions , tout cela ne d6fie-t-il pas notre situation infe- rieure jusqu'a ce jour? et ne convient-il pas d'attendre Theure et le moment ou nous pourrons ouvrir la lutte avec des forces egales aux siennes? Le benefice, le tra- vail, peuvent seuls nous les fournir; or les droits pro- tecteurs , en nous gardant le marche interieur, peuvent seuls assurer ce benefice et ce travail. Et d'ailleurs la loi des cereales possible avec Tagricul- ture tres-enrichie de 1'Angleterre , impossible pour nous, est un besoin de sa situation industrielle. La population manufacturiere de 20 millions d'ames, sous un faible sa- laire, ne pouvait plus vivre au prix ou se maintenaientles denrees alimentaires ; or il fallait qu'elle contiriuat a tra- vailler a prix reduits, afin que les fabricants de Birming- ham et de Manchester conservassent le monopole com- mercial du monde entier. L'Angleterre, qui a tenu les prix 61ev6s tant que i'Europe eut la guerre, ne pouvait plus le faire du moment ou TEurope devenait industrielle; elle ne pouvait con- server ses marches que par les bas prix. Ce fut le but de ses efforts. Par son gnie in ventif, par les machines, par la reduction des salaires , par Tavantage que lui 224 1NSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. donnait la masse de ses capitaux et Vamortisscmcni des capitaux primilifs , elle pouvait defier toute concur- rence ; cela ne lui suffisait pas. Le bas prix des produits alimentaires, ruineux pour tout peuple qui n'y trouverait pas la remuneration des services productifs, etait possible pour elle; son agriculture, qu'elle avait si patiemment enrichie, dut accepter la concurrence : 1'hectolitre de froment, qui ne porte pas chez elle 15 francs de ser- vices productifs* comine le notre, permit qu'on ouvrit les ports de FAngleterre ; alors la population industrielio fut nourrie a bon marche, paye a bas prix, et FAngle- terre put repeter avec un de ses homnies d'Etat: Que Dieu nous ouvre de nouvelles spheres, nous sommes plus qu'en puissance de fournir la terre de produits indus- triels! Nous, messieurs, nous ne sommes pas rent res dans noK capitaux primilifx; loin de la, nos capitaux industrials et agricoles s'alterent en co moment; nous ne sommes done pas disposes .a suivre Texemple de TAngleterre d'aujourd'hui ; ayons plutot la sage persistance de celle d'hier. Je sais qu des relations, toujours plus multipliers, plus in times entre les peuples, que les nouvelles voies de circulation, que les interets nouveaux et nombreux que trente amides de paix ont fait naitre, presagent et preparent de grands changements dans les lois economiques. II est evident quMl se fait un travail renovateur en Europe, semblable a celui qui s'est opere entre nos provinces en France, et qu'une certaine fusion des interets ne laissera pas subsister au meme litre les barrieres qui separent en ce moment lea territoires. Vienne ce jour ; mais preparons-nous-y en fon- dant , en developpant notre puissance agricole ; et si les barrieres doivent disparaitre, que ce soit le flot de notre CONGRfeS DES ACADEMIES. $25 prospeYite" qui les sarmonte et non celui qui viendrait ets des producteurs. Cette proposition est adoptee. 2 Quelle que soit la decision a intervenir sur la limita- tion ou Till imitation du nombre des bouchers, le principe de Texistence de la caisse de Poissy doit etre maintenu. Cette proposition est adoptee. 3 La caisse doit etre facultative. Apres quelques observations e'change'es entrele genera I R&nond et le rapporteur , Favis de la commission est ad- mis par Tassemblee. A Le Congres pense ensuite qu'il appartient a un reglo- ment d'administration publique de determiner les condi- tions , la duree et les garanties de credit a accorder par la caisse. 5 Que Tetablissement des marches speciaux et obliga- toires de Sceaux et de Poissy est utile dans Tint6ret des producteurs, des consommateurs et de Tapprovisionne- ment de Paris. M. le president met ensuite aux voix la question de sa- voir s'il faut maintenir la defense de la revente des bes- tiaux sur pied. Plusieurs membres de Tassemblee, et parmi eux MM. de Sesmaisons, du Chatellier et Cordier, 6changent des obser- vations sur ce paragraphe, et font valoir dans un sens ou 10. 226 1NSTITUT DBS PROVINCES DK FRANCE. dans Tautre les principes g6n6raux de la Iibert6 du com- merce, et les exigences que comporte Tapprovisionne- ment regulier d'une ville aussi considerable que Paris. Apres nouvel avis de M. le rapporteur, les conclusions de la commission sont adoptees. 7 L'assembl6e 6met Tavis que la concurrence, par suite de nilimitatidn du nombre des bouchers, et la vente a la crie'e, suffiront pour empecher les abus du commerce clit a la cheville. 8 L'assemble'e pense que : La limitation du nombre de neuf jours pour la garantie de la mort naturelle des bestiaux vendus aux bouchers de Paris, imposee aux producteurs, est trop e" tendue et trop on6reuse. Le nombre de trois jours est suffisant. 9 QuMl faut attribuer principalement le bas prix du be- tail a la detresse des laboureurs, et a Toffre surabondante des bestiaux sur les marches. 10 Que le tarif protecteur de la loi de 1822 a conside- rablement favorise Faugmentation de la production des bestiaux. 11 Que depuis Tetablissement du tarif protecteur de 1822 , il y a eu de toutes parts en France beaucoup plus d'engrais et par consequent de progres agricoles. 12 Que sous Tinfluence des tarifs de 1822, la produc- tion a et6 encouragee , l^levage s'est multiplie et Ten- graissement du be"tail s'est accru dans la meme propor- tion. La substitution du droit au poids au droit par tete, a Tentree des frontieres de Test de la France, causerait une veritable perturbation dans la situation agricole du pays. 13 Que la substitution du droit au poids au droit par CONGRfcS DBS ACADEMIES. 227 tele , aux frontieres , serait loin de favoriser Tindustrie de rengraissement. Les pays d'eleves deeourage"s produi- raient moins, et la penurie des bestiaux maigres rejailli- rait sur les pays d'engraissement. 1/1 Qu'on nourrit aujourd'hui en France, sur des prai- ries artificielles, un beaucoup plus grand nombre de bestiaux qu'avant 1822. 15 Que les conditions de Tagriculture , relativement a la production, a Televage et a Tengraissement du betail , ont ete changees avantageusement par le developpement des cultures fourrageres et sarc!6es. 16 Depuis 1822, il y a eu partout une amelioration con- sid6rable des races. 17 II y a eu e"galement une augmentation g6ne"rale des races ovine et porcine. 18 La surface des prairies naturelles et artificielles a et6 aussi partout considerablement etendue. Toutes-les conclusions du rapport etant admises, M. de Montreuil a la parole, au nom de la commission , sur une proposition de M. Durand , relativement a la culture du colza. La commission, dit-il, sans admettre quelques-unes des assertions contenues dans le memoire , estime que la culture du colza offre des avantages en raison du prix 61ev6 de ce produit, et doit etre encouragee. II faut ce- pendant user de prudence et ne pas d6velopper trop cette culture , parce qu'elle est 6puisante. Les cultiva- teurs doivent done etendre parallelement leurs recoltes fourrageres , afin d'augmenter leurs bestiaux et leurs en- grais. Sans cette precaution , ils epuiseraient leurs terres, au lieu qu'avec d'abondants fumiers, ils reparent ces pertes et obtiennent de beaux froments produits en pailles 228 INSTITUT DES PROVINCES DK FRANCE- et en grains. La commission invite les cornices et les so- ci6tes d'agriculture aetudier cette question, afin d'exone- rer le plus tot possible la France du tribut de 35 millions qiTelle depense annuellement en achats de colza venu du dehors. Sur la question relative a Tencouragement a donner & la culture du colza , plusieurs membres , parmi lesquels on remarque M. de Gaumont , prennent la parole et font ressortir tous les faits propres a eclairer Tassemblee SUL* ropportunite" d'une pareille recommandation. M. le rap- porteur , a son tour, reproduit les considerations qui ont engage la commission a recommander cette culture, of- persiste dans les conclusions prises par elle. MM. Target etduChatellier elevent quelques doutes sur ropportunite" d'une pareille recommandation, qui leur semblerait bien mieux faite par le Congres central d'agri- culture , et mieux encore par les societes locales ou ces sortes de questions, toutes de pratique, peuvent etre 61abo- rees avec Tappui des faits et des essais entrepris sur place. Consulted par le president, Tassemblee se prononco neanmoins en faveur des conclusions de la commission. M. le president donne la parole a M. de Kergorlay, autre rapporteur de la commission d'agriculture : Messieurs, dit M. de Kergorlay, votre commission agri- cole nTa charge de vous faire , en tres-peu de mots , un rapport sur quelques unes des questions inscrites & votrc programme qui n'ont pas encore et6 abordees dans vos pre"c6dentes discussions. Vous ne pouvez plus disposer que de courts instants. Vous me permettrez , en conse- quence , d'etre aussi bref que possible ; je me bornerai COKGRfeS DBS ACADEMIES. 