V".df. f .•'.û' T^t ■ Mf ->/î-N'*^y.-ifci.i.'^.--,i -, — t^ • /rang. ^iT" Uhu { ANNALES ETJKOPÉIÎNNES. ri ri § o o ANNALES » « » EUROPÉENNES , PUBLIÉES SOUS LA DIRECTION DE M. RAUCH, # > # l.NCIE:t OFFICIER DU GENIB , MEMBRE DES SOCIETES GEOGRAFHIQCB , PHILAWTROPIQUE, ETC., ETC. ■ ^ 9 !!■ TOME SIXIEME. 21*. LIVRAISON ET 9*. DE LA DEUXIEME ANNEE. A PARIS, M. RAUCH, Ingénienr en retraite, Directeur des Annales, CHEZ I Place Royale, N° 20, C. J. TROUTÉ, Imp.-Lib., rue des Filles-S.-Thomas.N» 12. l824. l« /\ i^ ANNALES EUROPEENNES, PUBLIEES SOUS LA DIRECTION DE M. RAUGH, ANCIEN OFFICIER DU GENIE, ETC. V" XXI«. LIVRAISON. PAJ^UtL Nota. Nous donnons ici la continuation du pré- cieux Mémoire de M. le chevalier Masclel , sur les produits des diverses espèces de bois ; comme les documens qu'on y trouve reposent sur des résultats positifs , nous aurons , en les appliquant à tout ce que l'on propose d'exécuter sous les mêmes rapports en France, à présenter un tableau et une valeur de pro- ductions , dignes d'attirer la plus puissante attention. Sur la plantation , la culture et V exploitation des arbres de haute futaie et autres. Ile. ARTICLE. On n'est pas moins dispensé de prouver Tuii- lilé directe et positive des plantations , que celle des sources d'eaux vives et des eaux pluviales, du feu ëlëmentaire et de la chaleur des ravons 6 ANINALES solaires : car si la conrbinaison de l'humidité et de la chaleur produit la végétation, c'est aux grandes plantations que la végétation , surtout celle qui assure aux hommes leur subsislance, doit l'abri qui la protège , et l'humidité qui con- tribue à la nourrir. Elles font plus qu'embellir un pays; il leur doit souvent la seule espèce de richesse que puisse produire la plus grande partie de son territoire. On compte en Ecosse, par exemple , quatorze millions d'acres sur ses dix-neuf millions (i), qui ne peuvent être cul- tivés avec profit, et dont un quart au moins, malgré sa latitude élevée, pourroit être enrichi de plantations de haute futaie. Une beaucoup plus forte proportion de ces montagnes étoit autrefois couverte de forets : elles ont été suc- cessivement détruites par les ouragans , le dé- faut de clôture et d'entretien , mais surtout par la hache des Romains , des Danois , des Anglais, par celle de la féodalité*, enfin , par les impru- dens défrichemens des Ecossais eux-mêmes. Ce n'est guère que depuis l'époque de l'union qu'on a commencé à réparer ces ravages , et à rendre (i) Dix-huit millions neuf cent quarante-quatre mille. Voir le Rapport du Comité du bureau d'Agriculture , sur les terrains incultes de la Grande-Bretagne. EUROPÉENNES. 7 à ce pays si étroitement prolongé et resserré entre la mer d'Allemagne et l'Ailaniique , les abris qui pouvoient seuls féconder les opérations de la charrue. J*ai cité un exemple frappant des efforts qu'on a faits depuis cinquante à soixante ans, pour repeupler ces montagnes d'Ecosse; et, afin d'exciter d'autant plus l'émulation de nos propriétaires, je citerai encore les plantations des lords Moray et Findlater, l'une de seize mil- lions, l'autre de trente-deux millions d'arbres; les comte de Fife et duc d' Athol qui ont planté , le premier, huit mille cinq cents acres, le se- cond , dix mille acres; les ducs d'Ar^vle et de Gordon ; les lords Mansfîeld et Brcdalhiue, les- quels ont, en outre, naturalisé un grandnomhre d'arbres exotiques. Je pourrois y joindre les noms des comte d'Aberdeen et duc de Mont- rose, deux des plus grands planteurs des trois royaumes; ce dernier ayant formé,sur deux raille cinq cents acres, une plantation en grande par- tie chênes et autres bois durs, de dix millions dans cent quatre-vingt-onze mille pieds d'arbres. On évalue à neuf cent treize mille six cent quatre-vingt-quinze acres anglais les plantations, moitié naturelles, moitié artificielles, existans jusqu'à ce jour en Ecosse , sans compter les groupes d'arbres existans autour des maisons, etc. 8 A^NNALES Les ))ropridtaires anj^lais n'ont pas montre moins d'ardenr que ceux de l'Ecosse, comme le prouvent les immenses plantations de M. An- son sur les montagnes arides du Staffordshire, celles de M. Johnes dans le Gardiganshire, de M. Cuzwen , de feu l'eveque de Landaff, du marquis de Batli , etc. On peut juger, par l'état officiel ci-après , de la riche succession qa'auront à recueillir un jour leurs descendans , s'ils met- tent cji valeur toute l'étendue de terrain qu'on peut ou planter ou convertir en pâture , avec j^rofit , dans les deux royaumes. « Sur les soixante-sept millions d'acres de terre que contient la Grande-Bretagne , les mai- sons , les routes , les lacs et rivières , etc. , en occupent sept millions ; des soixante restans , cinq millions seulement sont cultivés , vingt- cinq employés en pâturages : ce qui en laisse trente millions en friches, ou plus ou moins mal cultivés^ qu'on a déjà commencé et qu'on peut continuer d'employer plus utilement en planta- tions ou en pâtures , au moins en grande partie. » On a remarqué avec raison qu'il n'y avoit pas de possibilité de trouver d'autres moyens de tra- vail et de subsistance pour une population tou- jours croissante, et qu'on ne pouvoit nourrir par la culture de terrains d'une fertilité décrois- EUnOPÉElVNES. 9 santé, sans augnienler, en raison inverse, le prix des subsistances , et sans ruiner les manu- factures j en compromettant la tranquillité pu- blique. En supposant même , dit un économiste écos- sais, que, sur ces trente millions d'acres, on ne parvienne à en enclore et planter que deux millions; que, suivant la nature des terrains et des expositions, on les plante en chênes, mé- lèzes et autres bois de construction devenus si rares et si chers , on verra qu'après le laps d'un siècle , la valeur de ces bois parvenus à leur maturité, représentera l'intérêt de notre dette nationale (i) ; et , quand , en calculant au plus bas^ le défrichement et la jjlantation n'u joute- raient qu'une valeur moyenne de 5 shillings par acre, on y gagneroit toujours un revenu annuel de 7 à 8 millions sterling (2) , et l'avantage d'as- surer du travail et du pain à des milliers d'ou- vriers qui sont aujourd'hui à la charge des propriétaires du sol et des agriculteurs. Il résulte d'un autre calcul que la plus grande partie des terres vaines et vagues, desséchée, enclose et plantée, produiroit, au bout de vingt (1) I milliard de revenu. (2) 200 millions par an. lO ANNALES OU viiii^t-cinq ans , pour une valeur de loo liv. sierlini^ par acre (i), en bois de charpenie et de chauffage ; ce qui répond à l'évalualion faite par le respectable évéque de Landaff-Watson, pour un acre plante en mélèzes. Il n'y a terre si pauvre , si stérile , si pi_er- reuse , si improductive, qu*on ne puisse amé- liorer, quand on sait comment la traiter d'après la nature du sol et ses expositions, et quand on consulte l'un et l'autre, tant pour le choix du plant (qui doit, autant que possible, provenir de graine) , que pour le mode de plantation. La nature jious offre avec profusion plant et se- mences, arbres et arbustes ; elle nous indique elle-même ceux qui conviennent le mieux à tel sol ou à tel autre; elle opère sous nos yeux , et nous offre chaque jour des modèles k suivre : il ne faut qu'ouvrir les yeux, et se tenir dans la ligne qu'elle a tracée , sans perdre de vue le but qui la termin<'. Pour apprécier l'importance des plantations, il suffit de faire remarquer l'emploi de leur pro- duit dans les constructions navales et celles de la marine marchande, dans les construction sciviles et leur entretien , dans les manufactures et l'a- (i) 2,5oo francs par acre. EUROPÉENiSES. Il griculture , dans les consommalions domesti- ques^ en Lois de chauffage , ameublemens , etc. Cette énuméralion n'a pas besoin de dévelop- pement : je me contenterai de citer, au sujet du chauffage, une observation frappante et vraie, de sir John Sinclair, dans son rapport ge'ne'ral sur l'Ecosse. « Un ample approvisionnement de combus- tible peut être considère' comme la base , le moyen et la mesure des progrés que peut faire une nation dans les manufactures et dans les arts : partout oii il abonde, le bien-être de l'ouvrier est assure et la manufacture florissante. Nulle occupation sédentaire, sur une grande échelle , n'est praticable que dans un local bien chauffé; et, dans une multitude de procédés des arts inécani(|ues et autres, l'emploi ou l'appli- cation du feu est indispensable. Si nous avons laissé si loin derrière nous nos rivaux du con- tinent , c'est à l'abondance de notre combus- tible minéral et végétal que nous devons prin- cipalement attribuer notre supériorité (i). » Nous avons fait remarquer ci-dessus combien (i) Ces justes observations de sir John Sinclair, que nous avons faites dans ces Annales , sont dignes de faire impres- sion en France. 12 ANNALES \e gouvernement lai-même esi intéressé à en- courager les plantations^ pour assurer ceux des services puMics qui se rallaclient à la défense de TElat : nous allons prouver que les particu- liers ne le sont pas moins à donner tous leurs soins il celte branche si importante de l'écono- mie rurale , principal fondement de l'agricul- ture , de l'industrie manufacturière , des arts mécaniques, du commerce intérieur et exté- rieur, pour ne pas dire de V établissement social lui-même. On ne peut trop s'étonner que l'intérêt particulier n'ait pas reconnu plus tôt combien il avoit à gagner à travailler pour l'Etat , quand son travail ne profitoit à personne autant qu'à lui-même. Comme le but principal de cet écrit est d'of- frir à nos agriculteurs un objet de comparaison différent , sous divers rapports , de ce qu'ils ont habituellement sous les yeux -, et comme ces différences mêmes peuvent être mises à profit , je m'attacherai surtout à signaler le bénéfice qu'on obtient des plantations , dans un pays où elles promettent si pou, dans un pays où le sol , le climat et la position géographique offrent tant d'obstacles à vaincre : contraste bien encoura- geant pour nos planteurs , même (îcux des landes et des montagnes les plus aridps , qui , favorisés EUROPÉEISNES. l5 par un climat plus heureux , n'ont pas à dé- fendre leui's jeunes plantations contre le souffle glace du pôle , contre le vent d'Est bien plus destructeur encore^ contre les ouragans et les brumes de deux mers orageuses conjurées contre elles. On ne doit pas confondre une plantation pro- prement dite, avec ce qu'on appelle un bois ou une foret : ces derniers, qui sont quelquefois ensemencés en partie par la main de l'homme, ne sont pas d'ordinaire régulièrement plantés, et consistent^ principalement en ce pays, en une portion de haute futaio , comme chêne , frêne et sapin , avec un taillis composé de bouleau ^ coudrier, houx, épine et saule. Lorsqu'il excède plusieurs milles carrés , le bois est classé parmi les forets. L'époque de la coupe réglée diffère pour les bois naturels et leurs taillis , et varie depuis dix Jusqu'à trente et même quarante ans , suivant la nature du sol, la croissance du bois, l'emploi auquel on le destine : le bénéfice varie en con- séquence. La révolution la plus ordinaire en Ecosse, et sans doute la plus avantageuse , est celle de quinze à vingt-cinq ans. Il résulte de la balance des ventes faites dans toute la Grande-Bretagne, l4 ANNALES c£ue le prix moyen d'un acre de bon bois na- turel est de valeur annuelle de 25 à 3o shil- lings. Il est beaucoup plus élevé sur les bords de la Clyde , à cause de la facilité du transport et du débouché de Glasgow : il se vend de 2.5 à 4o hv. sterling par acre , et de l\0 à 5o liv. sterling dans les montagnes d'Ecosse, où il existe de hauts lijurneaux. Dans les parties les plus pauvres et les plus stériles , on a obtenu par le reboisement 25 et 3o shillings de tels ter- rains dont on ne tiroit pas six pence (6o cen- times) par acre. Dans l'Ouest de l'Angleterre^ un acre de bois taillis de trente ans rapporte, l'un dans lautre 6o livres sterling net, et jusqu'à loo livres lorsqu'il est débité annuellement. Les bois de hêtres de lord Ducie , dans le Gloceslershire, qui s'entretiennent d'eux-mêmes par les graines des étalons , et parviennent à leur maturité tous les soixante-dix ans , se vendent de 8o à loo liv. par acre. Les taillis du comté d'Essex rappor- tent , année commune , au-delà de 5 livres par acre ; ceux du comté d'Héréford , de 12 à 22 liv. sterling à l'âge de treize ans ; ceux de West- Morland , de 10 à i5 livres sterling à seize ans : s'ils sont entièrement en chênes , ils se vendent 2 1 livres sterling , dont 6 livres pour le charbon EUROPÉENNES. l5 qu'on en lire, et i5 pour l'ëcorce j les brins des cépe'es sont toujours coupés de manière qu'ils n'excèdent pas la superdcie de la terre. On voit dans la précieuse Collection agronome deBath (vol. X), combien il importe desavoir choisir son plant. En diverses parties des comtés de Glocester et de W iths, le tcrrein est froid, spongieux, marécageux, souvent escarpé : on n'avoit jamais pu en tirer lO shillings par acre : on l'a couvert d'un taillis de saules et de frênes; on en a tiré annuellement jusqu'à 8 livre» ster- ling par acre. Un seul acre de terre planté en saules d'Huntingdon, coupés à 1 âge de dix ans , a produit jusqu'à 3oo livres sterling. Un habile agriculteur du comté de Kent fait 94 livres par acre de ses plantations au bout de dix ans : en 1806, il a tiré de son taillis seul i5o livres par acre , tous frais faits. Ce même agriculteur, M. Day , cite un résultat bien plus frappant encore : cent acres de terres vaines et vagues , plantées en frênes , ont rapporté , au bout de vingt-quatre ans , un profit de 6,828 livres ster- ling ( 170,700 francs. ) Le bénéfice qu'a obtenu un propriétaire d'E- dimbourg , d'une plantation d'osiers^ est bien propre à encourager ceux qui possèdent un ter- rain analogue et un débouché favorable. Un iG ANNALES peu avant 1801, il a planté en osiers, de douze à treize acres anglais , snr un mauvais fonds de terre glaise; en novembre 1802, son osier, qui n'avoit guère qu'un an, a e'të vendu 220 livres sterling. Il en a obtenu depuis jusqu'à 12 et i4 livres sterling de location annuelle par acre. Dans le reste de l'Ecosse , les pousses d'osier ne sont d'ordinaire bonnes à couper qu'au bout de trois ans, et il n'est pas rare qu'on en tire 24 livres par acre. M. Nicol fait mention ( Plan- ter's Kalendar ) d'une oseraie de quelques acres d'étendue, plante'e en février 1801, sur un ter- rain en pente, a l'exposition du midi, et dans un fonds de glaise liumide et froide , où on avoit précédemment fait une récolte améliorante de pommes de terre. Cette plantation a rapporté depuis, et pendant plusieurs années, 25 à 00 livres sterling par acre. M. Nicol estime qu'une oseraie bien placée, et sur un terrain qui lui est propre, peut rapporter de 3oo à 4oo pour 100 par an, ne produisît -elle an- nuellement que pour une valeur de 1 ou 2 liv. sterling par acre. Je passe au bénéfice que procurent en Ecosse, et dans quelques parties d'Angleterre, les plan- tations de baute futaie. On a vu qu'il y a en Ecosse une immense V EUROPÉENNES. I7 étendue de terreins qu'il est impossible de convenir en terres labourables , ni même en pâtures, puisque deux acres de ces mauvaises terres ne pourroient nourrir une brebis pendant six mois de l'année : cependant l'expérience a prouvé qu'on pouvoit lirer un bon parti de ces terreins^ même en obtenir de suite un fermage de 3o shillings, en y plantant des mélèzes et autres bois de haute futaie. La première e'preuve en a été faiie^ avec plein succès , par l'évéque de Landaff-Walson : il a couvert de quarante-huit mille pieds de mélèzes la supeificie , jusqu'alors stérile, de la haute montagne de Wansfell , près d'Ambleside. Le terrein cju abrite cette haute futaie est loué comme pâture pour les bétes à laine, et cette location seule, qui ne nuit en rien à la plantation, rapi)orie j)lus que ne valoil le terrein avant qu'elle ne lût effec- tuée. Plusieurs milliers de ces mélèzes, mesurés à six pieds de terre, avoient^ d y a douze ans, de quatorze à dix-huit pouces de circonférence. Le mélèze étoit l'arbre favori de ce respec- table prélat. En j8o4 et i8o5, il en a planté trois cent vingt-deux mille cinq cents sur les . revers des deux montagnes élevées et contiguès de Birkelet Gomershon , dans le comté de Lan- castre. Le terrein ne valoit pas plus de 3 francs 2. 2 l8 AiNIVALES ]'acre; les trois ccnl soixaiile-dix-neuf ont coûté à })laiiter 4^3 livres, à raison de 3o shillings par mille. Le docleur Walson a établi sa ba- lance en perte et gain, pour un espace de Go ans, et a déterminé, au bout de ce période^ l'une à 13,798 livres, l'autre, au plus bas, à i5o,ooo liv. , en supposant que le commerce britannique el le prix des sapins n'éprouvent pas de diminution. On sent que , dans des positions et sur des terreins plus favorables , le bénéfice doit être proportionnellement plus élevé. Les meilleures autorités s'accordent à fixer à 3i sbilliiigs le profit annuel d'un acre de mélèzes pour toute la Grande-Bretagne. L'évéque^Vatson a proposé un aménagement depuis long-temps connu sur le continent , et qui l'est moins en Angleterre, où les grandes masses de forets sont très -rares. «Supposons, dit-il , une plantation de cinq cents acres en mélèzes, espacés de six ou buit pieds; qu'au bout de vingt-cinq ans on en coupe une portion de vingt acres, qu'on replante de suite; quand on aura successivement coupé les quatre autres cinquièmes, le premier cinquième coupé et replanté se trouvera être âgé de vingt-cinq ans, et bon à mettre à bas ; les autres cinquièmes EUROPÉENNES. ' I9 pourront aussi être exploites de même chacun à leur tour, en succession perpétuelle : ainsi , cette plantation de cinq cents acres de mau- vaises terres produira ^ après les premiers vingt-cinq ans , un revenu assuré et régulier de i,5oo livres sterling, en n'établissant le prix moyen de l'acre qu'au taux, e'videmment trop bas, de 76 livres. » On objecte à ce plan d'aménagement que la même essence d'arbres ne peut pas être suc- cessivement replantée sur le même terrein. Un des plus habiles forestiers de l'Angle- terre, M. Waistell , rapporte, dans les Tra/i- sactions de la Société des Arts, qu'un espace de vingt-deux mètres carrés, renfermant cinquante frênes et treize chênes^ estimés 20 liv. 10 sh.^ représentait, en 1807, une valeur, par acre, de 335 livres 10 shillings. Ces vingt -deux mètres carrés faisoient partie de deux acres plantés en 1776, dans un fonds ingrat, composé en partie de tene glaise, et en partie d'une terre compacte sur une couche profonde de sable : ce terrein valoit à peine i5 shillings l'acre. Jesquels 1 5 shillings représentoient , au bout de trente -un ans, un capital de 53 livres. La valeur de la futaie excède quatre fois cette somme. 2. 20 ANNALES Un article du IV* vol. de la Collection de Bath établit la valeur de cinquante acres plan- lés en chênes, à 12,100 livres sterling, au bout de cent ans; en qui suppose un revenu annuel de 2 livres 10 shillings par acre. Quand on con- sidère que cette valeur s'accumule graduelle- ment, et n'entraîne ni la dépense, ni le risque ittaché aux récoltes annuelles de céréales , on est obligé de convenir que peu d'articles de culture sont plus protitables que les plantations de haute futaie. Telle étoit l'opinion d'Arikur Young, quand il citoit une plantation produi- sant un revenu annuel de 5 livres sterling par acre, en coupe réglée; une autre, rapportant dès l'âge de quarante ans une somme de 22 livres 11 shillings, ce qui excède de beau- coup la proportion ordinaire. Ces bénéfices, au reste , doivent nécessairement varier dans les divers pays, même sur les divers points de tels pays, suivant l'exposition, la nature du sol, l'état des besoins, et autres circonstances lo- cales. Je citerai enfin , parmi les rapports profi- tables , ceux du sycomore et du pin d'Ecosse. It est à maconnoissance , dit M. Nicol , que deux acres et demi plantés en sycomores , de soixante ans d'âge , ont été vendus à raison de i4 livres EUROPÉENNES. 21 Sterling l'acre , par année, depuis l'époque de la plantation, et à peine auroit-on pu obtenir pour ce même terrein un fermage de 3o shillings par acre. Quant au pin d'Ecosse, il est notoire que les plantations de cette es23èce , dans le comte de Lanark , se vendent 2 5 livres })ar acre à l'âge de vingt-cinq ans; et 80 livres, quajid on les laisse atteindre cinquante ou soixante ans, et quand on a soin de les cclaircir convenablement. Diverses plantations de pins ont été vendues dans le comté de Gallovvay 5oo, 4oo et jus- qu'à 600 livres sterling l'acre, par le proprié- taire qui les a voit plantés depuis moins de cin- quante ans. On compte dans les plantations d'Inverrary environ deux millions de pieds d'arbres : en les estimant au foible taux de 4 shillings, leur va- teur actuelle seroit de 4oo,ooo livres. Le ter- rein qu'occupe celte plantation ne rapportoit pas plus de 5o livres sterling il y a soixante-dix ans. En portant à 105,107 livres sterling la somme des frais avec les intérêts , .il reste une balance de 294j863 liv. deprofitnet aux proprié- taires de ces plantations. Rien de plus intéressant crue le compte rendu au petit-fils de son premier maître par un vieux 32 ANNALES forestier de New-Ab])ey ( Kirkendbrij^hl), dans le midi de l'Ecosse : << Votre «j;rand-pcre a com- mencé en 1762 par une plantation de quatre acres en chênes , ormes, fiénes et sapins. J'ai coupé ces derniers de 1792 à 1800, pour dé- barrasser le bois dur : ils ont produit 60 livres sterling par acre , et vous ont laissé les chênes que vous couperez un jour , si Dieu vous prête vie. Ils valoient en 1800 i liv. par tête (1). " Cinq ans après la première plantation, j'en ai fait une seconde de deux acres en sapins , à quatre cent vingt-cinq arbres par acre : ils me- surent onze pieds chacun; je les vends en ce moment i5 d. (1 fr. 5o cent.) le pied, et j'es- père en tirer 25o livres par acre. » Une tioisième plantation de vingt-six acres de sapins mêlés de quelques chênes et frênes, a été exécutée en 1765. Je vends les sapins, et en ti rerai 1 00 livres par acre. » (( Votre jjère a fait sa premièîC plantation en 1772 : ilenaplanté vingt-huit acres en chênes^ sapins ordinaires et mélèzes. Il y a dix ans que j'ai commencé à cou- per les sapins , qui se vendent 4o livres par acre : les chênes valent y à cette époque de leur (i) 25 francs. EUROPEEÎÎNES. 2â crue, 5o livres par acre ; les hêtres viennent à merveille. M Depuis 1776 jusqu'en 1800, votre père a plante' deux cents acres en chênes, frênes, me'- lèzes et sapins ordinaires. J'ai commence à ex- ploiter les sapins , qui mesurent trois à quatre pieds. La colline plantée [ Il existe dans le comté de Penh une im- mense commune de sept milles sur trois de large. On a proposé de planter vingt mille acres, et on a démontré qu'une plantation appropriée au lerrein et à l'exposition , produiroit, au bout de quatre-vingts ans^ un bénéfice net de plus de deux millions sterling (2). Combien de mil- liers d'arpens incultes recèlent, en France, d'aussi riches trésors en argent et en moyens de travail î Et du bitajit homines servere , atqiie impendere curam ! On a été bien long-temps sans doute à suivre le sage et philantropique conseil de Virgile ; mais on commence enfin à en sentir l'impor- tance. Avant de semer et de planter, cependant (i) 5o mille francs. (2) 5o millions de francs. EUnOPÉElSNES. 25 on doit examiner et déterminer avec soin la na- ture el les qualités des diverses espèces de sol plus particulièrement adaptées à la culture des différentes espècesd'arbres de haute futaie. Cette considération a été, comme tant d'autres, beau- coup trop négligée jusqu'ici. « Les plantes^ dit sir Humphrey-Davy, n'étant pas douées d'une faculté locomotive, ne j)euvent croître que là où elles trouvent une nourriture qui leur est propre ; elles ne pcuventvivre qu'autant qu'elles adhèrent au sol , parce que c'est de cette source qu'elles tirent leur subsistance , et parce que cette adhésion ou implantation ])eut seule leur donner les moyens d'obéir aux lois mécaniques qui tiennent leurs racines fixées sous la surface du sol, et leur tête , avec son feuillage, élancée dans l'atmosphère. Comme le système de leurs racines, de leurs branches, de leurs feuilles, diffère dans les diverses espèces de végétaux, il s'ensuit que le même sol ne peut leur convenir indifféremment. Les plantes à racines bulbeuses demandent un lerrein plus meuble, ^jlus friable, plus léger que les plantes à racines fibreuses ; celles de ces dernières qui ont les fibres courtes et chevelues, veulent une terre plus ferme et plus compacte que les plantes dont les racines sont pivotantes, ou s'étendent latéralement sur 26 ANNALES une pins on moins grande c'tendue de ter- reiu. » On voit, d'après cet exposé , combien il est absurde de faire entrer indislincten^ent dans une plantation étendue une grande variété d'espèces d'arbres, sans considérer juscju'aquel point le tcrrein peut convenir à chacune d'elles. Sans doute, les espèces ordinaires croissent plus ou moins bien à peu près partout ; mais le point essentiel est d'obtenir la végétation la plus prompte et la pins vigoureuse : or, il y a telles espèces cpii prospèrent plus que d'autres sur le même terrein. Un sol de nature ferrugineuse et ayant peu de profondeur , est considéré comme le plus contraire aux arbres de haute futaie : les plus favorables sont un sol graveleux pu de sable lé- ger, sur un fonds poreux; une terre végétale^ ou graveleuse ou grasse, sur un fonds comj)acte ; un terrein meuble et léger, formé de bruyères ou de ma récage , portant sur une couche grave- leuse , poreuse ou rétenlive. Le chêne se plaît par-dessus tout dans une couche profonde de forte terre végétale , sup- portée par un fonds de gravier ou de roc vif ; le frêne réussit en perfection dans les terreins secs, mais substantiels; le hêtre et le marronier EUnOPÉENNES. 27 dans le sable gras et clans tous les fonds calcaires ; Torme et le mélèze dans presque toute espèce de sol. Les Ecossais placent le mélèze au pre- mier rang de leurs arbres de haute futaie. Dans les fonds humides et uligineux, qui coû- teroient trop à défricher , on peut planter avec avantage le frêne, l'orme, l'aune, le peuplier, les saules. Avant de former un semis ou une plantation , il faut consulter, en quelque sorte, les espèces qui croissent naiurellemcnt dans le pays d'alen- tour ; il faut examiner avec soin dans quelle exposition particulière elles profitent le plus : l'observation et l'expérience sont, en pareil cas, les meilleurs guides qu'on puisse prendre. Après avoir constaté le plus ou moins de succès qu'ont obtenu ceux qui ont planté les mêmes espèces dans des terreins et à des expositions sembla- bles, on saura tout ce qu'on a intérêt d'apprendre sur le sol, le fonds, l'exposition qu'on doit choisir pour telle espèce ou pour telle autre. La distribution des plantations a été détermi- née en Ecosse avec beaucoup d'intelligence. C^est surtout dans l'intérieur du pays qu'on les a multipliées , parce qu'un article d'un transport aussi difficile que dispendieux, doit être, autant que possible, cultivé sur place ^ 28 ANNALES (juaiitl il osldesliiK; à la coiisonimalion du pays. Suf tout le développement de la côie maritime, où les plantalions croissent plus difficilement , et où l'importation deslu)is est si facile , on n'a planté comme nous l'avons remarcjué , (pie pour l'embellissement du pays , et surtout pour éta- blir des abris. On réserve à la cliarrue toutes les terres dont on peut tirer un fermage de quinze à vingt sbillings par acre. On conçoit qu'un tel fermage^ quoique modique , produit d'une culture annuelle, avec l'accumulation de l'intérêt composé, doit procurer j)Ius de béné- fice qu'une plantation , dans la révolution d'an- nées qui doit s'écouler jusqu'à l'époque de son exploitation. A l'exception des plantations d'agréinent au- tour des maisons d'iiabiiation , ou des bouquets d'arbres qu'on élève aux quatre coins d'une grande pièce de terre labourable , et enfin , des baies dont on enclôt complètement les pâ- tures , et où on entremêle des arl)res à plus ou moins grandes distances , on ne plante guère en Ecosse les arbres de haute futaie ou les taillis , que dans les terreins les moins fertiles, au milieu des pierres et des rochers , d'où ils abritent les vastes bruyères communes les plus exposées , ainsi que les bestiaux et troupeaux EUPiOPÉENiNES. ' 29 de bétes à laine qui lesparcourenl nuit et jour. Us conlribuenl par-là à rendre productives les portions de terreins les plus stériles. On est trop heureux de pouvoir faire produire du bois à tel sol , sur lequel nul autre végétal ne peut vivre; et ce n'est pas sans surprise qu'on voit s'élever des arbres superbes sortant tViin lit de pierres ou de rochers , où l'on dislingue à peine la moindre trace de terre ve'gétale. On rencontre partout des enclos planle's de ces espèces de bois qui se reproduisent d'elles- mêmes , telles que le bouleau , le coudrier, etc. Lorsque ces terreins etoient ouverts au gros et menu be'tail , les pousses s'élevoient rarement au-dessus de deux ou trois pieds : ces enclos une fois fermes, la nature pourvoit d'elle-même à leur repeuplement , en chênes , ormes , frênes et autres bois recherche's , dont la graine est apportée parles vents ou par les oiseaux , quand l'ensemencement n'a pas eu lieu sur la place par les étalons. Comme il y a en France, ainsi qu'en Ecosse , de vastes plaines en friche , et des revers plus ou moins élevés de collines ou de montagnes , dont l'exposition exige un abri pour protéger les plantations qu'on y veut faire, je vais indi- 5o ANNALE*; quer le procédé recommande par jM. Nicol , dans son Planter s Kalendar, Sur la partie la plus exposée du leirein à planter, on forme le tracé d'un premier massif d'au moins cent mètres de développement ; on y plante, à la distance de trente à trente- six pouces , et en proportions à peu près égales , le mélèze, le sycomore , l'aune et le sapin d'E- cosse , si le terrein et la situation leur convien- iient. Le plant doit être peu élevé et bien garni de racines : le mélèze doit avoir de six à neuf pouces ; le sapin d'Ecosse , deux ans de semis et un an de transplantation ou de rigole. Quand le plant de ce massif est parvenu à la hauteur de deux pieds , on y entremêle , à la distance de huit à dix pieds , les espèces de bois durs qui doivent définitivement le remplacer : ils rie doivent pas excéder dix-huit pouces de hauteur. Au bout d'un an ou deux après cette première opération , suivant que le terrein est plus ou moins exposé, on établit un second massif à l'appui du premier , dans une direction parallèle, et d'une profondeur égale ; on con- tinue ainsi , jusqu'à ce que la plantation soit complète. (3n a trouvé que le meilleur abri pour les bestiaux et bétes à laine éloit une plantation EirilOPÉEKWES. 01 (le mélèzes, appuyée d'une double ou triple rangée de sapins ordinaires, et des deux variétés alha et nigra ( spruce fir ) et de celle de Nor- wége {pinus ahies ). — On ététe ces sapins à douze ou quinze pieds de hauteur, ce qui dé- termine les branches à prendre une direction horizontale , et l'arbre à se garnir en éventail jusqu'au pied. Cette palissade neutralise la vio- lence du vent , et empêche la neige de pénétrer et de s'accumuler sur les revers du massif, où va se tapir le gros et menu bétail , pour y cher- cher u n ahri. Le docteur Anderson pense que peu d'ar- bres sont plus capables de braver l'intempérie des saisons , même dans les situations les plus exposées , que le fiénc , l'orme et le sorbier des oiseaux. Le jeune plant du chêne est plus délicat qu'aucun autre. L'orme et le frêne mé- ritent une attention particulière , comme étant d'un emploi journalier et nécessaire en agri- culture , et de préférence au chêne lui-même. On peut donc espérer de planter avec succès, sur les points élevés et les parties montagneu- ses d'un ^ays , les pins de diverses espèces, le sorbier des oiseaux , le hêtre , le mélèze , le frêne, le bouleau, le sycomore, et enfin le chêne , quand le terrein a la substance et la 32 AJNNALES profondeur qu'il exige. Le sapin d'Ecosse réussit le mieux dans un sol sal)]onneux. La Collection agronome de Bath ciie 1.1 ne plantation de sa- pins croissant sur un sol si compléiemeiit sa- blonneux , qu'il n'auroit pu nourrir une bic- bis par acre , et pourtant nouriissoit par acre trois mille pieds de sapins plantes depuis vingt ans. c Les substances animales et végétales , dit sir Humpbrey-Davy , quand elles sont extrême- ment divisées , non-seulement déterminent l'a- grégation et la cohésion des molécules de la terre , mais encore tendent à rendre sa couche végétale moelleuse et perméable. Ces mêmes substances cependant, pas plus qu'aucune autre des parties constituantes du sol , ne doivent être en trop grande proportion : un ter rein consis- tant entièrement en substances extrêmement di- visées , seroit tout-à-fait improductif. » L'alumine ou le silice pur , le carbonate de chaux, ou le carbonate de magnésie pur, neutralise roient toute espèce de végétation : nulle terre n'est productive quand elle contient dix-neuf, sur vingt parties , des substances ci- dessus désignées. Une très- foi ble proportion suffit cependant à la production de l'orge et des lurneps. J'^ai vu une assez belle récoke de tur- EUROPÉENÎÎES. 35 neps sur un terre in contenant onze parties sur douze de pur sable. » On a vu que , dans les expositions glaciales et battues des vents , les sapins d'Ecosse et les mélèzes , surtout ces derniers , donnent plus de profit qu'aucune autre espèce d'arbres : té- moins les immenses et florissanies plantations des ducs d'Athol , d'Argyle et de Gordon ; les lords Bredalbine, Fife et Manslield , dont j'ai cité les autres })lanlations Nul autre arbre ne croît aussi vite, et nr» supporte aussi bien d'être planté en masse serrée. Quatre sapius croissent sur le même espace de terrcin que demandent un chêne et un hêtre. — Il n'en est pas moins vrai qu'en Ecosse on préfère généralement,quand le terrein et la position le permettciit , le mé- lèze comme haute futaie , et le frêne avec le chêne comme taillis. Une autre espèce de plantation a été, en Ecosse et en Angleieire^ l'objet d'une discussion long- temps et vivement débattue. Des agriculteurs anglais ont , les premiers, donné l'exemple d'une plantation d'aï bres de haute futaie dans les clôtures qui enferment les terres laboura- bles^ et surtout les pâtures. On a prétendu, d'un coté , que ces grands arbres nuisoient aux haies de clôture et aux récoltes , par l'égouttement de 2. * 3 34 ANNALES leur feuillage et la ramificaiion de leurs ra- cines. D'autres ont soutenu que ces inconvc- niens ëtoient plus que compenses par l'abri et rornement que procuroient les plantations, et par l'immense approvisionnement d'excellent Lois de charronnat^e et de chauffage qu'on pou- voit obtenir par ce moyen , ^vec vine très-mo- dique de'pense. On plante ces arbres a deux pieds de distance de la haie : sur les terres fortes et fertiles , l'orme es» proféré , à cause de la direction droite de sa tige, et parce que la terre a moins à souf- frir de ses branches inférieures (i) ; viennent ensuite le chêne, qui tire sa principale sub- sistance du fond de la terre , où sa racine pi- votante plonge à une grande profondeur ; puis le hêtre, dans les expositions froides et rigou- reuses ; et enfin le sycomore , sur les côtes ma- ritimes. On a toujours soin , quand ces arbres sont plantés dans les haies bordant les pâtures, de les garnir, pour empêcher qu'ils ne soient endommagés par les bestiaux et les bétes à laine. (i) L'orme a l'inconvénient de tracer à de grandes dis- tances , de produire, par ses racines ramiliées , des rejets qui peuvent nuire aux terres et aux prairies qu'il avoisine. ( Note du Rédacteur. ) EUROPKEISNES. 33 Ce mode de plantation a le double avantage d'adoucir la température du pays , en même temps qu'il l'embellit. La plus grande partie de l'Angleterre lui doit cette immense déco- ration de verdure , qui couronne ses champs ; cette beauté rurale si fraîche et si riante , symptôme d'une inépuisable fertilité, qui ré- jouit l'œil et épanouit le cœur. Le chevalier Masclet. ( La suite a un prochain numéro. ) Nous allons, à la suite de ce travail du che- valier Masclet, présenter dans l'ordre naturel des boisemens les prix qu'on a obtenus sur vingt-quatre résultats différens, et qui fourni- ront des bases modérées , à permettre une ap- plication de calculs digne d'une confiance ré- fléchie. L'époque de la coupe réglée diffère pour les bois naturels et leurs taillis, et varie depuis dix jusqu'à trente et même quarante ans , suivant la nature du sol , la croissance du bois , l'emploi auquel on le destine. Le bénéfice varie en con- séquence : cependant le terme ordinaire est de- ' 5. 36 ANNALES puis quinze à vingt-cinq ans, dont la moyenne est de vingt ans. Bois de haute Jiitàie. lo. Un arpent de terrein médiocre planté en mélèzes, produit loo livres stei- ling en vingt-quatre ans , par année moyenne , ci ^' Les frais de plantation d'un millier de mélèzes , i emplissant deux arpens , coû- tent 3^ francs . larpent 19 francs. 2°. L évoque de LandafF-Walson a éta- bli sa balance en dépense et gain , pour un espace de soixante ans , de la planta- tion de trois cent soixante-dix-neuf ai - pens en mélèzes et autres arbres , et a déterminé , au bout de la péiiode , lune de 544-95o francs , et le produit , au plus bas, à 3,^50,000 francs. Différence, "5,1^0^,0^0 francs , et produit par arpent 8,984 francs , et par an 147 Irancs , ci. . 3°. Un bois planté en chêner établit la valeur annuelle par arpent au mini- mum , simplement comme bois 4<'. D'après M. JVicol, un arpent planté en sycomores , a donné un produit de 35o flancs 5°. Les plantations en pins d'Ecosse,! PAR Alf. fr. 104. 147. 60. 35o. EN ao AKS fr. 2,080. 2,9^0. 1,200. 5,000. EUIIOPEBÎINES. ^7 produisent dans le comté de Lanark , annuellement, par arpent 25 francs. . . 6°. Diverses plantations de pins vendus dans le comté de Galloway ont donné un produit annuel par arpent , 216 francs. . Il résulte de ces faits que le produit moyen et annuel d'un arpent de lïaute futaie est de Bois en taillis. 1°. Le prix moyen d'un arpent de bon bois naturel est de la valeur annuelle de i5 à 3o sliilJings 2". Sur les bords de la Clyde , il se vend de 25 à 4o livres sterling par ai- pent , dont la moyenne fait 4© francs. 3*. De 4o à 5o livres sterling dans les montagnes d'Ecosse , dont la moyenne fait 4°. Dans l'Ouest de l'Angleterre , un acre de bois taillis de trente ans rap- porte jusqu'à 80 livres sterling , dont la moyenne fait . . . , 5°. Les bois de hêtre du Glocester- sliii e , dont la maturité exige soixante- dix ans, se vendent 90 liv. sterl.: moyenne. 6*>. Les taillis du comté d Essex rap- portent , année commune , 5 livres sler- Mng par acre 36. 40. 56. 100. 02. 125. 720. 812. 1,120. 2,000. 640. I 2,5oo. 38 ANNALES 7*'. Ceux du comté d'Hereford , de 12 à 22 livres sterling à Tâge de treize ans : moyenne 80. Ceux de West-Morland , i5 livres Sterling à seize ans : moyenne. . <. . Produit moyen pour les bois en taillis. Bois blancs. 9°. Dans le comté de Glocester et de Wiihs , un terrein spongieux , froid et marécHgeux, incultivable, ayant été cou- vert de saules , frênes et aunes , rapporte 8 livres sterling par acre chaque année moyenne 10^. Un acre de terre planté en saules blancs» coupés à 1 âge de dix ans , a pro- duit 3oo livres sterling : moyenne. . . . 11°. Un habile agriculteur de Kent fait 94livres sterling par acre au bout de dix ans : moyenne 12°. Ce même agriculteur, M. Day , cite un résultat : cent acres de terres vaines et vagues , plantées en frêne , ont rapporté- au bout de vingt-quatre ans , un bénéfice de 6,824 livres sterling : moyenne. i3 . Un propriétaire d'Edimbourg, ayant planté douze acres d un mauvais fonds de terre glaise, en osiers , a obtenu, P*.R 41». EN ao ktii. fr. 32. 23. fr. 64o. 45o. bS. 1,100. 200. 75o. 235. 75. 4,000. i5,ooo. 4,700. 1,420. EUROl'EEKNES. ^9 depuis 12 à i4 livres sterling de location annuelle par acre i4*»« Une semblable plantation exposée au Midi, sur un fonds de glaise humide et froide , a rapporté par an Produit moyen d'un arpent planté eu bois blancs , 6,840 par vingt ans. . . . PAR AW. 325. 673. EJÎ ao ASS fr. 6,5oo. i:),ooo. 6,84o. Accroissement que la France peut recevoir dans sa richesse territoriale, clans l'espace de trente ans, par un simple boisement ordinaire , des vingt millions d'arpens de terres vagues qui existent éparses sur toute sa surface, par la plan- tation des chemins champêtres^ celle des cours d'eau et leur repopulation en poissons. CHAPITRE PREMIER. On vient de voir que, dans un pays beaucoup moins favorisé par la nature que ne l'est la France, il résulte, d'après des produits recueillis avec une scrupuleuse exactitude , que les bois en taillis offrent annuellement un produit moyen ' 4o ANNALES de 55 francs par arpent , et les bois de haute futaie un produit de i5o francs par arpent. En prenant la moyenne de ces deux valeurs, elle sera de 102 francs annuellement par ar- pent, que la situation physique plus favorable delà France doit incontestablement atteindre, tout en ne comptant que sur des boisemens ma- tériels ordinaires, tels que la routine les in- dique , et bien loin des procèdes que la Société de fructification générale se propose de suivre, et qui doivent au contraire doubler ce produit. Cependant, pour éviter toute critique d'exagé- ration , réduisons encore ce produit moyen an- nuel de 102 francs par arpent, quoique positif , à moins de sa moitié , c'est-à-dire à 5o francs seulement , malgré la conviction fondée que nous avons que ce revenu peut être quadruplé ; il, résultera qu'un arpent de bois bien semé peut obtenir , au bout de trente ans , une valeur moyenne de 1,600 francs. Si à présent on applique ce prix aux vingt millions environ d'arpens susceptibles de rece- voir cette valeur, il résultera que la valeur ter- ritoriale de la France seroit augmentée , au minimum , de celle de 3o milliards par ces boi~ semens. EUROPEEJSNES, CHAPITRE II. 4i Plantation des cours d'eau et des lisières des jirés. Nous avons déjà démontré que nos cent vingt mille lieues de cours d'eau, ou deux cent qua- rante mille lieues de rives, et nos deux cents mille lieues de lisières des prés , plantées en bois blancs de toute espèce, pouvoient équivaloir à une masse de quatre millions d'arpens, en of- frant l'avantage d'autant de prairies aériennes , et un encadrement qui doit augmenter la salu- brité de l'air, et favoriser surtout la végétation de tout ce qui se trouvera sous leur influence. Dans la section relative à la plantation des Lois bltincs, on a vu que le revenu annuel et moyen, pris sur six exemples bien constatés, s'élève à 342 francs par arpent, quoique le pio- duit de cette espèce d'arbres précoces, dont les coupes peuvent se faire, avec le même avantage, de dix en dix ans, que celles des bois forestiers en trente ans ; réduisons encore ce résultat l\ moitié, c'est-à-dire à 171 francs, les quatre millions d'arpens en bois blancs olî'riroienl encore un produit annuel de 684 millions, et de 6 milliards 84o millions par dix ans, et un 42 ANNAI.es produit lerriiorial, en treille ans, de 20 milliards 620 millions» CHAPITRE III. Repopulation en poissons de nos cent vingt mille lieues de cours d'eau. Il est certainement dans l'esprit de tout le monde que cent vingt mille lieues de fleuves, de rivières et de ruisseaux qui arrosent en tout sens le fortune royaume de France^ doivent pre'senler une importance immense dans la masse des poissons qu'ils devroient nourrir; car un aliment aussi sain qu'agréable, multi- plie' avec abondance, comme il peut l'être, pourroit devenir une riche ressource alimen- taire pour la nation. L'homme a été , depuis plusieurs générations, insensiblement entraîné à voir tomber sous les coups redoublés de la coignée la plus belle parure de la terre, pour faire place, hélas î à quoi ? aux ruines et à la stérilité ; habituée à ne plus voir, au lieu de l'ancien et grand spectacle de la nature , qu'un tableau flétri , inanimé , et vide , en partie , de toutes ces sources vitales qui manifestoient partout une céleste prévoyance, la génération actuelle, devenue EUBOPÉENNES. 4^ indifférente^ ne se doute pas même que, dans les anciens temps, les beaux fleuves de la France nourrissoient des brochets de huit, de douze et de seize pieds, des carpes de quatre, de six et de neuf pieds de longueur , recevoient des esturgeons de cinq jusqu'à huit cents livres, et que toutes nos eaux fourmi lloient de poissons en poids et grosseur que nous ne vovons plus. Nous pensons donc que s'oecupcr de la re'- génération de cette riche branche de produc- tion , ce sera entrer dans les nobles vues du gouvernement, et bien mériter de la patrie. Nous avons souvent parlé de Tadmirable fé- condité dont sont doués tous les poissons ali- mentaires : il ne s'agit ici quede vouloir apprécier la merveilleuse prodigalité de la nature, pour recréer dans nos eaux^ où régnent aujourd'hui^ comme sur la terre, l'oubli^ le vide et l'aban- don de la vie , des richesses à étonner l'ima- gination. Produit que peuvent offrir en poissons les fleuves , les rivières et les ruisseaux de la France. Il faut supposer ici rju'en bonne économie il est nécessaire d'aménager les cours d'eau , 44 ANNALES comme on le fait pour les étangs; car ce n'est qu'en prolegeant la vie et la propagation des poissons, que l'on peut les multiplier. On peut, * en supputant très-modérément , conclure que cliacpie lieue de longueur de ruisseau peut of- frir trois cents livres de poissons; ce n^est qu'un poisson de la valeur d'une livre sur soixante pieds de longueur de ruisseau , tandis que plus de vingt du même poids pourroienl vivre dans cet espace , outre Técrevisse qui habite l'inté- rieur des bords. Nos cent mille lieues de ruisseaux pourroient donc offrir, en poissons , une quantité moyenne * de So^noo^ooQ liv. En n'admettant que quatre mille livres de poissons par lieue de longueur de fleuve et de rivière^ ce qui ne feroit qu'un poisson d'une livre et demie sur six pieds de lon- gueur^ pris sur toute la lar- geur du cours d'eau^ dont les bords foiirniroient déjà seuls, en anguilles et en écrevisses , au moins dix fois cette quan- tité. 3o,ooo^ooo liv. EUIlOPÉENlîîES. ^4^ Ci-contre 3o,ooO;Ooo liv. Nos vingt mille lieues de fleuves et de rivières peu- vent donc^ à raison de quatre mille livres de poissons par lieue^ offrir 80,000^000 Cent dix millions de livres de poissons que les cours d'eau de la Fiance pour- roient offrir annuellement. . 1 1 0^000^000 liv. En portant le prix moyen de tous les poissons, comme truites, anguilles, ëcrevisscs, brochets, esturgeons, saumons, etc , etc. , à 4 sous seu- lement la livre, les cent dix millions de livres produiroient 26 millions de francs par an, et une nourriture gratuite, dont la nature fait seule les frais, qui ëquivaudroit pour le poids (1) A deux cent vingt mille Lœufs de cinq cents livres ; A mille huit cent trente-trois mille veaux du poids de soixante livres; (i) Les pèches des eaux douces, régies pour le compte de lEtat , ne rapportent que 4oo mille francs. 46 ANNALES A onze cents mille porcs du poids de cent livres; A deux millions sept cent cinquante mille moutons du poiris de quarante livres. Ces 26 millions de revenu, multipliés au denier vingt, présenteroient pour jamais une valeur foncière de 620 millions pour l'Etat ; et , quoique nous ayons la conviction qu'elle peut arriver à un fonds de cinq milliards deux cents millions, nous ne porteions, pour rester sur une ligne de juste modération , que la pre- mière somme de 620 millions. Un produit d'une aussi haute importance, qui semble mériter une grande attention , est ce- pendant, comme on vient de le dire, encore fort au-dessous de la réalité qu'on peut attein- dre : car quiconque a oLservé la quantité de poissons que contiennent les étangs et les viviers dans des espaces circonscrits, conclura que, moyennant un sage et actif aménagement de nos cours d'eau , le produit que nous présentons ici pourra être facilement décuplé^ et avec d'autant plus de raison, que nos ruisseaux et nos rivières reçoivent- et contiennent beaucoup plus de su])Staiices alimentaires pour les pois- sons, que les étangs et les viviers. Si nous ajoutons encore à nos poissons indi- EUROPÉENISES. - l\'] «ènes au moins trente amros espèces doni la boute de la chair et l'extrême fécondité sont reconnues, nous augmenterons alors la richesse de nos eaux et le produit de nos pèches fluviales à un degré inconnu jusqu'à présent. Mais qu'on ne perde point de vue que le poisson veut être ombragé; il ne se propageroit pas plus dans des eaux découvertes , que les oiseaux que l'on voudroit vainement multiplier dans un pays privé d'arbres et de buissons, où ils ne sauroient ni où faire leur nid, ni où se percher à l'abri de tout ce qui leur fait la guerre. La vie mystérieuse des poissons qui re- doutent les regards extérieurs , avoit été favo- risée, par ]a nature, d'épais ombrages qui, en voilant les timides amours, entretenoient aussi la fraîcheur nécessaire des eaux, faisoient croître les cressons et les nombreuses plantes fluvia- liles qui les attirent , les flattent et leur sont indispensables. La diversité des arbres nautiques concourt également à la sécurité et aux goûts des paisibles habitans des eaux. Le vieux pécheur sait fort bien que, s'il veut encore trouver dans le désert de nos eaux quelques restes isolés de ces nom- breuses tribus qui les vivifioient jadis , leur 48 ANNALES dernier refuge se trouve sous]a souche et les ra- cines flouantes d'un vieux saule ou d'un aune, d'un marsauli ou d'un peuplier : car chaque espèce de poisson aiïeclionne telle plante , tel arbre aquatique plutôt que d'autres : c'esl donc en imitant ces douc«'s harmonies de la nature, parce que là se trouvent les indéfinissables lois vitales des espèces , qu'on parviendra à semer avec succès les grands trésors que nos eaux peuvent encore nous offrir. INous dirons ici avec courage , et dans l'inté- rêt de la société entière, que le fonds de la pro- priété des cours d'eau ne peut être ni aliéné, ni acheté^ parce que c'est le domaine commun de toute la nation; domaine qui est spéciale- nienl placé sous la tutelle de l'Etat , parce que lui seul peut régir , avec les lumières et la pré- voyance nécessaires , les intérêts communs à tous les membres du corps social. La construction d'une route, d'un canal, d'un port ou d'une forteresse, le percement ou l'alignement d'une rue, font taire l'intérêt particulier, au nom de l'iniérêt général j une loi de la même nature régit dans cet esprit jusqu'à la culture et la fabrication des tabacs. Et cependant, depuis que l'on a proclamé la chasse et la pêche libres, en faveur de la plus EUROPÉEN»ES. 49 milice propriété , avec le droit d'user sonverai- nement de tout ce qui lui est dévolu, les hôte» des bois, les bois eux-mêmes, les oiseaux, le gibier de plaine et les poissons de nos beaux cours d'eau ont été détruits et sacrifiés comme par une effroyable tempête I Cette liberté dé- sastreuse a marqué, depuis trente-quatre ans, avec tout le caractère d'un ycritahle/léau social, qui attaque et desscclie les plus riches sources nourricières de la nation. Des maux de cette nature ne peuvent et ne doivent plus être tolérés; l'ordre général doit enfin remplacer le désordre particulier : c'est au bien public à poser des limites à une liberté sage et utile, qui ne doit jamais avoir le pouvoir de détruire ou d'empêcher le bien de tous , ni de faire ce qui peut nuire à autrui. On voit qu'il s'agit ici d'accroître la fortune publique, d'une part, parla plantation de nos cours d'eau d'un produit annuel de 684 millions, et de l'autre, celui de nos pêches de u6 millions, faisant ensemble sept cent dix millions de reve- nus à créer dans nos eaux et le long de leurs bords. Un pareil produit surpasse tellement les avan- tages des constructions publiques , dont les j ustes droits ne peuvent cependant se contester; son 2. 4 OO AJNNALES imj)oriaîice osi si inhërenle aux besoins et au bonheur général de la nation , que la volonté isolée de ceux dont les propriétés s'étendent Jusqu'aux bords des rives ( que celte grande opé- ration tend d'ailleurs à favoriser spécialement), doit, de toute nécessité, s'incliner devant ce tableau de la félicité commune. CHAPITRE IV. Plantation générale ^ en arbres frai tiers ^ de nos voies pastorales ou chemins champêtres. S'il ne s'agissoit ici que d'embellir et de ra- nimer l'aspect vague et le triste silence des champs, ce seroit déjà donner un décor magni- fique aux campagnes , comme à soutenir et à favoi'iser leur température , par la plantation de cette chaîne immense des chemins champêtres, qui, daiLs un développement d'enviion cent vingt mille lieues, lient ensemble les plaines, les coteaux, les montagnes et les quarante mille communes de la France: ce e^rand , ce beau spectacle seioit déjà digne de signaler le pre- mier royaume de l'Europe. Mais notre but, encore plus élevé, tend aussi à atteindre les deux plus grands besoins de la société : ceux d'augmenter les ressources du bois r* EUROPÉENNES. 5l qui manque partout, et de répandre en même temps une abondance générale et inaltérable en fruits à comesiibles de toutes les espèces, de façon à adoucir , à éteindre narlout les amères privations de la misère, et à signaler dans tous les cantons du royaume les prévoyances d'un gouvernement bon et paternel. Voyons maintenant de quelle valeu r seroit pour le sol de la France cette plantation si éminem- ment frnctueuse. Les cent vingt mille lieues de chemins cham- pêtres, formant, par leur double rang, deux cent quarante mille lieues de développement, donnent, multipliées par deux mille toises, quatre cent quatre-vingts millions de toises, par conséquent cent vingt millions d'arbres a fruits, en les espaçant à quatre toises de distance. Comme cette plantation ne se fera que par des arbres tirés des pépinières formées à ce sujet , la valeur moyenne de chacun peut raisonnable- ment être estimée, pour son produit annuel, tant par son bois que par la récolte de ses fruits , à ' I fr. (i) : mais réduisons encore cett eestimation (i) J'ai vu vendre jusqu'à 20 francs simplement la ré- colte en fruits par arbre, des noyers plantés le long des routes du Bas-Rhin 4.. 52 AKSALES à moitié, c'csi-a-tlire à un demi-franc , qui n'est que la simple valeur que chaque arbre aura déjà au 2)remier moment de sa plantation, il re'sul- tora encore, de ce prix modère' avec excès, un revenu annuel pour toute la France àe soixante viillions, et un fonds intrinsèque, multiplié au denier vingt, de douze cents în illions, - Dans cette plantation des chemins champêtres , se présente une image toute fortunée. Une cein- ture continue de plus de treize cents mille arbres fruitiers par département , ouvrant avec le doux printemps une floraison somptueuse , embau- mant l'air de ses parfums , et présentant avec les lunes successives les riches trésors de tant de fruits divers, pour nourrir, délecter et réjouir une population , affranchie pour jamais des plus impérieux besoins ; enfin , là se trouveront réu- nies les grâces et la munificence de la nature , parce que là se trouveront des ressources inta- rissables qui embrasseront, qui rempliront tous les besoins des ménages. EUROPEENNES. 55 Récapitulation des richesses territoriales qui peuvent encore être réalisées en France par les moyens quon vient d'exposer, Chap. I". Boisement des vingt millions cVar- pens incultes, ci. . '30,000,000,000. II. Plantation des cours d'eau et des lisières des pre's, ci .... 2 0,5 2 0,000,000. III. Repopulation en pois- sons de nos cours d'eau , ci . . . . . 52o,ooo,ooo. IV. Plantations des che- mins champêtres, ci. 1,200,000000. Il o{.d\, cinquante 'deux mil- liards deux cent quarante millions , ci. . , . . .F. 02,2^^0,000,000. Qu'on daigne faire surtout attention ici que les calculs sont faits avec une telle modération , qu'on peut, avec la raison la mieux fondée, les considérer comme au-dessous de moitié de la réalité que cette grande opération est destinée à atteindre (1). Ci) Des donuées moins positives que celles que nous avona o4 ANNALES En faisant pour un moment abstraction de l'heureuse abondance dont la France sera pour- vue en bois choisis sur toutes les zones de la terre, en poissons, en fruits varie's ; en faisant abstraction encore du grand et pénétrant spec- tacle qu'elle présentera par ces beaux décors , multipliés, répétés sur toutes ses faces, nousap- précicrons simplement ici le revenu dont l'Etat pourra, dans trente ans, se trouver enrichi. En ne partant que du capital de cinquante- deux milliards deux cent quarante millions*, dont la richesse de notre sol peut être augmen- tée , et eii ne prenant l'impôt qu'au denier qua- rante , au lieu du denier cinq qu'on perçoit au- jourd'hui par l'impôt foncier, il résulteroit en- obtenues depuis , n'avoient , dans la livraison précédente , élevé qu'à douze milliards l'augmentation de la fortune territoriule qui doit être l'heureux résultat de cette vaste fructification. En pesant la modération des calculs qu'on expose ici , les hommes réfléchis n'éprouveront peut-être que l'étonnement de voir présenter, pour la première fois , cette masse de richesses que le sol français est encore susceptible doffrir à ses fortunés habitans. L'Angleterre , qui ne forme que le tiers de la surface de la France , porte déjà la simple valeur des propriétés fon- cières ( et qui peut encore être décuplée) à deux milliards de livres sterling. EUROPÉEISNES. 55 core une augmentation de revenu de treize cent six millions pour l'Etnt^ qui penne itroi t d'aJ- léger toutes les impositions existantes, etd'enire- prendre les choses les plus grandes dans l'iaiërèt et la gloire de la nation. Objet de plus d'un quart de siècle de reclier- ches, de travaux et de me'ditations , j'ai eu le Lonheur de former une société qui , remplie de dispositions noLles et patriotiques, fait un touds de cent millions pour exécuter et réaliser, dans l'espace de dix ans , ce grand plan de bonheur public , en ne demandant au Gouverneniejit qui veut si sincèrement le bien, que sa sanc- tion pour l'effectuer : c'est dire que la France va prendre \>\\. aspect de richesse réelle, de gran- deur et de puissance solide , qu'on n'a pas en- core eu à contempler sur la terre. Puissance et Population de V Empire Britannique, C'est parce que l'orgueil national est un sen- timent puissant , noble et toujours louable , que nous donnons ici la notice sur la puissance et la population de l'Empire britannique , pro- duite par un des meilleurs journaux anglais ; mais aussi nous permettrons- nous de dire, à notre 66 ANJN'ALES tour, que TEmpire d'une population compacté, unie, inge'nieuse, aimante, de trente millions de Français y régie par des lois uniformes et un sceptre paternel , vaut Ijien pour le moins un Empire colossal , artificiel , fonde sur les vagues mobiles de l'Océan , et s'e'iendant sur une po- pulation e'trangère de quatre-vingts millions d'âmes , éparse à de grandes distances, et sans cesse impatiente d'un joug qui , surtout dans l'Inde, n'est point et ne sera jamais en harmo- nie avec les mœurs et la religion antiques de ses habitans. La population de l'Empire britannique^ dit le Courrier anglais y est de quatre-vingt-quinze millions deux cent vingt mille âmes ; celle de la Russie de cinquante millions ; celles de la France et de l'Autriche , chacune de trente millions; l'Empire romain, dans toute sa gloire, contenoit cent vingt millions d'habitans , dont la moitié étoit esclave. Quand nous comparons sa situation avec celle de l'Angleterre, et ses richesses, ses ressources , son industrie, ses arts, ses sciences , son commerce et son agriculture , avec les nôtres , l'Angleterre , dans la balance des nations et des Empires, est grande et remar- quable. Le service de la marine maichaode EUROPÉENNES. 6j emploie environ deux millions six cent qua- rante mille tonneaux pour la Grande-Bretagne. Les exportations s'élèvent à 5i millions ster- ling , y compris 1 1 millions de marchandises coloniales ou étrangères (i); les importations sont de 56 millions sterling. La marine, pen- dant la dernière guerre, comptoit mille bâti- mens armes. Les marins du service marchand sont maintenant au nombre de cent soixante- quatorze mille. *Lo revenu de TEtat monte à 07 millions sterling ( i ,4.26,000, 000 de francs) . La capitalede l'Empire contient un million deux cents mille habitans, comme Rome au moment de sa plus grande force. La valeur des propriéte's foncières de la Grande-Bretagne ëtoit estimée par M. Pitt, en 1797, à i milliard 600 mil- lions sterling : on peut les estimer maintenant à 2 milliards sterling (2). Les manufactures de coton du pays sont immenses _, et exportent pour 20 millions sterling par an, à peu près la moitié de ce qu'elles produisent. Enfin , tout conside'rè^ l'Empire anglais, par son pouvoir et sa force, peut être regarde comme le plus grand qui ait (0 Douze cent soixante-quinze milliops de francs. (2) Il est à remarquer ici , comme nous l'avons dit » qu'il ne s'agit que des propriétés foncières , et qu'il reste encore h-ente millions dacros à fructifier. 6S an>"alt:s jamais exislë sur la terre, comme il les surpassa tous en connoissances , en caractère moral et en mérite. Le soleil ne se couche jamais dans ses Etats; et avant que ses rayons du soir abandon- nent les clochers de Québec , ses premiers rayons du matin ont depuis trois heures éclairé Porl- Jackson, et pendant qu'il se couche sur le Lac supérieur , il se lè\e sur les bords diî Gange. Ëtat des Pauvres en Angleterre, D'après un état officiel présenté à la Chambre des communes , il paroît que sur une population de treize cent cinquante-huit individus que con- tient la paroisse de Northiam , six cent trente- six reçoivent les secours charitables; dans celle de Sachurst, sur deux mille cent vingt-une per- sonnes , le nombre des pauvres est de mille soixante-deux; dans celle de Buswersh, sur dix-huit cent trente-sept , il y en a mille trente- six, et dans celle de Mayfield , sur deux mille six cent quatre-vingt-dix-huit, treize cent qua- tre-vingt-onze : ainsi , le nombre des pauvres est de plus du double de la population totale de ces quatre paroisses (i). (i) Ce contraste de grandeur et d humilité , d'opulence et EUROPÉENTSES. 69 Sur les Forêts du département de V Aude. Le département de l'Aude , dans lequel il y a plus de trois cents mille hectares de lerreins incultes à fructifier , n'ayant point encore en- voyé la réponse aux questions posées par le mi- nistère, nous y suppléerons, en puisant les faits relatifs à ce pays dans l'intéressante histoire sur les Etats-Généraux du Languedoc, publiée en 1818 par M. le baron Trouvé, qui a été pendant près de quatorze ans préfet du dé- parlement de l'Aude (i). Le département de l'Aude a une surface de cinquante -un mille deux cent quarante - sept hectares plantés en bois. Leur essence se compose de chêne , hêtre , frêne , pin et sapin. Les arbustes qui y croissent sont l'arbousier , le houx , l'aubépine , l'hé.- mérus , le noisetier , etc. Ce département contenoit sans doute autrefois une bien plus grande quantité de bois, puis- de pauvreté , caractérise une puissance qui cherche ses ri- chesses hors de son sol. (1) Deux vol. in-40. , chez Firmin Didot etC J. Trouvé, imprimeur-libraire. 6o AKNALES qu'une partie des nioiila^iies en étoit couverte Les dé friche mens en ont considérablement di- minué le nombre. Mais le bois est très-cber dans ce pays : d'un côté , la dévastation des forêts^ et le nombre d'usines qu'elles alimentent; de l'autre , la dif- ficulté des transports dans certaines contrées , entretiennent un prix élevé sur cet article de consommation. L'administration forestière cbercbe à répa- rer les maux qu'ont entraînés de longs désor- dres ; cependant elle n'a pu faire encore que quelques semis dans un très-petit nombre de forêts. Le défaut de fonds ou d'autorisation ne permet pas d'opérer avec promptitude le bien que la situation de ce département fait parti- culièrement désirer. Quant aux bois des particuliers , ils sont assez bien tenus , surtout depuis qu'il existe des gardes-champêtres qui veillent à leur conserva- lion. Des dégradations multipliées avoient été la cause de plusieurs défrichemens de ces bois : aujourd'hui la fureur des défrichemens s'est arrêtée en grande partie ; les semis et les plan- tations sont encore assez rares. Il existe beau- coup de lerreins qui pourroient être replantés; mais, comme le produit des bois est très-lent ^ EUROPÉENNES. 6l los habitans de ce pays , avides , en gënc'ral, de jouissances promptes , ou ne plantent point, ou coupent le bois irès-jeune. Quelques primes d'encouragement pour ceux qui planteroient les terres incultes , et notamment le sommet des montagnes , contribueroient à répandre un î^oût si utile à l'agriculture, et qui, depuis une douzaine d'années , commence à faire des pro- grès sensibles. On pourroit encore engager par des primes les propriétaires à réserver des bali- veaux sans les émonder : le nombre des chênes propres à la construction est si petit , quoique d'une très-bonne qualité , qu'on pourroit pres- que dire qu'il n'en existe point dans le dé- partement. Gibier. Cette ressource de la vie animale est extrê- mement diminuée ; plusieurs causes y ont con- couru : la multiplicité des chasseurs , le dé- pouillement des montagnes , la nudité absolue des collines , ouvrage des défricheurs , des chau- fourniers et des faiseurs de tan , ont privé le gibier des retraites à l'abri desquelles les re- productions étoient en sûreté^ principalement lorsqu'on veilloit à la stricte exécution d'un règlement qui assujétissoit les chiens des ber- 6q. annales gers à porter , suspendu au cou , un ïJalon de trois pieds de lon^ : cette précaution les em- pechoit de fouiller dans les buissons , de dé- truire les couvées et le jeune gibier. Ce rè- glement étant tombé en désuétude , les ani- maux n'ont plus de ressource que dans la fuite, qui les sauve rarement. arbres , Pépinières. Le défaut général des campagnes de ce pays est de manquer d'arbres. Si l'on en excepte quelques maisons d'agré- ment habitées par les propriétaires , et précé- dées par des^ avenues , on peut dire que les champs en sont absolument dépourvus. Une er- reur trop généralement répandue , un préjugé funeste à l'agriculture , c'est de i^egarder l'arbre comme devant être nourri au détriment du sol, et nuisant à la récolte par son ombrage : il étoit donc banni d'un terrein entièrement consacré à la production des grains. On revient pour- tant d'une opinion aussi fausse que préjudicia- ble : des pépinières se sont élevées en assez grand nombre depuis quelques années. Ce re- tour des propriétaires vers des idées saines , cette meilleure intelligence de leurs propres intérêts. EU110PÉE?>']N^ES. 63 &oiit les résultats de l'exemple et des leçons de C£uelques vrais amis de ragiicultuie. Il existe une pépinière considérable à la Be'- cède, dans la Montagne-Noire. Elle est compo- se'e de châtaigniers, merisiers, chênes, pins, sapins , etc. La pépinière départementale ne datoit que de l'année 1806 ; c'est à peu près à la même époque que l'administration du canal des deux mers en a fait établir une à Trèbes , qui compte environ cinquante mille arbres. Elle en avoit déjà formé a Mirepeisset , division du Somail, une autre qui en renferme plus de soixaiite mille. Malgré les dévastations qu'une fatale habi- tude exerce encore contre les arbres, la clierté du bois a, depuis vingt ans^ forcé les proprié- taires de multiplier les plantations de saules , de peupliers et de frênes. Un arbre précieux qu'il seroit à désirer de voir multiplier généralement, c'est le platane j il vient à merveille dans les bas-fonds ou le long des rivières : dans un terrein qui lui est propre , sa végétation rivalise en cinquante ans celle du chêne à cent cinquante. On peut ju- ger de son utilité par le fait suivant : M. Lespinasse , ingénieur du canal à Trèbes, 64- A^^ALES après avoir fait l'épreuve du bois d'un platane coupé depuis dix ans , et l'avoir compare à un chêne coupé depuis la même époque , a re- connu que le premier étoit plus pesant. Cette remarque l'a porté à proposer à l'administra- tion du canal l'emploi de cet arbre aux écluses, en remplacement des flèches de chêne qui cha- que jour deviennent plus rares. L'administration ne parut pas d'abord goûter cette proposition ; mais enfin , soit réflexion , soit besoin , soit épreuve , elle a consenti à l'établissement de ces nouvelles flèches. L'expérience en a justifié la bonté, et il s'est en conséquence vendu , dans la commune de Villalier , au prix de 80 fr. chacun , une centaine de platanes d'environ quarante ans, qui formoient le rideau d'une prairie dépendante de la maison de campagne de l'ancien évèque de Carcassonne. Communaux, Les vacans ou terres incultes formoient à peu près la moitié de la surface du départe- ment (1) , à cause des montagnes dont il est cou- (i) Ce quifaisoit trois cent quinze mille deux cent soixante- treize hectares. EUROPÉENNES. 65 vert, et appartenoicnt aux ci-devant seigneurs, qui accordoienl aux habitans de leur commune la faculté d'y mener paître leurs bestiaux , moyennant une rente annuelle extrêmement modique. Ces terres incultes , appelées dans ce pays garrigues , étoient plus ou moins parse- mces d'aibres , ou remplies d'arbustes , selon les localités; mais toutes l'ournissoient le bois de chauffai^e au-delà des besoins communs. Ce nom de garrigues, leur venoit d'un petit chêne, nommé en patois garric , qui , nota nj ment sur les montagnes vo.siiiesd(i iNarbonne, produit le kermès dont ou fabriquoit le vermillon., 11 y croissoii une foule de j Jantes aromaii([ues qui otfîoii'nt aux troupeaux une nourriture aussi sainequ'al)ondanle. Les^o^^/'ce^^entietenues par la 7Hgétation, la rendoienl à son tour plus ac- tive et plus vigoureuse. Du mori^-^nt que les lois nouvelles eurent abandonné ces terreins aux com- munes,celles-ci en abusèrent, an pointqne bientôt ils ne présentèrent plus qu'un aspect hicieux, sans bois, sans terre, sausdépaissunce, sans eaUy tel enhn (ju'nn s icle entier pourroil Ix peine réparer ces immenses cl cruelles df^vastations. De tout temps on s'est plaint dans ce pays de la fureur des usurpations et df s défriche" mens. Des ordonnances, des lois avo eut été 2. 5 {)6 ANNALES rendues pour la réprimei*. Les orages de la revo- lulioii avant brisé ce frein impuissant contre l'anarcliie, les usurpations se multiplièrent, les délVichemcns devinrent une calamité pres- que générale ; et une contrée , couverte autre- fois de pâturages et de troupeaux , se vit tout à coup menacée de perdre , avec l'aliment de ses fabricpîes, la source principale de sa richesse. En voulant étendre la culture des grains, on a livré à la destruction les collines et les mon- tagnes-, les arbustes, les arbres ont été arra- chés; et ces terreins, autrefois florissans et si utiles, situés sur des penchans, n'étant plus liés par le chevelu des racines, ont été entraî- nés dans les torrens qu'ils ont comblés et forcé de déborder sur les terres des vallons, et d'y déposer les graviers et les pierreis dont leurs lits étoient oî)5trués. C'est surtout dans les Corhières ^e, les défri- cheurs se montrent récalcitrans, et c'est dans ce pavs , plus que partout aUlenrs, que les défri- chemens sont désastreux. La terre, trop légère et trop graveleuse , y donne au plus deux ré- coltes ; bientôt épuisée par cette production, ou emportée par un orage, elle laisse à nu le pen- chant des montagnes, qui ne sont désormais sus- ceptibles d aucune espèce de végétation. De EUROPÉENNES. 67 proche en proche, le même ahus se commu- nique, se perpétue, ei finiroit par rendre à ja- mais déserts les lieux qui en sont le théâtre. -- - ' ' . ' ■■" Maladie extraordinaire des Brochets, Stockholm, le 7 septembre. Le médecin de la province d'Helsin^^oland a fait, le 24 aoLit , au collège de santé, un rap- port d'après lequel il s*est manifesté , aux mois de mai et de juin, dans les paroisses d'En et de Nuitanger , situées sur les baies, d'abord une agitation extraordinaire , et ensuite des symp- tômes singuliers de nialadies parmi les brochets. Ces poissons, se réunissant en groupes serrés, paroissoient chercher la terre, s*élançoient entre et contre les rochers, ou sur le sable , de sorte que ceux qu'on a pris à la main , souvent du poids de plusieurs lispund^ avoient des contu- sions plus ou moins foites à la tête. Derrière les nageoires du dos, il y avoitsur tous ces brochets une forte tumeur humectée de sang, avec des écailles verticales et des gerçures à la peau. Des poissons, daiis cet état, ne pouvant être une nourriture saine pour les hommes^ le médecin de la province a donné connoissance de ce phé- 5. 68 A3NNALES noniène au commandant, et Ta prie défaire publier un avis aux liaLitans, non -seulement de ne pas inan^^er.de ces poissons , mais de les rassembler j)our les enterrer dans des fosses profondes , à une certaine dislance des habita- tions. En consc'quence, il a paru le i/|. août, à celle fjn, inici)ublicationqui produira sûrement l'eilet qu'on en attend (i). UiN bûcheron des A rdennes a de'couvert dans leironcd'nn \ ieil arbre abattu quatre-vingt-neuf pièces de monnoie que l'on a reconnues pour élre samniles, et remonter à deux cent soixante- seize ans avant la fondation de Ronif . Or, l'âge de cet arbre, qui pouvoit avoir déjà à cette époque soixante à quatre-vingts ans, seroit de trois mille six cents ans. p^oyage cC Angleterre en Rus'j comme combustible , en fournissant à tous les » besoins de nos ateliers, surtout pour l'exten- »i sion des forges. »> 11 fait ici un grand éloge de cette partie de l'industrie , el la regarde comme un moyen d'employer pendant l'hiver une foule de bras inoccupés , et de consommer rimmense quan- tité de tourbe que possède le département du Cantal. Il termine par le conseil de cultiver la grande ctendue des landes appartenant aux particu- liers^ de la même manière que celles des com- munes (1). Souterrain extraordinaire en ^mérigne. On a découvert en Amérique un souterrain fort curieuxdans les propriétés de M . J.-L. Rayz, vis-à-vis le village de Watertow ; l'entrée est à environ six cents pas de la rivière. Un voyageur qui y est descendu a rapporté ce qui suit : (i) On Toit que ces vues utiles , et de M. d'André , et de M. de Chabriol , concordent avec celles de la Société de fructification , de rendre tous les espaces incultes du sol fi aijçais à la vie et à la production , afin d'assurer à tous les cantons du roj^aume une inaltérable abondance en toutes ohoses nécessaires. 8o ANNALTiS « On entre par un seniier toilneux qui se trouve à environ cin;j jnecis au-(l('ssr»us de Ja surface du soi environnani. ApiVs être des- cendu seize pieds et demi , on se trouve dans la première clianibre , qui a vin*^L pieds de loiii^ sur seize de lari^e. En liâce de l'entrée, est une large piene , formant i-ue table piaie, de douze à quatorze pieds cairés, de deiix pieds d'épaisseur, et élevée de quatre, l/'enormes stalactites sont suspendues à ia voûte du sou- terrain. A la i^auelie, csl un passage voûté de cent cinquante pieds ■> L offrii'a rayonnant aux yeux de l'avenir. ioS ANNALES » Vous qui, las 3es douceurs d'une tranquille vie, » Sur ce trône parfois leviez un œil d'envie , » Approchez , et voyez ; » Vos pieds , comme ces pieds , » Ont-ils foulé d'une terre étrangère, » Durant trente ans d'exil, la lointaine poussière ? » Vos yeux^ comme ces yeux , » Sur cinq tombeaux , hélas ! dont la cendre est errante , » Des êtres les plus chers qu'ils comptoient sous les cieux, » Ont-ils pleuré quelque moisson sanglante? » Qu'est-ce donc , en effet , que cette royauté? De soucis , de labeurs un amer assemblage , « Un éclat sans félicité , » Un fort bâti contre l'orage, » Un chêne en butte à tous les vents , » Et dont mille torrens, » Sans l'œil, toujours ouvert, des puissances divines , » Ebranleroient les antiques racines. » Vous qui ne croyez pas qu'un sceptre soit pesant, » Vous pour qui la couronne est un joyau brillant , » Venez , du corps d'un Roi méditez les ruines ! » L'âme ne parla plus , Elle avoit fui loin des pompes mondaines , Comme un phénix , sur ses ailes soudaines , Loin des palais de Thèbe , aux yeux des Rois confus , Remonte aux célestes domaines. Oui, tel que le phénix, le Roi ne meurt jamais; De ce divin oiseau l'éclatante auréole Est rimpéris«able symbole De ce sacré bandeau qui luit sur les Français. EUROPEENNES. IO9 Ses chants sont les chants du sage, Son bûcher n'est que l'image De l'inévitable loi , Et sa cendre radieuse, Une couche mystérieuse D'où s'élance un nouveau Roi. Denne-Baro:?. 110 ANNALES ANNONCES. Société anonyme de Fructification générale^ ayant pour but de fructifier, dans V espace de quinze ans , tous les vides improductifs quelconques qui existent épars sur la terre et dans les eaux de la France* Ainsi que nous Tavons dit dans la prece'- dente livraison , on a, pour exécuter ce vaste plan de piospe'ritë nationale, cre'e' un fonds de cent millions , divise en deux cents mille actions de 5oo fr. chacune, dont le versement, à faire par dixième chaque année, se réduit à 5o fr, (i)^ dans la vue de départementaliser cette grande opération, et d'y intéresser aussi hien le plus foible propriétaire de nos provinces que le plus riche capitaliste. 1 (i) Excepté c^eîui de la première année, qui sera 4e cinquante-cinq francs ^ par le motif énoncé dans l'article VI des statuts. EUROrr.ENJNES. 111 D'aprcs l'acte des statuts de la Scciét?, de'posé^ avec le mémoire consullalif, chez M. Vavin , notaire, Vieille rue du Tenu le , rC 76, il est assuré un inlérétde cinq | ourcent, payable par semestre aux porteurs d'actions, en attendant les bénéfices salisfoisaiis que produiront les tra- vaux de celte î ature et de cette étendue. MM. les notaires de tous les départemens du royaume sont donc invités d'ouvrir un registre pour y recevoir les souscriptions d'actions , dont les versemens de fonds ne seront à faire , en échange des actions, que dans le mois où Xacte social, soumis à la sanction du Roi, aura été approuvé et consacré. Ils sont également priés d'aviser, de quinze en quinze jours , le notaire à Paris susnommé, du nombre des souscriptions qu'ils auront re- çues, afin^qu'ils puissent être avertis à leur tour du moment oii les deux cents mille actions seront remplies , et dont l'ordre de date aura la primauté. « Jamais , dit le M oniteur, sujet plus grand ^ » plus éminemment français ^ na été offert a » V attention du Monarque et du Gouvernement: » c'est une cause immense , portée au tribunal » de la société entière ; elle tend à embrasser » tous les règnes de la nature. Cest à la France Il2 ANNALES w et à son Gous>ernement qu'appartiendra Vhon- » neur cV avoir pris cette importante initia- M tive , etc. » En effet, doubler la fortune territoriale du beau royaume de France, ce que le Gouverne- ment ne pourroit pas faire avec un sacrifice de 600 millions j éterniser les bénédictions sur le règne de notre Roi et de son auguste Famille , en- assurant à tout le corps de la nation une destinée incomparable en biens solides, dont Tinfluence s'étendra d'une manière heureuse sur toutes les branches de la prospérité pu- blique : Tels sont V objet et les vues de la Société ano- nyme de Fructification générale (1). (i) Les Annales Européennes , ayant été la source et le principe de la Société de Fructification générale , ont été adoptées pour le 7oMr«aZ 5/7ec/a/ de cette Société ; elles sont donc chargées de relater dans le plus grand détail et la marche et les opérations si intéressantes qui doivent s'exé- cuter sur tous les points du royaume ; enfin , ce journal rendra compte , mois par mois , des fructueuses métamor- phoses qui doivent s'opérer simultanément dans tous les cantons de la France , et si dignes d'intéresser la généralité des habitans. EUROPEENNES. JI Voyage autour du monde ^ entrepris par ordre du Roi , exécuté sur les con>ettes de iS*. M. /'Uranie et la Physicienne , pendant les années 1817, 1818, 1819 et 1820; publié sous les auspices de LL. EE. M, le comte DE Corbière , secrétaire d^.Etat de V intérieur ^ pour la partie historique et les sciences natu^ relies; et le hiarquis de Clermont-Tonnerre, secrétaire d'Etat de la marine et des colonies, pour la partie nautique. Par M. Louis DE Freycinet, capitaine de vaisseau , cheva- lier de Saint-Louis et de laLégion-d^ Honneur, correspondant de V Académie royale des Sciences de ^Institut , etc. , etc. , comman- dant de r expédition. Huit volumes in-[^ , accompagnés de quatre atlas , formant en tout 348 planches , dont 117 coloriées, dessi- nées et gravées par les meilleurs artistes. Le Voyage autour du monde, fait par ordre du Roi ^ sous le commandement de M. le capi- taine de vaisseau Louis de Freycinet, touche au moment de sa publication. Cette helle entre- prise, exécutée sur le plan le plus vaste ^ est, 2. 