229 presque & poser des conclusions , et votre intelligence de la matiere suppleera aux de* veloppements dans lesquels il serai t desormais indiscret d'entrer. Vous venez d'entendre un tres-remarquable et savant rapport de M. de Montreuil sur quelques-unes des princi* pales causes de la detresse actuelle de Tagriculture et sur les moyens les plus efficaces d'y remedier. Le premier de- voir de la commission d'agriculture etait evidemment de vous apporter le tribut de ses propres pensees sur ce grave sujet, qui domine tons les autres, et elle ne pouvait pas se dispenser de se livrer a une telle etude pour elabo- rer d'une maniere serieuse la question de votre pro- gramme, qui est conc,ue dans les termes suivants : Dans Tetat pre*caire ou Tagriculture se trouve pr&sen- tement reduite, que doivent faire les societes agricoles pour en conjurer la ruine ? Ne doivent-elles pas se livrer & Tetude des faits commerciaux qui peuvent e*clairer le producteur sur les ameliorations a introduire dans ses ex- ploitations et provoquer les reglements d'administration publique qui pourraient ameliorer le sort de la premiere de nos industries? C'est sous ce point de vue special des indications & donner aux societes de la province, que je suis charge de traiter en ce moment la question. Plusieurs societes , nous le savons, ont parfaitement compris que des circonstances exceptionnelles et penibles leur imposaient des devoirs nouveaux ; elles ont habituel- lement imprime ^t leurs travaux le cachet de Tactualite' , et m^ritent plutot qu'on leur adresse des eloges que des conseils. Mais on ne saurait meconnaitre qu'un grand nombre d'autres se soient trop pen preoccupies des impe'rieux be- 250 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. soins du moment. Les lines ont continue a se montrer in- compl6tement actives , les autres ont Iaiss6 subsister dans leurs travaux cette diffusion , cette ind6termination , qui peuvent quelquefois conduire, par occasion, & d'inge"- nieuses et interessantes de'couvertes , mais qui semblent mieux approprie~es aux savants delassements d'une periode de prosperite et de bien-etre qu'aux laborieuses recher- ches d'une 6poque aussi rude que la n6tre. A Theure pre"sente , toute la sollicitude des personnes que pre"occupent.nos interets agricoles, semble devoir se concentrer sur ce seul point : decouvrir les moyens de faire que Pexploitation du sol , apres deduction des frais de toute nature , des impots et du fermage , dans le cas de location, produiseun profit net , quelque faible, quelque che*tif qu'il puisse etre. II ne s'agit plus d'imaginer de mer- veilleuses recettes pour faire fortune; il n'est plus ques- tion qued'eviter la ruine. Poser ainsi le probleme , c'est assez dire que la ques- tion des debouches, celle de la qualite des produits qui les rendra veritablement marchands , celle des modifications a introduire dans la legislation ou dans les reglements ad- ministratifs pour favoriser leur ecoulement , sont les plus s6rieuses qui puissent interesser aujourd'hui le pro- gramme. Des Etudes g6n6rales sur ces importantes matieres sontfaites par Tassemblee legislative, par Tadministration, par le Congres central d'agri culture, par le v6tre. Des 6tudes speciales relatives aux interets propres des diverses localites ne peuvent etre faites que par les societes lo- cales. Chacune d'elles peut, avec infiniment de fruit pour ies populations qui Tentourent , 6tudier la nature et Tim- p.ortance des debouches actuellement existant pour la cir- CONGRfeS DBS ACADEMIES. 231 conscription qu'elle pr6sente, chercher quels obstacles s'opposent au developpement de ces debouches , et par quels rnoyens pratiques on pourrait les 6tendre. Ghacune peut soumettre a un examen se* vere les diverses especes d'animaux , les eere'ales, lesautres produits ve*getaux de sa circonscription , et constater avec precision quelle est Timperfection , quel est le vice de forme, d'organisa- tion , qui contrarient, non pas les idees vagues qu'on peut se former sur la beaute generate ou le me*rite intrinseque de tel ou tel produit , mais les vues particulieres et sp6- ciales du commerce d'oti emane la demande. Chacune peut enfin scruter la legislation existante , en quoi elle blesse les interets qu'elle a mission de proteger, et deter- miner les modifications qu'il serait utile de re"clamer. La reunion de toutes ces Etudes particulieres faites par les diverses societes locales fournirait les meilleurs et les plus surs elements pour apprecier, par leur comparaison, les besoins gnaire agricole , et elle traduit pratiquement sa pens^e en vous proposant les conclusion? suiv antes : Le Congres , sans rien prej'uger sur les autres masures qui pourraient etre utilement prises pour propager Ten- geignement agricole, conseille aux societes savantes : l u D'exercer leur influence sur les autorit^s charges CONGRfcS DBS ACADEMIES. $55 de la direction de I'enseignement , pour obtenir qu'aTex- ception des livres de religion , les autres livres elemen- taires dans lesquels les enfants apprennent a lire aient g6neralement pour sujet des questions agricoles ; 2 D'encourager la- composition des livres elmen- taires sur Pagriculture et Thortic.ulture propres & recevoir 1'emploi qui vient d'etre indique\ La derniere des questions incrit.es au programme d'agriculture est celle-ci : Quels sont les besoins les plus pressants de la pro- vince : 1 quant a Tenseignement de Horticulture ; T quant a Fadministration des jardins botaniques? La commission a considere Penseignement de Fhorticul- ture et les jardins botaniques comme deux choses si etroi- tement liees , que Texistence de Tune des deux separ6- ment de 1'autre lui semble presque un non-sens. Le jardin botanique ne lui parait veritablement instructif que si un cours d'horticulture , annexe h cet etablissement , donne une valeur scientifique aux richesses quMl peut renfermer. Elle pense, en outre, que les objets de Tenseignement doivent etre essentiellement relatifs aux vrais besoins de la contree ou le jardin botanique se trouve situ6. Elle est particulierement frappee dii manque presque absolu de bons jardiniers qui existe generalement dans la pro- vince , et apercoit dans Tinstruction donnee au jardin botanique un moyen de creer quelques jardiniers d'elite, qui formeraient ensuite un plus grand nombre de bon k s Sieves. Enfin , lorsquMl ne sera pas trop couteux d'ajouter au jardin botanique une ppiniere departementale , cette fondation lui paraitrait eminemment utile. Elle vous pro- pose en consequence , messieurs , les resolutions sui~ vantes : 234 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Engager les socie* t6s d'agriculture et d'horticulture : 1 A consacrer une partie notable de leur sollicitude aux jardins botaniques ; 2 A chercher les moyens d'y faire etablir des cours portant partie ulierement sur les trois points suivants : botanique proprement dite , culture maraichere , taille des arbres ; 3 A provoquer, quand les ressources locales le per- mettront, la creation de pe*pinieres de*partementales ou Ton reunirait d'une part les essences forestieres et frui- tieres existant dans la contre"e, et de Tautre celles dont Tacclimatation paraitrait devoir etre fructueuse. M. le docteur Lecoupeur a lu,au sein de la commis- sion , un m6moire sur Tapplication de rhomoaopathie & lamedecine v6terinaire. On 6m et egalement le VOBU qu'il soit cree" dans chaque departement un jardin botanique et des p6pinieres propres & alimenter et u Clever les arbres les mieux appropries aux besoins de la Iocalit6 , ainsi qu'a former des eleves jardi- niers, auxquels la taille des arbres serait enseigne"e. M. le baron de Stassart n'a pas d'eloignement pour ce qui concerne Fetablissement des jardins qui seraient des- tines 5, Feducation des eleves jardiniers ; mais il a eu oc- casion, dans le departement de Vaucluse qu'il a administr comme prefet, de remarquer que la p6piniere departe- mentale avait fait une concurrence facheuse aux etablis- sements priv^s du meme genre , et qu'on avait ete oblige de prendre le parti d'en decider la suppression. M. du Chatellier soumet ^, Tassembl^e quelques faits du m&me genre, qui Tengagent ^ rejeter la proposition pr6- cit6e. CONGRfcS DBS ACADEMIES. 235 M. de Kergorlay, deuxieme rapporteur de la commis- sion d'agriculture , reprend Tenonce des conclusions pr6- sente"es en son nom. Elles sont successivement adoptees. La stance est Iev6e a cinq heures et demie. 