8 il4 A]>fNALES snijs contredit^ aussi une des plus remar(|uables qui ail éic faite dans les temps modernes. Soit qu'on la considère sous le rapport des richesses dont elle a doté l'histoire naturelle et les sciences physiques, soit qu'envisagée sous un autre as- pect, on ne s'attache qu'aux ohservations plus piquantes qui ont l'homme sauvage pour objet, ou ne pourra disconvenir qu'aucun voyage de découvertes n'a offert une masse de faits plus imposante et d'une utilité plus incontestable. Deux ans et demi ont suffi à peine pour pré- parer et pour mettre en ordre les nombreux matéi iaux recueillis pendant cette longue na- vigation, et faire graver les figures, les cartes et les vues qui doivent accompagner et orner l'ouvrage. L'exécution decetle j^artiedu travail, qui offroix de grandes difficultés et exigeoit des dépenses considérables, a été faite aux frais du Gouvernement. ?So«is ne craignons pas d annon- cer que, parla perfection des gravures, la variété et l'importance des sujets, ce Yoyage pourra être mis de pair avec ce qui a été fait de plus soigné et de plus précieux en ce genre. En 1817, le Roi confia au capitaine de vais- seau, Louis de Freycinet, le commandement d'une expédition autour du monde, dont le but f. EUROPÉENNES. Xl5 principal ëtoit la recherche de la figure du glohe dans l'hémisphère sud, et celle des élëmens du magne'iisine terrestre. Plusieurs questions de météorologie avoient aussi été indiquées par l'Académie des sciences comme très -dignes d'attention. Muni de toutes les instructions qui dévoient le diriger dans ses travaux , et lui suggérer les recherches et les expériences qui pouvoient le plus concourir au progrès des sciences pendant le cours de sa navigation , M . de Freycinet partit de Toulon le 7 septembre 1817 sur la corvette VTJranie, Après avoir relâché à Gibraltar et à Sainte- Croix de Ténériffe , il entra à Rio-dc'Janeiro, où il fit un grand nombre d^observations magné- tiques et d'expériences du pendule. Les natu- ralistes de l'expédition ramassèrent aussi beau- coup d'échantillons dans les trois règnes; les dessinateurs enrichirent leurs portefeuilles de vues intéressantes, decostumes^ de machines,etc. Enfin , on se procura des cartes inédites et une grande quantité de notes sur l'état géogra- phique , physique, industriel^ commercial, moral et politique du pays. De Rio-de- Janeiro on se dirigea vers le cap de Bonne-Espérance , que l'on quitta , après un séjour d'un mois, 8. -> I l6 ANNALES pour aller mouiller au Porl-Louis de l'Ile-de* Fiance. Plusieurs habitans d'un grand mérite communiquèrent h M. de Freycinet des notes intéressantes sur des faits que la courte durée de sa relâche ne lui eût pas permis d'oLserver lui-même. C'est ainsi qu'il put acquérir des no- tions précieuses sur l'état de l'agriculture > sur le commerce, l'industrie, les linaaices, et l'état moral des habitans, cette matière si étendue et si délicate, qui ne s'offre souvent aux yeux qu'au travers d'un voile , et entourée de prestiges. On quitta l'Ile-de-France le 16 juillet; et, après s'être arrêté quelques jours à Bourbon , on fil route pour la baie des Chiens-Marins , où l'on jeta l'ancre le 1 2 septembre» "Là, le comman- dant établit deux aland)ics , l'un à bord et l'autre à terre , pour se procurer de l'eau douce par la distillation de l'eau de mer. L'équipage , composé de cent vingt hommes , ne but pendant un mois que de l'eau fournie par l'aiambic : personne ne se plaignit et ne fut incommodé. A la table du commandant , on en servit même pendant trois mois consécutifs, sans le moindre inconvénient, ei M. de Frevcinct préféra plus tard l'eau de mer distiliée à celle qu'il avoit prise à terre. Diverses rencontres avec les naturels du pays EUnOPÉENJNES. 117 offrirent les moyens ci'ajoiiler quelques pages à l'histoire physitpie et morale de l'iiomme sau- Ya"e de ces contre'es. Arrivé à Coupatig, sur l'île de Timor^ M. de Freycinet ne retrouva pas cet établissement dans l'état florissant où il l'avuit vu jadis, lois du voyage de Baudin aux Terres australes. Un air de misèie étoit répandu partout; à peine la ville paroissoit-elle habitée ; on n'y voyoit point , comme autrefois^ ces danses nocturnes qui tlon- noient une idée de la gaité et du buidieurdes habilans. Le rajah Louis d*Amanoeban^, homme audacieux, entreprenant et dévoré d'ambition , remplissoit tout le pavs de terreur et d'alarmes. Malgré des circonstances difficiles , et la tem- pérature horrible qu'il falloitsupporter, puis([ue le thermomètre parfois s'élevoit, au soleil et à l'air libre, a/^6 degrés du thermomètre centigrade , et à l'ombre, à 35 et 35 degrés, le commandant et ses officiers ne se livrèrent pas avec moins de zèle aux travaux scientifiques qu'ils dévoient exécuter pour accomplir leur mission. Cependant la dyssenterie menaçoit de ses ra- vages, et l'on se hâta de partir. On visita sur Tile Ombai le village de Bitoca , situé sur sa côte méridionale. Cette incursion , considéjée âous les rapports des sciences naturelles et d^ ItS ANNALES l'histoire de rhomme , est d'autant plus intéres- sante, que jusqu'ici cette île a clé peu fréquentée par les Européens. Les peuplades qui l'iiabiient ^ sont extrêmement guerrières et féroces ; quel- ques-unes même sont anthropophages. Le 17 novembre, on aborda à Diilé, chef-lieu . des élablissemens portugais , sur la côte septen- trionale de ïimor, où, indépendamment de plusieurs expériences magnétiques et de quel- ques recherches d'histoire naturelle, l'expédi- tion s'enrichit encore de renseignen\cns curieux sur l'histoire de Timor, sur son état politique, son agriculture, ses productions, son commerce, les mœurs et les usages des peuples indigènes qui l'habitent, et que l'on a trop souvent confondus avec les Malais. Arrivé en vue de Céram et d'Amboine ^ M. de Freycinet s'avança dans le détroit qui sé- pare cette dernière de l'île de Bourou ; de là il se dirigea sur l'île Gassa. Un grand nombre d'îles de diverses grandeurs se présentèrent suc- cessivement, et offrirent un champ vaste aux observations des géographes de rUranie* Ce fut dans ces parages que le kimalaha , ou grand- amiral de Guébé, vint à bord, et fournit à M. de Freycinet divers renseignemens sur son pays et sur ses expéditions maritimes. EUROPÉENNES. 1 IQ Après avoir examine un grand nombre d'îles que les cartes n'indiqnenl po^nt^ entre On;^bé etVaigiou, et reclifié plusieurs erreurs j^cvr- grapiques importantes, le commanda m .^e lIi. i- gea sur l'île Rawak, où il éiaijlii son <îl>;«.erva- toire dans une position très- favorable aux expé- riences du pendule qu'il avoii à faire sous l'eijna- tcur. Pendant que les uns siiivuienL les travaux de l'observatoire , d'autres parcouroient le )*nys pour étudier et recueillir les magnifiques p.o- ductions que la terre, l'air et les eaux otfroient de toutes paris aux naturalistes. Plusieurs scèn. -s pleines d'intérêt, des paysages d'un beau caiac- lère, fournirent à une récolte d'un genre dînè- rent, mais non moins précieuse. La géograpbie s'enrichit également de plusieurs cartes fort dé- taillées et très-importantes. VUranie quitta le mouillage de Rawak Je 5 janvier 1819; et, après avoir vu les îles de l'Amirauté et traversé l'archi-jcl , si [)eu connu, des Carolines, elle arriva aux ilcs Mariu^ines. Quelques courses dans l'iniéiieur de l'ije Guam , une incursion particulière à celles de Rota et de Tinian , mirent à même de lecu'eillir des notions intéressantes sur l'état actuel de ces contrées dans leurs rapports avec Tliistoire na- turelle , la géographie , la fertilité du sol et les 120 ANNALES productions agricoles. M. de Freycinet réunit aussi des renseigneniens curieux sur les mœurs des anciens peuples des Mariannes, sur leur lan- gage, leurs lois et ce gouvernement singulier, où les femmes n'ëtoient point , à la vérité , maî- ti-esses absolues, mais où elles jouoient un rôle important. Les faits recueillis aux Mariannes permettront de donner une histoire à peu près conTplète de l'état ancien et de l'état actuel de tout l'archipel ; ce qui, joint aux nombreux et jolis dessins de MM. Arago et Pellion , four- nira, sans contredit, un des épisodes les plus intéressans du Voyage. De Guam, l'expédition fit voile pour les îles Sandwich , et mouilla dans la baie de Kayaka- koua, sur File Ovvhyhi , le 8 mai 1819. C'est lu qu'étoit jadis la demeure principale de Tamé- haméha, roi de ces îles. Il venoitde mourir. Son fils aîné et son successeur (i), qui tenoit alors sa cour à Kohaï-haï, vint à bord de VUranie avec ses femmes et une suite nombreuse , à l'occasion . du baptême que M. l*abbé de Quélen^ aumô- nier de l'expédition, fit d'un des principaux chefs de l'île. La cérémonie fut brillante; mais M. de ( Mort en Angleterre, ainsi que la reine, en 1824* EUROPÉENNES. 121 Freycinet ayant fait servir quelques rafraîchis- semens , il vit l'instant où le monarque et toute sa suite alloient, à force déboire, se mettre hors d'état de se retirer. La nuit vint heureusement rappeler tout le monde à terre. Le séjour aux îles Sandwich , indépendam- ment des travaux qui furent exécutés pour satis- faire à la partie scientifique du Voyage , a pro- curé un grand nombre de faits nouveaux et intéressans sur l'état physique et moral d'un pays qui est encore trés-imparlailement connu en France. UUranie se dirigea ensuite vers le Port-Jack- son , en traversant les îles de la Polynésie aus- trale , et après avoir suivi quelque temps l'équa- teur magnétique. On rectifia, en faisant route, la position des îles du Danger, de l'île Pylstaart, de l'île Howe, et l'on découvrit, à l'est des îles des Navigateurs, une petite île entourée de ré- cifs dangereux , qui fut nommée lie Rose. Le l8 novembre 1819, on mouilla au Port- Jackson. Les naturalistes de l'expédition péné- trèrent au-delà des Montagnes-Bleues, d'où ils rapportèrent de précieuses richesses. Les docu- mens nombreux réunis par M. de Freycinet sur un point où l'Angleterre a su former, avec le rebut de sa population , une colonie d'une pros- 123 ANNALES pcrilc admiraLle, salisferoni sans doute la cu- riosité des lecteurs , et fourniront à l'iiommc d'Etat matière aux uicJi talions les plus pro- fondes. En cpiillant le Port-Jackson, on fit route pour passer entre l'île \ an-de-Diéraen et la Nouvelle- Zélande ; et, après avoir doublé l'extrémité méridionale de ces dernières îles , à vue de Tîle Campbell, on eutconnoissance, le 5 février 1820, des côtes de la Terre-de-Feu , dans le voisinage du cap de la Désolation. On vint mouiller à la baie de Bon-Succès, dans le détroit de Leniaiie ; mais une tempête horrible , et telle qu'aucun des hommes qui éloient à bord n'en avoit jamais éprouvée, vint forcer VUranie à remeitre sons voiles. Une manœuvre prompte et heureuse sauva le bâtiment de ce premier dan- ger; mais d'autres l'attendoient plus tard; et, en effet, le 1 5 février, après une lutte où, malgré des efforts inouïs, l'équipage fut sur le point d'être englouti, on parvint à jeter la corvette sur le sable, dans la baie française des îles Ma- louines , et à mettre exi sûreté les résultais de l'expédition. Malgré la position cruelle où se trouvoient les naufragés, privés des choses les plus indispen- sables à la vie , accablés de travaux pénibles EUKOPÊEÎS^NES. 125 et continuels , on ne perdit point de vue les obli- gations qu'imposoit la nature même du voyage. L'observatoire fut dressé, la géographie de la baie fut entreprise, et les naturalistes se livrèrent de leur côté à leurs recherches habituelles. On travailloit à construire un nouveau vais- seau des débris de VUranie , quand un navire américain étant venu, de cas fortuit, relâcher dans la baie , M. de Freycinet en fît l'acquisi- tion ; et lui ayant donne le nom de la Physi- cienne , il partit avec son équipage et ses collec- tions, et alla mouiller sous son pavillon à Mon- tevideo , et successivement ensuite à Rio-de- Janeiro. Les travaux relatifs aux sciences se firent là avec une nouvelle ardeur, et produisirent de nouvelles richesses. Enfin, la Physicienne ayant quitté Rio-de-Janeiro pour opérer son retour en France, entra dans le port du Havre le i3 no- vrm^.re 1820, après une navigation de trois ans et pios de deux mois. Tel est l'itinéraire abrégé de cette expédition de découvertes, la première où les officiers de marine seuls aient été chargés de toutes les parties des observations et des recherches scien- tifiques. 124 ANNALES ^ conditiojss de la souscription. Conditions dans le cas oit l'on souscrive à tout V ouvrage^ moins la partie hydrographique. , Le prix de chaque livraison, planches et texte compris, avec couverture imprimée, sera, pour les personnes qui souscriront à l'ouvrage en- tier, moins toutefois la partie hydrographique, de. , 12 fr. Il a été tiré quelques exemplaires sur papier vélin. Prix pour chaque livraison aux mêmes souscripteurs. . . 24 fr. Et papier vélin, avec les planches papier de Chine : prix 3o fr. On ajoutera i fr. par livraison pour la recevoir par la poste. Chez PiLLET aîné, impiimeur-lihraire, rue Christine, n° 5, à Paris. ;UROPE£NNES. 25 L'ORIFLAMME (i) , Journal de Littérature , de Sciences et Arls , d'Histoire et de Doctrines religieuses et monarchiques» . L^ Oriflamme se publie par livraisons, compo- sées de trois feuilles d'impression; la publica- tion a lieu trois fois par semaine. Ce journal, rédigé par des hommes connus depuis long- temps par leurs lumières, leur goût et leurs sen- timens , mérite les glorieux suffrages dont le public l'bonore. Cocsacré à la défense des doc- trines religieuses et monarchiques, il combat ces fausses doctrines prétendues phiJosophiques, dont l'unique effet est d'introduire le désordre dansla religion etdans l'Etat. S'il fait la guerreaux doctrines, il respecte les personnes; ses critiques (i) Oa s'abonne à Paris , chez J. G. Dentu , imprimeurs- libraire , rue des Petits-Augustins , 0° 5 , faubourg Saint- Germain ; au dépôt de sa librairie , Palais-Royal , galerie de bois, no' 265 et 266. Le prix de l'abonnement est de i4fr'> franc de pprt, pour trois mois , ou treize numéros» 126 A^'NALES sont faites avec iinparlialilé et franchise. Ama- teur de la saine littérature, il fait une guerre vive et raisonnée au mauvais goût que Ton s'ef- force d'introduire parmi nous sous le nom de romantique. Nous avons lu avec le plus grand plaisir l'article consacré à l'annonce des poésies de M. Victor Hugo. L'auteur, sans manquer aux convenances et aux égards que l'on se doit entre gens de lettres^ attaque avec les armes d'une saine critique le genre romantique dont 31. Victor Hugo s'est déclaré le champion. Il n'en rend pas moins justice au talent du poète. «M. Hugo, dit-il, est assez jeune pour ren- trer dans la roule d'où il est sorti, jj A quoi bon s'égarer en cultivant un mauvais genre de litté- rature, lorsqu'on possède assez de talent pour réussir daiis la bonne? Les articles beaux-arts sont rédigés avec la m<^me impartialité et le même goût. Le compte rendu de l'exposition de 1824 sera non-seule- ment agréable pour les amateurs , mais encore utile aux artistes; ils y trouveront de justes ob- servations et de sages conseils. La neuvième livraison contient un passage remarquable sur la mort du Roi. Le talent re- EUROPEENNES. I27 connu de l'auieur de cet article me dispense d'en faire l'éloge. En gene'ral , V Oriflamme se distingue par la modération , par l'urbanité et la justesse de ses critiques, et par l'attrait piquant qu'offre la lecture de ses articles variés ; et nous pouvons assurer que M, Dentu a bien mérité des sciences, des lettres et des arts , en publiant son intéres- sant Journal. A. D. \mr. S.rapnroerîe de C, T, Trouvé , -i^e des Filles-Saint-Tbomas, n. 12, ANNALES EUROPÉENNES, ST f ^ DE FRUCTIFICATION GENERALE> PUBLIÉES SOUS LA DIRECTION DE M. RAUCH, ANCIEN OFFICIER DE GÉNIE, ETC. XXII». LIVRAISON. Sur la plantation , la culture et l^ exploitation des arbres de haute futaie et autres* IIP. ARTICLE. Je vais indiquer, avec leurs propriétés, leur valeur relative , etc. , les diverses essence^ d'ar- bres cultivées jusqu'à ce jour (i) , qui réus- sissent le mieux en corps de bois, ou en plan» talions détachées dans les différentes parties de l'Ecosse , afin qu'on puisse juger , d'après l'analogie des terreins et des expositions ^ ce qu'on (i) L'estimable ouvrage de M. Michaux, et plusieurs de ceux qu'on a publiés depuis dix ans sur rAmérique méri- dionale , prouvent combien il nous seroit facile d'enrichir nos forêts d'espèces nouvelles. 2. 9 l5o ANNALES peut Utilement emprunter des pratiques ëcos- s.iises, et ce qu'on peut obtenir même d'un jterrein ingrat, dont le désavantage soroit com- pensd par un climat plus favorable. J'ai déjà observe' qu'en loales contrées et sur toute nature de sol , les espèces d'arbres qu'on doit cultiver de préférence, sont celles qui croissent nalurellcment dans le pays , ou dont on a retrouvé des débris dans les fouilles qu'on y a faites. On ne compte en Ecosse que douze espèces principales d'arbres indigènes ; ce sont les sui- vantes : Le chêne, quercus robur j le ùéne , fraxinus excelsiorj le sycomore ou érable , acer pseudo- plat anus ; le pin d'Ecosse, pînus sjhestris j l'orme d'Ecosse , iihnus /tzotz^^/z^; le bouleau, helula alba'jVsiViiiQ, betuna alnus , le sorbier des oiseaux, sorbus aucuparia ; le tremble, populus trejnulaj l'if, taxus baccata; le houx, ilex aqui- fbliiun j le saule, sallx , d'espèces diverses. Yirigi-([uatre espèces d'arbres, ou indigènes ou exotiques , naturalisées, sont plus ou moins généralement culiivées en ce pays, et méritent plus ou moins l 'attention de nos propriétaires. Ils y trouveront bien certainement l'espèce qui convient a leur sol , quel qu'il puisse être , puisque, sous le ciel brumeux et sur le lerrein EUROPÉENNES. l3l iiiirrat de la Haute-Ecosse , et des îles Hébrides et Shetland , peu d'essais de culture, approprie's à la nature du lerrein , ont long-temps frustre l'espéiance des planteurs intelligens. Je vais parcourir rapidement ces vingt-quatre espèces d'arbres, et je ne m'étendrai plus particulière- ment que sur celles dont il importe le plus d'en- courai^er la culture* Le Chêne, • I.E cKene , cjuevcus robur et quercus pediin- culata, sont,. comme elles méritent de rcire, deux variétés plus particulièrement cultivées en Ecosse. Ou sait que les botanistes ont décrit plus de soixante-dix variétés de cet arbre précieux. La nature semble avoir voulu l'adapter à une grande variété de terreins et de situations , et proportionner la latitude des choix à la diversité des besoins. Le quercus robur et le quercus pedunculat a sont indigènes des îles Britanniques. Le dernier ' surtout est estimé pour l'utilité et la dureté de son bois; il est encore recherché })Our l'impo- sante beauté de son port et de sa léie. On trouve des forèi s entières de ces deux espèces de chênes indigènes couchées sur les lits de terre glaise, .9' 102 ANNALES que recouvre la superficie plus ou moins pro- fonde des mousses et bruyères communales. Ces , arbres, surtout ceux de la foret Calédonienne, Caledoîiia-Syha, mentionnée par Tacite , sont, en général , des plus grandes dimensions , et , pour la plupart , bien conservés. Cette cii cons- tance prouve qu'un fonds de franche terre glaise convient surtout à c^tte espèce d'arbres. Il est à remarquer que presque tout ce qui reste de chênes Jndigènes en Ecosse, croît naturellement sur les parties inférieures des montagnes, sur les reveis des collines, sur les fonds des lacs. Parmi les diverses espèces de chênes natura- lisées dans le pays, on doit remarquer le quercus muscosa , si commun sur les bords du fleuve Hudson , dans l'Etat de New-Yorck. Il a très-bien réussi dans tout le nord de l'Angle- terre , même dans les plus pauvres terreins et dans les sables en apparence stériles. Le port de ce chêne est aussi d'une beauté remarquable. Le quercus suher et le quercus coccifera ont été introduius en Ecosse il y a environ un siècle. Les différentes variétés du quercus ilex et du cliêne vert , surtout du quercus virens ( Mi- chaux, ^/^. tom. II), que Miller à cultivés dés 1709, sont autant d'acquisitions précieuses qu'a laites ce pays. Celle du quercitron, quercus Une- EITROPÉENNES. l55 toria, ne l'est pas moins sous le rapport commer- cial : on Ta depuis peu associe' avec succès au mélèze dans les vallées de la Haute-Ecosse. La plupart des Parisiens ignoreiit peut-être que leur bois de Boulogne doit la naturalisation qu'on y a essayée de cet arbre précieux , aux dé- vastations des Cosaques et à la prévoyance répa- ratrice du Gouvernement (i). Les propriétaires tirent un gros revenu de leurs taillis de chênes, qu'on a assez géuérale- menl mis en coupes réglées. Les produits de ces coupes sont employés dans les constructions et réparations des fermes et cliaumières^ à la con- fection des instrumens aratoires ; une assez forte portion est vendue comme bois de chauffage , ou convertie en charbon ; mais le principal bénéfice qu'on en retire provient de la vente des écorces pour les tanneries, lesquelles ont beaucoup encouragé depuis trente ans l'exploi- tation de ces taillis de chênes , et snbsidiaire- ( I ) Nous avons déjà dit dans la précédente livraison que vingt mille pieds de quercitron, provenant d'une planta- tion de glands , ont été élevés par les soins de M. Michaux jeune , et sous la direction de M. d'André. Il a été reconnu par des expériences qu'une partie d écorce de quercitron donne autant de matière colorante que 8 à lo de pastel. l54 ANNALES Hieiii ceux des sor])icrs, des bouleaux et des mélèzes, doiii les écorces coiiileaucnt une plus ou moins forte proportion du principe tannin. La ])]upart des propriétaires de l'Ecosse ont suivi Texemplc patriotique (\ue leur a donné le duc de Montrose : ils laisseï t un certain nombre debali veaux de cbénes sur chacune de leurs cou- pes, etchoisissentà cet effet les pieds d'arbres les plus droits, les mieux formés et les plus vigou- reux. Ces réserves garantissent pour l'av^'iiir à l'Angleterre un apjirovisionnement de bois de construction, qui la rendra en grande partie in- , dépendante des marchés étrangers. A ces excep- tions près, les chênes ne se cultivent guère qu'en taillis sur les montagnes de la Haute-Ecosse, parce qu'il faut aux chênes de haute futaie un sol glaiseux, compacte et profond, qu'on ne trouve guère que dans la partie orientale de l'Ecosse et en Angleterre. Ils croissent cependant dans les terres légères^ comme dans les terres fortes , comme dans les fonds humides ou sr^cs , et, en général , dans tout ce qu'on peut appeler bonne terre; mais celle qui leur convient le mieux, et où ils profitent le plus, est un sol d'une grande épaisseur de terre substantielle, forte et noirâtre, portant sur une couche d'ar- gile ou de gravier , où leur racine pivotante peut EUROPÉEISNES. lOy peiîcirer à une grande profondeur, surtout dans les valle'es, an pied des collines, sur le Lord des eaux courantes , des lacs et des marcs d'eau. Dans les lerreins légers, saLlonneux, graveleUt et de peu de profondeur, ainsi que dans les fonds de glaise froide et tenace , le chêne croît plus lentement ; mais son grain est plus ferme et plus serré; sa maturité est plus lialive, parce ([ue sa végétation croissante s'arrête j^us tôt , et que sa tige n'atteint pas à la même hauteur que celle ào:^ chênes j^lantés en un sol plus compacte et plus profond. On a vu des chênes croître avec une grande vigueur de végétation sur une double couche d'argile rougeatre, sans aucun mélange apparent de substance calcaire. Aucune autre espèce n'auroit pu végéter dans un sol dont l'analyse n'offre guère que de l'eau , de l'oxide rouge de fer, dii silex et de l'alumine; et l'on, ne voit pas comment un chêne peut y trouver de quoi se nourrir. Il est vrai qu'on en voit souvent sortant des crevasses d'un rocher qui n'offre aucune trace de terre végétale. Dans l'intérieur d'un pays où les communi- cations sont faciles, nulle autre espèce d'arbre ne l'emporte sur le chêne , sous le rapport de l'ornement et dç l'utilité. A l'époque des coupes l36 AI^NALÉS régulières ou des ëclaircies d'une plantation, on obtient par le produit de Técorce un revenu presque égal, dans plusieurs parties du nord de l'Angleterre, à la valeur du sol, et le Lois est d'ailleurs appliqué aux besoins économiques du pays. Faute de transport par eau, on trouve- roii peut être de la difficulté à disposer des au- tres espèces de haute futaie, et qui n'ont pas cette valeur supplémentaire de l'écorce. Dans les plantations de pur agrément, le chêne doit prédominer, sans exclure les autres arbres fo- restiers. Les générations d'hommes qui se suc- cèdent doivent suivre les progrès de sa crois- sance, jusqu'à ce qu'elle ait atteint son dernier terme. On ne connoît en celte partie du monde aucun autre arbre qui vive aussi long-temps, le buis seul excepté : son port majestueux nous retrace la hardiesse, la grandeur et la durée des collines qu'il décore. Dans les fermes d'une étendue considérable, dont le sol est très-varié, ainsi que ses expositions, on rencontre communément quelques parties de terrein qu'on ne peut utilement mettre à profit, soit en céréales, soit en pâtures. On a trouvé que le moyen d'en tirer parti, sans di- minuer sensiblement le revenu de la ferme , »>toit de les planter entièrement en chênes. Ceux EUROPÉENÎTES. iSj qui croient faire un trop grand sacrifice à les attendre , forment autour des chênes de haute futaie un taillis d'essences diverses , qu'on sou- met à des coupes régulières : par ce rr/)yen, l'objet principal est rempli, et le désavantage abondamment compensé. La croissance annuelle d'un chêne de moyen âge, dans les îles Britanniques, est, en général, d'un pouce a un pouce et demi de sa circonfé- rence ; elle excède quelquefois cette proportion de la vingtième à la centième année ; mais elle dimi-nue quand elle a dépassé ce terme. On a calculé que dans les soixante-quinze premières années, la tige du chêne acquiert un volume d'une tonne (vingt quintaux) en solide bois, et sept tonnes dans b's soixante-quinze années sui- vantes. La Collection de Bath cite un chêne qui ne pouvoit avoir moins de trois cents ans, d'après le nombre de ses anneaux concentri- ques , et contenoit mille quarante-cinq et demi pieds cubes de bois , indépendamment de sa tête. Le tout pesoit vingt-huit tonnes, ou cinq mille six cents livres. Un autre chêne bien plus prodigieux encore étoit celui de Boddington , dans le Glocestershire, lequel mesuroit dix- liuit mètres de circonférence prise au pied de 1 arbre, et douze mètres dans la plus petite l58 ANNALES dimension de son fiit. On le supposoil antérieur a l'ère chre'licnne. Le feu Ta réduit en cendres en 1790. Il résulte des ingénieux et profonds calculs de M. Waistell que la croissance annuelle d'un corps de chcne, lacpielle, de quarante-cinq à soixante ans, suivant le plus ou moins de hau- teur de la tige, est évaluée à 5 pour 100 par an, commence à décroître quand l'aibre est arrivé à ce dernier leime. On sait que le chêne le plus propre aux cons- tructions maritimes est celui qui a atteint l'âge de quatre-vingts à cent cinquante ans, suivant la qualité du sol qui l'a nourri , et les différences de son exposition. D'après le prix auquel on paye les bois de construction maritime et autres, il y a plus de profit à abattre et à vendre les chênes quand ils ont atteint cinquante à soixante ans, que de les laisser sur pied jusqu'à quatre-vingts ou cent ans, pour attendre qu'ils soient propres au ser- vice de la marine, si, comme on l'a remarqué ci-dessus , leur croissance annuelle de soixante à cent ans ne représentoit plus, par exemple, qu'un intérêt annuel de 3 pour 100. Le pro- priétaire, qui ne doit naturellement consulter que son bénéfice, fait sa coupe au moment où ^ ETJROTÉEKJNIZS. l59 la valeur niimeraii e de la crue annuelle de ses arbres commence' à tomber au-dessous de Tin- te'rét ordinaire du capital de sa vente. Il sait bien que si la futaie, à l'âge de cent cinquante ans, ne devoit pas obtenir un prix supérieur à celui qu'on en offre à soixante , il y auroit perte évidente de plus du double de la valeur totale qu'avoit la futaie à soixante ans. Comme l'intérêt particulier se trouve ici en opposition avec un de nos pins importans services publics , on voit combien il est urgent de pré- venir, lorsqu'il en est temps encore, les effets d'une disette de bois de construction, qu'il est toujours si onéreux , et qu'il n'est pas toujours possible de tirer de l'éiranger. La France a plus de ressources à cet égard que l'Angleterre : les dimensions des routes et des canaux de celle-ci ne rendent aucune plantation possible, et pres- que tous les terrems communaux de quelque valeur ont été défrichés. L'immense développe- ment des grandes communications et des canaux exécutés ou projetés en France assurent, avec nos grandes masses de forets, les moyens ou du moins la possibilité d'approvisionner notre marine. On a de plus la ressource , malheureusement trop étendue, des friches communales, et eniin celle des propriétés particulières. li est bien entendu l4o ANNALES qu'avec les communes comme avec les parti- culiers, le respect dû aux droits sacre's de la proprie'te suLordonne cette ressource à des con- ventions faites de gréa gré (i).-.Qu'on assure aux uns et aux autres, s'ils consentent à laisser sur pied les arbres propres au service de la marine, de plus de soixante ans d'âge, la différence de valeur cpi'ils ont raison de ne vouloir pas perdre; qu'on prenne avec eux des arrangemens tels qu'ils n'aient pas d'intérêt à couper leurs arbres cin- quante à soixante ans trop tôt , sinon pour eux- mêmes , au moins pour le public, et l'on pourra compter sur un approvisionnement inépuisable. La condition de justice et de rigueur est que la convention soit libre et le prix équivalent. Les forets domaniales en Augleterre ne peu- vent fournir, année commune, plus de deux mille charges de bois de chêne pour l'appro- visionnement des poris, qui en demandent cent, mille et cent cinquante mille, en v comprenant les constructions du commerce. Un pareil état de choses étoit un appel auquel l'orgueil natio- nal et le patriotisme des Anglais ne pouvoient manquer de répondre. Déjà les grands proprié- (i) Ainsi qu'il est statué pour la Société de Fructificaliou générale de la France. EUROPÉENNES. l4-I taiies ont donne l'exemple : puissent les nôtres en donner un semblable, et trouver autant d'imitateurs ! Aux trois variéte's qu'on peut considérer comme appartenant plus particulièrement à la culture ordinaire du pays, le quercus robur , le vedunculata et le sessili flora , il faut joindre les espèces eti'angèrcs cultivées avec succès, telles que le chène-durmart, originaire de France, d'où il a passe dans le midi de l'An- gleterre : il n'est pas aussi fort que le chêne in- digène, et son grain est moiiis serré; il conserve plus long-temps son feuillage. Le chêne d'Autriche est plus élevé que celui d'Angleterre; le bois en est plus blanc, beaucoup moins dur et moins estimé. Des diverses variétés du chêne d'Amérique, on préfère le chêne dont la feuille ressemble à celle du marronier. Il croît à une grande hau- teur^ et se fait remarquer par la beauté de son port. Il est d'un très-bon service , et pi^opre surtout au charronnage. Le quercus ruhva , ainsi nommé de la teinte que prennent ses feuilles en automne, vient du Canada et des pay§ situés à l'ouest des montagnes Allégany. C'est un très bel arbre , qui prend \\\\ développement considérable, et s'élève à l43 A^KisALES qualrc-vingt-dix ou ceiit pieds de hauteur. Sa croissance est très-rajude : son bois e^t peu pe- sant, et relativenient moins durable; mais il est susceptible pourtant d'une multitude d'emplois utiles. Le qucrcus alba, qui doit cette dénomination à la blanchnir de son écorcc, croît à une im- mense hauteur dans les toréls de la INouvcUe- Aijgleterre et de la Caroline^ d'où on l'a tiré. Son bois est recherché pour les constructions maiitimes et domestiques. Il est solide et élas- ti(jue, quoique moins durable que le chêne an- glais. 11 croît rapidement. Le chêne de Riga est estimé pour la régularité de son grain et la uetteté de son écorce, que ne défigure aucun nœud. Les Hollandais tirent des forets d'Allemagne par le Rhin l'espèce de clicne dont le débit, par leurs scieries méca- niques, leur a été si profilable : ils en font des panneaux, lambris , et autres articles de menui- serie. La force de cohésion du chêne varie de 7,85^ ^ ^7>^9- Hvres par pouce carré ; le poids de son iTiodule d'élasticité, par pouce carré, set de 1,7 1/1,700. livres. Le poids du pied cube des diverses es- EUROPÉENNES. l/j5 pc'ces de chênes est dans les proportions sui- vantes : Chêne anglais (hien sec) de 4^ ^ ^^ ^i^» Chêne de Riga 45 à 54 Chêne rouge d'Amérique. . 37 à 4/ Chêne hlanc d'Ame'rique. . 5o à 56 Chêne de la mer Adriatique 58 à 68 En supposant la force , rêlasticité et la téna- cité du chêne anglais, quercus rohur^ comme égales à 100 , son rapport avec les autres espèces sera ainsi qu'il suit : Chêne anglais. DE Riga. d'Améhiqde. DE DaXTZICK Obskrvatiow. Force. 100. log. 86 107. On doit faire Élasticité loo. 93. 114. 117. remarquer que le« échantil - Ions de Ri^^a et de Oautzick Ténacité. 100. laS. 64. 99- étoient de pre- mier choix. Hauteur moyenne du tronc du chêne ordi- naire , d'après l'estimation d'Iiassenfratz , qua- rante-cinq pieds sur trente-deux pouces de dia- mètre. Orme* Les hotanistes comptent neuf différentes es- pèces d'orme; mais les deux variétés généra^ l44 ANNALES lenieiit cultivées dans le nord de la Grande* Bretagne, sont l'orme d'Ecosse, ulmus montana^ et l'orme d'Angleterre, ulmus campestrls. Le premier est à larges feuilles , rudes au toucher ; le second, à feuilles étroites. La Société d'Horti- culture de l'Ecosse a fait connoître (après Mi- chaux) et encouragé beaucoup la culture de l'orme blanc de l'Amérique septentrionale , uhnus americana. Cette espèce, dont le port et le feuillage sont de la plus grande beauté , réus- siroit à merveille dans nos vallons abrités. Uulmus montana est indigène des parties les* plus élevées de l'Ecosse. Il trouve à se nourrir, dit M. Nicol, sur les hauteurs les plus arides et les plus exposées, où Ton aperçoit à peine quelques indices de terre végétale. Ses racines pénètrent assez profondément dans les crevasses des rochers ,* mais il ne s'élève à une grande hau- teur, et ne déploie un grand luxe de végétation, que lorsqu'il croît dans une terre franche , noi- râtre , substantielle , et surtout profonde. Jl réussit encore dans un fonds de sable gras, d'une teinte foncée, ou quand la couche inférieure est de gravier; il rejette les terreins calcaires et marécageux. La terre franche, l'argile et la glaise men- tionnées ci-dessus, ne sont pas celles que les EUnOPÉENNES. 14.5 Lriqueliers emploient de préférence , et qui sont réfractaires et stériles , mais respèce de marne formée d'un détritus àe schiste ^ mêlé de sable et de substance calcaire. On pourra voir, dans les intéressantes expériences de M. du Tillet {Méin. de VAcad* des Se. 1772), de quelles proportions diverses se composent les terreins les plus propres, non-seulement à la culture des arbres forestiers , mais encore à celle de tous les autres produits agricoles. Si la végétation de l'orme d'Ecosse est plus prompte et plus vigoureuse, dans un sol riche et profond, on a reniarquéqueson boisy acquiert moinsde solidité ctde ténacité,que lorsqu'il croît dans un terrein léger et sablonneux , portant sur un fond poreux. L'orme d'Angleterre, ulmus <:ampestris , qui ne profite bien d'ordinaiie que dans un sol léger, sec et fertile, s'accommode du même ten-ein que l'orme d'Ecosse ; et son bois , naturellement réputé inférieur, se fait remar- quer par les mêmes qualités , quand il a été greffé sur ce dernier : il en acquiert d'ailleurs la faculté de croître beaucoup plus rapidement. L'un et l'auti'e sont recherchés du charron , de l'ébéniste, du charpentier, du constructeur maritime, etc. , qui ne lui préfèrent que le chêne et le mélèze, et le placent sur la même 2. 10 l46 ANiSALES ligne que le freuc. Cel arbre a d'ailleurs l'avaii' lage, Lien précieux en Ecosse, de résister effi- cacement aux ouragansde mer; el, sur les côtes occidentales de ce pays, aux vents du Sud-Ouest, qui soufflent si habituellement el avec tant'de violence du point opposé de l'Atlantique. Ils produisent, à la renaissance de la belle saison, Teffet singulier de noircir le feuillage de la cein- toi'e d'ormes et de sycomores, qui protège les plantations de l^intéricur j mais si ces ouragans ne sont pas trop rapprochés et trop continus , le feuillage ne tarde pas à recouvrer sa teinte na- turelle. L'orme d'Ecosse , transporté en Angleterre , y a pris un développement auquel il n'a pu atteindre sur le sol natal : on en trouve cepen- dant d'une grosseur très-considérable , témoin cet orme d'Inverary, dont la lige mesure plus de neuf mètres^ et qui en a trois et demi de circonférence. Quand rien ne gène sa végétation, sa tige grossit.annuellemenl, dans sa proportion mo3^enne , d'environ un pouce et demi , même de deux pouces. Il a été constaté qu'un seul de ces ormes a produit vingt-quatre milliers pesant de bon bois. La Collection de Bath en cite un, croissant en 1767 dans le comté de Suffolck,qui, à cinq pieds de terre ^ mesuroit huit mètres et I EUROPÉENNES. I^J demi; un autre ^ clans le Stafifordshire , avoil dix-sept mètres de circonférence. On a trouvé que sa croissance, en bon icrrein, ëloit comparée à celle du chêne, dans le rapport de 3 à 2 ; ce qui met à peu prés au même ni- veau lés profits des planteurs de l'une ou de l'autre espèce. Comme l'orme demande beaucoup d'espace pour se développe!', et de place pour étendre ses racines, on doil de préférence le planter en ligne , comme nous le faisons pour nos bor- dures de routes , ou en bouquets très-espaces dans les grandrs plantations, ou à grands inter- valles dans les baies de clôture. Les planteurs d'ormes , surtout les spécula- teurs, sont trop souvcjit tentés de recourir au mode, malheureusement si facile, de multiplier par rejetons ou éclats de racines ; ce qui donne si rarement de bons produits. Ou n'obtient guère de cette manière que des nains rabougris , au lieu des grandes et belles créations forestières de la nature. On distingue, au premier cor: p-d'œil, à la beauté de leur port et à la vigueur de leur végétation , les ormes de semis, et ceux à feuilles étroites, greffés sur sujets écossais, dans les plan- tations d'agrément, dans les parcs et sur les 10, l48 ANNALES belles pelouses qui environnent les maisons de campai^ne. Si on ne cultivoli , en effet, dans le déparle- ment du Nord , que deux variétés de l'orme , Tune à grande feuilles lisses, qu'on y appelle orme de Hollande , ulmiis pedunculata , l'autre à petites feuilles, qu'on nomme orme pyrami- dal (i) , nos propriétaires devroient s'empresser d'y naturaliser les autres espèces d'une utilité reconnue. La Grande-Bretagne en compte cinq : Ulmus campestris , très-commun dans les plan- tations et les haies de clôture des comtés du Midi. Le bois en est plus solide et plus durable, et il est plus à l'épreuve de l'humidité, que celui des autres variétés; mais il croît très-lentement. Vlmus suherosa, l'orme à écorce de liège , dont le bois est de qualité inférieure : il est très-com- miun dans le comté de Sussex. Ulmus montana, à larges feuilles ; c'est l'orme d'Ecosse : on le trouve dans tous les bois et presque toutes les clôtures des comtés septentrionaux de l'Angle- terre , et dans les diverses contrées de l'Europe. Ulmus glabra , à feuilles lisses , très-commun (i) De la Cnitine r^es arbres dans le déparlcment du Nord, par M. Lorain fils. EUROPÉENINES. l49 dans les comtes cUi Nord et du Nord-Est, et dans ceux d'Heieford et d'Essex. Il acquiert une grosseur considérable. Son Lois est très-esti- me : on l'emploie beaucoup dans le cbarronnage, pour les moyeux des roues, etc. Ulmus major^ originaire de Hollande, dont il a retenu le nom: c'est le plus petit des ormes. Son bois est très- infe'rieur à celui de tous les autres. Miller va même jusqu'à dire qu'il n'est bon à rien. Le bois d'orme dure des siècles, quand il reste dans un ëlat constamment sec ou humide ; mais il dépérit, s'il est exposé aux variations de l'at- mosphère et à la succession de l'humidité et de la sécheresse. On peut citer en preuve les pi- lotis sur lesquels est établi le pont de Londres : ils existent depuis six cents ans^ et ne paroissent pas avoir éprouvé de déchet. On l'emploie donc très-utilement dans les travaux hydrauliques , et dans quelques parties extérieures des cons- tructions maritimes. Ce bois se contracte et se tourmente beaucoup en séchant j il se réduit même sensiblement dans toutes ses dimensions : il est difficile à travailler; mais il n'est pas sujet à se fendre quand on y enfonce des clous ou des boulons. La force de cohésion d'un pouce carré de ce bois varie de 6,070 à 1 5, 200 livres; et le poids de l50 ANWALES module d'elaslicilé est d'environ i,543,ooo li- vres. Le poids du pied eubc est de 34 a 47 livres, et de 36 à 5o livres quand il est complètement sec. La force relative de l'orme est à celle du chêne comme 82 à 100 ; son élasticité^ comme 78 à 100 ; sa ténacité ( ou sa force et sa flexibilité combinées), comme 86 à 100 (Tii. Fredi^old). Le Hêtre» On ne connoît qu'une espèce de hélre en An- gleterre, c'est le hêtre ordinaire, y^^w^ sjl- vestris j.el on suppose qu'il y a été introduit par les Romains j avec treize autres espèces d'arbres forestiers, qu'on présume avoir été cultivées par eux pendant les quatre cents ans de leur séjour dans la Grande-Bretagne. Miller n'attribue qu'à la différence du sol et de la siluatioa la teinte brune, noire ou blanche, qu'on remarque dans le bois du hêtre ordinaire. On cite trois autres variétés originaires de rx\mérique : le hêtre blanc, fàgus sylwestris , iÏQ Michaux, croît dans le Canada et aux Etals- Unis. C'est un très-bel arbre, qui s'élève à une grande hauteur ; mais son bois est inférieur, quanta la force et à la durée, au hêtre d'Europe. Le hêtre rougeâtre des Y.