236 INSTITCT DES PROVINCES DH FRANCE. SEANCE DU 27 FEVRIER. (Presidence de M. -PASSY.) MM. Boullay, Cap, Gaultier et Martins sont appetes au bureau. M. Gap fait une communication sur les richesses mine"- rales de TAveyron : Le but de 1'Institut des provinces n'est pas seulement d'entretenir etdepropagerdans les departements les Etudes theoriques , mais encore de faire connaitre les richesses que renferme notre territoire, et de developper par la les germes de la prosperite que nous reserve raven ir. Une. des principales sources de cette prospe*rit6 se trouve , sans contredit , dans le produit des richesses mi- ne* rales de notre sol. 11 serait done a desirer qu'une sta- tistique exacte et bien tudiee de nos richesses en ce genre fut faite dans chaque departement par Tlnstitut des provinces , au double point de vue scientifique et econo- mique. Ce travail , qui rentrerait dans la spe*cialite* de beaucoup de ses membres, trouverait certainement un concours empresse* dans MM. les inge*nieurs des mines. D'apres Timportance des documents d6j^ runis par Tadministration des mines, et par un grand nombre d'in- ge*nieurs frangais et Strangers sur les richesses mine"rales de TAveyron, ce d^partement devrait prendre rang, im des premiers , dans cette statistique. En effet, il existe sur ce point des mines de houille CONGU&S DS ACADEMIES. 257 d'une puissance et (Tune abondance remarquables : cer- taines couches y atteignent 30 a 40 metres d'epaisseur; la fabrication du fer y est pratiquee sur une grande echelle et dans les conditions de production economique les plus favorables ; enfin la presence de nombreux filons de mi- nerals de cuivre et de plomb argentifere, la regularite (failure de ces filons, toutes les circonstances g6olo- giques, font de ce departement un des districts m^talli- feres les plus privilegies. Les travaux qui se poursuivent depuis plusieurs annees, avec succes, sur differents gites de cuivre et de galene , viennent de recevoir une nouvelle confirmation par la decouvcrte de deux filons de minerals de cuivre et de plomb argentifere, qui, d'apres les ana- lyses de M. Fingenieur en chef des mines et de M. Tes- sayeur en chef de la Monnaie de Paris , renferment des proportions d'argent vraiment remarquables. Les minerals de T/Vveyron sont generalement riches , cornme le demontrent toutes les analyses : la decouverte recente qui a fourni les minerals d'un volume conside- rable place's sous nos yeux, presentent un notable accrois- sement de richesse. Les mineral's de cuivre ont donne" 30 pour 100 de rnetal pur; les minerals de galene ont fourni un plomb d'ceuvre contenant 7 a 8 kilogrammes d'argent ^>ar tonne. Pour faire mieux apprecier ces resultats, il faut se rappeler qu'en Angleterre, les mineraisde cuivre renferment seu- lement 3 a 10 pour 100 de metal ; que la teneur moyenne du plomb d'reuvre dans le Ilarz n'est que de 1 kilogramme par tonne, et qu'au Stolberg, dans ces mines en grand succes , le plomb d'reuvre contient a peine 340 grammes d' argent par tonne, c'est-a-dire yingt fois moms que le plomb de 1'Aveyron, 238 INST1TUT DBS PROVINCES DE FRANCE. La statistique mine'ralogique , telle que nous la propo- sons , messieurs , aurait aussi un point de vue archolo~ gique interessantpour Finstitut des provinces. Dans les documents anciens sur 1'Aveyron, nous trouvons la preuve que ces mines e" taient exploiters des le temps des Remains; nous trouvons aussi des traces nom- breuses des travaux dont elles furent Tobjet sous plusieurs de nos rois; quelques-uns de leurs edits en constatent Fimportance, et nous voyons cesser leur exploitation en 1572 par Teffet des guerres de religion et par le massacre du baron de Savignac et de tous ses mineurs au chateau de Grave, proche Villefranche. Les grandes traces qu'ont laisse"es dans le pays ces exploitations, les ruines des hotels de monnaie de Ville- franche, et du minier, ont me>ite" les eludes de plusieurs ingnieurs et archeologues ; leurs travaux trouveraient un complement naturel dans les d6couvertes et publications actuelles. Cesfaits, messieurs, sont exposes dansde nombreux documents qui nous ont e"te communiques, et dont les exemplaires imprimes seront deposes a la bibliotheque du Congres ou ils pourront etre consultes. II ne nous a pas semble dans notre mission de les analyser, mais nous ne pouvions cependant passer sous silence Timportance de ces mines signalees par le roi Louis XII dans sa declaration de 1508 , dans laquelle il s'exprime ainsi : Attendu que dans tout le royaume n'en y a de si commodes et utiles mines et de si grande valeur cles- quelles survient et se tire chacun jour grande quantit^ d'argent, qui est Tune des plus grandes et principalles substances de nostre royaume , redondant an bien . CONGRfcS DBS ACADEMIES. 259 prouffilt et utilite de nos subjets et de la chose publique d'iceluy... Les circonstances qui nous ont 6t6 signalers dans FAveyron doivent se representer dans plusieurs autres departements : le Puy-de-D6me , leFinistere, les Vosges, les Alpes , les Pyrenees , offrent sans doute des conditions analogues ; c'est ce qui nous a fait penser qu'il serait & desirer qu'une statistique des richesses minerales de chaque departement , avec des ^percus pratiques sur la possibilite de leur exploitation , fut faite par IMnstiiut des provinces. M. Tingenieur Coquand, Tun de nos geologues les plus distingues, qui a deja fait des contrees de 1'Avey- ron Tobjet de ses etudes mineralogiques pendant plusieurs mois , se propose d'executer un travail de ce genre sur ce departement* . Le Congres qui connait le talent de M. Coquand , Tun des membres les plus zeles de Tlnstitut des provinces, pourrait einettre le voau que son travail fut insure dans 1'Annuaire de cette Societe, afin de devenir un specimen pour les travaux analogues. Gette publication serait com- pletee par I'adjonctioii de cartes dressees par M. le pro- fesseur Fournet et par M. de llennezel , ingenieur en chef des mines , lesquelles cartes ont 6te mises a notre dis- position. A la suite de sa communication, M. Cap depose sur le bureau de magnifiques echanti lions de galene, de sul- fure de cuivre et de fluate de chaux avec les ouvrages sui- vants : 1 Un volume in-8 intitule : Documents relatifs & Fex- ploitation des mines metalliferes du departement de TA- veyron. Paris, chez Langlois etLeclercq, libraires-^di- teurs. 240 INSTITUT DBS PROVINCES D FRANCE- 2* Une Notice sur les minerals de fer du d6partement de I'Aveyron et des departements voisins, par M. Coquand, professeur de geologic a la Faculte des sciences de Be- sanc,on. 3 Quatre cartes relatives a TAveyron et & ses mines. If Les resultats de divers essais des mineral's de 1'Avey- ron, par M. le directeur du laboratoire de TKcole des mines ; par M. Fingenieur en chef des mines de TAveyron; par M. de II nnezel, ingenieur en chef des mines au Mans ; par M. Peligot, essayeur a la Monnaie de Paris; par M. P.-N. Johnson , essayeur de la banque d'Angleterre. M. Cue" ranger indique la succession des couches golo- giques et paleontologiques des environs du Mans. II divise Fensemble des etages de ce terrain en quinze strates. II invite les naturalistes s'occuper du meme sujet, et s' ex- prime ainsi : Le programme du Congres contient la question sui- vante : Indiquer quels travaux les soci6tes de departe- ments doivent plus particulierenient recommander dans leur circonscription, soit en geologic, soit en paleonto- logie , soit en application de la geologic a Tagriculture. J'ai cru, messieurs, aborder une partie de cette ques- tion en exprimant le desir de voir les observateurs qui S 1 occupent de paleontologie s'appliquer a constater avec soin si certaines especes enfouies dans les memes etages ge"ologiques ne se rencontrent pas constamment a cer- taines zones de ces memes terrains. Ce desir s'appuie sur des observations continuees pendant un grand nombre d'anriees sur le gres vert du Mans, que je suis arrive ainsi 'd subdiviser en plusieurs strates non precisement geolo- giques, mais au moins paleontologiques. Je ne veux pas dire, neanmoins, que chacun des strates possede une CONGRfcS DES ACADEMIES. 241 forme a part ; je dirai seulement qu'on trouve dans cha- cun quelques fossiles qui ne sont pas dans les autres , et q.ue le'nombre des individus qui composent Tensemble paleontologique s'y trouve profondement modifie. Je ne m'etendrai pas jusqu'a signaler les especes fos- siles qui m'ont servi a reconnaitre les differents strates du terrain dont je me suis occupe* ; cette communication prendrait des proportions que ne comporte pas une seance publique , ou tant d'autres lectures beaucoup plus inte"- ressantes doivent etre entendues. Je me bornerai a faire ressortir en quelques mots les avantages de la methode que j*e propose. 1 Si Ton en excepte les grandes divisions accepters de tous les g6ologues , il est permis de penser que les cou- ches geologiques de second ordre ne sont pas encore ab- solument definies ; les nouveaux Stages proposes recem- ment par M. d'Orbigny viennent appuyer cette proposition dans son utile prodrome de paleontologie. Dans cet e*tat de la science, les faits acquis, resultants des observations dirige'es dans le sens que Je propose , auraient pour con- sequence d'eclairer ce point. 