\^\S'\}ms , fagus ferru- EUROPÉBlNTNES. l5l ginea, est comparaLle , sous tous les rapports, au hélre d'Angleterre; et la couleur, comme la bonne qualité de son bois, doivent le faire re- chercber des tourneurs et des ëbe'nistcs. Quant au liétre à feuilles pourprées , qui commence à devenir commun dans les plantations morlernes, il passe pour une variété' du hêtre ordinaire. On a fait remarquer aux planteurs anglais que les faînes du hêtre ordinaire ^ fàgus sjlves- tiis , étant soumises au pressoir, donnoient un sixième de leur poids d huile fine d'excellente qualité. On emploie son écorce dans les tanne- ries des Etats-Unis : elle est sans doute inférieure à celle du chêne; mais elle donne au cuir une couleur fauve-claire, et ajoute à sa qualité (i). Dans la classification des bois , d'après leur degré relatif d'utilité, on place généralement le hêtre immédiatement après le chêne et le frêne. On sait combien d'emplois utiles on en peut faire dans le charronnage, dans la confec- tion des inslrumens aratoires , dans celle d'une grande variété de machines , d'outils , de meu- (i) Voir ce que nous avons dit dans ces Annales sur les grandes ressources que le hêtre offre aux ménages , sous le rapport de son fruit et de rexcellenle huile qu'on en extrait. l52 , ANNALES Lies, etc. Son graiii serré, sa conlexture uni- forme, ferme et compacle, le rendent surtout propre aux. constructions sous l'eau , pourvu qu'il y reste constamment plongé. On connoît sa valeiu' comme bois de chauffage ; mais on ne sai t peut-être pas assez généralement qu'on en fait les meilleures caques pour les harengs. Avant , l'emploi du fer coulé , on se servôit du hêlre pour les chemins à rainures dans les houillères de Newcastle. Le hêtre se plaît surtout dans les bonnes terres, légères, profondes^ calcaires, dans les bons fonds , plutôt secs qu'humides : on le voit réussir cependant dans un terrein pierreux et dans tels sols et situations où peu d'autres es- pèces pourroient se soutenir. Parmi des rochers de granit, sur des points trés-élevés de la Haute- Ecosse , on voit des hêtres d'une force et d'une hauteur considérables. Dans les îles danoises, sur les côtes matilimes de la Poméi;anie et de la Prusse , de magnifiques plantations de hêtres croissent sur le bord et jusqu'à la limite même delà haute mer. Nulle autre espèce ne peut être préférée au hêtre pour servir d'abri , comme arbre isolé de clôture , puisqu'il conserve son feuillage le plus long-temps. EUROPÉENîSES. l55 '. On a vu des Lélres soutenir leur croissance et la bonté de leur Lois jusqu'à l'âge de deux cent cinquante ans. Il a été constaté qu'un hêtre ^ ayant, à l'âge de soixante ans, cent pieds cubes de bois, en contenoit deux cent douze vingt- quatre ans plus tard; sa croissance, dans l'es- pace de vingt-quatre ans, avoit excédé celle des soixante années antérieures ; fait très-curieux, qu'il seroit bon de vérifier par un examen com- paratif. La force de cohésion du hêtre , jiar pouce carré, varie de 6,070 à 17^000 livres. Le poids de son module d'élacticité est d'environ 3, 5 16, 000 livres. Le poids du pied cube de ce bois, bien sec, varie de 4^ ^ 55 livres. La force, l'élasticité, la ténacité du chêne étant représentées par le nombre too , la pre- mière, dans le hêtre, sera comme Jo3, la seconde comme jj , la troisième comme i58 : d'où il paroît que le chêne n'est supérieur au hêtre que par l'élasticité, et qu'il lui est inférieur en force et en ténacité (Th. Fred- gold). On peut citer une autre preuve de la supé- riorité du hêtre. La mécanique-pratique offre peu de sujets de considératiou d'une plus grande li)4 AJNINALiZS impoilaiicc, VU ses nombreuses applications jour- nalières, que celui de l'adhésion d'un clou or- dinaire enfonce' dans des bois d'espèces diverses, et à une profondeur donne'e. On sait que celte adhésion dépeud de la nature de ces bois , et que sa force se mesure sur celle qui est nécessaire pour extraire ces clous. On trouve dans l'excel- lent Mechanic's magazine, n° 27, le compte suivant : Force (en livres avoir du poids) à employer pour extraire un clou ordinaire enfoncé à an- gles droits et de droit fil, à la profondeur d'un pouce : Hêtre (bien sec ) ^ (y^j liv. Chêne, idem. - 607 Svcomore vert , 3i2 Sapin de Norwège. .... 187 Le Chevalier Masclet. Dans la description des principaux arbres i'o- restiers de l'île de Saint-Laurent , par M. Ste- wart , sont le hêtre , plusieurs variétés du bou- 1 eau , l'aune , l'érable , l'orme américain , le chêne rouge , le frêne , plusieurs espèces de pius^ le peuplier, le saule et le cèdre blanc. Nous al- lons transcrire les détails intéressans que donne l'auteur sur l'érable à sucre (acer saccharinum). EUROPÉEKjSES. i55 Cet arbre est, en ge'ne'ral, très-grand ; son Lois est d'un grain très-serre , susceptible d'acquérir un très-beau poli, et très-propre aux ouvrages de menuiserie. Actuellement la principale va- leur de l'e'rable consiste dans le sucre qu'on en retire. Cette récolte commence au 26 de mors, lorsque l'arbre entre en sève, et se coniinue pendant les dix premiers jours d'avril. La quan- tité de sucre varie tous les ans , et dépend beau- coup du temps qu'il fait à l'instant de la récolte : moins il y a de neige sur terre, plus la sève est abondante. Un temps sombre ou pluvieux n'est pas favorable j la sève coule avec plus d'abon- dance les jours où le soleil brille avec éclat après une nuit froide. Pour avoir cette sève, on fait dans l'arbre, avec une bâche, une inci- sion d'un pouce et demi à trois pouces de pro- fondeur, et de six à huit pouces de largeur,ayant la forme d'un Y , et du côté du Sud-Ouest; la sève coule par cette ouverture , de l'extrémité infé- rieure, de laquelle elleest guidée dans une auge placée au-dessous, par un tuyau de bois mince fiché au-dessous de l'incision. Vn arbre, dans toute sa force , donne quelquefois deux gallons Iiar jour. Les personnes employées à cette ré- colte visitent souvent les arbres pour s'assurer si la sève coule bien dans les auges, et pour la l56 AKNAI.ES meltre dans les barils qui sont disposés à cet cfTet. On les transporte ensuite dans des traî- neaux jusqu'à l'endroit destine à la cuisson , ou, comme il est appelé^ jusqu'au camp de sucre. L'appareil destiné à celte opération consiste en trois chaudières de grandeur inégale, que l'on suspend sur un grand feu allumé dansuneliultc qu'on élève temporairement dans le bois; on fait bouillir la liqueur, d'abord dans la chau- dière la plus grande , et on la transvase ensuite dans les deux autres successivement, à mesure que la cuisson en réduit la quantité. Quand on remplit la seconde chaudière , on met aussitôt delà liqueur fraîche dans la première, et la cuisson se continue dans toutes les chaudières qui se remplissent successivement l'une par l'autre : il faut écumer fréquemment. Pour empêcher qu'en bouillant la liqueur ne s'é- chappe par-dessus la chaudière, on y jette de temps en temps un petit morceau de beurre ou de suif. Quand le sirop paroît être arrivé, dans la troisième chaudière, à l'état convenable, on le verse dans des moules de bois : la chaudière est alors remplie par la liqueur qu'on retire de la seconde , laquelle l'est à son tour par celle qui étoitdansla première, que l'on remplit d'une liqueur nouvelle. De temps en temps on jette EUROPÉENÏfES. 167 dans la chaudière la plus petite un peu d'eau de chaux pour provoquer la granulation. Pen- dant toute l'opération , il faut beaucoup de soin pour parvenir à faire du bon sucre. Avant de mettre la liqueur sur le feu , il faut la débar- rasser des petits brins de bois et de toute subs- tance étrangère. Le sucre ainsi fabriqué est quelquefois aussi blanc que le plus beau sucre ; mais cela arrive rarement. La plus grande quan- tité , élant faite assez malproprement, est forte- ment colorée, extrêmement dure par une trop forte cuisson , difficile à casser , et longue à se dissoudre. Toute cette fabrication est impar- faite dans toute l'île , quoiqu'elle puisse être très-avantageuse. Quand il est bien fait , ce sucre est d'un goût agréable, et remplit toutes les con- ditions du sucre. On obtient même un très-bon vinaigre , en réduisant par l'ébuîlition trois gal- lons de liqueur en un seul, et en le faisant fer- menter avec du levain. Le sucre ainsi fabriqué est tout bénéfice, étant fait dans^un temps où on ne peut faire presque aucun autre travail au dehors. Trois jeunes garçons actifs qui favaillent ensemble peuvent faire chacun cent livres de sucre dans l'espace de quinze jours , et même davantage, si la saison est favorable. Les érables se trouvent plus OU moins aboadamnient sur toute la surface de rile. La plii'* grande partie des habitans con- somme tout le sucre cpi'ils ont fabrique, et plu- sieurs peuvent encore en disposer d'une grande quantité (i). Les érables ajoutent beaucoup à la beauté des forêts dans l'automne, parce que leurs feuilles quittent le vert, et se revêtent alors d'un riche cramoisi et d'une belle écarlate. Anecdote relative aux premières expéditions faites au Canada. Depuis l'expédition du seigneur de Roberval, nommé vice-roi du Canada, etc. , en t54o, la France avoit perdu de vue ces contrées, dont on n'apprécioit pas alors la valeur; enfin, en 1698, le marquis de La Boche y fut en qualité de lieutenant de. roi. Il avoit emmené, entre au- tres, quarante individus tirés des prisons - qu'il (i) Par les descriptions que nous avons données dans les 8e et n^ livraisons , on a pu voir que la fabrication plus avantageuse du sucre de betterave doit rendre celle d'érable moins importante aujourdhui. EUROPEEISjSES. ijg débarqua sur une île déserte appelée île de Sa- ble, avant de se rendre en Acadie. De La Roche revint en Franee, sans qu'il lui eût été possible de reprendre ces pauvres infortunés. Des malr heurs rempéchércnt de faire un second voyage , et il mourut de chagriu quelque temps après. Au bout de sept ans , Henri IV, qui en avoit en- tendu parler, envoya CJietodrl pour les cher- cher : il n'en restoit que douze vivans. Le roi voulut les voir précisément tels qu'ils avoient été retrouvés dans l'île, vêtus de peaux de veau marins, et avec leurs Ioniques barbes ; ensuite il leur accorda grâce complète de leurs crimes longuement expiés, et leur fit distribuer à cha- cun 5o écus. Le Yorckville Pioneer parle d'un sycomore dont le volume est tel qu'il n'existe aucun arbre de même force dans les Etats-Unis; il l\ soixante- douze pieds de circonférence et vingt-quatre pieds de diamètre, et son intérieur offre assez d'espace pour contenir sept hommes à cheval. Il estsituéprèsdeFerry-Howel-Carolina(Sudj,sur les bords de la rivière du côté d'Ycrck. On rap- porte que cet arbre extraordinaire a été d un l6o ANNALES secours à plusieurs familles pendant les jour« désastreux de la révolulioa de J'Aniérique. II existe à Clinton , sur la côte du Canada, à un mille ou deux de la route qui conduit à Nia- gd^ci , une montagne où l'on a découvert un phénomène digne d'attirer la curiosité des savans. Au sommet de cette montagne, sous une masse de rochers , on voit une vaste grotte : à quelque pieds de son entrée, est une source (i) qui coule pondant toute Tannée. Vers la fin du mois de mars, l'eau qui s'en écoule forme, à quelque distance, de grands bassins de glace. Pendant tout l'été , la glace continue à se former et à s'ag- glomérer, ^ev?» la fin du mois de septembre, quand la saison froide comnience, cette glace se fond , et tant que dure l'hiver , il ne s'en forme plus. Il est à remarquer qu'en sortant du rocher, l'eau est toujours pure et limpide. (i) Piint? , livre V, page 464- Il fiie à Débris, en Afrique , une source dont les eaux étoieiit chaudes depuis midi jusqu'à minuit, et glaciales de|>uis minuit jusqu au milieu du jour. EUROPÉENNES. iG LETTRE SUR SAINT-PÉTERSBOURG, Traduite du Journal intitulé : Feuilleton littéraire des Archives du Nord, * Celui qui habile les beaux clinials du Midi, auxquels la nature prodigue ses dons, ne sent pas toute l'e'tendue de ses bienfaits. Les bocages de lauriers et d'orangers qui exhalent des par- fums délicieux , les prairies et les collines plan- tées de vignobles et d'arbres fruitiers, n'atti- rent pas son attention^ et sont pour lui des objets ordinaires : voilà l'homme! Un bien- être constant le blase -, il n'y a que les désirs , la perte ou la privation qui donnent du prix aux objets : posséder ne rend pas heureux: mais posséder ce qu'on désirée , ne fut-ce qu'un ins- tant, voilà le comble du bonheur. Descendez dans votre cœur, et vous verrez que je dis vrai. Nous , au contraire , habitans du Nord, nous apprécions chaque moment d'un beau jour d'été. Le soleil ne nous sourit que pendant trois ou quatre mois*de l'année : aussi mettons-nous à profit chacun de ses rayons. L'ombrage du til- leul et du hêtre jious attire; la naissante ver- 2. II lG2 ATSNALES dure des gazons nous enchante, cl nous conseï» vons aussi précieusement les plantes des climats lointains que le cœur aime à conserver de doux souvenirs. Les liaLilans de Saint-Pétersbourg aiment passionnément le séjour de la campagne en été : les uns vont dans leurs belles terres; d'autres louent des campagnes ou maisons dans les environs des promenades publiques : chacun s'arrange selon son état et ses moyens; mais l'objet principal est de jouir de la verdure et du bon air de la campagne, dont on est privé pen- dant huit ou neuf mois de l'année : de mai en septembre, la population delà capitale se ressent de ces absences. Les habitans qui y restent vont aussi jouir des plaisirs de la campagne, au moins pendant les jours de fête. On voit alors un grand nombre de bateaux et de voitures en mouve- ment; toutes les îles, tous les bocages, tous les jardins sont remplis de monde ; de tous cotés on entend une musique harmonieuse et les chants joyeux des rameurs. Le soir, on voit parfois des feux d'artifice se répéter dans les flots de la su- perbe INéva^ et éclairer le paysage. Tout le monde jouit et s'amuse; en un mot, l'été est pour les habitans de Saint - Pétcrshourg une fête de trois mois. Voulant aussi me promener, je montai dans EUnorÉElNNES. lG3 wn balcau pour me rendre à Tilc de Kameni- Ostrow. Que Saint-Pe'lersbourg offre un majes- tueux aspect, vu du milieu de la INévaî Mes pensées se tournèrent involontairement vers le passé. Qui croiroit, en voyant la Palmyre du Nord, qu'il y a tout au plus cent vingt ans qu'on ne trouvoit à sa place qu'un petit fort {Neuschanlz] , et quelques hameaux habiles par des Finnois ! La partie occidentale , aujourd'hui la ville , et toutes les îles qui en font l'orne- nient, étoient submergées ou couvertes de forcis fangeuses. La rive orientale de la INéva ctoit moins humide : c'est là qu'après la prise du fort de Neuschaniz, en 1703, l'armée russe campa. De tous les noms des villages et districts qui subsistoient alors, il n'en est qu'un qui soit remarquable. L'histoire nous apprend que c'est en face du village de Kalingknoje que Pierre- le- G r and ^ alors capitaine d'artillerie, enleva deux bateaux aux Suédois, et qu'il y fut, en même temps que son favori Menlfcikoff qui étoit lieutenant, décoré de l'ordre de Saint- André par l'amiral Golovin , premier cheva- lier de cet ordre. Lorsque Pierre se fut rendu maître de ce pays situé à l'embouchure de la Neva, il convoqua son conseil de guerre pour savoir s'il étoit convenable de fortifier ce point. II. iC/j AKKALES Son ^^ciiie cmluassant tous les avantages de celle position, et lisant clans l'avenir, il résolut d'y fonder sa nouvelle résidence. Ceux qui pensent cpie Pierre n'agit en cette occasion que pour des vues commerciales, et pour avoir un port sur la Baltique, se trompent fort : s'il n'a voit eu que ce projet , il se seroit Lornc à bâtir une ville , et non une capitale; car Pétersbourg ofTroit alors ])Cauiîoup d'obstacles au succès d'une aussi vaste entreprise. Le canal de Ladoga n'existoit pas; il n'y a voit par conséquent nulle communication avec les provinces russes qui produisent des blés : le sol aride et peu lial>ité des bords du golfe de la Finlande ne peuvent suffire aux be- soins d'une résidence. Mais Pierre avoit d'autres vues. Ne pouvant détruire tout d'un coup tous les préjugés , toutes les préventions, ni éloigner du trône les détrac- leurs de ses projets , il voulut les transférer dans un pays conquis , loin de Moscou , les y en- tourer de gens de confiance dévoués à sa per- sonne, et qui entroient dans ses idées. Pierre voulut élever sous ses yeux la nouvelle géné- ration russe qui devoit transmettre à ses compa- triotes les fruits de la civilisation européenne; il voulut concentrer dans sa nouvelle résidence toutes les forces de son empire , et allumer le EUIlOPr^ElSNES. l65 flaiiiLeau (les lumières qui dévoient éclairer la Russie. Là , devoit s'effacer le souvenir des re- Lellcs Strélitz ; là, n'arrivoieut point les mur- mures des vieux boyards, entichés des anciens usages. Enfm , la fondation de PétersLourg peut, être regardée comme l'époque d'uik nouvel em- pire : il falloit de Télan , des moyens vigoureux pourdétruire les anciens aLus, et élever la Russie au faîte de sa puissance-. C'est avec un plaisir inexprimaLle que je contemplai les somptueux édifices qui Lordent les rives du fleuve , et dont plusieurs réveilloient dans mon âme des souvenirs également inléres- sâns pour l'historien et le philosophe. Tous Les étrangers admirent les magnifiques quais de granit que Catherine II fit construire en 1784> et qui fureat terminés ca vingt-quatre ans ; c'est elle aussi qui fonda en 1772 le corps des cadets des mines sur les plans de M. Poimanow. Le modèle d'une mine que l'on y trouve est de M. Rehovanz. L'empereur Alexandre a fait pré- sent à ce corps de la précieuse collection de mi- néraux du célèbre Forster. Plus loin, je vois le corps des cadets de la maiine, berceau des of- ficiers de notre flotte , et qui se glorifie d'avoir forme les Spiridow, les Fitsjagow, les Senja- yin, les Sarutschev ; les Krùsenstern ; les Go- iGG AINKALES loviii Cl autres. Ce corps a été formé de récolc- mariiic que Picrre-le-Grand avoit instituée à Moscou, et qui a toujours fixé rattention des sages souverains de la Russie. Il a été organisé en 1752 par Timpéra triée Elisabeth; mais riiutel ayant été la proie d'un incendie en 177^, ce cori)s fut transféré à Kronstadt, où il resta jusqu'en 1796. Il en est sorti plusieurs auteurs et littérateurs distingués. Plus loin , je vois le temple des Beaux-Arts fondé par Catherine en 1788. Celte académie, destinée à former des artistes, doit proprement son origine au comte Scliouvalov : ce Mécène de la Russie en avoit tlonné ridée en 1768. A l'aspect de l'édifice du premier corps des cadets, on se rappelle qu'il servit de demeure au prince Menlzikov. C'est là que Pierre alloit s'en- tretenir des affaires les plus imj)ortanies de son empire renouvelé; c'est encore là que demeura Pierre II. Enfin , ce fut sur les représentations du comte Munich, que l'impératrice Anne ins- titua celte pépinière de héros russes dont sorti- rent les Romianzov-Sadunaïski et les Kulusov- Smolenski ; et entre plusieurs savans distingués, le père de la scène russe, M. Belskoi, et le comte d'Anhalt ont beaucoup contribué à perfection- ner cette institution. En face de l'édifice^ et EUllOrÉE-NlNES. 1G7 pour rappeler sans cesse aux élèves leur desli- nation, on voit un obélisque érige par Paul au vainqueur Kagul. En jetant les yeux sur l'iiôiel du Sénat , je me rappelai involontairement qu'il servit de demeure à Osterman , Biron et Bestu- chef , qui tous trois, précipites des hautes di- gnités dans Texil, éprouvèrent les vicissitudes de la fortune. Mon attention se fixa sur la statue de Picrre-le-Grand , dont Cadicrinc II vénéroil la mémoire ; sur le palais impérial qu'Elisa- beth fit biîlir par le comte Bastrelli , architecte^ et qui fut terminé en 1762 : Pierre III l'habila le premier. A ce palais , Catherine II a fait ajou- ter un corps de bâtiment qui formoit ce qu'elle appeloit son ermitage , et où elle alloit, au mi- lieu d'une société choisie, se délasser du fardeau des affaires. Sur la rive droite du fleuve, s'élève l'Aca- démie des sciences avec son observatoire, sa bibliothèque^et son cabinet de curiosités. C'étoit autrefois le palais de la czarine Prascovie, femme du czar Ivan. L'Académie des sciences a été fondée par Pierre en 1721. A côté, on aperçoit un pan de l'édifice ap- pelé Douze-Collèges : c'est là qu''étoient tous les tribunaux réunis, et plus loin, la bourse avec ses superbes colonnades. Elle a été bâtie en i8o4 l6S ANNALES par M. Tliomon, sur les plans du comte Ro- niianzov. Callicrine II a fait Lâtir le palais de marbre pour le comie G. G. Orlow, de 1770 à 1783. Il mourut avant de Thabiter, et la couronne Ta rachète de ses héritiers : il appartient au grand- duc Constantin depuis 1799. Le roi Stanislas- Auguste l'a occupé , et il y est mort. Tout près de ce palais, on voit le monument que Paul P' a fait ériger à Souvarow^,. et sur la même ligne, la superbe grille du jardin d'été que Cathe- rine II a fait construire en 1778 , et qui a été terminée en 1784. ÎjG jardin subsistoit déjà au temps de Pierre P'. En face, se présente la majes- tueuse forteresse de Paul et Pierre avec sa tour dorée. Pierre la fonda en 1705, et Catherine II la fit revêtir en granit en 1784» C'est là que re- posent les cendres des souverains de la Russie depuis Pierre P'; c'est aussi dans ce fort qu'est riiôtel des monnoies. Le vingtième jour après Pâques, il est permis aux habilans de la ville lie se promener sur les remparts. A quelque dislance du fort, et vers le point de la Trinité, on voit la maisonnette que Pierre a bâtie en fon- dant Saint-Pétersbourg : on la conserve soigneu- sement sous un abri en fer. Mou bateau entra alors dans le bras de la EUROPÉENNES. 169 Neva , appelé Petite- ISés^a [Newka). L'(%lise de Samson est le premier édifice qui réveilla dans mon amedes souvenirs historiques. Ce fut à son retour, en 1709, que Pierre fit élever ce tem- ple en mémoire du grand événement qui affer- missoit la domination russe dans le Nord. Dans le cimetière de cette église, reposent les cendres du ministre Woliinskoi , victime de l'ambition de Biron; la même tomLe le réunit à Clirusts- cliov et Jeropskin, qui partagèrent son sort. Une parente de Woliinskoi lui a érigé depuis un monument , et M. Ruliyev est le premier poëte. russe qui ait célébré ses malheurs. Pour donner quelque relâche à mes rameurs, je descendis à l'île des Pharmaciens. Cette île, qui portoit autrefois le nom de YIle-auX'Bateaux jSQ\y'\iàec\n\(^û{tvc aux Al- lemands. Pierre P' en fit un jardin botanique, qu'il enrichit de plantes qu'il fit venir d'Angle- terre; il v fit construire des bâtimens en bois , destinés, l'un à la dessiccation des plantes, l'autre au laboratoire. Les bâtimens en pierre qu'on voit sur le rivage, ont été élevés de 3769 à 1791, pour servir de demeure aux élèves de l'Ecole de médecine et de chirurgie \ mais le trop grand éloignement où est cette île de tous les hospices et hôpitaux s'élant opposé à cette lyO ANNALLS dcsiinalion, ces Laiimcns servent de laLoraloirc et d'aleliers aux ouvriers de la fabrique d'ins- irumens, et Ton y a placé cette année l'école fondée pour cinquante aides-pharmaciens. Vue delà Neva, cette île offre un aspect charmant: derrière le boulevard, formé d'une avenue d'aca- cias , s'élèvent de grands arbres dont la verdure tranche agréablement avec les toits d'un rouge viFdes maisonnettes qui bordent la rive. Le jardin est dans le style hollandais : on y voit de grandes allées sombres; il est séparé par une pa- lissade de l'orangerie, qui , quoique bien entre- tenue , ne renferme guère que quatre mille plantes. Cependant cette île va bientôt changer de face. Le comte de Kotschubei a présenté à l'empereur le plan, que S. M. a approuvé, d'un nouveau grand jardin botanique , dont le doc- teur A. Fischer (qui s'est déjà fait avantageuse- ment connoître par le beau jardin botanique qu'il a créé à Gorenki , terre du comte lla- zoumwski) est nommé directeur. Jl est curieux que tout cet éiablissement ne sera dû qu'aux épargnes du directoire de mé- decine. En passant les grandes avenues de tilleuls du beau jardin de Strogonof, j'aperçus un antique tombeau que nos vaisseaux oui apporté de l'Ar- EUROPEENNES. I7I chipcl, et qui , selon une tradilion populaire , doit renfermei' les cendres d'Homère. Au reste, cette hypothèse ne repose sur aucune donnée historique, et ce tomheau n'est remarquahle que par ses has-relifs qui attestent sa haute antiquité. Yis-à-vis le jardin , et sur le hord du fleuve appelé Noir (Tclicrnaia-Rieka) , on voit une suite de maisonnettes propres et hien hâties qui forment le village de Nikolsk. Ce lieu me rappelle les villages que l'on trouve en Allemagne près des eaux thermales ou des uni- versités : il attire aussi en été plusieurs personnes de la capitale, qui viennent y jouir avec leurs familles des hellcs promenades que leur offrent les jardins du comte Strogonof et les environs. Les hords du ruisseau Noir sont habités par des personnes trop peu aisées pour vivre dans la capitale : ce sont des savans , des littérateurs, des théologiens , des fonctionnaires, qui, en se réunissant, forment une société très-agréahle. On trouve encore beaucoup de jolies maisons de campagne dans les terres de Muller et de Landskoï : les habitans de ces maisons de plai- sance forment des colonies. Remonté en bateau, je contemplai avecplai- sir la belle flottille qui est à l'ancre à Kamennoï- OstroW; et qui , par ses douces sérénades ^ eu- 1^2 ANN/iTJ'S chante les liabilans des côics voisines. Kamen- noï-Oslrow appartenoit, dans l'origine^ au comte Golovin; plus lard, au chancelier Bestuchef- Rjumin, qui en corrigea l'humidilc par des canaux et des fossés, y fit construire un grand jardin dans le goût hollandais, et une maison en pierre qui sert aujourd'hui de palais d'été. Sous le règne de Catherine II , ce palais appartenoit à son fds Paul, qui y fit ajouter des ailes, une serre-chaude, un hospice pour cinquante ma- telots, et, dans la suite, une église gothique qu'il consacra àsaintJean-Bapliste. Il est permis au puhlic de se promener dans le jardin. Le beau pont en bois , chef-d'œuvre du goût moderne, qui joint l'Ile des Pharmaciens à celle Kamennoï, a été construit par le général Be- tancourt. Tout en l'admirant, j'entendis la musique des cors qui retentissoient de la terre Narischkin : c'est le grand-veneur de ce nom qui en eut le premier l'idée en ijSi ; et ce fut un M. Maret, maître de chapelle de la Cour, qui la perfectionna. Picrre-lc-Grand fit présent de l'île Krestouski à sa sœur Natalie, qui y avoit vm palais. Celle île offre aujourd'hui une promenade très-agréable aux habitans de la capitale, qui s'y portent en foule les dimanches. On y trouve des auberges > EUROPÏÎENNES, JjS des cafés, des montagnes dites russes, des escar- polettes. L'îkîde Jclnglnsc nommbit autrefois Mischin. Le prince Potemkin en fit présent à son ami Jelagin. Toute cette île ressemble à un vaste parc entrecoupe de sentiers et d'allées : on y voit un palais superbe , bâti par Rossi , devant lequel sont de jolis parterres de fleurs. Neuf heuers son noient : j'allois me rembar- quer, quand je fus accoste, en assez bon russe, par un Anglais qui me pria de le conduire jus- qu'au pont de Jacol) : j'y consentis. Nous liâmes plus étroitement connoissance. Mes lec- teurs verront son histoire dans la suite de cet ouvrage, dont je lui dois la première idée. S lie de. Feu m. le baron de Batram , secrétaire d'Etat, a légué à l'Université de Lund 5^ooo écus de banque^ pour fournir aux frais de voyage d'un jeune homme qui étudieroit la partie des forets. Depuis peu, cette partie Ç\yiQ principalement Taltention de la nation et du Gouvernement. Un propriétaire de RoniLino , faisant creuser dans une couche d'argile qui ofTroit plus de seize pieds d'épaisseur, et tellement dure , que la hache seule pouvoit avoir action sur elle, trouva dans rintërieur de cette masse une trentaine de petits crapauds logés dans autant de cellules. Ils parurent d'abord inanimes; la chaleur du soleil les rendit ensuite au mouvement ; mais l'impression de l'atmosphère les fit mourir au Lout de deux heures , à l'exception de quelques- uns qui, après avoir été remis en terre, sont encore en vie. Il ne faut pas oublier de dire que ces animaux reposoient dans le hloc d'argile sur du sable de mer; et une croûte de trois aunes (onze pieds) d'épaisseur qui les environnoit, etoit trop dure, pour qu'on puisse supposer leur introduction postérieure à la formation du bloc. udéj^scope y sorte de haromètve dhine construc- tion nouvelle. Description d'un baromètre inventé par M. TVright , et qui paraît , dit^on , infaillible. Dans deux onces d'esprit de vin, on jette deux drachmes de nitre pur et un demi-drachme EUROPÉEINTSES. IJÏj de chlorure d'ammoniaque pulvérisé; puis on renferme ce mélange dans un lube de verre large de huit lignes et long de dix pouces , dont on recouvre l'extrémilé supérieure avec une légère peau percée de petit trous. Si le temps doitétreheau, les matières solides demeureront au fond du tube, et Tesprit de vin conservera sa transparence ordinaire. Si la pluie doithientôt tomber, on verra quelques particules monter et descendre dans le liquide, qui se troublera lé- gèrement. Si l'on est menacé d'un orage , d'une tempcie ou d'un coup de vent, tout le précipité solide quittera le fond du lube, s'élèvera a la sur- face de l'esprit de vin , y formera une croule en état de fermentation. Ces phénomènes pourront être observés plus de vingt-quatre heures avant que la tempête survienne ; ils indiqueront même de quel point de l'horizon elle s'élèvera : car on verra toujours les particules solides se porter et s'agglomérer sur les parois du verre opposées à l'aire-de-vent qui doit amener l'orage. Déjà quelques procédés de ce genre étoient connus ; mais on avoit soigneusement caché jusqu'ici le secret de la composition. iyG ANNALrs On lit dans la Gazette de France , quarante- liuiiicmc article Paris, juin ijy^, c[uc Marie- Jeanne-Françoise de Nouent, épouse de Lenez de Cotty de Brécourt, ancien ofFicier au régi- ment delà Fore (infanterie), est accouchée en juin 1774 de trois enfans qui alors étoient en bonne santé. Ces tri- jumeaux sont encore aujour- d'hui vivans et Lien portans ; ils ont acquis leurs cinquante ans le 11 juin dernier. Voici leurs noms : M. de Brécourt^ chevalier de Saint- Louis , qui a émigré et fait toutes les campagnes de l'armée de Yernon ; Mlle Rosalie de Brécourt, qui a épousé M. le colonel Coupé de Saint-Donal: elle habite Paris; Mlle Adélaïde de Brécourt, qui a épousé M. Clermentault : elle étoit veuve du sieur Belavoine , dont elle a un fils. Elle habite Paris. Il est à remarquer que ces tri-jumeaux des- cendent, dans la ligne paternelle, à la cinquième génération , de Jeanne Martel , qui elle-même cloit née tri-jumelle le 5 novembre i622_, et que les tri-adelphes de ce temps-là ont vécu, comme ceux d'aujourd'hui , pour avoir de la postérité. EUnOPÉENNES. 1 JJ Statistique de r Espagne, La. monarchie espagnole , déduction faite des colonies continentales en Amérique, con- tient en Europe , et dans les autres parties du monde , une superficie de treize mille cinq cent quarante-neuf lieues carrées, et une population de quatorze millions d'habitans. L'Espagne seule entre dans ce calcul pour cinq mille quatre cent quarante lieues carrées , et pour onze millions quatre cent douze mille habitans (en 182 i). D'après le budget de 1822, les revenus de l'Etat montoient à 562 ,000,800 réaux , les dé- penses à 664,800,000 rcaux, le déficit à envi- ron ] or, 000, 000 réaux. La totalité de la dette, tant celle qui porte intérêt que celle qui nen porte pas , étoit de 6,561,976,555 réaux. La masse de papier- monnaie (valès réaies) s'élevoit à la somme de 760,670,202 réaux, et perdoitS/^àgopourcent. La flotte, en 1821, n'éloit plus que de douze vaisseaux de ligne , dix-neuf frégates et trente petits bâtimens, aucun n'étant armé. La population , à raison de quatorze cent cinquante-un habitans par lieue carrée , comp- 2. 12 Ij8 AKKALES loit cent quaraiile-huit mille deux cent qua- raiilc-deux eccle'siasliques, elqnatre ccnlqualre- viiii^l-qualic mille deuxeenls Jiidalgos ou nobles, environ la dix-liuilième partie de la population totale. Le sol est tellement abandonné , qu'il n'y a pas })lus d'un douzième en culture. Le commerce est presque en entier dans \es maiiis des étrangers; l'Espagnol n'en est que le commissionnaire. La navigation souffre : il n'existe dans les ports de la Méditerranée qu^un cabotage qui se fait avec environ quinze cents bâtimens. L'Espagne n'exporte que du vin, de l'eau-de-vie , de la laine et quelques fruits. La laine espagnole est le produit de treize millions de moutons, dont cinq millions cent trente mille mérinos ; ils en fournissent annuel- lement trois cent trente-neuf mille quatre cents quintaux. L'exportation de l'Espagne, en 1808, étoit encore de 28,697,600 réaux ; l'importation montoità 67,667,000 réaux.Le déficit se soldoit autrefois avec l'or et les productions de l'Amé- rique. L'Espagne^ depuis 1600 jusqu'en 1806, avoil tiré annuellement 34 niillions de francs des mines de l'Amérique; ce qui fait 10,168,000,000 EUROPÉENNES. I79 en valeur métallique pendant trois siècles , et jjourtant elle est obérée et réduite aux emprunts. L'instruction publique est entièrement dans les mains du clergé. Il y a onze universités, sans aucun grand mouvement littéraire ou scienti- fique. Le Mariage Biblique. Une feuille américaine rapporte l'anecdote suivante : Dans une église, aux Etats-Unis, un jeune homme, frappé de la beauté, de l'air de mo- destie et de candeur d'une demoiselle placée près de lui , lui préi^nte sa bible, en lui indi- quant le cinquième verset de la cinquième épître de Saint-Jean, qui est ainsi conçue : «Et main- » tenant je vous prie, madame, que nous nous » aimions l'un et l'autre. Ceci n'est pas un com- » mandement nouveau, nous l'avons eu dès le w principe. » La jeune fille lut et rougit. Elle feuilleta dans l'Ancien-Testament , et rendit la Bible , le doigt appuyé sur ce verset du premier chapitre de Ruth, laquelle repondit; « N'in- » siste point pour que je me sépare de toi, et la. l8o ANNALES M que je m'éloigne ; car j'irai partout où tu iras ; » et où lu fixeras ta demeure, je demeurerai » aussi : ion pays sera le mien; ton Dieu sera » mon Dieu, etc. )) Huit jours après cet accord biblique , ils r eloienl maries. Les journaux de Munich et de Vienne pu- blient en ce moment le résultai des observations du professeur Gruilhausen , combinées avec celles de son savant confrère l'astronome Schrœt- ter. Leurs conclusions, comme remarques faites sur la lune, sont, i° que la végétation sur la super- ficie de la lune s'étend du 55^ degré de latitude sud au65' degré de latitude^iord; 2° que, du 5o* degré de latitude nord au 47^ degré de latitude sud_, on reconnoît la trace évidente du séjour d'êtres animés; 3° enfin, que quelques-uns des siennes de l'existence d'iiabitans lunaires sont assez apparens pour que l'on puisse distinguer des grands chemins tracés dans plusieurs direc- tions , et surtout un édifice colossal situé à peu près sous l'équateur de la planète. L'ensemble présente l'aspect d'une ville considérable , près de laquelle on distingue une construction par- EUROPÉENNES. l8r failement semblable à ce que nous appelons une redoute étoilée ou un ouvrage à cornes (i). JSotîce sur le cérémonial qui s'observe chaque année en Chine ^ lorsque l'empereur laboure et sème la terre ^ pour honorer et encourager l'agriculture dans son vaste empire, M. Amyot, jurisconsulte a Paris, et neveu du célèbre père Aniyot^ missionnaire français en Cbine , qui avoit , d'après ses vastes connois- sances et la sagesse de sa conduite, e'té élevé au premier rang des mandarins , ou il a été à même de rendre de grands services au commeicc fran- çais, vient de nous faire passer sur ce pays une notice qui , nous osons le croire , pourra inté- resser le lecteur (2). (i) Il faut, pour voir tant de choses, et d'une manière autant distincte , dans une planète située a quatre-vingt mille lieues de la terre, posséder un télescope encore inconnu ailleurs , ou voir les objets par imagination. Au reste , le temps , qui est le grand maître de l'homme , démontrera successivement les découvertes qui sont encore réservées à l'astronomie. {•i) Nous avons, à différentes reprises, parlé des vastes projets des missions anglaises. Il seroit bien important que l82 ANNALES En Chine , on donne aux laboureurs le second rang dans l'Etat; on les aide et on leur accorde des secours. L'empereur Han-Ouen-Ti rétablit lacére'moniedu labourage; il traça lui-même un sillon avec la charrue, et y sema des grains. De- puis lors , cette cére'nionie a lieu tous les ans. L'empereur Yong-Ching , pour encourager l'agriculture, ordonna en i'732 que les gouver- neurs des villes lui enverroient tous les ans le nom d'un paysan de leur district qui se distin- gueroit par son application à cultiver la terre, par une conduite irréprochable, par l'union qu'il feroit régner dans sa flimille, et par Ja concorde qu'il entretiendroit avec ses voisins ; enfin, par sa frugalité et son éloignement de toutes sortes d'excès. Sur le témoignage du gou- verneur, Sa Majesté élevoit le sage et diligent laboureur au degré de mandarin honoraire du huitième ordre, et lui en envoyoit les patentes. Cette distinction mettoit ce laboureur en droit de porter l'habit de mandarin , de rendre visite au gouverneur, de s'asseoir en sa présence, et de nos missionnaires qui les ont précédés, et qui ont , dans le temps , rendu les plus grands services au commerce français dans les deux Indes, fussent plus multipliés. EUROPEENiSES. l^Q prendre le tlic avec lui ; il ëtoit respecte' le reste tle sa vie. A sa mort, on lui faisoit des fiine'railles convenables à son rang. Son nom et ses titres d'honneurs e'toient inscrits dans la salle des an- cêtres, et de ceux qui avoient bien mérité du gouvernement. holî-pou (c'est le tribunal des cérémonies) et les autres tribunaux avertissent respectueuse- ment pour la cérémonie du 2 5 de la 5^ lune (c'est- à-dire le 22 avril ) , que Tempereur fera en per- sonne la cérémonie de labourer la terre. La veille, les mandarins ài\ jai-tchang-sée (c'est un petit tribunal du palais) porteront avec respect la tablette du nei-ko (nom du tribunal des mi- nistres) au sien-nong-taii (salle destinée aux inventeurs et protecteurs du labourage ) ; les mandarins du hou-fron (nom du tribunal des impôts et domaines ) prépareront les instru- mens du labourage, les boîtes remplies de grains, et les remettront aux mandarins du chieii-tien- fou (c'est le nom du tribunal de Pgkin). Ceux- ci, après les avoir couverts de leurs enveloppes de soie , et mis dans leurs boîtes , les feront por- ter , et les accompagneront jusqu'au ken-sa ( l'endroit du labourage ) \ ils planteront àQ% tablettes rouges, pour marquer et distinguer les différentes poriiops de terre que les princes l84 ANNALES ei ]es grands doivent labourer, et rangeront à côlé du koan- ken-iai (cabinet élevé et ouvert) tous les instrumens du labourage. Le jour de la cérémoaie , les mandarins du nei-ou-Jou (nom du tribunal du palais pour les affaires de la maison de Tempereur), le maître des céré- monies et les autres officiers de son tribunal , se trouveront à la cinquième veille (à la pointe du jour) en dehors du tchen-ken-kong (nom du palais) pour y attendre la fin du sacrifice. Le sacrifice étant fini , les dix grands-officiers de la premièregarde entoureront Sa Majesté, et la con- duiront au tchen-ken-kong pour se reposer et quitter ses habits de cérémonie. Les princes et les grands qui doivent labourer quitteront aussi les leurs: cependant on tirera de leurs enve- loppes et couvertures la charrue, le fouet, les boites remplies de grains qu'on a préparés pour l'empereur, aussi bien que celles qui sont des- tinées pour les princes et les grands, et on les rangera sur les côtés du ken-so. Les maîtres des cérémonies, les mandarins du nei-ou-fou et les autres officiers en fonctions se rassembleront au midi du kenso. Les quatre vieillards titrés , les quatorze chantres, les trente-six joueurs d'inslrumens, les vingt paysans ayant des cha- peaux de paille , et tenant à la main des bêches , EUROPÉENNES. l85 râteaux, fourches, Latets, se placeront sur deux lignes à gauche et à droite du ken-so , ainsi que les cinquante porte-ëtendards. Les trente-quatre vieillards du chien-tien-fou et les trente labou- reurs des trois ordres , étant tous ranges, ils at- tendront en silence et debout. L'heure du labou- rage étant venue, le premier mandarin du tai^ tchan-sée entrera dans le palais pour inviter Sa Majesté. Alors le maître des cérémonies prendra un étendard, et le fera voltiger trois fois. Les trois princes et les neuf grands qui doivent labourer se rendront aux endroits qui leur sont marqués. Tous ceux qui ont quelque emploi iront à leur poste j les autres se rangeront aux deux côtés du ken-so. Les dix grands-officiers de ' la première garde, ayant entouré l'empereur, le conduiront au ken-so , et Sa Majesté s'avancera, la face tournée vers le Midi. Quand elle sera arrivée , le mandarin du kou-lou-sée ( nom d'une chambre du tribunal des cérémonies) dira à haute voix : Présentez la charrue. Aussi- tôt le président du kou-pou , le visage tourné vers le Nord, mettra les deux genoux en terre, et présentera le manche de la charrue à Sa Ma- jesté, qui la prendra de la main droite. Le man- darin du kou-lou-sée dira à haute voix : Pré- l86 AISJNALES seniez le fouet. Aussitôt le premier mandarin du chien-ticn-foUy le visage tourné vers le Nord, mettra les deux genoux en terre , et présentera le fouet, que Sa Majesté prendra avec sa main gauche. Deux vieillards conduiront les Lœufs ; deux laboureurs du premier ordre soutiendront la charrue. Le président du li-pou, le premier mandarin du tai-tchajig-sée les précéderont. Au premier mouvement de Sa Majesté, tous ceux qui ont des étendards les feront voltiger; les chantres entonneront des cantiques au son de tous les instrumens. Le premier mandarin du thien-tien-fou portera la Loîte du grain, et le président du hou-pou le sèmera. L'empereur labourera trois sillons. Quand Sa Majesté les aura finis, le mandarin du kou-lou-sée dira l\ haute voix : Recevez la charrue. Le président du hou-pou se mettra aussitôt à genoux pour la recevoir. Le mandarin du kou-lou-sée dira à haute voix : Recevez le fouet. Le premier man- darin du chien-tien-fou se mettra aussitôt à ge- noux pour le recevoir; ils couvriront la charrue et le fouet de leurs enveloppes de soie, aussi Lien que la boîte du grain. Alors la musique s'arrêtera , et le président du li-pou invitera l'empereuir à monter sur le koaag-ken-tai. Le même président et le premier mandarin du EUROPÉENNES. 187 tai'tchang'sée y conduirjont Sa Majesté par l'escalier du milieu. Sa Majesté s'assiéra , le visage lourné vers le Midi. Tous les princes, tous les grands, tous les mandarins qui n'ont point d'emploi dans le reste de la cérémonie, se rangeront aux deux côtés de l'empereur, et s'y tiendront debout. Alors les trois princes com^ menceront à labourer, et feront cinq sillons, ayant chacun un vieillai^d pour conduire leurs bœufs y deux laboureurs pour soutenir leurs charrues , et deux mandarins inférieurs du chien-tœ7i-Jbu i^owr semer apvcs eux. Quand ils auront fini, ils viendront se placera leur rang. Les grands comniv^uceront alors à labourer, et feront neuf sillons , ayant chacun un vieillard pour conduire leurs bœufs, deuxlaboureurs pour soutenir leurs charrues , et des mandarins du ta-hein-hine et ouang-ping-hien (noms de deux petits tribunaux qui dépendent de celui du gouverneur), pour semer après eux. Quand ils auront fini, ils viendront se mettre à leurs rangs, et resteront debout. Les mandarins inférieurs du chien-tien-fou couvriront de leurs enveloppes les instrumens du labourage et les boîtes de grains, et les emporteront. Le mandarin du kou-lou-sée conduira au bas du koang-ken-tai , du côté de rOccident , tous les mandarins du l88 ANNALES chien-tien-fou ^ les vieillards, les laboureurs, habillés selon leur élat, et portant chacun ua instrument de labourage. Tous ensemble , le visage tourne vers le INord, se mettront trois fois à genoux, et à chaque fois ils frapperont la terre du front à trois reprises, pour remer- cier Sa Majesté. Apres cette cérémonie , les mandarins du chien-tien-fou , du ta-him-him , nan-ping-hein ; les vieillards et les laboureurs iront finir le labourage du ken-so. Alors le pré- sident du li-pou viendra avertir Sa Majesté que toutes les cérémonies du labourage sont finies. Sa Majesté descendra du koang- ken-tai par l'escalier de TOrient, montera dans son char^ et sortira par la porte sien-hang» Nota. L'empereur et tous ceux qui doivent prendre part à la cérémonie du labourage , s'y préparent par trois jours de jeûne. On fait un sacrifice avant la cérémonie de labourer la terre. Ce qu'on recueille dans le ken-so est con- servé avec respect ; on en rend compte à l'em- pereur, et on ne s'en sert que dans les grands sacrifices^ chang-ii au souverain seigneur. Quand l'empereur est moins occupé, la céré- monie du labourage est terminée par un repas EUROPKIZISINES. 189 magnifique, 011 Sa Majesté régale les princes^ les grands, les mandarins, etc. Il est remarquable que , quand il s'en retourne à son palais^ il est sur un char de parade, précédé par des chœurs de musique et de symphonies , et portant l'ap- pareil des plus grandes cérémonies. ( Mé?n. des Ch, , tom, ?> y pag, ^990 Sur la perte que uiennent de faire la France , V administration du Muséum d^ Histoire na- turelle , et les amis de la belle nature , dans la personne de M. André Thouïn. M'éta^nt trouvé , il y a trente-un ans, en qua- lité de collègue de M. de Prony , avec M. André Thouïn , membre de la commission temporaire des arts et des sciences , chargée de recueillir et de conserver pour des temps plus heureux tout ce que les académies, alors si brutalement sup- primées, offroient de matériaux précieux con- cernant les arts et les sciences, j'ai eu dès ce moment l'heureuse occasion de cultiver la douce, l'inaltérable et obligeante amitié de M. Thouïn. JQO A.ISTSALES Devant beaucoup à ses sages conseils et à sou expérience éclairée, mon cœur se sentoit en- traîné h répandre quelques humbles fleurs sur la tombe de cet homme de bien , qui a , par soixante années de travaux, aidé à orner et à en- richir le sol de la France des plus belles pro- ductions de la terre; mais le plus éloquent in- terprète de la nature ayant rempli cette noble tâche, à ne plus rien laisser dire à l'amitié recon- noissante, je crois encore mieux remplir ce pieux devoir^ en retraçant ici le discours historique prononcé par M. le baron Guvier, au nom des nombreux amis d'un homme aussi justement chéri et regi^etté. INSTITUT ROYAL DE FRANCE. M. Thouïn , membre de rAcadémie des sciences, professeur administrateur au Muséum royal d'histoire naturelle, décédé au Jardin du Roi le 27 octobre 1824 , a été inhumé le 29 au cimetière du Père Lachaise. Une députa- tion de l'Académie a asisté à ses obsèques, ainsi que l'administration du Muséum et les nom- breux employés et ouvriers de cet établisse- ment. EUROPÉE]?rNES. Î9I M. le Laion Cuvier, secrétaire perpétuel, a parlé comme il suit au nom de riVcadémie : ce C'est la modestie et la science alliées à la simplicité la plus aimable que nous perdons au- jourd'hui, Messieurs^ dans le bon vieillard dont cette tombe va couvrir les restes. Ce cercueil, entouré à la fois des membres d'un corps illustre, des humbles ouvriers d'un grand établissement, également arrosé de leurs larmes, est celui d'un homme qui appartenoit à l'une et à l'autre famille , qui en étoit également chéri et ve^néré. Né dans le Jardin du Roi, succédant à deux ou irois de ces générations patriarchales dont le travail, depuis prés d'un siècle, embellissoit et faisoit prospérer ce magnifique dépôt des ri- chesses de la nature, M. Thouïn y trouva en quelque sorte un domaine héréditaire; il en fit sa patrie j il y plaça toute son existence. » Parmi tant de changemensdans les hommes et dans les choses, lorsqu'aucune ambition ne manquoit d'appât, et qu'il y avoit des tentations pour toutes les foiblesses, rien ne put l'arracher à ce séjour paisible. Cette brillante végétation , que ses soins prolongés avoient, en quelque sorte, rendue son ouvrage, lui tint toujours lieu de gloire et de fortune; mais aussi qui a mieux prouvé que lui que le mérite peut faire 1Cj2 annales un poste élevé de la place la plus humble? 11 étoit nourri dans les Iravau's: d'un jardin, mais il Tétoit sous les yeux des Buffon et des Jussieu ; chaque jour il les voyoit, il les entendoit. Il se sentit né pour parler aussi leur langage, et bien- tôt ce fut aux travaux de leur esprit qu'il se montra digne d'être associé. Ces hommes célè- bres se crurent honorés de le voir s'associer à côté d'eux , et l'Europe savante ne l'en sépara plus dans ses hommages. Dès-lors, sa modeste carrière s'est agrandie , et peu d'hommes ont exercé une influence plus utile. Devenu le centre d'une correspondance qui s'étendoit dans toutes les parties du monde, il n'a cessé, pendant un demi-siècle , de provoquer entre les divers pays l'échange de leurs richesses végétales. Les productions des parties les plus reculées des Indes-Orientales, reçues, soignées , multipliées par lui , sont allées peupler et enrichir nos îles d'Amérique. L'Amérique, a son tour, a envoyé dans nos colonies des Indes ce qu'elle possédoit de plus précieux. Les conseils de M. Thouïn suivoient au loin ces utiles présens; c'étoil d'après ses directions que travailloient les culti- vateurs de Cavenne et de l'Ile- Bourbon ; c'étoit de ses dons que s'enrichissoient ceux de la France continentale. Tout ce qui nous venoit des pays EUROPÉENNES. igS étrangers qui fût susceptible de s'acclimater chez nous, ornoit et diversifioit bientôt notre sol. M Les forêts du Canada et des Etats-Unis payoientleur tribut aux nôtres , et offroient leurs bois à nos arts ; les parterres de la Chine et du Ja- pon se dëpouilloient pour nous de leurs fleurs ; la Nouvelle-Zélande nous envioit son lin , la Nou- velle-Hollande ses arbustes. Combien de beaux arbres nous ombragent maintenant, qui nous seroient demeurés inconnus sans Tinfatigable activité qui l'animoit! Quel est aujourd'hui, je ne dis pas seulement en France, mais en Europe, mais dans les Deux-Mondes , le parc ou le jardin qui ne s'enorgueillisse d'arbustes ou de fleurs dus à son zèle et à son obligeance ? Quel est le verger où il n'ait distribué quelques fruits sa- voureux? Le printemps s'est paré de couleurs plus nombreuses et plus vives ; l'automne même, par ses fleurs plus tardives, venues des pays lointains, a emprunté la parure du printemps. » Si l'Amérique nous fit autrefois le présent inestimable de la pomme-de-terre, nous sommes allés chercher pour elle l'arbre à pain dans les îles les plus inaccessibles de la mer du Sud ; et ce bienfait , qui équivaudra peut-être un jour au sien , c'est principalement aux avis, aux soins éclairés de M. Thouïir qu'elle en sera redevable. 2. i3 lO/j ANNALES C'est aiiibi qu'un de ses ancélrcs avoii soigné le ])rcmier pied de cafc d'où sont venus tous ceux de nos îles. De pareils services dans l'enfance d'un peuple auroient fait rendre un culte a leurs auieurs : ils exciteront du moins à coup sûr, et pour toujours, la reconnoissancc des amis de l'humanité^ (|ui savent qu'en multipliant une plante, on multiplie les hommes, et qu'elle est, pour le pays qui la reçoit, un bien plus sûr et plus durable que les lois les plus habilement cont'.ucs : car les combinaisons des hommes sont passagères comme eux ; les dons de la nature , une fois <'.onquis par un peuple*^ sont inépui- sables. « Mais M. Thouïn a aussi rendu à la science, -considére'e comme telle, à la recherche directe et dcsinie'rcsse'e de la vérité^ des services (|ui seront long-tem[)S appréciés; il lui a créé dans le Jardin du Roi un monument qui parlera de lui sans cesse et à tout le monde. Des 1770, il en dessina avec îjuffon toutes les paities alors nouvelles; en 1780 , il le distribua avec Jussieu, d'après cette méthode naturelle qui dés-lors a fait loi en botanique. Ces grandes serres, ou la zone torride tout entière semble renaître pour l'ami des plantes; ces bosquets qu'habitent et que vivifient les animaux de tous les pays; ces EUilÔPÉElSNES. 195 Vichcs collections d'arbres fruitiers , preuves admiraLles de la jouissance qui a été accordée à l'homme d'agir sur la nature, et, disons-le, de la perfectionner au moins relativement aux besoins et aux jouissances de la société, c'est à M. Thouïn que nous les devons. Il n'y a point dans le jardin d'arbuste, point de gramen qui n'ait été noiîrri , élevé par ses soins; et les hommes eux-mêmes, dont les travaux le secon- doient, et qui portoient en tant de lieux les résul- tats de son expérience , c étoit lui qui les avoit formés; que dis-je? ils étoient ses enfans. En effet , de si grands travaux ne s'exécutent point, si les hommes qui les entreprennent ne savent s'assurer du dévouement de leurs aides; et c'est une conquête que la science et le talent ne feroient pas seuls. Mais personne comme M. Thouïn n'a su se donner ce genre d'auto- rité que l'amour et le respect prennent sur les ' cœurs. Ses signes étoient des ordres; nulle fa- tigue ne coûtoit pour répondre à ses désirs; ses subordonnés de tous les grades partageoient cette ardeur et cette tendresse, et, vous le voyez encore en ce moment lugubre , ils ne se séparent point, dans leur douleur, de cette famille éplorée qui perd en lui son ornement et son appui. i3. 1()G ANNALES » Ou'il.'s lui icndoul, et rciidous-liii avec eux les hommages qu'il apprccioit le plus, ceux de raltaclicmcnt et de restinie ; que ces fleurs qu'il a données a l'Europe décorent désormais sa tombe; que, soignées parles mains à qui il en- seigna à les cultiver , elles apprennent à nos enfans les jouissances qu'il leur a ménagées, et ce que la postérité lui devra de reconnoissance. Heureux le mortel dont la mémoire aura de si éloquens interprètes !» , M. Latné, ajailt, par une longue expérience dans le haut commerce de la droguerie, acquis la certitude que la France payoit annuellement lin tribut d'environ cinquante millions aux Anglais et aux Hollandais qui l'approvisionnent sous ce rapport, conçut l'idée patriotique de former une association française , pour tirer directement, par notre marine commerciale, toutes ces substances des lieux mêmes où elles existent, et nous affranchir ainsi d'un tribut onéreux, en enrichissant d'autant notre propre commerce. INous insérons ici, avec d'autant plus d'em- pressement^ la lettre de M. Laine, publiée à «e sujet dans le Moniteur., que ce projet a le même caractère j)alriolique que notre Société de Fructification générale , et que tout ce qui louche utilement rintérêt national, mérite d'être propage sur tous les points de la France. Lettre de M. Laiixé , au Rédacteur en chef du Moniteur. MOiNSIEUR, Vous avez Lien voulu, dans votre numc'ro du G septembre, annoncer avec quelque éloge La nationale entreprise qui fut le Lut i\Qs tra- vaux comme des sacrifices de ma vie entière. La malveillance a tiiclie de la traverser ; mais l'opinion puLlique a fait taire la malveillance: 1 ,4.00 actions sur i,5oo etoicnl déjà souscrites , lorsque, de toutes parts^ on s'est empressé de m'avertir que, si je voulois rendre mon entre- prise vraiment nationale, je devois en changer la nature et la forme , en lui donnant une exten- sion, sans laquelle elle ne serviroit pas l'intérêt général du commerce français, objet principal de mes efïorts. On m'a fait observer que la Hollande et la Belgique, éveillées par mon prospectus, scsonu aussitôt emparées du projet qu'il présente, l'onU igS ANNALES incontiiicnl mis à cxcculion; que S. M. le roi des Pays-Bas et sa famille ont été les premiers à donner l'impulsion ; que les banquiers , les néi;ocians, les capitalistes l)e]gcs et hollandais y ont de suite pris intérêt ; qu'en moins de quinze jours, un fonds de cent millions a été formé comme par encliantcmcnt. Que sera, auprès d'un pareil établissement, m'a-t-on dit, une simple commandite, une entreprise resserrée dans les bornes d'un capital de quinze cents millefrancsl Ainsi compris, provoqué, encouragé, j'ai du céder à l'opinion de ceux qui , concevant le commerce en hommes d'Etat, cl connoissanl nos immenses moyens, désirent, comme moi, voir la France s'élever à ce haut commerce auquel son autorité, son industrie, sa position géoj^ra- phique l'appellent plus qu'aucune autre nation du monde, si q\\q sait et veut profiter de ses avantages. J'abandonne donc la société en commandite , pour constituer mon j^lan sur de plus larges bases. Les Hollandais et les Belges ont pris de moi le fond du projet; à mon tour, je prends d'eux la manière de l'organiser. Us ne sont pas restreints à former une simple société en commandite ; c'est une Société anonyme , une association de cent millions , divisés en EUKOrJiENiVES. J QQ aclioiis qui i^agticiU aujourd'Iiui 70 à 80 pour roo dans ccl élaLlisscment vraiment natio- nal , qu'ils ont ci^écc. Pourquoi n'en ferions- nous pas autant que ces peuples , si verses dans la science qui demande et exige peut-éire aujourd'hui Tctude de toutes les connoissances humaines? La science commerciale fait plus qu'aucune autre pour le bien-elrc, le bonheur de l'homme; toujours elle constitue sa richesse, souvent la force des empires ; et , de nos jours, n'est-ce {Kis à sa constante prati([ue que l'Angle- terre, connue les Etats-Unis, doivent leur éton- nante prospérité? Mais une nouvelle ère se prépare : le com- merce français peut tout se })iomettre sous la protection de notre populaire et hien-aimé mo- narque, qui a bien voulu lui adresser, dans la personne du président du tribunal de Paris, ces belles et mémorables })aroles : « Plus que personne^ je sens la nécessité de soutenir et de protéger le commerce ; plus qu'un autre, .je sens comljien il est nécessaire à la France. >> J'ai recueilli personnellement dans une au- dience dont j'ai été honoré, les mémos assu- rances de la ])ouche de Ms^ie Dauphin. S. A. Pi. a daigné. Je ne dirai pas seulement m'écoutec 200 ANNALES avec aliention et inierêt, mais descendre dans les plus petits de'tails, m'e'clairer elle-même, et fmir par me promettre avec la plus touchante bonté' son auguste protection. La société que je propose maintenant est une société anonyme , dont le fonds se compose de dix millions de francs, divisés en actions de i,ooo fr. au porteur. Ce capital, aidé de notre situation géographique et de l'énergie nationale, amènera bientôt un changement dans la ba- lance commerciale , qui , chaque année , est de 5o millions défavorable à la France ; tandis que cette même balance est annuellement pro- fitable de 4oo millions pour TAngleterre. Incessamment je ferai connoître l'organisation que je croirai la plus convenable de donner à la société pour qu'elle atteigne son objet ; ce ne sera qu'une première esquisse, sur laquelle j'ap- pelle et recevrai avec reconnoissance les avis de MM. les banquiers, négocians, capitalistes, comme de tous ceux à qui leurs lumières et leur attachement pour la France donnent les moyens et le désir de lui être utiles. Qu'on ne croie pas qu'il s'agisse ici de créer quelques monopoles , comme quelques envieux se plaisent à le répandre -, non , je ne cherche qu'à créer un centre où chacun trouve, s'il lui EUROPEENNES. 20I plaît cVy recourir , les moyens de se livrer à des opérations sûres, et de trouver des approvision- nemens et des débouchés certains. Nous profi- terons tous ensemble de la prospérité publique , que tous nous aurons concouru à former ; tous nous aurons, en augmentant la masse du travail, servi le prince, la patrie, la morale et l'hu^ manité. Agréez, etc. IjAiné , négociant-droguiste. Le nouveau règne, si riche en douces espé- rances, donne une ascension magique à tout ce qui peut avoir trait à la prospérité nationale. L'imagination , qui s'embellit de perspectives heureuses pour le présent et pour l'avenir, pré- sente déjà un avantage immense dans la satis- faction de l'opinion publique. Toutes les actions de notre second lieuri IV, qui porte, qui presse avec le plus attachant amour tous les Français dans son cœur royal , nous assurent que notre magnanime Monarque ne fera pas moins, pour faire propager sur tous les points de la terre et des eaux mille trésors ' 202 AiN^ALKS nouveaux clans le bciiu royaume de Frauce ,. que n'a fait S. M. le roi des Pays-Bas en faveur de la Socicté commerciale y doni M. Laine vient de parler. Les slaluls delà Société anonyme de Fructi- fication générale sont en ce moment soumis à la sanciion du Roi : là, tout est, sinon certitude, au moins espoir si grand et si fojidc, que les souseiiptions arrivent déjà en aljorulauce; mais, comme, d'une part, la j)luraHui de MM. les no- taires du royaume , qui veulent , dans leur dé- vouement, concourir à cette vaste œuvre patrio- tique, demandent communication des statuts, et que, de l'autre, nombre dé propriétaires pensent, dans leur erreur , qu'on a l'intention de Llesscr Y innolahilité des propriétés commu- nales et particulières (ce qui est chose impossible à concevoir), nous croyons devoir donner ici ces mêmes statuts, précédés des quatre articles qui en forment là base fondamentale. La Compagnie de Fructification , qui s'offre à mettre de grands capitaux en mouvement pour opérer de si grands biens, propose des clauses fort simples, que le Gouvernement peut agréer sans aucun besoin Je loi , et par des mesures purement administratives. EUllOrEENKES. 300 Eilcs se composent des quatre articles sui- vans : 1°. A accorder la concession, pendant ^i7<7^/'e^ vingt-dix-neuf a?is y de toutes les dunes, landes, bruyères, montagnes aiides, incultes, terrains vagues et improductifs appartenant au domaine de l'Etat, qu'elle se charge de fructifier des arbres les plus utiles , choisis sur toutes les zones de la terre ; 2". A accorder la concession, pendant ^w<7/r//2/^^ ans, pour la plantation ctrcj)opulalion complèlo de tous les cours d'eau appartenant au domaine de IT.lat; 5". A auioriser toutes les communes du royaume à traiicr de gré à gré avec la Compa- gnie pour la fructificalion de tout sol inculte, et celle de tous les cours d'eau qui peuvent leur appartenir, dans la vue de les combler ainsi d'une grande aljondancc de richesses inqjéris- sablcs ; 4*'. A être alTranchidc tout impôt pendant trente ans , de tontes les fructifications dont il est question (i). (i) En offrant noire sincère gralitudc à MAI. les éditeurs 4os jouniaux des dyparlcnicns , qui daignent , par les [dut »/i ANr^ALKS Statuts de la Société anonyme de Fructification générale y ayant pour objet de fructifier tous les vides qui peuvent se trouver sur la terre et dans les eaux de la France. Par-devaint a comparu le sieur Fran- çois-Anloiiic Rauch, inj^enieur en reirailc, et auteur Aq^ Annales Européennes , en cjualiLc de fondateur de la Société anonyme qui fait l'oLjct du pre'sent acte; il a eld arrêté comme statuts de ladite Société , sauf l'approbation du Roi, les articles suivans : Article V\ Il est formé, entre le comparant et les actionnaires qui se présenteront, une Société anonyme , sous le nom de Compagnie de Fructification générale ; elle aura son siège nobles sentimens , nous aider à propager les vues relatives à ce vaste plan de bonlieui public , nous venons encore les prier de voul.oir bien insérer dans leurs Feuilles les observa- tions qui précèdent les Statuts , qu'il seroit également bien précieux de faire connoître à leurs abonnés ; mais c'est une faveur que nous n'osons leur demander , dans la crainte d'abuser de leur obligeance, quoiqu'il soit question ici des plus beaux, des plus grands intérêts de la patrie. EUROPÉENNES. 2o5 principal à Paris ^ et durera quatre-vin^t-dix- neit/ans y à partir du jour où elle aura été mise en possession de tous les terreins et eaux sur lesquels elle doit opérer dans toute la France continentale. Art. 2. La Compagnie de Fructification gé- nérale fera touies démarches nécessaires pour obtenir du Gouvernement, 1°. La concession \io\\Y quatre-vingt-dix-neuf ans de tous les terreins incultes, comme dunes , landes, bruyères, marais^ et autres improductifs appartenant à l'Elat^ quelle que soit leur situa- tion en montagne, en coteau ou en plaine, pour convertir lesdits terreins en bois et forets par semis ou plantation ; 2°. L'autorisation aux communes du royaume de traiter de gré à gré avec la Compagnie de Fructification générale, pour convertir égale- ment en bois et forets, par semis ou plantation, tous les terreins incultes," non-enclos, sous quel- que dénomination et dans quelque situation qu'ils soient , et appartenant auxdites com- munes ; 5°. L'autorisation de planter en arbres frui- tiers ou autres les bords des chemins vicinaux ', 4". Le droit de jouir, avec faculté d'exploita- tion , pendant quatre-vingt-dix-neuf ans , des 20G AWNAtES liois semos ou planlés par la Compagnie sur les lerreins iticullcs apparicnani à l'Eial; ladite jouissance devant commencer du jour où , dans cliaque de'pariement, les plantations faites par la Compagnie aurontété constatées par ordre du préfet ; 5°. Le droit de jouir des bois semés ou plantés par la CiOmpagnie sur les lerreins incultes des communes qui lui en auront fait opérer l'amé- lioration j et ce, jusqu'à ce que lesdites com- munes en prennent possession, en payant u la Compagnie la plus-value qu'elle aura procurée auxdits lerreins; 6". Le droit aussi de jouir des arbres que la Compagnie aura planlés sur le bord des chemins vicinaux, jusqu'à ce que les propriétaires desdits eliemins réclament la possession desdits arbres^ en payant à la Compagnie la valeur de cesdits arbres ; 7°. L'autorisation de planter en arbres, nau- tiques les rives de tous fleuves, ruisseaux et cours d'eau qui en sont susceptibles , apparte- nant à TEiat dans toute la France continentale , avec autorisation aux communes de charger la Compagnie de cette opération sur les cours d'eau qui seront déclarés leur appartenir j 8°. Le droit de jouir des productions prove- EUROPÉENNES. 207 iiaul fies piaula lions faites par la Compagnie sur les rives des eaux apparlenant à l'Elat; et ce, pendant quarante ans , à partir du jour où la plantation desdites lives aiua e'té constate'e dans chaque de'partenient par ordre du préfet ; 9". Le droit de jouir des productions prove- nant des plantations faites par la Compagnie sur les rives des eaux appartenant aux communes, qui auront fait opérer lesdites plantations par la Compagnie; et ce, jusqu'à ce qu'il convienne auxdites communes d'en prendre possession, en payant à la Compagnie la plus-value qu'elle aura procurée à leursdites propriétés ; lo''. La faculté de repeupler en poissons de toutes les espèces indigènes, et des meilleures espèces étrangères , toutes les eaux des fleuves , rivières , ruisseaux et cours d'eau appartenant à l'Elat dans toute la France contineniale, ainsi que l'autorisation aux communes d'en faire faire la même opération dans les eaux qui seront re- connues leur appartenir; II". Le droit exclusif de pèche dans toutes \qs eaux appartenant à l'Etat; et ce, pendant quarante ans ^ à partir, dans chaque départe- ment, du jour où il aura été constaté , par ordre du préfet, que les mêmes eaux auront été re-- peuplées ; 208 ANNALES 12''. L'aiilorisalion aux communes d'aban-^ donner le droit exclusif de pèche dans toutes les eaux à elles appartenant, qu'elles auront fait repeupler par la Compagnie; et ce, jusqu'à ce qu'il convienne auxdites communes de prendre possession de la pèche , en payant à la Compa- gnie la plus-value qu'elle aura procurée aux-' dites eaux sous le rapport de la pêche ; 1 5°^ L'exemption, pendant trente années, de toute espèce de contributions foncières des ter- reins, rives et eaux que la Compagnie aura amé- liorés, qu'ils appartiennent soit à l'Etat, soit lux communes , soit même aux particuliers qui en auroient traité avec la Compagnie, pour ren- dre productifs en bois leurs terreins incultes et les rives de leurs eaux ; lesdites trente années d'exemption devant courir, dans chaque dépar- tement, du jour où les améliorations faites par la Compagnie auront été constatées. Art. 3. Les Charges auxquelles la Compagnie se soumettra principalement pour obtenir ce qu'il est dit en l'article précédent, seront : 1°. De faire à ses frais tous les semis, toutes les plantations et tous les repeuj^lemens en pois- sons, tels qu'ils sont exprimés ci-dessus j 2". D'achever toutes ces diverses opérations dans toute l'étendue de la France continentale , EUROPÉENNES. iog àcius l'espace de quinze uns , à compter , pour chaque dëparlement, du jour de la clôture des procès-verbaux , constatant que les terreins in- cultes , chemins vicinaux , rives et eaux , sur lesquels la Compagnie doit opérer, ont été mis à sa disposition. Art. 4» Les concessions, autorisations, fa- cultés et droits énoncés en l'art. 2 ci -dessus, seront demandés au gouvernement , conformé- ment à la soumission plus détaillée, dont copie, signée du comparant , est demeurée annexée à la minute du présent acte. Art. 5. Le fonds social de la Compagnie est porté à cent millions de francs , divisé en deux cent mille actions au porteur de 5oo fr. cha- cune, payables par dixième d'année en année. Le premier dixième , de 5o fr. , sera payé comptant par ceux qui souscriront dans le cours de la première année , qui commencera à courir du jour où les présens statuts auront reçu la sanction royale ; chacun des autres dixièmes sera par eux payé dans les trois premiers mois de chacune des années suivantes. A l'égard des personnes qui souscriront après l'expiration de la première année, ils acquitte- ront, en souscrivant, autant de dixièmes qu'il y aura d'années écoulées , et le surplus ne sera 2. l4 >2JO ANKALfcS vcrs'J que siicccssivcmeiu par porlioiis de 5o fr. pour chacune des années suivantes, et toujours dans les trois piemiers mois de chaque année. Art. 6. En payant le premier dixième de chaque action, il sera ajouté 5 fr. qui ne feront point partie du fonds social; ils seront à la dis- position du comparant, comme auteur du projet et fondateur de la Société, afin de l'indemniser luilît ceux qui l'aident et l'aideront dans les soins qu'ils ont pris et qu'ils prendront pour la réussite du projet, et afin, en outre, de faire tous les frais quelconques tîc premier étahlis- sèment _, que le comparant prend à sa charge personnelle, s'engageanl a les faire, et renonçant à en réclamer le remhoursement , afin que le fonds social ne puisse être affecté des dépenses à iaire à ce sujet. Art. y. Les fonds provenant des actions pour former le capital de la Société seront confiés , au fur et à mesure des versemens , à une caisse pu- Llique , comme la Banque de France jàcs '^landais sur ladite Banque seront le seul mode de payer toutes les dépenses de la Compagnie. Art. 8. Les actionnaires qui voudront anti- ciper le paiement de leurs actions en auront la faculté. Tous les six mois , il sera payé a chaque actionnaire, dans le chef- lieu de l'arrondisse- ^ EUROPÉENNES. ^lï iiicnt de son domicile, rinlëiél, à raison de 5 p. 100 l'an, des fonds qu'il aura fournis pour former le capital de la Société, et ce, à compter de l'époque de chacun de ces vex^semens. Quand les produits de l'entreprise le permet- tront, il sera ajouté aux intérêts ci-dessus énon- cés un dividende proportionné aux bénéfices qui auront été faits par la Compagnie. Art. 9. Dès que les bénéfices auront élevé la répartition annuelle, tant à titre d'intérêt qu'à titre de dividende, à 10 p. 100 du montant de chaque action , l'excédant de bénéfice sera employé à rembourser chaque année autant d'actions que le permettra cet excédant de bé- néfice. Art. 10. Le sort déterminera celles des ac- tions qui devront être remboursées avec l'excé- dant des bénéfices de l'année précédente. Les actions remboursées n'en jouiront pas moins du produit annuel de 10 p. 100, jusqu'à ce que la totalité des actions soit remboursée ; et, après le remboursement intégral des actions, les bénéfices annuels seront répartis totalement en dividendes égaux entre toutes les actions. Art. 11. Les communes et les particuliers riverains des chemins vicinaux, dont les pro- priétés auront été améliorées par la Compagnie^ 14. 2l2 ANNALES pourront^ avec ses actions, qu'elle recevra pôuf leur valeur nominale, acquitter tout ou partie de la plus-value qu'ils auront à lui payer, quand les commîmes voudront reprendre possession de leurs terreins et de leui^ eaux améliorés , quand les riverains des chemins vicinaux voudront jouir des arbres plantés sur les Lords de leurs propriétés. Art. 12. La Compagnie est régie par un con- seil d'administration et un directeur ; le compte des opérations est rendu à une assemblée gé- nérale. Art. i3. Le conseil d'administration est com- posé de dix membres pris parmi les action- naires possesseurs au moins de cinquante actions. Les actionnaires qui, à l'époque où les pré- sens statuts auront été approuvés par Sa Ma- jesté, se trouveront avoir souscrit pour au moins cinquante actions , seront réunis pour choisir entre eux les dix premiers membres du conseil d'administration. Ils conserveront leurs fonc- tions pendant cinq ans ; et tant qu'ils les exer- ceront, chacun d'eux aura cinquante actions déposées chez le notaire de la Compagnie. A la sixième année, deux administrateurs désignés par le sort seront remplacés, et cha- cune des quatre années suivantes , le sort dési- EUROriiEJNiNES. 2.1^^ gnera pareillemeni deux des anciens membres pour élre remplaces; en sorte que la dixième année, les deux derniers membres restans seront ceux qu'il faudra remplacer après la révolution de dix ans. Chaque année , les deux plus anciens élus seront ceux qu'on remplacera. La nomination des remplaçans sera faite par l'assemblée générale au scrutin secret, et à la majorité absolue des voix. Chaque membre sortant sera toujours rééli- gible. Art. j4« Les fonctions du conseil d'adminis- tration consisteront à délibérer sur toutes les af- faires qui intéressent la compagnie; à faire les réglemens de détail qu'il croira utiles sur toutes les parties de son administration; à ordonner tous les travaux , toutes les opérations de l'en- treprise , et le mode de leur exécution ; à auto- riser tous marchés à faire, tous engagemens à contracter par la Compagnie, relativement aux travaux qu'elle entreprend ; à ordonner toutes les dépenses , à arrêter tous les comptes, et à ré- gulariser toutes les parties de la comptabilité, ainsi que les registres à souche des actions, ieîir forme et leur délivrance. A chaque semestre , il fera le compte des in- térêts à payer aux actionnaires; il fixera anniieK 2l4 ANNALES lemcnt le dividende à leur répartir au-delà des inlcrcls, et déterminera la forme de paiement desdits intérêts et dividende, dont il ordonnera Je montant. Art. i5. Les membres du conseil d'adminis- tration se réuniront au moins une fois par se- maine ; ils éliront leur président et leur vice- président , qui seront en fonctions pendant six mois , et qui seront toujours rééligibles. Le conseil délibérera à la majorité absolue des voix, et aucune délibération ne sera valable, si elle n'a pas été prise par une réunion de sept membres au moins ; si , étant au nombre de buit ou dix, les membres sont divisés entre deux opinions réunissant un égal nombre de voix , celle du président sera prépondérante. Art. 16. La direction est composée d'un di- recteur, au traitement de 1,000 fr. par mois; d'un sous-directeur, avec traitement de 760 fr. par mois; d'un secrétaire en cbef , au traitement de 4oo fr. par mois; d'un agent dans cbacun des départemens de la France continentale, avec cbacun un traitement de 5oo fr. par mois, et de quatre inspecteurs-vérificateurs, avec un trai- tement de 4^0 fr- par mois. En cas de décès ou de démission d'un direc- teur, son successeur est présenté par le conseil euuopi:e.nnes. - 2iS d'adminislralion à rapprobaliou de rasseiiiblcc j^onerale. Si le sous-direclcur ou lo secrétaire en chef décèdent ou donnent leur démission , leurs suc- cesseurs seront présentes par le directeur a Tap- 2"»robation du conseil d'à diiiinistra lion. Art. 17. Est nommé directeur le sieur Fran- çois-Antoine Raucli, comme fondateur de la société, avec le droit de nommer son sous-direc- teur, dès que les présens statuts auront été a])- prouvés par ordonnance royale. Lors de la première réunion des membres du conseil d'administration , le sieur Raucli , en qualité de directeur , présentera à leur appro- bation une personne pour remplir la place de secrétaire en chef. Art. 18. Le directeur prépare les élémens nécessaires aux délibérations du conseil d'admi- nistration ; il fait exécuter toutes les résolutions prises par ce conseil; en conséquence^ il signe , au nom de la Compagnie, tous les actes d'exécu- tion qui sont nécessaires, et il y relate les dates des délibérations contenant les autorisations qu'il a reçues. Il correspond avec les agensde la Compagnie dans les dépariemens; il leur transmet les ins- tructions cl les pouvoirs néccs.saîrcs pour l'exé- 2l6 ANNALES cuiion des délibëralions prises par le conseil d'adininistralion. Il a entrée et seulement voix consultative au conseil d'administration toutes les fois qu'il y croit sa présence utile , pour éclairer les admi- nistrateurs; mais aussi toutes les fois qu'ils l'ap- pellent, il doit assister à leurs délibérations. Tous les mois au moins^ et plus souvent si les administrateurs l'exigent , il rend compte au conseil des opérations dont ils l'ont chargé^ ainsi que de Vexécution de leurs délibérations. Un extrait de son compte rendu est publié cha- que mois dans les Annales européennes , qui forment lejournal spécial de la Société de Fruc- tification , auquel elle prend d'abord mille ahon- nemens , pour les mille exemplaires être distri- bués et adressés aux personnes qui seront indi- quées par le conseil d'administration. Le directeur organise les bureaux de la Com- pagnie, après avoir fait approuver par le conseil d'administration le tableau des places dont il se compose, et les émolumens de chacun. Il nomme et destitue à sa volonté les divers employés de ses bureaux. Art. 19. Le sous-directeur remplace le direc- teur dans le cas d'absence , de maladie ou d'em- EUROPÉENNES. *ZtJ péchemcnt quelconque, et en exerce alors toutes les fonctions sous les mêmes obligations. Tant que le directeur est présent ou n'é- prouve aucun empêchement , il délègue au sous- directeur celles de ses fonctions qu'il lui plaît , et partage ainsi avec lui le fardeau de la direc- tion. Art. 20. Le secrétaire en chef rédige les déli- bérations du conseil d'administration , auquel il assiste à'cet effet seulement: il est Tarchiviste de la Compagnie ; il surveille le travail des bureaux^ d'après les ordres du directeur ou du sous- directeur. Art. 2 1 . L'agent de la Compagnie dans chaque département est chargé d'y faire exécuter les délibérations du conseil d'administration , d'après les ordres , les instructions et les pou- voirs qu'il reçoit du directeur ou du sous-di- recteur. Tous les mois au moins, il rend compte à la direction des opérations dont il a été chargé. Un comité de cinq censeurs, qui sera renou- velé par cinquième chaque année , représente les actionnaires pour surveiller l'administration et la direction. Le sort décidera celui des cen- seurs qui devra être remplacé chacune des cinq premières années , et ensuite le plus ancien sera 2lS ANNALES celui ([uï devra cire remplace. Les censeurs sorlanl seront toujours récligibles. La première assemblée i^énérale nommera, à la pluralité absolue des voix, les cinq premiers censeurs ; et chaque année , lors de la tenue de l'assemblée générale ordinaire , le censeur sor- tant sera élu a la pluralité absolue des voix, JPour exercer les fonctions de censeur, il fawt posséder au moins quarante actions , et laisser en dépôt ce nombre d'actions pendant la durée desdites fonctions. Le comité des censeurs se réunit au moins une fois par mois, et délibère à la pluralité des voix, sous la présidence de celui que les cen- seurs se choisissent; et, dans l'intervalle des réunions , la surveillance , au nom des action- naires, est exercée journellement par un ou plu- sieurs des censeurs délégués à cet effet par le comité. Art. 22. Dans le mois de janvier de chaque année, il y a une a-ssemblée générale au jour indiqué par le conseil d'administration ; cette assemblée peut être convoquée extraordinaire- nient dans tous les cas, soit que le conseil d'ad- ministration, soit que le comité des censeurs, le décident par délibération. Pour avoir entrée à l'assemblée générale, il ruROrÉENNES. 