2 L'utilite beaucoup plus directe et beaucoup plus productive des remarques que je sollicite serait de faci- liter la recherche des fossiles. Du moment ou il sera re- connu que dans un 6tage geologique il existe plusieurs strates pa!6ontologiques bien tranchees , il deviendra pos- sible de les indiquer, au grand profit du collecteur, qui trouvera alors presqu'a coup sur les especes qu'il desire, et qui ne se fatiguera plus inutilement a explorer les autres strates qui ne pourraient lui presenter que des especes differentes a celles qu'il recherche. Telles sont les raisons pour lesquelles il me semble a it 212 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. souliaiter qne Pattention se dirige dans le sens quo j'in- dique. Nous sommes surement loin du jour oCi la somme des observations sera suffisante pour produire un resultat general , et c'est pre"cisement pour ce motif que j'ai pense qu'il serait utile d'en faire le sujet d'observations locales, ({ui alors prendraient ve>itablement et promptement un avantage marque*. En consequence, je formule ainsi ma proposition : j'invite les naturalistes qui ont choisi la paleontologie pour sujet de leurs Etudes, a examiner avec attention si , dans la localite" qu'ils habitent , certaines especes fossiles ne se rencontrent pas constamment dans des zones dis- tinctes des monies terrains geologiques , ou si elles ne se trouvent jamais qu'a des niveaux bien defmis ou dans des stations determinees. M. Desvoidy, qui habite TYonne, ^met la proposition qu'aucune espece jurassique n'a jamais e"t6 trouv^e quc, dans Tetage auquel elle appartient. Les serpules lui pa- raissent seules pouvoir peut-etre presenter uno exception a cet egard. Aucun des crustac6s de ce terrain ne se re- trouve dans la craie. 11 termine en appuyant la proposition deM. Gu^ranger. Celui-ci rappelle que sa proposition est plus spe- ciale. II demande si chaque espece de crustace se trouve toujours dans la meme couche de terrain n6ocomien. M. Riviere pense qu'on ne doit pas discuter le forul meme de la question , mais seulement appeler sur ce point Tattention des geologues de province. M. Gh. Bonaparte voudrait que Ton e"crivit : determiner' si une fossile est au haut ou au bas d'une couclie goologi- que. II demande la suppression du mot zone. CONGRfeS DBS ACADEMIES. 243 M. Gue>anger appelle zone la couche de terrain ou une meme coquille se rencontre constamment. M. Riviere pense que Tobscurit6 provient de la mauvaise definition du mot terrain ; il n'y a point de couches a la surface du globe , mais seulement des ellipsoides. M. Gueranger croit que la paleontologie donnera les meilleurs caracteres pour d61imiter les couches. M. Riviere ne reconnait pas que la paleontologie ait rendu de grands services & la geologie (Murmures) . M. Ch. Bonaparte pense que des cataclysmes ont pu transporter un animal loin de son gisement originaire, mais tout le monde est d'accord qu'il existe des fossiles carac- teristiques d'un terrain : il s'agit de savoir si la meme loi s'applique aux differentes zones d'un, terrain. M. Desvoidy formule ainsi la proposition : Un terrain etant donne", examiner la presence et la frequence des differents animaux a differentes hauteurs dans ce ter- rain. M. le president propose Tadoption de la proposition de M. Gueranger. La proposition est adopted. M. Riviere recommande, au nom de la commission, l'6tude de Tinfluence des terrains sur la veg6tation. Mais, le sujet 6tant tres-vaste, la commission invite les savants a envoyer les elements necessaires pour formuler la ques- tion d'une maniere complete. Les travaux geologiques faits en province, ajoute-t il, doivent etre scientifiques et ap- plicables ; ils doivent etre dans un bon esprit , tels que ceux de MM. Passy et de Gaumont , qui ont servi de point de depart aux 6tudes sur la Normandie et sur la Bretagne. II conseille des cartes geologiques sur une grande e"chelle. M. Riviere de"crit les vicissitudes qu'a subies pour sa d6fi- nition et sa repartition le terrain cambrien de MM. Sedg- 244 1NSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. wick et Murchison. Le nivellement topographique lui pa- rait devoir etre applique a la confection des cartes geolo- giques. Ghaque coupe serait double ; Tune serait a I'&chelle naturelle ; dans Fautre, les hauteurs seraient un peu exa- ger6es , afin de faire sentir les reliefs. M. de Loriere fait observer qu'il ne sufFit pas de faire des cartes d'apres la nature mingralogique des terrains, il faut avoir egard a 1'age des formations. M. Riviere dit que, dans son opinion , la carte doit mon~ trer a la fois la nature mineralogique et Page du terrain an moyen de signes conventionnels. M. le president formule , d'apres le rapport de M. Hi- viere, les propositions suivantes : Le Congres invite les societes savantes a transmettre i\ sa commission permanente les questions les plus im- portantes que soulevent les rapports entre les roches et terrains geologiques et la vegetation naturelle et agri- cole. Former dans chaque departement une collection geo- logique et pal^ontologique. Faire des cartes geologiques sur carton sur la plus grande echelle possible. Etablir des coupes et profils detailles fondes sur un ni~ vellement exact pour chaque terrain g6ologique. Ges propositions sont adoptees. M. Gh. Martins fait remarquer que la premiere question, oeile de Finfluence du terrain sur la distribution des es- peces, est bien distincte de celle de leur influence sur le developpement organique d'une espece ; il pense qu'il est indispensable de distinguer soigneusement ces deux points de vue. CONGRfcS DBS ACADEMIES. 245 M. de Cussy voudrait que dans les cartes ge"ologiques on tint compte de la surface meuble afin d'arriver faire des cartes agronomiques. M. de Gaumont pense qu'une carte de cette nature se- rait fort diffe>ente d'une carte geologique proprement dite, et ne pourrait etre confondue avec elle. M. de Cussy appelle 1'attention sur un echantillon de Cannel-Coal, houille flambante, des environs d'dimb0urg. 11 s'cxprime ainsi : Messieurs , Permettez-moi d'appeler votre attention sur un spe- cimen de houille ou schiste, de la variete connue, en An- gleterre, sous le nom de Cannel-Coal. Vous connaissez tous , messieurs , cette combinaison qui depuis nombre d'annees est pour les habitants du Lancashire, placee plus ou moins pres des mines de Wigan, d'ou on Textrait, ce qu'est pour nous le fagot de sarment qui 1NST1TUT DBS PROVINCES DE FRANCE. meat de 1, 155 quand les autres Gannel-Coal d'ficosse sont rarement au-dessous de 1, 25 et gene>alement au-dessus de 1, 3, et sa facilit6 de combustion est tout a fait remar- quable. Deux analyses se>ieuses en ont 6t6 faites : la premiere, par le docteur Penny, de FUniversit6 andersonienne de Glasgow , a donne pour resultat de 100 parties poids : Coke. Parties volatiles 71. 3 Carbone en coke 11. 3 Cendres 16. 8 Eau evaporee a 2 12 deg. Fahrenhet 6. 3 100 Le meme professeur a trouve quMl n'y avait que 34/100 de souffre ; que le total du carbone est de 51. k pour 100, et que les parties volatiles en contiennent 40. 1. La seconde analyse est due au docteur Fyfe, egalement connu de la science et qui a trouv6 que les memes 100 parties contenaient Matieres volatiles. 69 p. 100 Coke 31 ( contenant Carbone . 9.25 = 30 ^Jj I Cendres 21. 75= 70 100 proportions admirables pour la production du gaz que M. Fyfe porte a environ 14,880 pieds par tonne, d'une qualite de 2 pour 100 superieure par T6preuve du pho- tometre, au gaz renomm6 de Lcsmahago. Suivant un troisieme exp^rimentateur , ce resultat serait meme plus 61eve , et est en quantite fort au-dessus de tous les pro- CONGRE3 DES ACADEMIES. 