219 faut eire porteur de vingt actions au moins. Chaque membre n'a qu'une voix, en quelque quantité que soit le nombre de ses actions. Cette assemblée est présidée par le président ou le vice-président du conseil d'administration. L'assemblée générale délibère sur toutes les affaires de la Compagnie, lorsqu'elles sortent des limites d'une simple administration , et d'après le rapport qui lui en est fait par l'un des administrateurs ou par la direction. L'état de situation des travaux et celui des recettes et dépenses de la Compagnie est soumis à l'assemblée générale, qui vérifie et arrête les comptes. On y procède aux nominations qui sont a faire pour remplacer les membres sortant du conseil d'administration. Les élections se font par scrutin secret, à la majorité absolue des voix. Art. 23. Chaque année, un état de la situa- tion de la Compagnie, tant sous le rapport de ses opérations que sous celui de ses finances^ est adressé à Son Excellence le ministre de l'in- térieur. Un état particulier des opérations faites par la Compagnie dans chaque département^ est adressé au préfet chaque année. Art. 24. Un commissaire du Gouvernement 2iO ATONALES surveille les opc'raiions de la Compagnie et la? fidèle exécution des présens statuts. A cet cffel, il aura toujours la faculté de prendre connois- sance des délibérations prises par le conseil d'ad- ministration, et d'en vérifier l'exacte exécution dans les bureaux de la direction. Art. 26. A l'expiration de la Société, il sera procédé à sa liquidation par le conseil d'admi- nistration et par la direction ; et quand les opé- rations de cette liquidation seront terminées, il en sera rendu compte à une assemblée générale, qui sera la dernière ; et une copie du rajDport, ainsi que de la délibération dont il sera suivi , sera adressée à Son Excellence le ministre de l'intérieur. Art. 26. S'il s'élève des difficultés entre le conseil d'administration et des actionnaires , ou entre des actionnaires pour des objets relatifs à la Compagnie , elles seront soumises à la déci- sion de trois arbitres; deux seront nommés par les parties respectivement, et ces deux premiers arbitres s'adjoindront un troisième de leur choix , pour, tous trois , former le tribunal arbi- tral, qui jugera conformément aux règles éta- blies par le Code de commerce. Pai'is, le 1 5 novembre 1824. {Signé ) EUROPEENNES. • 23[l Quelques Réflexions sur la situation physico- agricole de laFrance actuelle, et sur ce qu elle peut devenir y par V exécution des grands travaux que l'on propose d'effectuer pour la combler de toutes les richesses qu'elle peut être susceptible de posséder (i). C'^ssT à la culture perfeclionnc'c c[ue l'on doit l'abondance , l'augmentation de population, et, par suite, l'industrie, les richesses et la force qui caractérisent un empire , qui , riche de son sol , y trouve la source de toutes les féli- cités publiques. La France, si riche déjà par son agriculture et son commerce , pourroit , comme nous l'avons déjà démontré, augmenter sa fortune territoriale de plus de 5o milliards. Plus de vingt millions d'arpens encore incultes pour- roient être mis en rapport. Les landes, les dunes (i) En parlant ici de culture, nous embrassons tout le système général d'agronomie , c'est-à-dire , l'harmonie réci- proque qui doit régner dans un pays entre toutes les produc- tions variées que la nature s'offre à y faire prospérer. 222 ANNALES et les drnjcres, au lieu de iDrcscnter leur aride nudité, pourroient se couvrir des arbres qui leur scroient propres : ils rafraîchi roient ces contrc'es desséchées; leurs fruits seroient une nouvelle source de jouissance pour les haLitans> et leurs hois procureroient un chauffage dont ces pays sont généralement dépourvus. Quinze cents mille arpens de marais pourroient être fructifies et mis en rapport. Les hahitans de ces lieux infects et mal sains respireroient un air plus saluLre : car il est généralement reconnu que les végétaux contribuent beaucoup à la salu- brité atmosphérique ; ils absorbent les émana- tions putrides , les miasmes de toute nature^ les gaz nuisibles à la respiration, et purifient ainsi l'air de toutes les dissolutions imjoures qu'il contient. Les plantes sont non-seulement la pa- rure la plusbrillante de l'habitation de l'homme^ mais encore elles fournissent à sa nourriture et à la conservation de sa santé. Le philosophe doit donc voir avec peine que tant de terreins restent incultes, lorsque leurs produits contribueroient a répandre l'abondance et à augmenter nos ri- chesses. C'est à tort que l'on se plaint du décrois- sèment des hommes et des productions de la terre , nous sommes aussi grands et vivons aussi vieux que nos pères , et la terre , toujours jeune EUÎIOPÉEISNÉS. 220 et toujours féconde, ne demande qu à elrc cul- tivée pour produire. Lucrèce, de son temps, croyoit déjà la nature faliguée : Jamque adeb fracta est œtas , effœtaque tellus , Vix animalia parva cveat ^ quœ cuncta creavit Sœcla , deditqiiejevarum ingentia corpora partu. LucRET.' Ner. Nat. , L. ii. Elle est toujours la même ; mais l'homme , en LC répandant sur tout le globe, y a porte la guerre et la dévastation; les animaux, épouvantés, ont fui à son approche ; les forêts qui leur servoicnt de refuge , et qui protégeoient leur reproduc- tion, ont disparu, et avec elles cette quantité de gibier qui fournissoit à la table de nos ancê- tres. Le reboisement de la France est une des opérations les plus urgentes et en même temps les plus profitables que l'on puisse entreprendre. V^ingt mille lieues de fleuves et cent mille lieues de ruisseaux sont dégarnies de bordures ; deux cents mille lieues de lisières de prés sont à planter ; en opérant toutes ces plantations , on n'enleveroit aucun terrein à l'agriculture^ et cependant on enrichiroit le sol d'une somptueuse quantité d'arbres. Cent vingt mille lieues de chemins vicinaux pourroient encore être décorer d'arbres à fruits : le pâtre y trouveroit un abn 2^4 AWNALES contre les ardeurs du soleil ; le voyageur se re^ poseroit sous leur ombrage. Les arbres prote'gent l'homme, les animaux et les moissons, contre les intempéries des sai- sons. « Les forêts, dit M. Tallard, ont une si grande influence sur la salubrité de l'air, qu'il seroit à désirer qu'elles se ramifiassent de toutes parts en longs rideaux, en longues chaînes de ve^'dure qui, enveloppant d'abord les courans qui s'en échappent, se continuassent sur les bords des ruisseaux, des rivières^ des fleuves, formassent de doubles replis sur les sables sou- vent mobiles des rivages maritimes , revinssent en avenues décorer les chemins et les routes, et que leurs dernières expansions se déployassent en haies dans l'intérieur des terres , de manière a former des abris plus ou moins rapprochés , selon la qualité du sol et de l'air. » Outre les richesses immenses que pourroient produire de si nombreuses plantations, une pareille disposition protégeroit l'homme , les animaux et les végétaux , contre les efforts des vents, et tempéreroit l'action quelquefois trop vive des rayons solaires, délruiroit l'influence délétère des gaz nuisibles, et, par un heureux échange , renouvelleroit l'air respirable : car les plantes dégagent l'oxigène ou air vital , et absor- EUROPÉETNNES. 225 bent du gaz acide carbonique, lorsqu'au con- traire rhomme et les aniaiau^c expirent le gaz acide carbonique et absorbent l'oxigène : ainsi , par une de ces sages pre'cautions que la nature nous offre à clia({ue instant , les végétaux re- nouvellent sans cesse la quantité d'oxigènc at- mospbérique continuellement absorhëe par la respiration des animaux;* Cet ccbange mutuel entre les animaux et les végétaux prouv:^ com- bien l'existence de l'un est attacbée à celle de l'autre, et fiiit sentir riniporlance qu'il y a de maintenir l'équilibre primordial établi par la nature entre ces deux règnes (i). Linné exprime avecune énergique brièveté les différences carac- tériques des trois règnes : Mineralia crescunt; Vi^getahilia crescunt et vi.'urtt ; ariimalia cres- cunt y VL^unt et sentiunt. Certes, les trois règnes sont nécessaires à notre existence, mais le règne végétal est , sans con- tredit , celui dont nous sentons la nécessité abso- lue : la masse énorme de terres incultes , que (i) Le végétal, frappé parles rayons du soleil , expire du gaz oxigène : il l'absorbe , au contraire , pendant îa fraîcheur des nuits ; mais une expérience de Saussure semble prouver qu'il en expire beaucoup plus pendant le jour qu il n'en absoibe pendant la nuit. 2. l5 220 ANNALES nous possédons encore , est une tache flétris- sante au milieu d'une population active; leur culture allégeroit les besoins de la classe néces- siteuse. Nos montagnes arides et nues se couvri- roient d'arbres utiles et magnifiques , dont les milliers de pointes soutireroient de l'atmosphère le fluide électricpie, arréteroient les orages, briseroient l'impétuosité des vents, et adouci- roient les rigueurs de l'hiver. Les immenses travaux que nécessitera un pareil changement 2:)0ur le bonheur de la France, la Société ano- nyme d3 Fructification est sur le point de les entreprendre. Jamais une opération aussi im- portante n'aura été mise à exécution. Celte œuvre immense, et sans exemple encore, est digne de la nation qui en est l'objet ; par ses résultats émi- nemment philantropiques, puisqu'ils tendent au bonheur de la génération actuelle , et qu'ils préparent le bien-être de celles a venir, elle at- tirera les bénédictions du peuple sur le règne du prince qui nous gouverne, et nos descendans béniront le monarque qui aura encouragé et protégé de si nobles travaux. La Société anonyme de Fructification gé- nérale apportera non -seulement de grandes améliorations dans le système économique, mais encore, nous le pensons, ses travaux peuvent EUROPEENNES. 2 27 avantageusement contribuer à ramélioraiion des mœurs. Des milliers de bras vont être mis en mouvement ; comljien d'hommes de'sœuvrés , languissant dans la misère et les vices qu'elle engendre, peuvent être occupe's, pendant de lonirues années, à féconder et à embellir la France sur tous les points , depuis les dunes ma- ritimes jusqu'aux montagnes arides des Ce'ven- nes, depuis les landes de la Gascogne jusqu'aux plaines nues de la Champagne î Los travaux champêtres ne répugnent jamais à l'indigent, qui y trouve non-seulement un moyen d'exis- tence, mais encore une consolation à ses peines. Le sol qu'il habite, embelli par ses mains, lui sera plus cher ; il n'ira plus au loin mendier son existence. L'abondance qui régnera dans son propre village lui en évitera la peine; car la plantation en arbres fruitiers des chemins com- munaux, des lisières de nos prés, des bords de nos rivières et de nos ruisseaux ; etc., répandra une aisance générale. La campagne prendra un aspect plus riant; de vasles plaines, où l'œil n'a- perçoit qu'une triste uniformité , seront coupées et ornées par les arbres plantés le long des che- mins champêtres ; le laborieux cultivateur trou- vera toujours près de lui un abri contre les cha- leurs du midi ; ses pénibles travaux lui paroî- i5. 228 AWNALES tront moins durs, et il bénira un Dieu qui lui fait trouver dans toutes les productions de la nature, de quoi satisfaire à ses besoins. L'Arabe du désert ne vomit des imprécations contre l'astre du jour, que parce que la nature, dépouiile'e de ses plus beaux ornemens, ne lui offre seulement pas un arbre pour se mettre à l'abri de ses brûlans rayons. Les approches de nos villages , ornées de vertes pelouses et de jo- lies plantations, offriront à la jeunesse des lieux de plaisir plus agréables et plus sains que les lieux de licence où , dans certaines contrées , ils ont contracté l'habitude de célébrer leurs fêtes et leurs dimanches. Les goûts champêtres renaî- tront; riiomme des champs abandonnera au ci- tadin l'insalubrité, la turbulence et la vie dissi- pée et dépravée des grandes villes; ses goûts simples et naturels, sa frugalité, ses plaisirs sans excès , lui donneront la santé , la paix du cœur, et conserveront les mœurs innocentes , dons pré- cieux que la nature ne dispense qu'à ceux qui suivent ses douces lois. La Société de Fructification doit aussi repeu- pler nos fleuves et tous nos cours d'eaux en nomljrciises espèces de poissons, dont une grande partie sont devenues si rares, qu'elles sont in- connues à nos pécheurs, \ingt mille lieues de EUnOPÉENNES. . 229 fleuves, au jourd'hui presque entièrement de'pen- ple's, pourroientêtre remplis de poissons varie's. La prodigieuse fécondité des individus , leur fa- cile multiplication dans toutes les eaux, et la nourriture saine et abondante qu'ils offrent à l'homme, sont des motifs suffisans pour faire sentir les avantages d'un projet qui tend à aug- menter ronsidcrablcment la masse alimentaire des produits de la France. ]Nos cours d'eau, bordés d'arbres qui proté- geront la reproduction des poissons, offriront un aspect plus agréable que celui que présentent maintenant nos fleuves, dont les bords, tristes et dégarnis, n'opposent aucunes digues aux dé- bordemens. Ovide ^ frappé des beautés que lui offroient les rives de l'Eridan , suppose que les sœurs de Phaéton furent changées en peupliers sur les bords de ce fleuve. Le Pô lui-même, ainsi que nos rivières, aujourd'hui n'inspire- roient pas de semblables idées à nos poêles. Par les soins de la Société de Fructification ^ les peu- pliers, les saules, les platanes, les osiers, etc., se refléteront dans le miroir des eaux, en em- belliront le cours , en entretiendront la fraî- cheur, et protégeront l'accroissement et l'exis- tence de leurs nouveaux hôtes. Nous avons développé dans les précédens a3o ANNALES numéros loiis les avantages que peuvent pio- tluire les travaux de la Société de Fructification. Nos voisins se sont souvent emparé de projets enfantes chez nous, et s'en sont a])proprié l'ini- tiative ; la Franee, cette fois , sera la première à mettre en pratique un projet dont l'importance , sentje par l'étranger, sera promptement imitée» Tous les peuples reconnurent l'importance de l'agriculture, et attribuèrent l'invention de cet art à leurs dieux ou à leurs rois : les Egyptiens l'aitribuoient à Osiris, les Grecs à Cérès ou à Triptolème son fds, les Romains à Saturne ou à Janus , leur roi ; les Chinois ont feint que leur Amida, ou déesse de l'amour, sortit du sein des fleurs et des moissons. Leurs rois, pour honorer cet art nourricier , tracent tous les ans des sillons. Les sauvages de l'Amérique eux-mêmes l'at- tribuent à la fille du grand Manita , ou de Dieu* Nous terminerons cet article en rapportant la fable imaginée par ces peuples. Un missionnaire suédois, ayant assemblé les chefs de la tribu des Onéidas (i) , leur fit un (i) Cette tribu est une des six nations indiennes confédé- rées de TAmérique septentrionale ; une partie occupe le Canada ,et l'autre les Etats-Unis. Le nombre est de quatre EUUOPÉENISES. 23 1 sermon où il délailloit les principaux faits his- toriques sur lesquels notre religion est fondée, tels que la chute de nos premiers parens quand ils mandèrent la pomme, la venue du Sauveur, sa passion , etc. Quand il eut fini , un orateur sauvage se leva pour le remercier, et dit : « Tout 3i ce que vous venez de dire est fort hon ; c'est » mal , en effet , de nlanger des pommes , il vaut M mieux en faire du cidre. Nous vous avons » bien de l'obligation de venir de si loin pour » nous apprendre ce que vos mères vous ont >ï appris : en revanche , je vais vous dire ce que » les nôtres nous ont enseigne (i). Autrefois » nos pères ne vivoient que de la chair des ani- » maux, et quand leur chasse n'etoit pas bonne, » ils mouroient de faim. Deux de nos jeunes à cinq mille. Ces nations sont . les Mohawks , les Onéidas , les Oaondaogas , les Senecas , les Cazougas et les Tuscaroras. Nous les connoissons sous la dénomination générale dlro- quols. ( I ) Les Iroquois n'ayant pas l'usage des letlres , les ' femmes sont , parrhi eux , les dépositaires de Thistoire ; et , pour cet effet , elles sont présentes à toutes les assemblées publiques et à tous les traités. Ce sont elles qui sont chargées de se ressouvenir des faits et des traditions iutércssans, et de les transmettre à la postérité, en les racontant souvent aux en fans. 202 " AIN.NALES » chasseurs , passant près d'une montagne qui » n'est pas éloignée de la source du Susque- M hanah (i), et ayant tué un daim , allumèrent M du feu pour le faire grilier. Comme ils alloient » commencer leur repas, ils voient une jeune » et belle femme descendre des nues, et s'asseoir M près d'eux. C/est sans doute un esprit, dit w l'un , qui aura senti rôdeur du gibier rôti, et M qui désire en manger : il faut lui en offrir, M Ils lui présentèrent la langue de l'animal ; » elle l'accepta; et, après qu'elle l'eut mangé, " elle leur dit : Votre honnêteté ne restera pas >j sans récompense ; venez en ce même lieu » après treize lunes , et vous trouverez de quoi » vous nourrir, vous et vos enfans, jusqu'à la >j dernière génération. Après ces mots , elle mit » les mains sur la terre, et retourna vers les M cieux. Les chasseurs revinrent donc après » treize lunes , et furent bien surpris de trouver » des plantes qu'ils n'avoient jamais vues aupa- » ravant^ mais dont la culture, constamment » entretenue parmi nous depuis ce temps, nous >3 a été du plus grand profit. Là où avoit touché (i) Fleuve qui , dans son cours , baigne la Pensyl- vanie. EUROPÉENNES. 253 )) la main droite de cette femme céleste , ils » trouvèrent du maïs; à l'endroit où avoit tou- » che' la main gauche , des haricots , et à la » place où elle s'etoit assise, avoit cru du » tabac. » Le missionnaire suédois ne fut pas convaincu de la réalité de cette fable ; mais il vit avec plai- sir que, malgré la différence de croyance, tous les peuples de la terre rendent hommage à Dieu des dons que nous prodigue la terre. A. D. «= Nouveau genre de Champignons à placer à coté des lucoperdon , geastrum , etc. j par M. R ASP AIL. On a reproché à notre siècle de se montrer trop prodigue de genres dans les classifications; et ce reproche, en botanique surtout, ne paroît pas tout-à-fait dénué de fondement. Nous mul- tiplions trop les êtres; nous établissons trop de lignes de démarcation; nous imposons trop de bornes à la puissance de cette nature, qui se joue si souvent aux yeux de l'observateiu' de 234 ANNALES tant de magnifiques édifices, dont les bases lui etoient étrangères. Cependant cette prodigalité dans la classi- fication n'a pas été sans fruit pour la science. En voulant diviser, il a fallu étudier et dé- crire encore; et, à force d'étude, on est quel- quefois venu à Lout de découvrir non-seulemenl des formes , mais aussi des caractères et des pro- priétés d'un ordre nouveau. Je suis même per- suadé que les divisions et subdivisions finiront tôt ou lard par produire un effet tout contraire à celui dont on menace quelquefois la science; et qu'au lieu de grossir le cliaos des connoissances humaines, elles ne serviront qu'à le débrouiller. Il arrivera, dans les faits dont les systèmes se composeront , ce qui arrive quelquefois dans les événemens humains : la division enfantera la concorde^ et les différons membres épars, mais bien étudiés, viendront se réunir d'eux-mêmes en un seul corps, dont toutes les parties s'en- chaîneront avec l'harmonie la plus heureuse. Quoi qu'il en soit, comme je n'ai pas encore acquis par d'autres titres le droit de faire des créations superflues, je dois exposer ici les motifs qui m'ont engagé à publier le nouveau genre dont la formation m'a paru indispensable. Daijs les différentes branches dont se compose V EUllOPÉENNES. 255 lacriplogamie, la p:\viiec\es Jiingus , qui a occupé la vie entière dos Schœffer, des Bulliards , et , avant eux^ de l'illuslre Micheli, est bien loin encore de pouvoir rivaliser avec les autres por- tions de cette grande et incertaine famille du règne vège'lal , en dépit des belles excursions que la chimie a faites dans celle partie; la pliysiolrgie desjhngus n'est point parvenue à des résultats entièrement satisfaisans. La classification est encore moins avancée. Quelles difîicultés de bien séparer les espèces entre elles! quelles dif- ficultés plus grandes de les rcconnnoître dans une simple description î Aussi Linné lui- même , se décourageant à la vue de tant d'obs- tacles , avoit cru ne devoir décrire que peu de fungus , afin , disoit-il , cTéi^iter de donner comme espèces les variétés dont le nombre , du reste, est plus grand qu' on ne le pense, etdontla plupart , même encore aujourd hui , servent de type à des genres nouveaux (i). La prudence trop méticuleuse du grand botaniste suédois n'étoit point faite pour agran- dir cette portion de la science; et je ne crois pas m'exposer à un démenti , en affirmant que (i) Syst. Nat. , édit. 1753. Cript. 2 3G ANNALES la hardiesse des Bulliards et des Schceffer Ta servi avec plus de succès. Multiplions les observations et les dessins ; tâchons de donner des descriptions exactes et détaillées: c'est Tunique moyen de parvenir à des notions claires, au sujet de ces végétations, qu'il est si difficile de faire renaître sous ses jeux, et par conséquent l'unique moyen de pouvoir un jour établir des séparations réelles entre les espèces, et surtout entre les genres. Voilà le motif qui m'a déterminé à mettre au jour les dessins àwfungus singulier que je vais décrire. J'ai cherché ensuite à le classer; j'en ai examiné attentivement l'organisation; je me suis convaincu que, dans l'état actuel de la science, il ne pouvoit appartenir à aucun genre connu , et je n'ai pas balancé à en faire un genre nouveau , que je dédie à M. Laterrade , direc- teur de la Société Linnéenne de Bordeaux , et auteur de la Flore Bordelaise, sous le nom de Laterradœapoljmorpha. Histoire du Laterradœa polymorpha. Ce champignon me fut donné par M. Bellan- ger, jeune botaniste plein de zèle, à l'instant EUROPÉENNES. 25y où il venoit de le trouver aux Champs-Elysées , i^iès TEljsée Bourbon (juillet jSso). Je me hâte de le replacer, autant que pos- sible, dans un état approchant de celui où il avoit dû se trouver dans la localité indiquée, pour l'étudier dans le reste de son développe- ment. Mais soit que le fiin^us ne jouît j)as chez moi de l'atmosphère qui l'cnlouroit aux Champs- Elysées; soit, ce qui est plus certain , parce qu'il n'avoit pas été enlevé avec la motte sur laquelle il avoit poussé, il ne tarda pas, le lendemain, à donner des signes de dépérissement. Cet individu avoit poussé sur des fraj^mens de fumier adossé contre la surface perpendi- culaire d'une barrière en bois. Sa forme gêné- raie approcholt assez d'une pyramide renversée , d'où partoient cinq ou six jets ou lobes, variant de forme et de grandeur , mais tous les cinq dirigés obliquement vers le ciel. La partie antérieure, celle que l'on voit sur le dessin, présentoit , en outre, d'autres lobes moins développés, affectant des formes bizarres, et l'un d'eux s'é tendant comme une grande plaque. La partie poslérieui^e s'étoit moulée sur la sur- 238 ANNALES face contre laquelle elle etoit adossée; elle éloii par conse'quent plane. La surface da chanipiguon éloit lisse, sa couleur blanche, avec une teinte de rose qui devint plus intense le lendemain. Sa ]j1us grande hauteur ëtoit de douze centi- mètres , et la plus glande distance des lobes n'en dépassoit pas dix. On vovoil sortir de sa surface quelques brins de paille et de feuilles de graminées , que le champignon avoit enveloppés de sa substance dans le cours de son développement. Je note cette circonstance, parce que l'on n'observe pres- que jamais ces brins de végétaux ou de matières étrangères dans la partie supérieure des pédi- cules des holets et des agarics^ et très-souvent, au contraire , dans la. chair du chapeau. J'ai déjà dit que dès le lendemain le cham- pignon donna des sigjnes de dépérissement : les sommités des lobe^i^ommencèrent à se racor- nir ; la surface se couvrit en abondance de bissus Jlavescens et de hotrjtis racemosa : deux para- sites que favorise la fermentation d'une liqueur virupense qui snintoit de tous les pores. Cette liqueur étolt même venue à bout de recoller à sou ancienne pelure le lobe qu'un accident en avoit détaché,* enfin, le champignon se dessécha EUROPÉENNES. 289 entièrement , en conservant une forme peu éloi- gne'e de la primitive. N'ayant pu réussir à le faire développer, je n'en cherchai pas moins à découvrir les orj^anes de la fructification. La chair étoit cotonneuse, d'un hlanc pur, quelquefois veiné de rose , ressemblant entière- ment à la chair du chapeau des bolets {adu- lin pures)', et cette chair se remarquoit non- seulement dans la hase commune, mais encore dans la majeure partie des lobes. La plus simple réflexion indiquoit que les organes de la fructification ne se trouvoient pas là. Les sommités racornies des lobes, ressemblant assez, dans cet état, à des morceaux de viande desséchée, m'offrirent une substance bien dif- férente de cette chair. Cette substance étoit dure, cassante, purpurine, diaphane, et d'une cassure vitreuse. Elle se ramollissoit , mais ne se dissolvoit pas dans l'eau. A une lentille d'un demi-ceut de foyer, elle présentoit l'aspect, les formes mysté- rieuses , la transparence d'une gélatine; tandis que la chair offroitun tissu déchiré sur les bords et opaque, enfin, cette substance éioit entiè- rement semblable à celle de la teticularia rose a. 2/îo ANNALES [Bull, de la Soc. phiL, n° i4, floréal an VI y f 8. A. B.C.) Ce toi l donc évidemment la le re'ceptacle des gongyles (i). Les i^ongyles se trouvoient ren- fermés dans une gelée, et sous une enveloppe qui avoit besoin de se déchirer pour leur per- meitre de se propager. Ce genre doit donc évi- demment être placé à côté des Ijcopendon , des geastrum reticulana , etc, , et je suis en droit d'en tracer les caractères suivans : Caractère du genre Laterradœa. Champignon à chair cotonneuse, portant au sommet de différens lobes des masses d'une substance gélatineuse, qui devient cassante par la dessiccation, et qui renferme les gongyles. Caractère de V espèce Laterradœa poljmorpha. Champignon de douze à quatorze centimètres de haut et de huit de large , à surface bJanc^he , (i) Comme le cLampigann n'étoit point parvenu à son développement parlait , et que probablement les gongyles u avoient pas été secondés, toutes les expériences que j'ai faites pour les faire lever ont été infructueuses. EUROPÉENNES. 24l lisse, avec une teinte de rose, à chair blanche et molle , composée d'une foule de lobes épais , qui partent d'une masse commune, en affectant des formes plus ou moins bizarres, et qui portent les masses gougjrlifères au sommet. La Société Linnéenne de Bordeaux, section de Paris, après avoir entendule raport de M. Cau- vin sur le champignon présenté par MM.Raspail et Bellanger, deux de ses membres , déclare qu'elle en adopte les conclusions , et arrête ce qui suit : Article 1*'. La Société reconnoît que le champignon sus-mentionné est une espèce nou- velle et inédite, dont la découverte est due à M. Bellanger, et la description et le dessin à M.Raspail. Art. 2. Que, partageant les senti mens de l'auteur de cette découverte, le nom de Laterra- dœa poljmorpha sera donné à cette nouvelle cryptogamie , comme un hommage rendu par la section de Paris au talent et au zèle de M. La- terrade , auteur de la Flore Bordelaise , et di- recteur-général de la Société Linnéenne de Bordeaux. Art. 3. Copie de la présente délibération sera transmise à la Société-mère par le secrétaire de 2. i6 24îJ ANNALES la seciioli de Paris, avec invitalicwi de le faire coniioîlre à loales les seclioiis, afin de lui donner la publicité convenable. Fait à Paris, le i6 octobre 1824. Desaybat fils^ Président. Delaunat, D. m. p. , Vice-président. AuGEY, D. M. P., Secrétaire. Sur le canal de Soissons , destiné à joindre le canal de VOarcq aux canaux des Ar- dennes et de Saint-Quentin. Lorsqu'on adopta le système de canalisation, ce fui pour donner plus d'activité au commerce, el faciliter les moyens d'arriver au but par une voie plus courte, et diminuer par-là les frais qu'entraînent les transports snr des rivières dont les sinuosités ou la vicissitude des saisons occa- sionnent des Icnteui'S et des dépenses considé- rables ; événemens toujours nuisibles au com- merçant, et dont le consommateur se ressent. Il est donc de la j)lus utile importance de mul- tiplier ces communications. Tels sont les motifs développés avec clnrté, et dans le plus grand détail , dans un mémoire EUROPÉENNES. 24.3 dont la simple lecture démontre le savoir et les estimables intentions de Fauteur. M. Girard , ingénieur en chef des ponts et chaussées , membre de l'Institut , Académie royale des Sciences , connu par son zèle pour tout ce qui peut contribuer à la prospérité de notre belle patrie, propose d'établir des commu- nications entre les canaux de l'Ourcq^ de Saint- Quentin et des ArdenneSy avec celui de Soissons, qui, se trouvant au confluent de ces deux com- munications, à peu près à égale distance de leurs deux embouchures dans la rivière d'Ourcq et le canal de Grozat ; deviendra l'entrepôt naturel du commerce qui s'établira , par cette nouvelle voie , tant pour les marchandises venant de l'Ouest et du Midi de la France par le canal de rOurcq, que pour celles qui proviennent de nos départemens du Nord par le canal de Saint- Quentin , ou bien enfin de nos provinces de l'Est par le canal des Ardennes. La ville de Soissons est donc appelée , par sa position topographique, à jouir, la première, et plus qu'aucune autre , des avantages qu'on doit attendre de la communication navigable qui fait l'objet du mémoire de M. Girard. Elle se diyise naturellement en deux branches, dont l'exécution pourra s'opérer successivement. i6. 2^4 ANNALES Jja jonction de l'Ourcq à l'Aisne forme la bra«)(:he nicriJionalc du canal de Soissons; la jonction de l'Aisne à l'Oise en forme la branche septentrionale. L'auteur, après avoir démontré que, par la jonction des canaux ci-dessus dénommés avec celui de Soissons, le trajet seroit plus court, donne les dcvt'loppemens précis, pour réunir les eaux qui , par leur pente naturelle, peuvent contribuer à alimenter le canal. Après avoir détaillé les avantages résultans du canal de Soissons, l'auteur donne le tracé précis de la longueur du canal de l'Ourcq, depuis le bassin de la Yillette,j usqu'au moulin ^^t^^ de Mareuil , qui est de , ci. .^ . . . 96,000 Le dév( loppement de la rivière d'Ourcq , depuis Mareuil jusqu'au Port -aux -Perches (point de départ - du canal de la branche méiidionale), est de, ci 12,000 La branche méridionale du canal de Soissons à Paiis . joignant l'Ourcq à l'Aisne, a de longueur, ci 26,^4^ La distance de Soissons à Paris , par cette nouvelle voie , est, par con- séquent, de. 1.34.946 EUROPÉE^N^ES. 245 En mesurant sur ia carte de Cassini le cours des rivières qui établissent enlr.' l^s dtnix villes la communication par eau qui existe au- jourd'hui, on trouve que le développement de cette ligne est, savoir : V, De Soissons à rembouchure de „4^^„ l'Aisne, dans la rivière d'Oise, ci.. . 38,ooo 2**. Du confluent de l'Xisne, jus- qu'à rembouchure de l'Oise dans la Seine^ ci ïoû,ooo 3°. Du confluent jusqu'à l'embou- chure du canal Saint-Denis, en re- montaut la Seine, ci 78^000 4°. Le trajet du canal St. -Denis, ci. 7,000 5". Trajet sur le canal de l'Ourcq, y compris le bassin de la Villette^ ci. 1,000 Total 227,000 L*auteur observe que les distances, en suivant le canal de l'Ourcq et la communication pro- jetée, ont été mesurées avec précision sur le terrein; tandis que le développement de la ligne parcourue sur l'Aisne, l'Oise et la Seine, n*a pu être pris sur la carie que par approxima- tion, et sans avoir égard à toutes les sinuosités de ces rivières, lesquelles ne peuvent y être in- 2/fi ANNALES diquées à cause de la petitesse de son échelle. Admettant donc, suivant l'usage des géogra- phes, que ces sinuosités augmentent ce dévelop- pement d'un dixième, la longueur de 227,000 mètres que nous venons de trouver devra être augmentée de 21,900 mètres, ce qui ^^.^^ la porte à 248,900 Par les canaux de Soissons et de l'Ourcq , le chemin parcouru sera de, ci •- 134,94^ Ainsi , le dernier chemin est plus court de Ii4,954 Différence équivalente aux ^ du chemin que les bateaux suivent actuellement. On trouvera de même le raccourcissement du trajet de Manican à Paris par la bouche septentrionale du canal de Soissons. La distance de cette ville au bassin de la Villette, par la communication proje- dettes. tée^ vient d'être trouvée de, ci. . . . 1 34,94^ La longueur de la branche septen- trionale du canal de Soissons est de. 35,217 Ainsi, la distance de Manican à Paris se trouvera, par cette voie, de, ci . 1 68, 1 63 Le développement de la rivière d'Oise, me- surée sur la carte de Gassini , depuis Manican ETJKOPÉEKNES. S/j./ ' jusqu'^à remhouchuie de l'Aisne , esl ^,^,,,n de, ci 06,000 A partir de ce poinl jusqu'à Paris, on compte. . . ,- 189,500 A quoi, ajoutant le dixième du de'- veloppement 220,000 De rOise et de la Seine, pour en racheter les sinuosite's , de, ci. . . . 21,700 # ■■■■■■ on a, pour la longueur de la voie navigable actuelle, ci 2/47,200 Elle sera sur la voie projetc'e de, ci. 168, ^63 La différence de ces routes est donc de 79'^^7 La voie navigable projete'e raccourciia donc d'un tiers celle que l'on suit aujourd'hui. M. Girard , aux lumières de qui on peut s'en rapporter, parce qu'il n'avance rien sans l'avoir mûiemeni approfondi , observe que la diiïicultë de la navigation sur des rivières plus ou moins rapides, et la ne'cessité de faire le hallage des bateaux, tantôt sur l'une de leurs rives , tantôt sur Fautre, doivent plus ou moins ralentir la marche de ces bateaux. 248 AKNALES Il est donc certain que ceux qui viendront de Soissons ou de IManican à Pnris , en suivant le cours de l'Aisne, de l'Oise et de la Seine, res- teront en chemin trois ou quatre fois plus de temps que ceux qui suivront les canaux : d'ail- leurs, la vicissitude des saisons occasionne des retards à la navigation sur les rivières j tandis que celle des canaux, toujours tenus dans un état de viabilité', ne peut jamais arrêter la navi- gation. Le commerce ne retirât-il que cet avan- tage , il est assez important pour qu'on se déter- mine à niultiplier autant que possible ces voies de communication. Le département de l'Aisne trouvera une grande facilité pour l'exportation de ses pro- ductions et pour l'importation des matières qu'il tire du dehors. Les denrées qui sont exportées du département de l'Aisne consistent principa- lement en blés, avoines, farines et légumes secs , en bois de chauffage et de construction. La plupart de ces objets sont destinés pour Paris. La consommation annuelle de cette ville, en farine, est portée, dans les registres de la Pré- fecture de police, à six cent quarante-huit mille sacs , à l'approvisionnement desquels on estime que le département de l'Aisne contribue pour un cinquième. Si le canal projeté s'exécute, ce EUROPÉENNES. 2^^ seul département fournira une bien plus grande quantité de farine, et d'autres denrées non moins urgentes pour alimenter la capitale. La forêt de Villers-Cotterets fournit annuel- lement huit mille cordes de bois de chauffage, qui sont embarquées sur l'Aisne au-dessous et à une petite distance de Soissons. On y embarque aussi des bois de chauffage et de charpente , pro- venant des futaies et des taillis de l'autre rive. Le transport de ces bois se faisant par l'Ourcq et la Marne, en augmente les frais ; au lieu que , par le canal projeté, les frais seront de beaucoup moins considérables, étant embarqués entre Vierzi et le Port-aux-Perches. Aussitôt après son exécution , les bateaux prendroient leur chargement le long du canal navigable, qui seioit ouvert dans la vallée de Long-Pont , et arrive- roient à Paris dans cinq jours; au lieu que le flottage de ces bois depuis la foret, son embar- quement au Porl-aux- Perches, son transport sur rOurcq , son déchargement a Cisi , son rem- barquement et son transport sur la Marne, exi- gent \\\\ délai de vingt jours au moins dans la saison la plus favorable. Les vallées de Long-Pont et de l'Echelle , que suivra la branche méridionale du canal de Soissons, les vallées de Çrouï, de Margival et 2 Sa ANNALES de l'Ailelte, que suivra la branche septentrio- nale, sont plus ou moins marécageuses, et sus- ceptibles d'être notablement améliorées par leur dessèchement. Les contre -fossés, dont le canal sera bordé, faciliteront ces deux opérations. En même temps ^ suivant Tavis de l'ingénieur en chef du département de l'Aisne, ce départe- ment retirera le double avantage d'améliorer son territoire, et de rendre le transport de ses pro- ductions plus facile par la voie projetée , et par le dessèchement des terreins marécageux, dont les exhalaisons dangereuses causent des fièvres opiniâtres et souvent épidémiques. Il seroit donc du plus haut intérêt que le Gouvernement mît à exécution le projet que propose M. Girard , lorsque tant de bienfaits doivent en être la conséquence. Lesdeux branches du canal projeté servi roient au transport des charbons de terre, des briques, des marbres, des huiles à brûler, etc. , prove- nant , par le canal de Saint-Queniin , du dépar- tement du Nord. La branche méridionale ser- viroit, en outre, à importer à Paris les fers et les bois du département des Ardennes, les di- verses productions du sol et de l'induslrie de la vallée de la Meuse , et particulièrement les^ EUR0PÉÏ5NNES. 2^1 ardoises de Fumay, qui sont comptées parmi les meilleures que l'on connoisse en France. Les dëpartemens du Nord, des Ardennes et ^ de la Meuse, recevront en retour, par le canal de Soissons, tous les objets de consommation^ ou qui pourroient devenir des objets de com- merce extérieur, par la Belgique et la Hol- lande. En un mot, les deux branches du canal de Soissons n'étant que le prolongement des canaux de Saint-Quentin et des Ardennes, les motifs d'utilité qui ont fait entreprendre ceux-ci s'ap- pliquent à celui-là , sans aucune restriction. Les rivières d'Aisne , d'Oise et la Seine , continueront , à la vérité , d'offrir l'ancienne voie navigable ; mais on ne sera point arrêté dans l'ouverture des voies nouvelles , plus courtes et plus commodes, par l'objection d'un prétendu double emploi. Le commerce n'en reconnoît point dans l-a multiplicité des communications, à l'aide des- quelles il peut étendre ses spéculations, accroître ses profits • de plus , le consommateur y trouvera son avantage, en ce que les objets qui lui sont nécessaires, transportés à moindres frais, peuvent être livrés à plus bas prix : car l'on ne peut 252 AWNALES révoquer en doute que les frais de transport aui^^mentent de beaucoup le prix des marchan- dises. Débris trouvés sur les côtes de la Nouvelle- Holla,\d^^ ^ qu'on supfose être ceux de /'Asti olabc, commandé par rinfàrtuné M, de La Peyrouse. UEdimburg- Star donne l'extrait suivant d'une letttre adressée le i'" mars dernier, par l'intendant de la colonie de Van-Diemen , à M. J. Dixon, à Leiih. L'expédition , chargée d'explorer la grande rivière découverte dernièrement dans la INou- velle - Hollande , a trouvé sur les hords de la petite île voisine de la haie de Meretor, les dé- bris d'un grand navire. D'après toutes les appa- rences , le naufrage de ce navire a dû avoir lieu il y a très-long-iemps. On ne doute presque point que ce ne soit 1'.-^^- trolabe , vaisseau de M. de La Peyrouse, qui se dirigeoit deBotany-Bay vers le Nord, dans les pre- EUROPÉEISNES. 2,55 niiers temps de l'ëtaLlissement de celte colo- nie , et dont on n'a plus entendu* parler (i). Fleur animale» Les habitans de Sainte-Lucie ont fait dernic- remeni la dëcouveilp d'une plante trës-siiij^u- lière. Il y a dans une caverne de celle ile , près de la mer, un large bassin de douze à quinze pieds de profondeur, dont l'eau esl très-sau- mâtre , et le fond est formé par des rocs , sur lesquels, dans tous les temps, croissent de cer- taines substances qui, à la première vue, pré- sentent l'aspect de belles fleurs d'une couleur très-éclalaale , et ressemblent beaucoup à nos soucis^ excepté que la teinte en est plus vive. A l'approcbe de la main ou d'un instrument, ces fleurs apparentes se dérobent à la vue , et ren- trent en elles-mêmes comme un limaçon qui se (i) Il seroit bien intéressant de continuer les recher.^hes sur un doute aussi fondé; peut-être parviendi oit-on à ap- prendre par les indigènes quelques particularités mxy le naufrage et la fin de notre célèbre navigateur, objet des juftes et constans regrets de la France. 254 ANNALES relire dans sa coquiJle.Enlesexaminantsoigneu- sement , on voit dans le milieu de leur disque quatre filamens de couleur brune, semblables à des pattes d'araignëe, et agissant autour d'une espèce de pétale par un mouvement brusque et simultané. Ces pattes sont munies d^épines pour saisir leur proie ; et aussitôt qu'elles l'ont saisie , les pattes se referment de manière à ne pas la laisser échapper. Cette fleur apparente a une lige brune de la grosseur d'une plume de cor- beau , et qui paroît être le corps de quelque animal. Il est probable que celte étrange créa- ture vit de frai de poissons et de quelques in- . sectes que la mer jette dans le bassin (i). Che\>aux morts des piqûres d'abeilles. Trois charbonniers et leurs chevaux ont été si violemment attaqués dernièrement dans un vil- lage de Prusse, par un essaim d'abeilles échappées des ruches qui se trouvoient dans le voisinage , que les hommes, pour sauver leurs propres jours, ont été forcés d'abandonner leurs che- (i) L'offrys de nos bois semble avoir quelque affinité avec cette fleur animale. EUROPÉENNES. 2 55 vaux, dont l'un est mort sur la place entièrement enfle; les yeux et les narines surtout ont été mis dans un ëtat pitoyable; le second est mort des suites des piqûres, et le troisième, jeune et vigoureux animal , a échappé au même sort en fuyant. Un phénomène assez extraordinaire a été remarqué dans le cercle de la rive droite du Haut-Rhin. Le i3 juin, il neigcoit sur les hauteurs qui avoisinent la ville de Fulde , pen- dant qu'il pleuvoit dans le vallon. Le 22, dans la nuit, les villages de Geisel, Radas , Zell , Zoïkembach et Hamery se trouvèrent tout à coup inondés, sans qu'on pût en deviner la cause. Après bien des recherches, on découvrit enfin que plusieurs sources d'eau considérables avoient jailli subitement hors de terre, et à des endroits où l'on n'avoit jusqu'alors aperçu au- cune trace d'eau AYIS- On croit devoir prévenir le lecteur que, tandis que l'on imprimoit les statuts tels qu'ils sont insérés dans le présent cahier, le notaire 256 ANNALES EUROPÉENNES. s'occupoit à les rendre encore jdIus complets et à développer mieux les diffërens chapitres , et particulièrement Farticle 6, de la manière satis- faisante et honorable qu'il comportoit. Comme cependant l'ensemble de ces statuts est scrupuleusement subordonné à l'esprit des quatre articles fondamentaux qui se trouvent ^ en tête , qu'on leur a donné simplement plus de développement pour la satisfaction des action- naires, on peut considérer les statuts insérés dans ce cahier , comme un abrégé exact de la chose. Imprimerie de C J. Tnovvi , roe des Fillea-Saint-Thomas, n. 12. ANNALES EUROPEENNES ET DE FUUGTIFIGATION GÉNÉRALE, PUBLIÉES SOUS LA DIRECTION DE M. RAUCH, ANCIEN OFFICIER DE GENIE, ETC. XXm«. LIVRAISON. Considérations nou^feUes sur la Société de Fructification, La science de l'administralion , il faut avoir le courage de l'avouer, n'a pas fait en France, et depuis la re'volution , des progrès très-sen- sibles. Nos guerres au dehors, nos divisions intestines, ce cliangemenl presque continuel d'administrateurs, plus souvent placés par l'in- trigue qu'appelés par leurs talens à gérer de grands intérêts ; la dissolution des conseils de département ; la formation de préfectures con- verties sous Buonaparte en autant de pachaliks, 2. 17 258 A IN N AL ES où Ton ne s'occupoii exclusivement que de là presse des hommes et de la levée des impôts; cette foule de ministres qui , semblables à des oiseaux de passage, venoient chaque année bou- leverser les plans de leurs prédécesseurs , et dont les timides conceptions sembloient ne pouvoir s'élever au-delà d'un^ réo,rgafii3alion bureaucra- tique; enfin, l'absorption de toutes les vues pa- triotiques , dans l'inlérêt personnel : telles sont les principales causes de la stagnation des idées administratives dans notre beau royaume. La nation française qui, depuis long-temps^ ne connoît plus de rivale dans les lettres , les sciences et les arts ; cette nation sensible et spirituelle est pourtant , sous le rapport du commerce et de l'agriculture, une des moins élevées sur l'échelle des peuples civilisés. Un ^simple négociant, un épicier-droguiste, mais un homme profondément versé dans la science commerciale , ayant fructueusement voyagé, plein d'idées généreuses pour la pros- périté de son pays, s'indigne des tribut^ honteux que nous payons à l'étranger, au détriment de notre agriculture, de notre commerce et de notre navigation. Il prouve arithmétiquement, et jusqu'à la dernière évidence, que la balance commerciale est annuellement défavorable à la EUROPÉEJNNES. 269 France d'une somme de cinquante millions ; el jusqu'alors tout le inonde sembloil ignorer cette triste vérité! Il présente un projet, fruit d'une longue expérience, et brillant d'avantages réels , pour transporter chez nous les bénéfices immenses que nous laissons mal à propos à d'autres nations ; et tandis qu'il s'évertue pour faire sentir au ministère et à ses compatriotes l'urgente nécessité d'étendre l'importation et l'exportation de toutes les matières premières du globe, le gouvernement des Pays-Bas, plus versé que nous dans la science commerciale, averti par le prospectus vraiment lumineux de l'auteur, s'empare de son projet, et, comme par enchantement , le met à exécution avec un ca- pital de cent millions de francs divisés en actions qui gagnent déjà une forte prime, et dans les- quelles se trouvent intéressés les membres mêmes de la Famille royale. Quelles pénibles réflexions n'a pas fait naître en France, chez les amis du Prince et de la pairie , cette déplorable circonstance qui at- teste d'une manière si humiliante notre indifie- rence, notre incurie, et peut-être aussi notre ignorance des plus puissans élémens de notre prospérité ! La Société de Fructification n'a point à 17. 200 AiSNALES ciaindrc que l'étranger s'empare de ses plans, de SCS calculs, et profile de ses re'sulials. Elle fait, au contraire, des vœux ardcns pourvue les autres puissances s'empressent à l'envi de les réaliser, [uisqu'ils répandront sur le globe une plus grande somme de richesses , ei concour- ront au bonheur et au perfectionnement d'un plus grand nombre d'individus. Mais n'est-ce pas à la nation française cpi'il appartient de prendre l'initiative de celle grande et brillante restauration physique , dont les produits maté- riels peuvent élre calculés avec une précision plus ou moins mathématique, mais dont les in- nombrables bi enfaits moraux ne sau roient jamais être j astement appréciés ? Cependant déjà plus de vingt-cinq ans se sont écoulés depuis que l'auteur a conçu et perfec- tionné le noble , le religieux et philantropique projet : 1°. De ho'ïsevvingt millions d'arpens de terres vagues qui existent éparses sur toute la surface de la France j 2". De planter quatre millions d'arpens de cours d'eau et de lisières de prés; 3°. De repeupler en poissons indigènes et exotiques cent vingt mille lieues de fleuves. EUROPÉENNES. 26 1 rivières et ruisseaux qui. arrosent en tout sens notre belle patrie j 4". Et enfin , de planter géne'ralement en arbres fruitiers toutes nos voies pastorales ou chemins champêtres. Ce projet , si digne d'être sanctionné par l'au- guste Prince qui semble n'aspirer qu'au litre sublime de Père de la patrie ; ce projet , en har- monie avec l'état des lumières en France , et dont l'exécution suffiroit seule pour immortali- ser le XIX* siècle j le croiroit - on , a semblé si gigantesque à quelques administrateurs anciens, qu'ils l'ont jngé inexécutable , et que , dans rindolence naturelle de leurs habitudes et de leur caractère, ils ont préféré le considérer comme le rêve d'un homme de bien , plutôt que d'approfondir les ingénieux détails et les immenses moyens à l'aide desquels la Société de Fructification propose de transformer la France, dans l'espace de quinze années ^ en un véritable paradis terrestre. Il semble qu'il y ait dans le cœur de l'ancien homme d'état un secret cha- grin de n'avoir pas conçu lui-même et réalisé, quand il le pouvoit encore, les améliorations qu'on propose , et qui lui en fait considérer l'exécution, sinon comme impossible, au moins comme difficile. 262 ANISALKS Examinons cependant avec ce respect que l'on doit a l'expérience les oljjeclions qu'on nous opjiose. En supposant praticable le plan de fructifi- catiofi, disent nos adversaires (car, dans ce siècle de raison, el surtout de raisonneurs , quel pro- jet, si généreux qu'il soit, n'a pas ses adver- saires?), ne seioit-il pas honteux pour le gouver- nement d'en confier l'exécution à une société étrangère , quand , à l'aide de ses préfets^ de ses sous-préfets, de ses maires, de ses ingénieurs civils, de ses agens forestiers et de ses gardes- clianipêtres , il peut lui-même le mettre à exé- cution ? JXous ne réfuterons pas sérieusement une ob- jection dont l'expérience a prouvé depuis long- temps le peu de solidité. Le gouvernement-, qui dépense chaque année ce qu'il perçoit chaque année , et qui souvent, entraîné par les circons- tances, dépasse les crédits qui lui sont alloués, n'a point à sa disposition les immenses capitaux a 1 aide desquels une semblable entreprise peut être faite. Il ne pourroit les obtenir que par l'onéreuse voie des emprunts; et, fussent -ils même disponibles dans ses caisses, il ne pour- roit réaliser le plan de fructification sans en dé- cupler les dépenses : tant il est impossible à un EUllOPÉElNNES. 265 Gouvernement quelconque d'administrer par lui-même avec rëconomie qui préside aux spé- culations d'une société particulière î II n'est donc pas plus honteux pour le Gouvernement de confier cette nouvelle entreprise à une com- pagnie de bons citoyens, exclusivement occupés de son succès^ qu'il ne l'a été jusqu'à ce jour d'avoir confié à de semblables compagnies l'exé- cution des immenses travaux qui concourent aujourd'hui à la prospérité de la France, sous la dénomination déports , routes, canaux, ponts, chaussées, écluses, salines, etc. Examinons plutôt les immenses avantages at- tachés à l'exécution d'un plan qui n'offre que des chances de bonheur, de richesses et de succès. La Société de Fructification peut-elle nuire à aucun intérêt particulier? Non, la Société de Fructification ne peu' nuire à aucun intérêt particulier, en défrichant, boisant, et fructifiant plus de i[\ millions d'ar- pens de terreins vagues. Elle ne blesse personne ni dans sa propriété, ni dans ses habitudes, ni dans ses mœurs , ni dans sa religion ; elle excite l'émulation ; elle encourage , au contraire , chaque propriétaire à imiter son exemple ; elle vient au secours de l'indigent , en se chargeant 264 ANNALES elle-même des améliorations qu'il ne pourroit entreprendre ; enfin » elle imprime un nouveau mouvement d'activité dans cette classe labo- rieuse, dont l'existence dépend entièrement de son travail journalier , et dont la vie cesse d'être précaire, par les longs et immenses travaux of- ferts à ses bras et à son courage. Qu'on ne dise pas qu'il y a déjà trop ou assez de productions en France pour tenir dans l'ai- sance , ou au moins hors de besoin et de toute souffrance, la généralité de sa population com- posée de 3o millions d'individus. i". Sur ces trente millions , l\ millions vivent dans l'aisance; six millions à l'abri des priva- tions, et les vingt autres millions n'ont pas constamment le nécessaire assuré. Cette répartition de fortune , ou plutôt cette injuste division dos chances de bonheur et de souffrances, dont les dernières pèsent plus par- ticulièrement sur le plus grand nombre , peut- elle satisfaire le cœur d'un philosophe chrétien? Cette multiplicité de crimes, de suicides, de vagabonds et de mendians; cette superfétation de population qui remplit les hôpitaux et les prisons, n'indiquent-elles pas un malaise social^ contre lequel la charité publique , la rigueur des lois deviennent impuissantes? Peut-oii clou- EUROPÉENNES. 265 1er aujourd'hui qu'il ne faille trouver de nou- veaux moyens de travail et de subsistance pour une population toujours croissante , resserre'e dans les mêmes limites , et ne vivant que sur le produit des mêmes terreins? Est-il si loin de nous le temps où le prix des subsistances s'ac- croîtra de manière à compromettre la tranquil- lité générale? Combien d'infortunés dans cette France, cet Eden de l'Europe pour les riches, ressentent déjà de cruelles privations, et ne con- noissent ni le vin, ni la viande, ni aucune de ces douceurs alimentaires que notre fertile ter- ritoire prodigue aux élus de la fortune! La terre de prédilection n'est à leurs yeux qu'une ma- râtre sans pitié, qui leur fournit à peine en quan- tité cette racine farineuse qu'ils partagent avec les animaux immondes, quand ses autres enfans sont dans l'abondance de toutes choses. Cependant nous avons prouvé par des calculs très- modérés que la seule repopulation des fleu- ves , rivières et ruisseaux de la France , dans l'espace de quelques années seulement, produi- roit un surcroît de nourriture qui équivaudroit pour le poids : A 220 îiiUle bœufs du poids de cinq cents livres. 266' awnaLes A 1,833 mille veaux du poids de soixante livres \ A 1 , TOO mille porcs du poids de cent livres , Et à 1 millions ySo mille' 'Moutons du poids de quarante livres; et cet immense et conso- lant re'sultat est encore au-dessous de la réalité que la Société se propose d'atteindre. Si nous revenons sur cette classe si nom- breuse, dont le nécessaire n'est pas constamment assuré, nous verrons qile la misère^ les inquié- tudes , les travaux forcés aiuxquels elle se livre pour échapper quelques instans à cette triste pénurie, abrègent ati moins le quart de la vie de ceux qui sont soumis à ces cruelles souf- frances ; qu'ils descendent au tombeau en déses- pérés, et qu'ils ne laissent après eux que des générations foi blés , étiolées , et toutes façonnées pour le crime ou l'esclavrige. A l'image de Dieu, qui , dans sa providence , embrasse tous les hommes , le plan de la So- ciété de Fructification embrasse toute la popu- lation dans ses conceptions vastes et philantro- piques. Elle occupe tous les bras inactifs ; elle double les substances alimentaires ; elle affran- chit pour toujours ces nombreuses familles de prolétaires des horribles inquiétudes du besoin ; elle les rattache à la morale publique et aux EUROPÉEISNES. 267 iclces religieuses , par le consolant spectacle d'une abondance stable et toujours croissante , la plus réelle et la plus précieuse consolation qui puisse réjouir le cœur du pauvre. Il ne maudira pins la fécondité de sa compagne ; il ne redou- tera plus le nombre de ses enfans , certain de leur procurer du travail dès qu'ils sortiront à peine de l'enfance ; il ne verra plus dans l'ordre social que les incommensurables bienfaits de cette divine et invisible Providence , dont le monarque sera pour lui l'image vivante sur la terre. Un concert de bénédictions s'élèvera doucement vers le ciel, et ce spectacle sublime sera pour les autres nations le signal d'une révo- lution morale qui retrempera pour toujours les peuples et les rois dans cette source sacrée d'où découle la vraie religion. La Société de Fructification , plus heureuse dans ses conceptions que toutes les sociétés spé- culatrices du globe ; n'a point à redouter les naufrages, les corsaires, les écueils et la fou- dre : c'est à la mère commune des hommes qu'elle s'adresse , à cette mère tendre et géné- reuse qu'on ne sollicite jamais en vain , et qui rend au centuple les caresses de ses enfans. Non, il n'y aura terre si pierreuse, si pauvre, si improductive et si stérile, que la Société 268 ANNALES n'améliore, parce qu'elle saura ]a traiter sui* vaut sa nature et ses expositions. Composée d'a- gronomes célèbres, de savans naturalistes et d'aduiinistrateurs aussi patiens qu'éclairés, tout sera consulté, tant pour le choix des plants que pour le mode des plantations. La nature elle-même, ce premier agent de la Divinité^ ne nous ofFre-t-elle pas partout , et avec profusion , graines , plantes, semences, arbres et arbustes? Elle nous indique ce qui convient à chaque sol; elle opère sous nos yeux, et nous offre à chaque instant du jour et des modèles à suivre, et le spectacle ravissant de Fabondance éternelle qui couronne tous ses travaux. Mais cette Société de Fructification , est-ce pour elle seule qu'elle travaillera? N'a-t-elle d'autres vues que de procurer à chacun de ses actionnaires des dividendes considérables? Ah ! sans doute, ces citoyens confians et généreux, qui auront associé leur fortune et celle de leurs enfansà ces philantropiques spéculations, doi- vent trouver la juste et stable indemnité de leurs sacrifices. Mais le Gouvernement lui-même n'est-il pas intéressé à encourager les planta- tions? Les services publics qui se rattachent à la défense de l'Etat n'ont-ils pas besoin d'être assurés? et le siècle s'écoulera-t-il encore eu EUROPÉENNES. 269 nous voyant tributaires des peuples étrangers, quand nous possédons chez nous les élémens propres à satisfaire tous nos besoins , et qui n'at- tendent pour se développer que la parole ou le coup-d*œil du maître ? Combien de fois n'avons-nous pas prouvé que les particuliers n'avoient pas moins d'intérêt que l'Etat adonner tous leurs soins aux plantations y a cette branche de l'économie rurale , principal fondement de l'agriculture, de l'industrie ma- nufaclurière, des arts mécaniques, du commerce intérieur et extérieur, enfin, de la richesse et du bonheur des familles? Ce n'est donc pas dans l'intérêt seul de la Société de Fructification que nous élevons la voix , puisque personne plus que l'Etat ne profitera de la bonté des plans de cette Société, et des bienfaits de leur exécution. Pour nous renfermer dans les bornes qui nous sont prescrites par la nature de ce recueil , nous terminerons cet article en comparant la vie douce et longue des Orientaux et de beaucoup d'autres peuples des deux Amériques , où les riches dons de la nature se sont le mieux con- servés , aux privations, aux souffrances, aux humiliations qui pèsent sur la partie pauvre des peuples européens. Qu'on lise Bernard Diaz et Solis , ces ëcri- 'l'jO ANNALES vains deJa conquête du Mexicpie, contemporains des faits, le premier lieutenant de Cortez et l'un des vainqueurs de Gualimozin , et l'on se con- vaincra que ce n'ëtoit pas l'or, à celte époque, qui faisoit le bonheur des Américains, mais cette abondance si extraordinaire des biens de la terre en toutes choses; telle, que les Espagnols trpuypjiçjit encore avec profusion de quoi s'ap- provisionner , dans les villes abandonnées, du superflu des vivres que leurs habitans n'avoient pu emporter avec eux. Que l'on compare l'im- mense population des nations placées à celte époque entre \di Vera^ Cruz et l'empire du Mexique, çe^ armées, de 6q, de _8o, de loo mille guerriers offerts à Coriez, comme ennemis de Montézuma, par chacun des caciques qu'il ren- controit sur son passage , avec l'aridité du sol , la rareté et la misère des habitans que l'on re- marque a u^Qurd'hui sur la même surfeçe et dans le même espace. L'épouvantable tyrannie des Espagnols sur ces indigènes si doux et si hospi- talieis,, qu'ils r^diii^i^ent^^u ,jr!i|?,,^iJ.,??S}^ vage, contribua seule à la dépopulation de ces brillantes contrées, et a la dtîstruction de ces belles forets, de ces mas^nifiques plantations d'arbres fruitiers de toute espèce , qui firent dire aux farouches vainqueurs que l'Amérique né- EUKOPÉEINISES. 2y i loit qu'un vaste jaidin d'abondance et de plaisir. Combien ont déjà changé d'aspect ces contrées délicieuses, quelamain du Créateur avoit embel- lies de tous ses dons! Nous \\iiw citerons qu'un seul exemple au Brésil : c'est que M. le comte de Clarac a été contraint de s'éloigner à plus de quatre-vingts milles de la capitale, pour y trou- ver le type de ce\.[.Qforét7Herge y dont le savant dessin a pu donner aux liabitansde l'Europe une juste idée de la puissante et gigantesque végéta- tion qui favorise cetie partie du Nouveau- Monde. Nous pourrions, eucpr.e citer l'Inde, jadis couverte de bois superbes; la Turquie, l'Egypte, dépouillées de leur magniticence végétale, et la nature en deuil sur tous les points où le bras de l'homme a pu s'étendre. Ce n'est donc point sur de vaines théories enfantées par l'imagination, mais c'est, appuyée sur des faits nombreux recueillis sur tous les points du globe, que la Société de Fructification y dans l'intérêt général des peuples, a conçu le plan vraiment grandiose et national de mettre un frein à la destruction des forets. Quel plus heureux moment peut-elle choisir pour obtenir l'attache du Gouvernement à l'exécution de ses .a^a- ANNALES projets , c[ue celui de ravèuement au Iroiie d'un Prince qui ne craint point de donner lui- même une noble impulsion à l'esprit public, qui dirige ses regards sur tout ce qui intéresse le plus immédiatement le bonheur de ses peuples, et qui appelle à lui tous les amis des arts , des sciences et de l'humanité , pour obtenir d'eux les moyens d'accroître et de consolider ce bon- heur, unique objet de ses vœux, seul but de ses travaux ! Déjà l'auguste fils de ^Charles X, ce héros citoyen , qui se délasse des fatigues de la gloire par toutes les vertus , a daigné sourire aux efforts du plan à.^ fructification générale de la terre et des eaux de la France, Ainsi , l'attention des Princes, des hommes d'Etat et des législateurs, va se fixer enfin sur cette vaste conception, sur ce grand plan de bonheur public^ dont nous nous proposons de développer tous le» bienfaits dans un prochain article. J. B. P. EUROPÉENNES. ^73 Première Lettre sur les Fêtes de Cour sous le î^gne de P ierre-le- Grand , par M. Korni- LOWITCH. Vous contempliez dernièrement les images qui se trouvent sur les tours du Kremlin : il étoit naturel que la conversation se tournât sur la manière de vivre de nos ancêtres. Je vous dis alors , Madame , que le règne de Pierre forme une des plus intéressantes époques de l'histoire de nos mœurs; quelle nous offre une lutte constante entre d'antiques usages révérés, et des modes nouvelles qui nous venoient d'outre-mer; un mélange de coutumes , moitié asiatiques , moitié européennes. Vous m'avez invité à vous faire une description de la société d'alors : en obéissant à vos ordres à cet égard, je risquerois d'entrer dans des détails qui pourroient fatiguer votre attention. Permettez-moi donc de me bor- ner à vous décrire les fêtes de la cour qui ont exercé une grande influence sur les progrès de notre civilisation. C'est sous le règne de Pierre que l'on voit les premiers cercles, où se trouvoient réunis les deux sexes. L'empereur pensoit avec raison que le commerce des femmes étoit le meilleur moyen 2. iS 274 ANNALES de polir les mœurs de ses sujets; et c'étoit dans la vue de réunir toutes les couditions, qu'il don- noit des fêtes , des promenades , des Lais mas- qués aux jours de fêtes, ou aux anniversaires de grandes victoires. C'est par des ukases qu'il or- donnoit qu'on prît part aux réjouissances de sa cour ; et , comme il n'y avoit qu'une maladie qui pût en dispenser, les habitans de la capitale se réunissoieni assez souvent. En été, ces fêtes se donnoient dans les jardins impériaux ; en hiver, c'étoit dans l'hôtel du sénat ou de la poste (aujourd'hui le palais de marbre). Les convives étoient invités ou par le son du tambour, ou par des affiches , ou quelquefois , après la messe, par un drapeau jaune qui flottoit sur le rempart de la forteresse de Pierre-et-Paul. On voyoit sur ce drapeau le double aigle qui tenoit dans ses serres les quatre mers ( Blanche , Baltique, INoire et Caspienne); quelquefois c'étoit le canon qui invitoit les habitans à prendre part à la fête du jour. Outre les personnes de haute distinction, les gentilshommes, les employés aux diverses admi- nistrations ,, les constructeurs de navires , les marins étrangers , avoient le droit d'y assister avec leurs femmes et leurs enfans. A cinq heures après midi, l'empereur, l'impératrice et toute la EUROPÉENNES. 2^5 famille impériale se rendoient dans les jardins. Les convives se rangeoient dans trois galeries qui rëgnoient le long de la Fonianta. L'impératrice et les grandes-duchesses, fidèles à l'ancien usagej offroient, en qualité d'hôtesses, aux convives les plus distingués des liqueurs et du vin. L'empereur , de son côté , faisoit les honneurs^ de la fête , en offrant des liqueurs et du vin aux régimens des gardes de Probragenskoi et Semenow , rangés sur le Champ-de-Mars^ alors Zarjzin-Lug (prairie de l'impéra- trice). Les autres convives étoient libres de puiser eux-mêmes dans les tonneaux de bière, de vin et d'eau-de-vie , placés aux deux côtés de la grande avenue. Chacun s'amusoit ensuite à sa guise : les uns se promenoient dans le jar- din ; d'autres parcouroient les galeries où étoient dressés des buffets avec des rafraichissemens -, quelques-uns se groupoient autour de petites tables rondes, sur lesquelles ils trouvoient des pipes, du tabac, des allumettes, et faisoient la'^ conversation; ceux qui ne fumoientpas, trou- voient d'autres tables semblables, sur lesquelles étoient des bouteilles de vin et des verres. Toute gêne étoit bannie de ces fêtes; tous les cœurs étoient ouverts à la joie, et ce sentiment rappro- choit toutes les conditions. L'empereur 1 ui-même 18. iy6 ANNALES trailoit tous les convives comme ses égaux : on le voyoit taniôt s'asseoir à la table des matelots, fumer sa pipe avec eux , et s'entretenir des fa- tigues du service maritime, ou se promener avec eux en leur donnant le bras, et leur ra- conter des anecdotes de ses campagnes : tantôt il alloit avec des prêtres , et discutoit avec eux des points de théologie; tantôt il parloit politique avec les ministres étrangers. Le soir, les jardins étoient éclairés par des lam- pes; on dansoii dans les allées, ou, si la pluie survenoit, dans les galeries. La fête se terminoit par un feu d'artifice préparé sur les vaisseaux qui couvroient la Neva, et au milieu duquel on voyoii des transparens analogues à l'objet de la solennité. Les portes du jardin étoient fermées pendant toute la fête, et personne nepouvoit, sans une permission expresse, se retirer avant la cour. Je citerai deux de ces fêtes qui me paroissent les plus remarquables. Dans la première, qui fut célébrée le 27 janvier 1721, en mémoire de la bataille de Pultava , on avoit dressé une vaste tente vis-à-vis l'église caihédrale de la Trinité : c'est là qu'on rendit des actions de grâces à Dieu. A l'entrée de la tente, on vit l'empereur, tenant d'une main un espontun , de l'autre son cha- peau percé de balles , vêtu exactement comme EUROPÉENNES. 277 il retoit au jour du combat, uniforme vert à petits revers rouges, Las verts, souliers à hauts talons, une vieille giberne en baudrier. Derrière lui, ëtoient les lieutenans-colonels des gardes, le prince Mentzikof et le lieutenant-gënéral Bou- tourlin. L'impératrice et la czarine Prascovie ëtoient au balcon d'une maison voisine. Toute la journée, on entendit ronfler le canon de la fré- gate impëriale qui ëtoit stationnëe vis-à-vis le jardin impërial. Le soir, feu d'artifice, et force transparens qui offroient des allëgories rela- tives aux succès des armes russes. La seconde de ces fêtes , qui se cëlëbra à l'oc- casion delà paix de Nystadt, le 26 janvier 1722, à Moscou, est remarquable par sa pompe et sa magnificence. Après la messe , la cour et tous les grands se rëunirent dans un vaste pavillon qu'on avoit ëlevë exprès sur la place du Kremlin, Les hommes ëtoient en habits de gala, les dames en robes richement brodëes, et coiffées en dia- mans. La czarine douairière ëtoit la seule qui eût le droit de conserver l'ancien costume, qui consistoit en une camisole de velours noir et un bonnet de pelisse. Après un repas splendide de mille couverts, l'empereur fit distribuer des médailles d'or qu'il avoit fait frapper à l'occasion de la paix : il y eut un bal et un grand feu 2J$ ANNALES d'artifice. On y voyoit le temple de Janus éclairé par vingt mille lampes, et , dans l'éloignement, des vaisseaux sur lesquels planoit une colombe tenant une branche d'olivier dans le bec. Devant ce temple , on avoit élevé des mâts de cocagne pour le peuple, et, des deux côtés, des fontaines de vin rouge et blanc. Les particuliers ne tardèrent pas à suivre l'exemple de la cour, en remplissant les ordres de l'empereur; les Russes ne faisoient d'ailleurs qu'obéir à leur propre goût. A cette époque , on n'invitoit que les personnes les plus distin- guées; les autres venoient à l'heure du dîner, s'asseyoient à table, etselevoient souvent, sans faire attention aux maîtres de la maison. Les confitures de Mentzikof , les vins de Schasirof, les festins de Strogonof et la réception cordiale d'Apraxin, sont passés en proverbe en Russie. Le maître et la maîtresse de la maison rece- voient les convives à la porte au son de la trom- pette et des timbales, et leur offroient un verre d'eau-de-vie ou du vin. On dînoit à midi, et l'on restoit long-temps à table. On servoit un grand nombre de plats. Dans les repas où l'on ne recevoit que des personnes de confiance et des amis , le sort nommoit le cavalier qui devoit servir sa dame et s'asseoir à ses côtés. Dans les EUROPEEî^NES. 279 grands repas, au contraire, les dames dînoient dans une salle , et les hommes dans une autre. Au dessert , on servoitaux dames des confitures , et aux hommes des marrons et du vin de Hon- grie ou de France. C'ëtoit ordinairement l'hôte qui portoit les sautes. Quand l'empereur e'toit du repas , le premier toast étoit toujours : A la prospérité de la famille du général Ivan Milhaï Kowitsch Golovin j ce qui signifioit de la flotte (1). Pierre attachoit tant d'importance à ce toast, qu'il a voit promis à soji houffon Lacoste de lui payer cent mille roubles s'il lui arrivoit d'oublier de le porter. Quelquefois l'empereur se retiroit, pendant que les convives etoient encore à table, pour faire la sieste, et revenoit une heure après. Le repas fini , les hommes passoient dans l'appartement où étoient les dames, où ils prenoient du café, du thé ou de (i) Pierre 1er a voit envoyé le général Golovin à Vnnise pour y apprendre Tart nautique, qui n'étoit pas de son goût. Pendant les quatre années de son séjour, il ne s'occupa que de musique , et ne visita qu'une seule fois le chantier. Néan- moins , l'empereur le nomma , sans doute par plaisanterie , conseiller à l'amirauté , et inspecteur-général du chantier de Saint-Pétersbourg. Pierre airaoit Golovin pour sa fidélité et sa bravoure. 28o ANNALES la limonade. Si la sociéié n'étoit pas assez nom- breuse pour former un Lai , on faisoit venir le cosaque de la maison, qui diverlissoil l^ société en dansant au son de sa balalaïka. D'autres fois on jouoit, les hommes aux échecs , aux dames; les dames au mariage, à Tombre, à la mouche ou au lansquenet. A la fête d'un ordre de chevalerie, c'étoit un des chevaliers (ordinairement Mentzikof) qui donnoit un grand repas; les autres se conten- toient d'offrir mutuellement trois bocaux de vin, dont l'un se vidoit à la prospérité de la flotte , l'autre à la santé de tous les chevaliers , et le troisième à celle de l'hôte. Les parties de plaisir sur l'eau étoient un des amusemens favoris de Pierre. Vous savez, ma- dame, que, pendant tout son règne, il n'y avoit aucun pont sur la Neva. L'empereur fournissoit à tout le monde des bateaux pour passer le fleuve, aux grands de la première classe un yacht, un buyer et deux chaloupes, l'une à douze, l'autre à quatre rames; aux autres _, de moindres bâlimens , en raison de leurs conditions. Tous étoient obligés d'en- tretenir ces bateaux en bon état, et en répon- doieni. Aux jours fixés pour les parties de plai- sir, on voyoit aux quatre coins de la ville flotter EUROPÉENNES. 281 des pavillons; toutes les personnes qui tenoienl des bateaux avoient ordre, sous de< peines sé- vères , de les envoyer à l'hôtel des Quatre-Fré- gates , lieu du rassemblement. Un coup de canon étoit le signal du départ. L'amiral Apraxin sur son yacht qui se distinguoit des autres par un pavillon rouge et blanc , ouvroit le cortège : il étoit défendu de le dépasser, ou de s'éloigner sans sa permission ; il étoit suivi de la chaloupe impériale montée par l'impératrice, la grande- duchesse et par l'empereur, qui étoit au gouver- nail en habit blanc de matelot : tous les autres sui voient sans distinction. Les nobles avoient leurs musiciens à bord. Le grand nombre de bateaux rangés avec ordre sur plusieurs lignes , voguant au mouvement uni- forme des rameurs , tous élégamment vêtus en blanc; le bruit des fanfares et des cors qui ré- sonnoient au loin^ emportés par les vagues: tout cela formoit un spectacle enchanteur. Les joyeux navigateurs poussoient, pour l'ordinaire, jus- qu'aux châteaux de Catherinendorf et Strelna, où les rafraîchissemens étoient préparés d'avance. On se promenoit jusqu'au soir, où la petite flotte s'en retournoit dans le même ordre. Quelquefois on faisait de plus longs voyages : on alloit à Ora- nienbaum, à Kronstadt et même à Réval. Il 2S2 ANNALES arrivoit pourlaiit de temps en temps des accideiis fâcheux : les dames , ne pouvant s'accoutumer à la mer, se trouvoient mal ; les pilotes maladroits perdoient la tête : c'est ce qui eut lieu le 2 i mai i7i4» L'ambassadeur du kan de Bucharie cioit arrivé à Saint-Pétersbourg : l'empereur l'inviia à assister à une semblable partie de plaisir. Le snauv où étoient l'ambassadeur, le comte Golovin et quelques sénateurs , donna , par l'inexpérience du pilote, sur un bas-fonds. Tant que régna le calme , il ne paroissoil pas y avoir de danger ; mais , vers les neuf heures du soir, une tempête, s'étant élevée, brisa la chaloupe qui étoit affermie par un câble , arracha l'ancre, et coucha le bâtiment sur le sable : tout annon- çoit le naufrage. L'ambassadeur^ qui n'avoit jamais vu la mer, trembloit ; mais lorsqu'il crut que tout espoir de salut étoit perdu, il s'enve- loppa d'une couverture de soie, monta sur le lillac , et ordonna à .sommillah de se mettre a genoux, et de réciter sur lui des prières de l'Alcoran. Cependant la tempête s'apaisa vers le matin , et les galères que l'empereur avoit en- voyées ramenèrent le snauv à Kronstadt. La desciiption que je viens de vous faire , madame, me conduit naturellement à celle des fêtes qui avoient lieu lorsqu'un vaisseau EUROPÉENNES. 283 étoit lancé en mer. V ous concevez que le créa- teur de la marine russe devoit s'intéresser vive- ment à ses progrés. Le canon donnoii le signal : on s'assembloit à Tamirauté : de là on se rendoit au chantier. Après les prières usitées , l'empe- reur prenoit la hache , et coupoit le premier ap- pui. Dès que l'ancre c toit tombée , Pierre, ha- billé en matelot, montoit le premier sur le vaisseau nouvellement construit, et recevoit ceux qui venoient le féliciter en les baisant au front ', l'impératrice et la grande-duchesse pré- sentoient à chacun un verre de vin. En atten- dant, on mettoit le couvert dans les cahutes, en haut pour les dames, en bas pour les hommes. On se mettoit à table. A la droite de l'empe- reur, on voyoit le maître-conslructeur du vais- seau , tous les charpentiers, et en général tous les individus qui y avoient travaillé; à sa gauche, tous les grands seigneurs qui avoient été invités pour assister à la fête. C'étoit le festin le plus bruyant; Pierre lui-même étoit toujours fort gai dans ces occasions , où toute gêne, toute éti- quette étoient bannies. Les toasts se succédoient rapidement : les vins , surtout ceux de Hon- grie , n'étoient pas épargnés. Ces repas , qui commençoient ordinairement à quatre heures, se prolongeoient jusqu'à deux heures du matin. 284 AKNA.LES Je pnsse aux folies du carnaval. Tous les masques se jassembloieiil sur la place de Téglise cathédrale de la Trinité. Au signal que dounoit reinpereur, déguisé 'ui-nieme en tambour , et battant la caisse , tous les masques jetoient leurs manteaux , et toute la place offroit le spectacle d'une foule de Grecs , d'Espagnols , de Turcs , de Chinois, d'Indiens, au milieu desquels on voyoit des nains à longues barbes qui traînoient les gigantesques heydouques ( i ) de l'empe- reur en maillots. Les promenades ou courses d'hiver offroient un spectacle à peu près sem- blable : on y voyoit un grand nombre de traî- neaux , il y en avoit qui étoient faits en forme de bateaux de vingt pieds de long, surtout ceux où étoient la famille impériale , les ministres des cours étrangères , et les personnes les plus distinguées de la cour et de la capitale. C'étoit Neptune dans son char de coquilles, le trident à la main , et tiré par des syrènes; plus loin , Bacchus assis sur ses tonneaux , le thyrse d'une main , le verre de l'autre. D'autres traîneaux se faisoient encore remarquer. Le bouffon de la cour étoit costumé en ours , et traîné par six (t) Piqueurs hongrois. EUROPÉENNES. ' 285 ours. On voyoil des Kamslschadales traînés par des chiens; la queue e'toit formée d'une quan- tité d'arlequins et de gens masqués de toutes les manières; en animaux; les uns en quadrupèdes, les autres en oiseaux. Ces mascarades duroient toute la semaine. Dans la crainte de vous en- nuyer, madame, je terminerai par une obser- vation : c'est que toutes ces réjouissances por- toient le caractère du siècle, et l'empreinte du goût encore barbare qui régnoit alors dans presque toute l'Europe. Dans la lettre où je vous ai décrit les assem- blées russes, je vous ai parlé de l'état de la mu- sique. Quelques grands avoient leurs propres chapelles ; mais il y en avoit peu qui cultivas- sent personnellement la musique. Si l'on en , croit les auteurs contemporains , il n^y avoit que les princesses Kantemir et Tscherkasky et la comtesse Golovin qui jouassent du clavecin ; les autres dames jugeoient qu'il étoit inconve- nant d'occuper ainsi leurs loisirs : cependant les concerts étoient à la mode. Le baron de Mar- defeldt , envoyé de Prusse , qui jouoit parfaite- ment du luth , faisoit souvent les délices du pa- lais de Saint-Pétersbourg; le baron de Basse- witz, envoyé du duc de Holstein, donnoit aussi des concerts. Pendant le carême de 1722, Jou 'jSiy ANNALES Moscou courut chez lui pour entendre des ora- torio exécutés par les musiciens du duc Charles- Frédéric de Holstein, qui, comme vous le sa- vez, madame, jouissoient d'une grande répu- la'ion. Aux jours de l'an, de Pâques, et à la fête de l'impératrice, le duc se rendoit avec ses musiciens sous les croisées de l'impératrice , et lui donnoit une aubade. Un verre de vin of- fert pai- la grande-duchesse Anne au duc et à ses musiciens, étoit ordinairement la récompense de cette attention. Tout ce que j'ai eu l'honneur de vous dire, madame , prouve que les féies données par Pierre-le-Grand avoient un caractère tout parti- culier, et portoient l'empreinte du siècle. Vous vous en convaincrez encore plus, si vous consi- dérez la multitude de nains et de farceurs qui étoient censés indispensables dans ces occasions. A la fin duxvii^ et au commencement du xviii* siècle même, on trouvoit encore des bouffons dans presque toutes les cours de l'Europe. L'em- pereur et l'impératrice imaginèrent un jour d'amuser le duc et la duchesse de Courlande- par une noce de nains. En conséquence, Pierre ordonna à un de ses nains de se choisir une épouse de même taille. Le 18 novembre 1710 fut fixé pour le jour du mariage. Le 19 août de EUROPÉENNES. 