247 duits abtenus par les autres cannels.Toutefois, il ne faudrait pas dans Tetat actuel de nos appareils , employer seule cette houille qui produirait un exce~dant considerable do fum6e. Dans les districts dont le gaz est le produit de cette variet6 de combustible, on fait usage de 1'appareil de Neilson dont le bee est en forme de queue de poisson. Get appareil reclame, pourdonnerun jet complet, une pression de 6 a 7/10 , et peut en supporter une bien plus forte sans donner de fumee ; . aussi , recommande-t-on principalement de faire usage du jRogkead-Cannel comme melange avec des qualites inferieures. M. Sellier rappelle les proprietes de Fimile de schiste , qui, dans les usages economiques, peut remplacer le can- nel-coal. M. Guerin-Menneville fait , au nom de la commission , un rapport sur 1'impulsion a donner aux etudes de zoolo- gie agricole : Projet de pro gramme, par M. Guerin-McnneriUc. Le but vers lequel doivent tendre les 6 tudes des agro- nomes qui s'occupent de zoologie agricole est la connais- sance complete des conditions d'existence des aniinaux utiles et nuisibles, afin d'arriver a ^introduction , a IV;- melioration et a la conservation des premiers, et a la destruction ou a Veloignement des seconds. Les connaissances relatives a ^introduction d'animaux etrangers, susceptibles de devenir utiles a nos popula- tions, embrassent diverses questions d'histoire naturelle g6n6rale, et surtout celles qui portent plus specialement sur la domestication et la naturalisation des animaux, 248 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. questions si bien traite"es par M. I. Geoffroy Saint-Hilaire dans ses cojurs au Muse*u.m d'histoire naturelle et dans uu remarquable rapport general sur les questions relatives a la domestication et a la naturalisation des animaux utiles fait au ministre de Fagriculture et du commerce en novembre 18/i9. Les connaissances qui peuvent conduire a Yameliora- tion des animaux introduits chez nous ou re'cemment embrassent toutes les questions relatives aux meilleurs modes d'alimentation de ces animaux , aux croisements , au choix des races et aux soins hygieniques ncessaires pour les conserver dans toute leur beaute\ Tout le monde connait les resultats admirables obtenus par les Anglais relativement aux races d'animaux de boucherie et a celles des chevaux. On sait aussi que les etudes perseve>antes faites dans nos haras ont conside"rablement influe sur Ta- melioration de nos races de chevaux , et cela est si ge" ne- ralement reconnu et admis aujourd'hui que Tagriculture demande que ce mode d'amelioratioh soit applique a des animaux domestiques plus petits , mais non moms utiles au pays, aux vers a soie, qui donnent a la France un pro- duit presque aussi important que la race chevaline. Les travaux relatifs a la conservation des animaux utiles comprennent Te*tude des maladies ou epizootics, 6tude longue et difficile qui exige le concours des con- naissances les plus variees et les plus profondes. Le nombre des animaux utiles est tres-borne ; mais il n'en est malheureusement pas de meme des animaux nui- sibles. Ges derniers appartiennent a toutes les classes du regne animal ; ils s'attaquent a Thomme, soit directement, soit indirectement , en detruisant ses provisions , ses cul- tures, ses habitations , ses vetements, etc. CONGRfcS DES ACADEMIES. 24$ Parmi les animaux qui nuisent aux cultures, les in- sectes tiennent le premier rang a cause de Tetendue des ravages qu'ils font dans nos champs et de la difficult^ quo nous e"prouvons a les detruire. Dans la nature abandonnee a elle-meme , les insectes sont tres-utiles , parce qu'ils reglent la multiplication des vegetaux et sont Tun des principaux agents pour mainte- nir chaque espece dans de justes limites. Ces memes insectes , si utiles quand on les envisage sous ce point de vue, deviennent des lle*aux redoutables quand ils agissent sur des vegetaux que Thomme multi- plie et cultive pour ses besoins, pour sa nourriture. Comme ils se developpent toujours en raison des subsis- tances qui sont a leur disposition, ils sont plus nombreux et par consequent plus dangereux dans les pays de grande culture , et si la nature n'avait pas attache & chacune de leurs especes des ennemis destines & limiter aussi leur multiplication , il est certain quMls finiraient par aneantir nos recoltes. Cependant cette protection de la nature, ces parasites auxquels nous devons la r6ussite de la majorite de nos r6- coltes, n'agissent pas aussi regulierement qu'il le faudrait dans notre interet. Ils ne deviennent nombreux qu'a Ja suite des grandes invasions de nos ennemis ; ils ne detrui- sent ceux-ci qu'apres leur avoir laisse" accomplir leurs ravages pendant plusieurs annees , et encore ne les d- truisent-ils qu'en partie , laissant exister assez d'individus pour que Tespece ne puisse s'eteindre, ce qui nous main- tient toujours dans de justes craintes pour le resultat de nos travaux agricoles. II serait trop long d'enume'rer ici les pertes que les insectes nous font Sprouver. Tout le monde connait to 11. 230 INST1TUT DES PROVINCES DE FRANCE. tort que les charancons, les alucites, les teignes, di verses* mouches , plusieurs colopteres font a nos cer6ales dans nos greniers et dans nos champs. La pyrale est celebre par le mal qu'elle fait a nos cultures viticoles. Nos recoltes d'huile d'olive , dans le midi de la France , sont trop sou- vent compromises par d'autres especes. Enfin , si nous voulions parler de tous les insectes qui nous font un tort- reel, il nous faudrait passer en revue toutes nos cultures. Dans un remarquable travail fait par M. Richard (du Cantal), et destin< a appuyer une proposition presentee a TAssemblee nationale et tendant a ce que des etudes soient faites pour chercher des moyens propres a de- truire les insectes nuisibles a Tagriculture , ce savant agronome a montr6 que, pour quelques-unes de nos grandes cultures seulement , les insectes nous font eprou- ver chaque annee une perte s'61evant a 213 millions de francs. LThonorable M. de Limayrac , en combattant les moyens legislatifs proposes par M. Richard pour arriver a proteger nos campagnes contre les invasions des insectes, a reconnu la force des considerations qui avaient porte le representant du Cantal a faire sa proposition. En effet , il disait dans son rapport , en parlant de cette proposition : L'utilite de son objet ne saurait etre contestee par per- sonne. II est d'un haut interet pour Tagriculture de dimi- nuer les pertes annuelles qu'elle supporte par le fait des insectes qui devastent ses plus beaux produits : la vigne , les cereales, les fourrages, les forets et tant d'autres. Et plus loin il ajoute : Si vous aviez a statuer sur Tunique question de savoir s'il y a convenance a provoquer des Etudes sur Thistoire naturelle des insectes nuisibles a Ta- griculture , le doute ne serait pas permis, A moins d'etre CONGRES DBS ACADEMIES. 2oi demeure 6 tranger ou insensible aux de" couvertes modernes sur ces insectes , on ne saurait nier Futility de combiner la pratique avec les observations de la science, lors- qu'elles sont passees dans le domaine des faits. Qui ne sait que Tetude des moaurs et des rapports de ces parasites a plusieurs fois revele le secret de leur destruction. La py~ rale en offre un curieux exemple. Pour prevenir Teclo- sion de ces myriades de chenilles , contre lesquelles la main-d'oauvre la plus active est impuissante apres leur riaissance , il faut connaitre les habitudes de Tinsecte , il faut decouvrir les depots de ses germes , qui s'animent a une e"poque donnee. La science, unie a Tesprit d'observa- tion de Thomme pratique , peut seule penetrer ces mys- teres de la nature , et Ton ne saurait trop 1'exciter et Fen- courager. Apres ces temoignages de Timportance que les agri- culteurs et les legislateurs attachent a ces questions, apres tout ce que nous en avons dit nous meme dans une foule d'ecrits, a TAcademie des sciences, a la Societe na- tionale et centrale d'agriculture, dans les diverses seances du Gongres scientifique de France, etc. Nous croyons inutile d'insister davantage sur Tutilite de travaux bien executes sur Thistoire naturelle des insectes nuisibles a Tagriculture. Cependant, si cette utilite" est g6n6ralement reconnue, pouvons-nous dire que Ton a fait chez nous ce qui est ne- cessaire pour donner satisfaction a ce besoin de Tagricul- ture ? Nous ne le croyons pas. Des efforts isol^s, dus a des hommes pleins de zele ; un prix de 1,000 fr. fonde par la Soci6t6 nationale et centrale d'agriculture , pour recom- penser les personnes qui auront dcouvert et mis en pra- tique des moyens propres a detruire ies insectes nuisibles 252 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. a Tagriculture ; quelques missions trop temporaires dori- n6es par le gouvernement, un cours de zoologie agricoie fait a rinstitut agronomique de Versailles , cours tres-ge- neral embrassant Panatomie, la physiologic, Thygiene, I'administration des premiers soins, la zoologie ge"nrale, la zoologie agricoie, etc., etc. Voila ce qui a ete fait jus- qu'ici. Gertainement c'est dej& quelque chose; mais ce n'est pas assez, et en attendant que le gouvernement soil dans la possibility de faire plus et mieux , il appartient u toutes les societes savantes des departements de provo- quer de nouveaux travaux et d'encourager les observa- teurs qui ont assez de zele pour les entreprendre. II faudrait engager les membres de ces societes h se li- vf er a des observations suivies sur les mceurs des insectes qui nuisent & nos forets, a nos arbres frui tiers, a nos prai* ries, a nos vignobles, a nos muriers, a nos oliviers, et sur- tout u nos c6r6ales , attaquees par un grand nombre d'en- nemis que nous connaissons & peine. II faudrait surtout leur dire de ne pas attendre Tinvasion de ces fleaux pour les etudier, mais de faire ces recherches dans les annees ou les insectes ne sont pas assez multiplies pour que leurs ravages soient inquietants, afin que les r^sultats de ces travaux puissent etre assez muris, etre applicables, quand les ennemis de nos cultures se montreront en grand nombre. II faudrait que ces savants , que ces agriculteurs in- struits et devours voulussent bien, sans composer de grands memoires , tenir seulement note de Timportanco des degats causes par les insectes aux vgetaux, qu'ils 6tu- dieraient sous ce point de vue. Us devraient noter avec soin T6poque de Tapparition de ces insectes, leur maniere de vivre et de se reproduire, les lieux ou les femelles font CONGRfcS DES ACADEMIES. 253 leur ponte, l'6poque de Teclosion des ceufs, Thistoire dc la vie des jeunes vers ou larves, la maniere dorit ces larves nuisent aux vegetaux sur lesquels elles sont destinees a vivre, jusqu'au moment de leur metamorphose en chrysa- lides et ensuite en insectes parfaits, destines a reproduire leur espece. Si ces personnes savaient dessiner, elles feraient bien d'ajouter quelques figures & ces notes ; mais dans tous les cas, elles devraient conserver, dans de r esprit de vin , un assez grand nombre des insectes Studies par elles , des ceufs , des larves a divers degres de developpement , des chrysalides et des insectes parfaits des deux sexes. II se- rait aussi tres-utile de conserver dans des boites les v6g6~ tau^i ou quelques-unes de leurs parties, montrant les alt6- rations produites par les insectes dont on aurait observ6 ainsi les mo3urs. Au moyen de ces materiaux, il serait possible d'arriver f d composer, pour notre pays , une histoire naturelle des insectes qui nuisent Tagriculture, et si le gouvernement voulait on pouvait faire ce que les gouvernements de Prusse et d'AmeYique ont execute , en faisant publier de grands et utiles ouvrages sur Thistoire naturelle des in- sectes nuisibles aux forets et aux v6getaux cultives , nous prendrions enfin, sous ce point de vue, le rang qui nous convient parmi les nations civilisees. Un pareil travail, protg6 par toutes les societes savantes de la France , et dont les resultats seraient publics par les soins du gouver- nement , amenerait certainement des progres reels dans nos pratiques agricoles, et par suite dans le rendement de nos r6coltes, et il payerait ainsi largement au pays les depenses insignifiantes dans lesquelles il Taurait en~ traine. 254- INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Les questions qui vont suivre sont tres-gene>ales ; ces indications fondamentales devront etre completes, dans 1'avenir, par celles de sujets d'etudes plus detaillees. En attendant que la commission ait pu pr6parer ce travail pour 1'annee prochaine, le congres adresse aux zoologistes des societ6s savantes des departements les demandes sui- vantes : 1 Bien fixer le nom scientifique des especes, en y rap- portant comme synonymes tous les noms vulgaires et lo- caux employes pour les designer. On sait que le premier besoin, en histoire naturelle, est de s'entendre sur les especes dont on 6tudie Thistoire, que ces especes soient utiles ou nuisibles. 2 Etudier les mceurs des animaux nuisibles, faire con- naitre la nature et T6tendue du tort qu'ils font eprouver a Tagriculture , et tacher d'indiquer, d'apres ces donne*es, les moyens de les eloigner ou de les detruire. 3 Faire des observations precises sur le r6gime des oiseaux plus ou moins polyphages ou omnivores, afm de savoir si le tort qu'ils nous font n'est pas largement com- pense par la destruction de certains insectes qui nuisent beaucoup plus a nos cultures. U Etablir des catalogues des insectes qui vivent dans nos diverses localites , afin de parvenir a la connaissance de toutes les especes propres a la France , en indiquant, autant que possible , celles qui sont particulieres a cer- taines localites. De semblables travaux pre"paratoires, bien ex^cut^s par des savants qui habitent les departements pendant une grande partie de Tannee, seraient la base et les materiaux d'une histoire naturelle de la France, ouvrage honorable et utile au pays, dont votre rapporteur a concu le plan CONGRES DES ACADEMIES. 255 depuis quelques annees, ouvrage qui ferait connaitre aux habitants de la France qui s'occupent d'agriculture , de commerce et d'industrie, les richesses naturelles de notre sol. M. Thomas, a propos de la seconde question, voudrait que Ton etudie si le systeme des elaguages et des coupes sombres n'est pas propre a favoriser la multiplication des insectes nuisibles, et il appelle sur ce point 1'attention des forestiers. M. Gh. Bonaparte remarque qu'en France la zoologie appliqu^e est maintenant en complete decadence , apres avoir fleuri sous Guvier, qui, avec Linne et Aristote, en ont marque les grandes epoques. La cause en est que la zoolo- gie n'offre aucune esperance d'avenir a ceux qui la culti- vent, et est meme repoussee par TAcad6mie des sciences. II voudrait qu'a Paris les nouvelles especes d6couvertes en France fussent repr6sentees au Museum d'histoire natu- relle. 11 cite comme manquants Texemple de la perdrix rochassiere du Dauphine , et parmi les poissons, son Leu- ciscus cenisophius de la Seine elle-meme. Les rapports de rAcademie des sciences contiennent les erreurs les plus impardonnables. On a voulu faire une science a part de Tovologie, cette branche importante de la physiologic, tout en negligeant, pour la classification des vertebres a sang froid , les caracteres qu'elle nous offre. II faudrait done que les zoologistes , pour Thonneur de leur pays, aient Tesperance d'une retraite, sans risquer de voir com- promettre leurs cheveux blancs en professant au dela des limited de leurs facultes, tandis que d'autres begayent en rnauvais francais des banalites deplorables. Pour la redac- tion des faunes departementales , on doit etre en garde contre deux ecueils, celui d'admettre comme especes con- 256 1NSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. nues celles qui ne le serai ent pas; Tautre de faire des especes nouvelles de celles qui sont dej& connues. II termine en appuyant les propositions de M. Gue>in- Menneville , et en recommandant son beau plan d'ou- vrage. 11 e"met done trois propositions : Le congres recommande aux societe*s savantes de ras- sembler les elements d'une faune franchise ; De reunir au Museum d'histoire naturelle, d'une ma* mere plus complete , toutes les productions zoologiques de France ; D'encourager les etudes zoologiques dans les de"parte- ments. Les propositions de M. Guerin-Menneville sont adoptees. II depose sur le bureau quelques-unes de ses brochures sur la sericulture. Interpelle par M. Desvoidy , M. Gue*rin repond que les vers provenant d'ceufs chinois ont pe>i a Paris , se sont developpe"s dans le Midi, et forment une racenouvelle plus rustique , plus sobre et donnant un tres-beau cocon. II y aurait , ajoute-t -il, des papillons tres-utiles ^ introduiro en France comme succedanes du vers a soie. M. Buteux fait, au nom de la commission , les proposi- tions suivantes : Commission des sciences naturelles. Dans un assez grand nombre de d6partements , il n'existe aucun mus6e d'histoire naturelle, et il est rare de rencontrer dans ceux que possedent les autres dpar- tements , une collection complete de roches et de min6- raux des terrains qui les constituent. Pour les connaitre. CONGRfeS DBS ACADEMIES. 257 il faut venir & Paris , a TEcole des mines, ou des armoires vitr6es, pour chaque d6partement, renferment des 6chan- tillons qui en proviennent. La commission a pense que pour faire cessercet 6tat de choses, il y avait lieu de la part du Gongres, 1 A engager les villes chefs-lieu de departements, qui mariquent de musee , a en etablir , et les autres & completer leurs collections; 2 A signaler surtout le moment actuel comme favo- rable, attendu que le museum d'histoire naturelle de Paris possede en double une grande quantite de roches et de mineraux que le gouvernement a 1 'intention de distribuer aux musees des departements qui en deman* deront ; 3 D'engager le gouvernement de perseverer dans cette resolution , prise il y a plusieurs annees, dans la vue de faciliter aux departements les moyens destruction , et de lui exprimer en meme temps le desir de la voir tres-prochainement mise a execution. La commission estimant en outre qu'il est important pour les populations de connaitre surtout les productions de leur sol propose au Gongres, d'inviter les commissions administratives des musees, a distribuer les collections en deux parties, Tune qui offrirait tout ce qui se trouve dans le departement , Tautre les objets qui lui sont etrangers, et que la ville pourrait se procurer. Les vegetaux renfer- m6s dans les herbiersne pouvant 6tre offer ts a la vue, un tableau pr6senteraitlalistede tous les veg^taux du d6par^ tement. De cette mani^re, en un instant, on aurait une id6e exacte des mineraux , des vegetaux , et des animaux du pays, avantage qu'apprecieraient les savants Gran- gers qui visiteraient le musee. 258 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. La commission fait observer que les propositions qu'elle vient de formuler sont toutefois conformes aux ide"es que M. Riviere a de" velopp6 , dans une brochure sur les muse'es , publiee en 1849. Etablir des communications et des ^changes plus utiles entre les collections appartenant a Fjfctat et les mu- shes departementaux. M. Riviere dit qu'a T6cole des mines la collection des roches de la France n'existe pas , et que le museum pos- sede tres-peu de doubles de la France , il pense qu'il n'y a pas mille 6chantillons. M. Mahul cite la ville de Gap comme un exemple de col- lection locale a suivre par les autres d6partements, a Tap- pui de la seconde proposition. M. Gh. Martins signale le musee geologique et bota- nique de M. Lecoq a Glermont comme un modele de muse"e regional. M. Gh. Bonaparte voudrait qu'undes inspecteurs du gou- vernement visitat les musees de province ou sont des objets qui manquent a Paris. II cite comme tres-riches les musees de Strasbourg et celui de Marseille, comme conte- nant des objets curieux. M. Calemard- Lafayette se plaint de Tin6galite des exchanges qui ont lieu entre Paris et la province. M. de Caurnont communique la lettre suivante, ecrite au nom du president de la R6publique, par le general Ro- guet. Voici cette lettre : Monsieur le president , Les nombreuses occupations du president de la R6pu- blique ne lui ayant pas permis de se rendre a la seance du Gongres des Soci^t^s savantes des d6partements, il me CONGRfcS DBS ACADEMIES* 259 charge d'avoir Thonneur de vous exprimer tous ses re- grets, et de vous informer qu'il recevra messieurs lesmem- bres du bureau du Congres, demain jeudi, 27 fevrier, & 10 heures du matin. Agreez, monsieur le president , 1'assuranee de ma con- sidSration la plus distinguSe. Le general , aide-de-camp du president. ROGUET. M. de Gaumont ajoute que les bureaux du Congr&s se sont rendus a 1'heure indiqu6e au palais de FElysee ; que M. le president de la R6publique a recu la d6putation avec la plus grande amabilite , et Pa assuree de Tinteret qu'il porte aux travaux du Congres des delegu6s des so- ci6tes savantes des d^partements , et a ceux de Tlnstitut des provinces , dont il a bien voulu etre membre. M. Coulvier-Gravier expose les resultats qu'il a obtenus dans Tetude des 6toiles filantes. Messieurs, Depuis les temps les plus recules, 1'attention de tous les pliilosophes et des astronomes les plus illustres s'est arrete avec interet sur rapparition de ce mysterieux phe- nomene connu sous le nom ftetoiles filantes. Aussi, les Ghinois , les Indiens , les Egyptiens , les Chaldeens , les Remains et les Arabes , tout le monde s'est emu de Tap- padtion de cej incomprehensibles meteores. Tons, sans exception , ont voulu , ont desir6 connaitre les lois qui les regissaient. De 1^ sont n&s les diff6rents systemes, les hypotheses 260 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. les plus diverses pour les expliquer et les rattacher a telle ou telle partie du systerne du monde. On peut distribuer Thistoire des e"toiles filantes en quatre pe*riodes, comme suit : La. premiere pe'riode est remplie des remits faits a ton- tes les epoques, de Papparition des pierres qui tombent du ciel et des hypotheses a Taide desquelles on cherchait a se rendre compte de leur origine. La deuxieme pe'riode commence a la publication d'un ouvrage de Chladni, en avril 179A. Ghladni, qui avoue O'avoirjamais vu un bolide, qui n'avait que des observations faites en courant , ne pouvait donner d'exactitude rigou- reuse a son explication. Pendant cette seconde p6riode, les physiciens s'etaient appliques, jusqu'en 1833, a determiner principalement la hauteur, la vitesse des etoiles filantes, et surtout leur composition toute particuliere. Malgre" tous les efforts des eleves de Chladni , et parmi eux les plus remarquables 9 Brandes et Benzemberg, aucun r6sultat saillant n'a et6 obtenu. La Iroisieme pe'riode , dite des astronomes , date de Tapparition extraordinaire d'etoiles filantes dans la nuit du 12 au 13 novembre 1833, aux fetats-Unis d'Amerique. Mais , comme on a recherche les retours anterieurs pour la meme epoque , la pe'riode en question a e" te retrospec- tive. Dans cette pe'riode, les astronomes se sont occupe"s des retours annuels et de leur point de convergence et de di- vergence sur la sphere celeste. Les astronomes, comme les physiciens de la seconde periode, ont e~te impuissants pour trouver les ve>itables lois du ph6nomene. Dans cette 6tude, il fallait commencer, CONGRfcS DES ACADEMIES. 261 cornme pour I'astronomie , par le pSnible travail de detail reclame de tout le monde, et que personne n'a voulu ex6- cuter. La quatrieme pcriode date de 1841. Nos observations et discussions ont un caractere tout a fait particulier, comme onl'adeja vu, et comme on le verra encore mieux par la suite. Notre arrivee a Paris coincide justement avec Vepoque ou la marche capricieuse des meleores filants avait trompe toutes les previsions et tous les calculs des astronomes. Pousse" par une vocation naturelle, 1'annee 1811, celebre par rapparitiond'unecomete remarquable, vitcommencer mes observations sur les etoiles filantes. Mes etudes, ensuite mes occupations agricoles et eommerciales, ne se pretaient nullement a ce que j'entre- prisse un journal de mes observations. D'ailleurs, ces ob- servations, jusqu'en 18/il, n'auraient pu servir pour eta- blir les lois du phenomene , car j'observai seul. Ce n'est qu'alors qu'un de mes employes, que je formai a 1'etude des etoiles filantes , vint m'aider , et que nous eumes constamment depuis toute Tetendue du firmament sous les yeux. Au commencement de 1845, M. Saigey devint mon collaborateur. Nos recherches nous permirent, apr^s le maximum d'aout de cette meme annee, de faire connaitre u FAcademie des sciences des resultats qui attirerent son attention et me valurent un rapport au nom d'une com- mission, composee de MM. Arago , Pouillet Babinet. Les conclusions du rapport, qui m'etaient des plus favorables, furent adoptees par TAcademie. L'Academie avait desire que je representasse graphi- buement autant, qu'il me serait possible, les resultats 262 INSflTUT DES PROVlft'CES DE FRAXCE. moyens de mes observations. Entrant dans le voau do TA- cademie, je continual a lui faire de nouvelles communica- tions qui m'attirerent de plus en plus ses sympathies. Elle appuya en masse une demande adressee au ministre pour le prier de m'accorder une allocation suffisante , afin de m'indemniser des sacrifices que je faisais a la science. En reponse a une lettre de M. de Salvandy qui deman- dait au bureau des longitudes son opinion sur la valeur de mes travaux, M. Arago repondit, en son nom, quMl 6tait n6cessaire de continuer mes recherches, puisque de leur discussion meihodique devait en ressortir les resul- tats les plus importants et les plus iriattendus. M. de Salvandy m'autorisa, sur la demande du bureau des lon- gitudes , a choisir parmi les batiments de TEtat le local que je trouverais le plus convenable a mes observations, Fobservatoire, par ses nouvelles constructions, tant de- venu (ajoutaitle bureau des longitudes) tout a fait im- propre a mon genre de recherches. M. de Mackau, ensuite MM. de Montebello, Cunin- Gridaine et de Salvandy, s'etaient entendus entre eux pour me donner une allocation suffisante afin de pou- voir etendre et continuer mes recherches. La revolu- tion de f6vrier rendit inutiles les bonnes dispositions qui avaient et6 prises a mon gard. Seulement, j'eus le bonheur de rencontrer M. Bethmont , qui , dans son desir de prot6ger les sciences, me fit obtenir au palais.dn Luxembourg le local que j'avais choisi comme le plus fa- vorable a la continuation de mes recherches. Au lieu des descriptions fantastiques d'toiles fi I antes et des bolides ou globes filants , comme nous les .avons nomm6s, nous avons restitue a tous ces m6teores leur ve- ritable caractere et leur cachet particulier. ]\ous avons re* CONGRES DES ACADEMIES. 263 connu par les faits qui se sont pre*sentes dans la discus- sion de nos observations, que grace a nos dispendieuses, fatigantes et patientes recherches , nous avions cree" une nouvelle science qui, si elle tient d'une part arastronomie, se rattache aussi a d'autres branches de nos connaissances, comme on le verra par la suite. Les lois que nous avons deja fait connaitre sont : 1 Le nombre horaire moyen d'etoiles filantes par chaque heure de la nuit, et meme pendant le jour, a et % obtenu d'une maniere reguliere. 2 Nous avons fait connaitre que du mois de Janvier a la fin de juin, le nombre horaire moyen des 6toiles fi- lantes, excepte dans deux petits maximum en fevrier et fin avril , 6tait tres-faible comparativement au nombre horaire moyen de la fin de juin a la fin de dcembre. 3 Nous avons d6montre qu'aucun maximum n'avait lieu subitement , et que le nombre croissait progress! ve- ment et de*croissait de meme ; que le maximum d'aout, par exemple, mettait un mois a croitre et un mois a decroitre, qu'il en etait de meme des autres maximum ; enfin , que si, par hasard , il arrivait en dehors de la regularite bien connue du phe'nomene des accidents , comme en 1799 , comme en 1833, suivant le dire des Americains, toujours ces accidents seraient vus a Tavance par un accroissement inusite" d'6toiles filantes. If Les 6toiles filantes, placees sur des planispheres representant les seize directions azimuthales , ont demon- tre la maniere exacte de leur apparition dans le ciel et de*truit bien des prejuge's ou des erreurs , notamment le point radiant invente par Olmsted. 5 Les centres de chaque groupe d'etoiles filantes tant calculus et portes sur une courbe polaire formant $64 1NSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. une ellipse dont le grand axe passe par le zenith dans la direction N. N. E. S. S. O., la distance au sommet N. N. E. est de 43, et la distance au sommet S. S. O. 26. En d'au- tres termes , cela prouve que, par une force jusqu'a pr6- sent inconnue , toutes les 6toiles filantes de chaque direc- tion sont attir6es vers le N. N. E., sommet de r ellipse, comme s'il existait la un p61e attractif. > II importe pour la science de savoir si le sommet de cette ellipse descend vers le sud ou remonte vers le nord. Nous pouvons cependant deja dire que le sommet de 1'el- lipse n'est pas stationnaire. 6 Si sur une courbe polaire vous placez les nombres d'6toiles filantes par chaque direction pour uneann6e, vous trouverez que la resultante de toutes les directions n'est jainais semblable , c'est-a-dire qu'elle varie chaque annexe et quelquefois de plus de 100 degres. Ges change- ments n'alterent en rien la re~gularite du phe"nomene sous le rapport du nombre horaire moyen d'etoiles filantes. De combien d'autres lois n'aurai-je pas encore a vous entretenir ; mais elles ne sont pas encore publiees, jusque- la je dois me taire. Qu'il soit bien entendu, une fois pour toutes, que toutes les lois que nous enoncerons seront tel- lement appuyees par un si grand nombre de faits qu'elles ne pourront plus subir que des variations insensibles. Elles deviendront, en un mot, le Code immuable des etoiles filantes. Notre serie d'observations n'aura point d'egale , puis- que, se pour^uivant sans interruption , elle aura sur toute autre qui viendrait a commencer un nombre d'annees as- cz considerable. Nous seuls, messieurs, savons, par la longue expe- rience du phenomene, oti nous serons conduits. Les lois CONGRfcS DBS ACADEMIES. 265 que nous avons obtenuessont une suregarantie pour celles que nous aurons & 6noncer successivement , aussit6t que Tetude de chacune d'elles en aura ete achev6e. M. Leverrier disait, dans son rapport au ministre de Tinstruction publique , que si les 6tudes que nous avons faites n'avaient pas et entreprises , il faudrait se mettre & Tceuvre. Ges Etudes, faites & mes frais, n'ont done rien coute a Ffitat. Celui-ci est maintenant certain qu'en nous donnant les moyens d'execution qui nous sont indispensables , ils ne seront pas employes en tatonne- ments , puisque la route ou nous marchons nous est bien connue et que nous seuls savons oil nous devons aboutir. Le Gongres recommande & Tattention du gouvernement les travaux de M. Goulvier-Gravier. M. de Moncel lit une notice sur Tarenometrie et fait connaitre un nouvel appareil de son invention : La question des courants atmospheriques , dit M. du Moncel, est une des questions les plus importantes et pour- tant des moins etudiees de la meteorologie ; c'est a peine si on est parvenu a expliquer d'une maniere completement incontestable les vents r6guliers,tels que les alizes, les mous- sons, les brises de terre et de mer et les vents 6theriens de la Mediterran6e. Mais quant aux vents irreguliers qui regnent plus ou moins longtemps et d'une maniere perma- nente dans nos climats , on n'en est encore qu'^, des con- jectures mal d^finies qui ne peuvent etre d'aucun secours pour Tapplication. Doit-on attribuer ce peu de connaissances qu'on a ac- quises sur un phenomene qui nous touche de si pres a la difficult^ des observations ou aux reactions trop multiplie'es des di verses causes perturbatrices de Tequilibre de Tat- mosphere? II est probable que ces deux motifs ont agi de 12 2(JG INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCF. concert pour de"courager les me"teorologistes les plus in- trnt Tinconv^nient , employes seuls d'abord , d'etre assez compliqu^s pour le recensement des observations, et, en CONGRfeS DBS ACADEMIES. 269 second lieu , de ne pas simplifier les calculs de moyenne qui , en definitive, sont les seuls importants en m6t6orolo gie. D'ailleurs il arrive souvent , quand les vents varient beaucoup dans la journee, que ces indications se con- fondent dans le meme trait en formant une s6rie de lignes tellement rapprochees les unes des autres , qu'il est diffi- cile de savoir ou Tune finit et ou Tautre commence. Les deux appareils que j'ai imagines et qu'on pourrait, si on le voulait, reunir en un seul, satisforit a toutes les exigences que reclament ces sortes d'observations. L'un , fonde sur le principe des instruments precedents, pent non-seulement faire connaitre la . persistance de tous les vents possibles, le sens de leur succession et Theure a la- quelle chacun a commence et fini , mais encore les moindres variations survenues dans leur fond ou leur vi- tesse. L'autre appareil , beaucoup plus important , comme nous Favons dit , pour les etudes meteorologiques , rap- porte a une s6rie de huit vents seulement les indications relatives a tous les vents possibles. Get instrument , qui r6unit en outre un pluviometre, et que j'ai appele indica- teur 6olien, peut tre calcule pour un intervalle de douze heures entre les observations comme pour un in- tervalle de vingt-quatre, et Ton peut noter a chaque obser- vation : 1 Les differentes directions des vents ; 2 Le nombre de fois qu'ils out souffl6 dans la mme direction; 3 Le sens dans lequel ils se sont succde ; li La totality du temps que chacun a souffle ; 5 Leur Vitesse moyenne r6ciproque ; 270 1NST1TUT DES PROVINCES DE FRANCE. 6 La quantity d'eau tombeesous Tinfluence de chacua d'eux ; 7 La dure totale de la pluie. Get appareil se compose ti'une cage octogone en char- pente de 60 centimetres de diametre sur un metre de hauteur (1) au centre de laquelle s'61eve une girouette & axe mobile; interieurement elle est divisee, pour ainsi dire, en trois Stages correspondant aux di verses indica- tions que cet instrument doit fournir; ainsi, la partie basse est destined & la constatation de la frequence des vents et du sens de leur succession ; la partie mitoyenne est occup6e par le pluviometre et Pappareil qui donne la mesure de la persistance de chaque vent ; enfin , la partie sup6rieure est consacr6e & Tan^mometre proprement dit , au moyen duquel on connait la force moyenne de ceux des huit principaux vents qui ont souffle, par rap- port ci leur duree. La premiere partie se compose de huit systemes indi- cateurs qui correspondent chacun a un des huit vents principaux , dont la frequence , c'est-a-dire le nombre de fois qu'ils ont souffle d'un meme cdte , est estimee au moyen de deux roues d'6chappement horizontales qui avancent d'un cran & chaque passage du vent. Gomme Hmpulsion est donnee a ces deux roues par le meme bras de levier que vient de frapper, soit d'un c6te, soit de Tau- tre, une languette attenant & 1'axe de la girouette, on peut , en consultant Tune et 1'autre de ces deux roues , connaitre la frequence d'un vent, soit dans un sens, soit dans Fautre. (0 Cette dimension correspond a un intervalle d'observation de douze iieures. COlS 7 GRfeS DES ACADEMIES. 271 Si Ton mesure le temps qu'un liquide met a s'ecouler goutte par goutte d'un reservoir a mince paroi et a niveau constant , de maniere a remplir successivement une capa- cite a parois verticales , on pourra , par rciproque , esti- mer le temps d'ecoulement de ce liquide a un ou plu- sieurs intervalles donnes par les differences des hauteurs que Ton observe. Or supposons que , par le moyen d'un entonnoir soude a 1'axe de la girouette, et par consequent mobile avec elle , 1'eau d'un semblable reservoir se trouve d6versee en plus ou moins grande quantite dans huit vases de capacite egale , disposes autour de cet axe , on pourra apprecier la persistance de chaque vent par la hauteur de feau dans celle de ces cases qui lui correspond. Gette partie de 1'appareil est done , en quelque sorte , une es- pece de clepsydre. Le pluviometre est fonde sur le meme systeme de dis- tribution de 1'eau ; seulement 1'eau , au lieu de provenir d'un reservoir, vient d'une bassine expose a la pluie, sur la sommite de Tappareil. En mesurant la quantite d'eau que Ton trouve dans chaque case et divisant le volume par la surface d'ouverture de la bassine , on peut con- naitre la hauteur a laquelle Teau s'est elev^e sur le sol sous Tinfluence de chaque vent. Enfin, la troisieme partie de 1'appareil n'est autre chose que ranemometre de Woltmann applique aux huit vents principaux, de maniere a fournir une serie continue d'observations. La force du vent se trouve alors traduite par la vitesse plus ou moins grande d'un petit moulinet, dont le mouvement se trouve considerablement retarde par un sy