287 la même année, Tempereur publia une ordon- nance, en vertu de laquelle tous les nains de Moscou et de Saint-Pétersbourg dévoient se ras* sembler pour cette fête. La veille de la céré- monie, deux nains, assis dans un char à trois roues , attelé d'un très-petit cheval orné de rubans de toutes couleurs, et précédé de deux laquais, allèrent faire les invitations. Le len- demain , tous les convives s'étant réunis , les deux époux se rendirent à l'église. Un nain habillé en maréchal , avec un bâton orné de rubans , ouvroit le cortège ; il étoit suivi des époux et des amis de noces ; puis venoit l'em- pereur, un grand nombre de dames, quelques ministres étrangers et d'autres personnes dis- tinguées. La queue étoit formée par soixante- douze couples de nains et de naines : les nains , en habit français bleu-clair et rose , chapeau à trois coins, épée au côté: les naines, en robes blanches, garnies de rubans roses. Après la cé- rémonie, on passa chez le prince Menizikof, où le festin étoit préparé. Les nains occupoient le milieu de la salle : les époux étoient sous un dais de soie, et le siège de l'époux étoit surmonté de trois couronnes de laurier. Le maréchal et les SIX maîtres-d'hôtel nains se distinguoient par des cocardes de rubans de toutes couleurs. Au- 288 ANJNALES tour de la salle , étoient la famille impériale et les autres spectateurs. Cette farce se termina par un bal, où les nains seuls dansèrent. Il y avoit alors encore plus de fous et de folles que de nains. On en voyoit à la cour et dans tous les hôtels de Saint-Pétersbourg et de Mos- kou. Tout le long du jour, la maîtresse de la maison jouoit aux cartes avec sa folle, à qui il n'ëtoit pas permis de gagner; le soir, elle lui faisoit des contes pour chasser l'insomnie. Quand il V avoit du monde , on la faisoit danser ou chanter, ou bien elle amusoit la société par des lazzis ou des grimaces. Pour ces passe-temps, on préféroit les vieilles folles aux jeunes. Recevez , madame , cette esquisse rapide de la société du temps de Pierre-le-Grand. Si vous jugez cet essai digne de votre attention , je vous décrirai les cérémonies usitées à l'époque où les parens déclaroient à leurs filles qu'elles en- troient dans l'époque la plus importante de leur vie, les cérémonies nuptiales et les usages qui s'y rattachoient. C'est ainsi que je tâcherai de parcourir les phases successives de notre civili- sation sous Anne, Elisabeth, et enfin sous Ca- therine II. Un regard de bonté , un sourire d'approbation seront ma récompense. EUKOPÉENNES. 289 Suite des réponses départementales sur la situation physique de la France, Départeinent des Ardennes, Il résulte des réponses transmises par le préfet de ce département à S. E. le ministre de l'intérieur , que la totalité des Lois est d'une contenance de 128,874 hectares, dont 26,849 appartiennent au domaine, 4i:>4^8 aux com- munes , et 60,557 aux particuliers ; que les forets sont les mêmes que celles qui existoient il y a trente ans ; qu'elles sont même devenues plus considérables, et que, s'il y a eu quel- ques déboisemens partiels , il a été fait aussi des plantations qui ont plus que compensé les dé^ frichemens. Cette permanence dans la quantité et la situa- lion des bois , n'a donc pas permis de faire les observations météorologiques qui étoient l'objet des quatrième et cinquième questions : aussi a. 19 2g(y ' ANîSALES (Icclare-l-on qu'on n'a pas remarqué que les^ froids eussent plus d'intensité , et que les neiges fussent plus fréquentes que par le passé; ce qui sembleroit confirmer nos remarques, que l'entretien des bois maintient la permanence des climatures. Du reste, on a cru remarquer que Fatmosphère avoit été généralement pkis hu- mide que froide : ce qu'on attribue à la présence des forets qui contraignent souvent les nuages à se dissoudre. « On ne doit pas en conclure, ajoute » M. le préfet , que , pour cette cause , les «grandes plantations doivent être proscrites. n) Les forets sont , dans tous les pays , nne res- >i)SOUrce très-importante , qu^il est essentiel de » se ménager, al>s tf action, f^ite nijemiq.4is^jleufr » influence sur le système météorologique^ » jnMriJ^ préfet établit ensuite d^ conjectures sur le^ changemens de température et les va- riations accidentelle de ratmospbère , et repro- duit, a cet égard, les opinions différent^ qu'ont éinises. diver^ naturalistes suit le^,, principes de ces phénomènes. Toutes ces hypothèses n'ayani aucun rapport direct avec les questions adressées par le minisH'e> et n'offrant d'ailleurs aucune idçe nouvelle sur ces matières, nous avons jugé inutile de les rapporter ici. Nous nous conten- tons de répéter que le Mémoire de M. le préfet EUROPÉENNES. 2^1 des Ardennes confirme enlièremeni nos doc- trines sur l'influence des plantations à l'égard des clirnatures^ ei sur tous les autres phénomènes de la méléofologie. ' -'r'-^^rr^n En rendant hommage à la description exacte de M. le préfet sur l'état actuel des hois du département des Ardennes, qui forment encore un chaînon dans l'espace de cette antique , vaste et célèbre foret Hercitiienne , qui ibrmoit une chaîne continue depuis les Alpes jusqu'en Polo- gne, et offroit des chasses dont on ne peut plus se faire une idée aujourd'hui , nous devons regret- ter que quelque patient historiographe n'ait pas, en compulsant les archives du pays , remonté à une époque plus élevée que celle de trente ans , si près de nous; il en résulteroii certainement de grands souvenirs et d'imposantes comparaisons ^ur ce qui a été et sur ce qui est : car les culti- vateurs des départemens situés au sud-est des Ardennes, sont unanimes sur la souffrance suc- cessive de leurs cultures , à rnesure que ce vaste €t épais rideau placé par la nature contre l'effet des vents septentrionaux , a été éclairée. C'est en remontant à la source, aux principes des influences météorologiques, qu'il peut deve- nir possible de calculer les climatures pour chaque canton , pour chaque contrée. 19. 2g2 ANN^ALES Nous espérons parvenir à remplir ce grand cadre de statistique comparative entre la France dans ses premiers âges, et la France actuelle, par les travaux généraux de la Société de Fruc- tification» Département des Deiix-Sevres^ En Tabsence de M. \é préfet de ce départe- ment, M. Chanlreau, conseiller de préfecture délégué, adresse au ministre deux Mémoires en réponse aux questions précitées. Le premier, de M. Ardit, sous-préfet à Parthenay; et le second, de M. Guîllcmeau jeune, docteur en médecine à Niort. lî résiilte des réponses de M. le sous- préfet ■jr;.--v . que la totalité des bois de l'arrondissement de Parthenay est de la contenance de 4)220 hec- lares; qu'à Tcxceplion de quelques futaies qui ont été abattues, les forets sont les mêmes et de la même étendue qu'ily a trente ans; que cepen-» tlanl il paroit constant , d après le témoignage des plus anciens hal)iiaus, « que la température w s^est îtifroidie depuis trente ans; mais que les » causes de ce changement de température sont « hors des limites de rarrondissement , puisque >oi EUROPÉENNES. 203 ^ les abris qui existoient avant la révolution » existent encore aujourd'hui. » Qu'à l'égard des vents, « il e^t ceriain que, >i depuis une quarantaine d'années, ilssoufQent " avec plus de violence , et qu'ils produisent » plus fréquemment de terribles ouragans; que M les vents dominans sont ceux qui soufïlen t entre :» le Nord et le Couchant, et qu'on nomme " vulgairement ^âî/^r/ze. Usrègnent pendant les » trois-quarls de l'année , et amènent souvent « des gelées tardives qui arrêtent la végétation^ w heureux lorsqu'elles ne détruisent pas une )) grande partie des céréales! On remarque que 5i les terres inclinées vers le Midi , et abritées «des vents du Nord-Ouest par des plantations, » sont plus précoces et plus productives. Ces » vents étoient moins malfaisans autrefois ; mais n ce mal prend sa source, on le répète, hors » l'a-rrondissemenl. » Le déboisement des montagnes et des points les plus élevés de la France peut avoir contri- » bue au refroidissement de l'atmosphère, par le » défaut d'abri contre les vents du Nord et dii » Sud; maisles variations subites des saisons peu- » vent provenir aussi des immenses destructions » des forêts qui ont eu lieu vers les Alpes et les )> Etats du Nord depuis la révolution. Les vents 294^ ANNALES w qui soufflent de ces re'gions , ne trouvant » presque plus cl'o}>stacles , nous arrivent avec M plus de promptitude qu'autrefois , et sans » avoir eu le temps, si Ton peut le dire, de » s'adapter par gradation à notre température. » Ici , M. le sous-préfet Ardit exprime son opi- mon sur les causes des variations survenues dans le système météorologique de la France, et rap- pelle que des témoignages histoiiques et irrécu- sables prouvent combien est fondée l'assertion des naturalistes , qui ont avancé que notre at- mosphère perd insensiblement de sa chaleur primitive. Ln etiet, la rîasse-Dretagne et la Nor- mandie possédoient autrefois une grande étendue de vignobles qui ont entièrement disparu. Des chartes prouvent aussi qu'en Angleterre , dans les premiers siècles du christianisme, il existoit des vignobles offerts en donation à telle ou telle abbaye. On a même trouvé une lettre originale du chef de l'une de ces abbayes à l'un de ses confrères en France, par laquelle il lui mandoit. que le vin de son crû égaloit, cette année-là, celui de la Bourgogne. iVujourd'hui, on ne connoît en Angleterre que des vins étrangers ; le raisin n'y mûrit même pas. Enfin , cet administrateur, très-versé dans la science de réconomie publique , termine en ces termes : « Des semis et des plantations sur les coteaux » et les montagnes ne saUroient être d'ailleurs que » d'une très-grande utilité pour l'agriculture, et w d'iine grande ressource pour les constructions M civiles et navales; mais c'est en vain qu'on es- » saiera d^en démontrer les avantages et la néces- « site aux habitans des campagnes, si lalégisla- » tion forestière reste ce qu'elle es t. On décourage îj le cultivateur, en lui faisant payer des impots M pour une propriété dont il ne retire aucun reye- » nu pendant un grand nombre d'années. On peut » en dire autant des ricbes propriétaires ; il en est M peu qui ne se plaignent de la manière dont les 3î propriétés forestières sont imposées. Seioit-il » donc impossible de n'exiger le paiement de " l'impôt qu'au moment où les bois sont abattus, » et rapportent un revenu réel? » On se permettra encore une observation. » Le Gouvernement veut s'occuper de reboiser » la France, et le Gouvernement vend une grande » partie des forets du Domaine. Il a été cepen- » dant facile de prévoir que l'intérêt des nou- « veaux acquéreurs n'est pas de conserver sur » pied les bois qu'ils acbètent , et que consé- w quemmenl la plus grande partie des forêts 296 ANNALES » vendues et à vendre sera convertie en taillis « en très-peu d'années , si même ces foiéts ne w sont pas destinées à être défrichées peu à peu. » Que pourrions-nous ajouter à de si saines ré- flexions? Tous les inconvéniens qu'expose M. le sous-préfet de Parthenay ont excité constam- ment notre sollicitude ; et c'est pour y remédier sans délai que nous avons conçu le plan d'une Société de Fructification générale , qui seule sera capable d'opérer le reboisement de tous les vides. Extrait du Mémoire du docteur Guillemeau jeune , sur le département des Deux-Sèvres. Ce médecin, qui réunit la science à la mo- destie, s'est occupé plus particulièrement de la description topogfaphique de la ville de INiort, dont il se plaît à faire connoîlre l'heureuse po- sition , qui la garantit des vents froids d'Est- Nord-Est, de Nord et de Nord-Nord-Ouest; mais il déclare qu'il n*ose se prononcer à F égard des hypothèses entièrement divergentes sur les effets des déboisemens, et leur influence sur les phé- nomènes météorologiques. Du reste, il expose EUROPÉENNES. f^QJ avec beaucoup de méthode comment les diffé- rentes températures des lieux dépendent de leurs diverses positions , même dans un espace fort circonscrit, et ajoute des détails intéressanssur la botanique des environs de Niort, mais étran- gers à notre sujet. Jl est donc aisé de prévoir que le Mémoire de M. Guillemeau ne pourroit tenir qu'un espace borné dans nos annales , puisqu'il convient lui - même que toutes les grandes forêts qui existoient il y a trente ans dans le département des Deux-Sèvres , existent encore, et que la stagnation des bois a main- tenu celle des climatures. A regard, des vents, voici comme il s'ex- prime : « Les vents septentrionaux, moins fréquens » qu'autrefois , sont peut-être une des causes de » la diminution de nos froids d'hiver ; mais en » revanche, l'influence des vents occidentaux » est beaucoup plus marquée. Les hivers, depuis » quelques années , sont moins froids , tout le » monde en convient; mais aussi ils se prolon- » gent davantage, et les chaleurs prinlanières « nous arrivent plus lard. Nos légumes de pri- ^j meur s'en ressentent, tels, que les petits-pois » que l'on récoltoit autrefois siih dio ^ vers le » commencement ou le milieu d'avril , qui ne 298 ANQiAI.ES M paioissciit a peine mainienant que dans les M premiers jours de mai. Ce qui confirme notre ») assertion , ou du moins ce qui pourroit l'ap- » pu ver, c'est que tous nos anciens nous disent » que , dans les temps où Ton ne connoissoit iî ])as encore en France les serres-chaudes, les » châssis et les autres moyens de hâter la ve'ge'- » tation , qui nous sont venus àq l'Angleterre et » delà Hollande ; tous nos anciens, disons-nous, " assurent que la ville de Niqrt jotiissoit alors » du privilège gastronomique de fournir au /?o/ » de France y pour les fêtes dé Pâques , un plat » de petits-pois, honneur que nousdevions peut- » être à Mad. de Maintenon ^ qui, native de » Niort, ancienne habitante de Murçay, avoit M un goût tout particulier pour ce légume , w comme elle nous l'apprend dans ses lettres. » M. Guillemeau termine en faisant observer qu'il est reconnu que, depuis trente ans, il s'est manifesté de grands changemens dans les sai- sons ; que , si les étés sont moins chauds , les hivers sont aussi moins froids par compensa- tion : mais il ne peut en indiquer les causes. Arrondissement de Bressuire. M. de Vallée , sous-préfet de cet arrondisse- ment, a fait parvenir li son préfet un Mémoire . EUROPEENNES. 200 courte mais substantiel, en réponse aux ques- tions adressées par le ministre. On y voit que cetie partie du territoire est dépourvue de forets^ et qu'il n'existe , en différentes portions, qu'en- viron 1,700 hectares de bois taillis. Sa réponse à la quatrième question : De Tin-' fluence des abris sur le système météorologique ^ est courte, mais précise et pleine de justesse. Il déplore le déboisement considérable, et l'ab- sence des futaies de son arrondissement, et la termine en ces termes : « On y a remarqué, depuis trente ans, des « cbangemens notables dans la constitution at- » mosphérique. Les saisons semblent déplacées : M les froids ne sont pas plus vifs, mais ils durent î> plus long-temps; les chaleurs sont moins « longues et plus intenses ; le froid et le chaud » se succèdent brusquement. w Les pluies ne paroissent pas être devenues w plus fréquentes. Les ruisseaux nombreux qui « occupent le pays leur donnent un facile écou- » lement, et empêchent les inondations. Il ne » tombe jamais beaucoup de neige. On a remar- » que qu'elle séjourne moins long-temps sur la >» terre; ce qu'on attribue aux subites variations « des venis. La grêle est peu fréquente , et ne » vient ordinairement qu'à l'époque de l'équi- 3oo ANNALES » noxe; la végétation, tardive dans ce pays, n*en >» souffre point. » Après avoir répondu aux cincj questions qui lui sont adressées, avec tout le soin qu'on avoit le droit d'attendre de cet administrateur éclairé, M, de Vallée explique loute sa pensée à l'égard des observations faites sur le mouvement qui s'est opéré dans l'état atmosphérique de la partie bo- cageuse, et donne d'utiles indications à ce sujet. Voici comme il termine son intéressant Mé- moire : •- ^ n II est certain que le déboisement des collines et des points élevés a ôté au pays ses abris natu- rels, et a rompu le système de conservation général. Les climats chauds ont reçu de la na- ture des arbres à rameaux clairs et divergens , qui laissent un libre passage à l'air. Les climats froids, au contraire, sont couverts d'arbres à feuillages massifs et serrés, qui opposent un rempart aux tempêtes. Les détruire, c'est hvrer la terre aux fureurs des orages. A cet usage protecteur, les arbres joignent celui d'être des syphons multipliés qui s'emparent des eaux vaporisées, les utilisent et les distribuent. » Comme abris , les forets servent à briser les vents; elles servent aussi a recevoir et à répercuter les rayons solaires élastiques, comme l'air qui les EUROPÉEiNNES. ÔOl iransiiiet. Les feuilles des arbres, dont le dessus est lisse et glacé , sont autant de miroirs qui réfléchissent et multiplient les rayons du soleil ; tandis que leur dessous, mat et velu, aspire Teau de la terre. C'est par suite de ce double effet que la végétation est toujours plus précoce et plus forte le long des bois et des haies. ^ M Les montagnes déboisées n'arrêtent pas les vents; elles ne font que les diviser, et souvent leur rétrécissement ajoute à leur violence/Les forets, par leur masse mobile, les arrêtent, et atténuent leurs effets. Les montagnes nues atti- rent les orages et les concentrent ; les forets les arrêtent et les divisent. Les orages concentrés qui fondent sur les montagnes dégarnies , y versent des torrens qui , n'y trouvant ni obsta- cles ni emplois , viennent apporter aux plaines les inondations et les ravages. » A ces considérations, on peut joindre encore la destination qu'ont les arbres et les i^lanies 'dans le renouvellement de l'essence de l'air respirable, chargé d'absorber une partie de l'azote formé par l'aspiration des animaux, et de les remettre à l'état d'oxigène : elles concou- rent d une manière médiate à la composition de l'atmosphère. La diminution de ces agens doit nécessaii'ement influer sur l'état relatif 4^s parties qui composent l'air ; et si cette diminu- tion a dû augmenter la proportion de Tazotc, relativement à Toxigène , elle nuit conséquem- ment à la vitalité, engendre les maladies, et avance la mort. » En résumé , en adoptant l'avis des hommes qui pensent qu'il faut comprendre dans les nom- breuses causes qui ont pu amener les change- mens que Ton a remarqués dans Tétat de l'at- mosphère , et les fléaux produits par ces chan- gemens, la diminution du feu central, occa- sionnée parles grandes éruptions volcaniques qui ont eu lieu dans le siècle dernier, la fonte des iieisjes et le déplacement des places flottantes du pôle ," ôti' né peurse reiuser a admettre aussi, comme une des principales causes de ce chan- gement , les déboisemens qui ont été faits dans presque toutes les parties clu monde , et dont le lieu et l'époque ont été marqués par des varia- i?r(5Hy'klans le système météorologique,, et par des fléaux dévastateurs. ^^ >i La France surtout a été livrée à des fléaux 'aestriicféai^s'^alii^^tfëriîiânt â l'ordre de la na- tùre , a renversé une des colonnes de son temple. L'homme y a oublié qu'il n'étoit que l'usufrui- lier des tuèns qu il a reçus de ses pères, et qu u *^eii doit compte à ses descendans. EUROPÉENNES. 3o5 » Le Gouvernement, dont la bienfaisante sol- licitude a appelé l'attention des hommes ins- truits sur cet imposant objet, se fera sans doute convaincre de Furgericc de remédier à l'état actuel du boisement de la France. Encourager les plantations et les semis y exempter les terres plantées de la contribution foncière , accorder des primes à rétablissement des futaies , voilà dés moyens à employer parmi ceux que prendra le ministère philantropique qui s'occupe de cet intéressant sujet. » Il n'y a pas une seule des vérités publiées dans l'excellent Mémoire de M. le sous-préfet de Bressuire, que nous n'ayons proclamées nous- mêmes sous mille formes diverses, et plus parti- culièrement encore dans notre régénération de la nature végétale. Il est agréable pour nous de voir sur tous les points de la France les admi- nistrateurs et les naturalistes les plus éclairés se réunir à nos vœux , et seconder nos projets réparateurs avec ce noble sentiment de patrio- tisme dont nous sommes animés. *-- UJi» .. i* 5o4 A. msai.es Extrait d'un Voyage fait en Suède et en Norwège y par M. Ga.pell-Brooke. M.Capell-Brooke quitta Stockholm le 19 juin 1820, et entra dans les sombres et profondes forets de la Norwège, où les rayons du soleil, et jusqu'au souffle du vent, ne peuvent pé- nétrer. Des essaims de mouches assaillirent le voyageur dans ces noires ténèbres. Une grande étendue de ces forets avoit été consumée par le feu; le charbon, couvrant les arbres ruinés, leur donnoil un triste et désolant aspect. -ri On attribue ces terribles incendies à diffé- rentes causes : Linnée fut surpris par une de ces conflagra- tions , et n'échappa qu'après avoir couru les plus grands périls. M. Brooke n'en a vu que les effrayans effets ; mais, avec le secours d'un natu- raliste suédois , il en donne la description sui- vante : Un paysan , après avoir fumé , secoue les cendres de sa pipe, qui restent quelques heures cachées; tout à coup la brise, s'élevant, les en- flamme , et l'ouvrage de destruction est com- EUROPÉENNES. 3o5 mencé. Circulant à travers la moasse aussi sèche , aussi inflammable qu'une amorce , la flamme^ prompte comme l'ëclair, communique à un pin et le parcourt , aidée de ses sucs re'si- neux. Bientôt le feu embrase la foret entière , qui craque au milieu des flammes et de la fu- mée , et offre à l'œil étonné un grand et terrible spectacle. Le voyageur éloigné, ignorant cette calamité, voit avec effroi le rouge éclatant qui couvre l'ho- rizon ; et s'il entre malheureusement dans la foret embrasée, il ne peut échapper qu'avec peine à ses furieuses atteintes. Entouré d'arbres tombes , ne distinguant plus son sentier perdu dans les flammes et la fumée, il s'arrête, éperdu, incertain s'il doit avancer ou reculer. Les sauvages habitans de la foret , chassés de leurs paisibles retraites, fuient devant leur irré- sistible ennemi, et cherchent partout un abri contre ses attaques. Les ours et les loups , forcés de quitter leurs repaires , vont en foule vers les liabitations de l'homme , et font d'affreux ra- vages dans le bétail des paysans. Pour se faire une juste idée du spectacle hor- riblement sublime que présente une de ces con- flagrations dans ces parties désertes du Nord, il faudroit en être témoin, et observer du haut a. 20 006 ANNALES d'une monlagne les progrès de la fia m me et l'alLe'ration subite qu'éprouve l'aspect riant de la nature à l'approche de l'ele'ment destructeur. Rien n'est plus agre'able à l'oeil, dit M. Brooke, que les vertes forets de la Suède, lorsque le feu ne les a pas défigurées^ et qu'elles ne sont pas assez épaisses pour intercepter l'air et la clarté. Linnée, qui étoit considéré comme un admi- rateur peut-être trop partial des beautés de son pays, a dit « que les jeunes bouigeons du sapin iiluminoient les forets, w Dans les endroits , découverts on voit une abondance de brillantes petites fleurs , dis- persées parmi \evaccinium ou W^ortleberry. <^'La rapidité de la végétation est vraiment ad- mirable. Un jour, ajoute M. Brooke, on voit là campagne environnée du triste aspect de l'hi- ver ; le lendemain , la création semble s'éveiller ; chaque herbe, chaque plante commence à re- naître; la nature reprend soudainement son gracieux éclat, et les forets revêtent leur man- » teau de verdure. Le Lac mélancolique en Nojwège. Il est dans les environs de Berghen un lac qui a reçu le surnom de mélancolique. Dans un EUllOPÉENNES. Soj bassiu excessivement profond, entouré de ro- ckers escarpés , ce lac étend ses eaux immobiles , et tellement dérobées à la clarté du jour, qu'on V voit les étoiles en plein midi. Les oiseaux, stupéfaits à l'aspect de ce gouffre, n'osent le francbir. Le voyageur, après avoir péniblement grimpé les rocbers qui l'entourent, éprouve un attrait irrésistible , et un désir de se précipiter dens ce ciel renversé. C'est le même sentiment qu'on éprouve en naviguant dans un petit ba- teau sur la mer tranquille, et dont on aperçoit le fond -y on est à chaque moment tenté d'y des- cendre. Les Norwégicns attribuent ce sentiment au pouvoir magique des nymphes ou nixes , qui , selon eux , peuplent encore toutes les eaux de la romantique Scandinavie. Oet effet magique paroi t réel : car quoique la vue de l'eau , courante surtout, présente pendant la nuit à nos sens un aspect perfide qui semble attirer, il y a des personnes qui , voyant la lune, les étoiles ou d'autres lumières s'y réfléchir, éprouvent une sorte d'envie de s'y jeter, avec la xîonflance de bien nager sans le savoir. io. 3o8 ANNALES Création d'une Ecole rojale forestière» L'ordonnance royale qui vient de créer une école spéciale des forets, est un événenieni si important pour la Fxance, et si analogue aux sujets que nous traitons ici avec une infatigable persévérance depuis un quart de siècle, sur les moyens de conserver et d'augmenter les richesses végétales du royaume, que nous nous faisons un devoir de la donner ici en entier, en bénis- sant la main auguste qui vient de consacrer ce bienfait. Article i'^'^. L'Ecole royale forestière, créée par l'ordonnance du 26 août 1824, sera établie ù Nancy. Les cours commenceront au i" jan- vier 1825. 2. Le nombre des élèves sera de vingt-quatre. Ils auront le rang de gardes à cheval , et seront nommés par Nous , sur la proposition de noire ministre des finances. 3. Nul ne sera admis à l'Ecole forestière, s'il ne remplit les conditions exigées par les articles 4 et 5 de la présente ordonnance. EUROPÉENNES. OO9 4.. Chaque aspirant à une place d'élève devra adresser au directeur-général des forets les jus- tifications suivantes, savoir : 1°. Un acte de naissance, constatant qu'il a dix-neuf ans accomplis, et qu'il n'a pas plus de vingt-deux ans ; 2°. Un certificat signé d'un docteur en mé- decine ou en chirurgie , attestant qu'il est d'une bonne constitution, et qu'il a été vacciné; 5°. Une obligation par laquelle ses parens s'engagent , en cas d'admission , à lui fournir, pendant son séjour à l'Ecole forestière, une pension de 1,200 fr. , et une de 600 fr. jusqu'à ce qu'il ait atteint Tàge nécessaire pour exercer des fonctions actives , ou la preuve qu'il possède lui-même un revenu égal ; 4"*. Un certificat en forme , constatant qu'il a terminé son cours d'humanités. 5. Avant leur admission , les aspirans aux places d'élèves seront examinés sur les objets ci-après, savoir : l'écriture, la grammaire fran- çaise, la traduction d'un morceau d'un poète et d'un historien latin , les élémens de géométrie et de dessin. 6. Les examinateurs seront nommés par notre ministre des finances sur la présentation du di- recteur-général des forets. 5lO AJNxNALlîfe 7. Les élèves seront choisis parmi les as^i- rans qui auront satisfait aux conditions pres- crites. 8. Les ëlèves seront velus d'un uniforme qui consistera dans l'habit , le gilet et le pantalon de drap vert, avec boulon de mêlai blanc , por- tant pour exergue : Ecole joj aie forestière . Deux feuilles de chêne et un gland seront brodés en argent au haut de l'angle de l'habit ^ qui sera boutonné sur la poitrine. Le chapeau sera à trois cornes, avec une ganse blanche. g. L'enseignement dans l'Ecole aura pour objet : L'hisloire naturelle appliquée aux forets ; L'économie forestière , en ce qui concerne spécialement la culture , l'aménagement et l'ex- ploitation des forets ; Les malhémaliques nécessaires pour opérer la mesure des solides et la levée des plans ; La jurisprudence forestière, dans ses rapports judiciaires et administratifs ; La langue allemande et le dessin. 10. Les cours seront divisés en deux années ; ils commenceront le 1" novembre de chaque année, et .se termineront le 1" septembre sui- vant. EUROPEENNES. 5lT Ils seront faits par trois professeurs nommes par Nous, sur la présentation du ministre des iinances , savoir : Un professeur d'histoire naturelle ; Un professeur de mathématiques ; Un professseur d'économie forestière , qui sera charge' d'enseigner la jurisprudence fores- tière. Il sera , en outre, attaché à l'Ecole : Un maître d'allemand et un maître de dessin. L'un des trois professeurs remplira les fonc- tions de directeur de l'Ecole. I i. Chaque année, aux époques qui seront déterminées par le directeur-général, les élèves seront conduits en forêts pour faire l'application des connoissances théoriques qu'ils auront ac- quises. 1[ 2 . Après deux années d'études dans l'Ecole , les élèves subiront un nouvel exaitien. Ceux qui justifieront des connoissances nécessaires pour entrer dans le service actif, seront, s'ils ont l'âge requis par les lois , nommés aux premières places de garde - général vacantes , mais sans que le nombre puisse excéder moitié des places à nommer chaque année , l'autre moitié demeu- rant réservée pour les gardes à cheval en ac- tivité. 3l2 AIVNALES i3. Dans le cas où les élèves, après avoir terminé les cours, n'auroienl pas l'âge requis pour exercer des fondions dans le service actif, ils jouiront du traitement de garde à cheval , et seront provisoirement employés, soit près de l'administration centrale à Paris , soit près des conservateurs ou des inspecteurs dans les arron- dissemens les plus importans. i4« Les élèves qui , après les deux années ré- volues , n'auront point été jugés avoir acquis l'instruction nécessaire pour exercer des fonc- tions , seront admis à suivre les cours pendant une troisième année; mais si, après cette troi- siè^ne année , ils sont de nouveau rejetés , ils seront rayés du tableau des élèves. Seront également rayés du tableau des élèves ceux qui, d'après les comptes périodiques qui seront rendus au directeur-général par le direc- teur de l'Ecole, ne suivroient pas exactement les cours , ou n'auroient pas une conduite régu- lière. ♦ ï5. Nul ne sera admis, à l'avenir, à remplir \^p foftç lions de garde-généraj oji d'agejit fores- tier , si préalablement il n'a pas fait partie de l'Ecole forestière , ou s'il n'a exercé ^ pendant deux ^1^3 au ^lpiïl3i, les fonctions de garde à cheval. EUROPÉENNES. . 5l3 16. Il sera affecté à l'Ecole forestière une maison où le directeur de l'Ecole sera loge' , et un terrein destiné à former une pépinière fores- tière. xj. Les dépenses de l'Ecole royale forestière sont fixées à 2^,000 fr. ; elles seront réglées par notre ministre secrétaire d'Etat des finances, sur la proposition du directeur-général des forets. 18. Notre ministre secrétaire d'Etat des finances est chargé de l'exécution de la présente ordonnance. Donné à Paris, le i*"^ décembre de Tan de grâce 1824? et de notre règne le premier. Signé , Charles. En présentant, il y a vingt-deux ans, mon Harmonie- hjdïo-végétale à MM. les adminis- trateurs généraux des forets , je leur soumis le vœu, qu'ils accueillirent avec un grand intérêt, d instituer une Ecole forestière pour former, par une éducation spéciale , des hommes capa- bles de donner du lustre à une administration 5 14 ANNALES si Utile; à conserver ce qui existoit alors, comme à diminuer successivement les ruines dont une terre si belle se trouvoit frappée. Je représentai qu'en Allemagne , où les foreis étoient si religieusement conservées , comme formant la première richesse du sol , il y a voit des écoles où le moindre garde-forestier appre- noit, outre l'arpentage et le nivellement, à con* noître non-seulement toutes les essences de bois', mais encore les plantes et le gibier qui y croissen t, même les oiseaux et les animaux qui les fréquen*- tent ou les habitent : aussi, dans ces contrées^ on jouit sans détruire, parce que l'on conserve tout ce qui doit durer; enfui, on n'use que du su- perflu . En faisant valoir les avantages qu'offrent les écoles spéciales aux différens services de l'Etal, je vins à présenter, comme exemple à imiter, cette Ecole à jamais mémorable des ponis et chaussées, instituée par le célèbre Perronel, qui forma le corps d'ingénieurs le plus savant qui existe en Europe. Ces citations pénétrèrent les administrateurs à qui je les faisois . de l'idée qu'une Ecole fores,- tière bien organisée deviendroil une pépinière d'administrateurs capables de rendre de grands EUROPÉEISINES. 3l5 Services à la patrie. Malheureusement cet utile projet fut toujours et sans cesse ajourné. Il est permis de croire que , s'il eût reçu son exécu- tion il y a vingt- deux ans y la France seroit pro- bablement riche de plusieurs millions d'arpens de bois de plus qu'elle n'en possède maintenant. Le département delà Meurthe, qui est encore un des mieux boisés du royaume , semble bien convenir pour le placement de l'Ecole forestière ; et la riche pépinière de Nancy, et le grand nombre d'hommes instruits qui habitent cette belle capitale de l'ancienne Lorraine, y seront ésalement d'une heureuse influence. Notice sur le Mexique. Cette partie considérable du Nouveau- Monde fixe maintenant et fixera pendant long- temps les regards des hommes de toutes les classes de l'ancien , soit sous le rapport poli- tique , à raison de l'indépeadance de son an- cienne métropole, vers laquelle tend la pins grande partie des peuples 'de '(ies c^n soit sous celui du commerce et de l'industrie , qui excitent une concurrence remarquable parmi o l6 AKNALES les nations européennes, et même des Etats- Unis du nord de l'Amérique. On sait que , dans ces derniers Etats, ces deux branches des spé- culations humaines prennent un accroissement prodigieux. Nous croyons donc rendre service à nos lecteurs, en leur offrant quelques notices sur ces intéressantes contrées; et nous pouvons le faire avec d'autant plus de confiance, que nous avons des relations avec ce pays, et que la per- sonne qui nous adresse ces renseignemens est un de ces hommes judicieux à qui rien n'é- chappe, et qui est d'une rare véracité. Nous allons donc tracer quelques mots sur les avantages qui peuvent résulter pour l'Eu- rope de ses relations avec ce pays; mais avant d'entrer dans les détails , nous croyons devoir jeter un'coup-d'œil rapide sur l'état dans lequel il étoit il y a une vingtaine d'années , c'est-à- dire à l'époque où il a été exploré par M. de Humboldt (de 1800 à i8o4) (1). Mais comme les limites de cet ouvrage périodique ne nous per- mettent pas de nous étendre beaucoup , afin de (i) Ce voyage a été publié sous le titre d' Essai politique sur le rojaume de la Nouvelle-Espagne , 2 vol. in-4*' -, avec atlas de vingt feuilles in-folio. Une édition de 5 vol. in-S* . mais sans atlas, a paru en 181 1. EUROPÉENNES. ^^7 ne pas négliger Tinserlion d'autres articles d'un intérêt plus général, nous consacrerons à ces no- tices une suite d'articles successifs, dans lesquels nous examinerons les moyens à l'aide desquels les divers peuples qui cherchent à entrer en relation avec ceux de ce vaste et magnifique pays , peuvent arriver vers ces contrées ; nous donnerons à cet égard une légère description des ports ou points de la côte où les attérages se font, et des dangers qu'on peut y courir; puis nous tâcherons de conduire les voyageurs dans l'intérieur, vers les points principaux qu'ils ont besoin de connoître pour y faire le commerce ou y exeix:er une industrie, en leur indiquant les moyens de transport qu'on peut s'y procurer, les dangers qu'ils peuvent y courir, et les diffi- cultés sans nombre qu'ils rencontreront pour y voyager. Nous entrerons ensuite dans quelques détails sur l'état actuel des peuples de ces contrées , et sur les richesses en métaux précieux que leurs montagnes renferment; nous terminerons enfin par prouver que ce pays a beaucoup perdu de sa splendeur ancienne par le déboisement de ses montagnes et le défrichement de surfaces considérables qui éloicnt autrefois couvertes de forets superbes. Comme ce déboisement a dû 5l8 ANNALES aller croissant en raison directe de l'augmenia- tion de la population et de la civilisation, il doit remonter à une époque assez reculée : car lors- que ce pays fut découvert, il étoit plus peuplé qu'il ne l'a été depuis, et les peuples qui l'ha- bitoient a voient déjà atteint un certain degré de civilisation. Ces peuples, comme ceux de l'ancien monde, ne pré voy oient pas les calamités qui dévoient résulter pour eux des débuisemens auxquels ils se livroient avec tant de légèreté. Si l'on ajoute ensuite à cette imprévoyance , les ravages aux- quels les cruels conquérans de ces beaux pays se sont livrés, et les besoins sans cesse renaissans que ceux-ci avoient de combustibles pour ex- ploiter les mines, dont les précieux métaux exci^ toient leur cupidité , on concevra facilement comment ce pays se trouve aujourd'hui telle-- ment dépourvu de ces mêmes combustibles, que les diverses compagiiies qui viennent d'obtenir la concession de quelques-unes de ces mines, seront fort embarrassées de s'en procurer. Mais n'anticipons pas sur les descriptions, et tâchons de nous maintenir dans l'ordre que nous venons d'établir. EUROPEENNES. dig Aperçu de Vétat dans lequel se trouvoit le Mexique au commencement de ce siècle , comparé à ce qu'il est aujourd'hui» On sait que le climat physique d'un pays ne dépend pas seulement de sa distance au pôle, mais en même temps de son élévation au-dessus du niveau de la mer, delà proximité de l'Océan, de la configuratipn du terrein , et enfin de la quantité de bois qui couvre sa surface, et qui abrite telle ou telle partie , qui sans cela éprou- vevoit une modification quelconque dans sa température et sa climature. Les deux tiers environ de la surface du M exique sont situés sous la zone tempérée , tan- dis que le reste est sous la zone torride ; mais quelque rapproché qu'il soit de l'équateur, presque partout, et même dans cette dernière partie, la température y est toujours modérée, à cause de l'élévation des grands plateaux qui forment la plus grande partie de sa surface , et ce n'est que vers les côtes qu'on éprouve les fortes chaleurs de la zone torride. C'est ici seulement aussi que les Européens ont à i^raindre celte cruelle maladie, la fièvre jaune. 320 ANNALES qui les moissonne sans pitié ; cardans rinie'rieur cette maladie n'a aucune influence. Ainsi , la température et les climats de ces régions inté- rieures sont modifiés par couches dans leurs différentes élévations. La région entre Mexico et le Real-de-Gua- naxuoto (i) étoit, il y a une vingtaine d'années , là' 'J)lus cultivée et la plus habitée de cet im- mense pays; mais son aspect a bien changé de- puis, par suite des troubles qui y ont régné , et de la cessation des travaux d'exploitation des mines. La grande vallée de Mexico et les vastes plaines de Zelaya et de Salamanca sont unies comme la surlace des eaux, qui, dit M. de Humboldt , semblent y avoir couvert le sol pen- dant un long espace de siècles ; et ces plateaux, élevés de plus de dix-sept cents mètres au-dessus du niveau de l'Océan , sont bordés de monta- gnes visibles à de grandes distances. La partie du territoire où se trouvent les riches mines de ce pays étoit divisée en trente-sept districts de mines , appelés Deputaciones de (i) Le mot Real indique un endroit où on exploite une mine. EUllOPÈENNES. 521 minas. Il y avoit alors trois cents endroits connus par des exploitations plus on moins considéra- Lies; mais les mines les pins célèbres étoient alors celles de Guanaxuato^ Bolanos, Sombre^ rete , Batopilas y Zimapan et Real de Catorce , dans rintendance de San-Luïs-Potosi. On peut se faire une idée du produit de ces mines , en considérant que celui de cette dernière seulement s'élevoit annuellement à 20 millions de francs en argent. C*est une de celles dont une compagnie anglaise a obtenu la concession , et à l'exploitation de laquelle on se livre déjà. Après celle-ci , celle de Guanaxuato étoit très-remarquable, puisqu'elle occupoit la majeure partie de la population de la ville de ce nom , qui étoit alors d'environ soixante-dix mille âmes , qui s'est accrue d'une manière sen- sible peu d'années après, mais qui a dû dimi- nuer depuis les troubles qui y régnent, et qui datent de 1810, époque à laquelle l'exploitation des mines a été arrêtée. Cette dernière mine, d'un produit annuel de cinq à six cents mille marcs d'argent , est aussi concédée à une com- pagnie anglaise pour l'exploiter pendant un assez grand nombre d'années : cette compagnie est connue à Londres sous le nom de Anglo- Mepcican ^ Mining - Association , Winchester a. ai 522 ANNALES hoiisey Bioad slreet. Ceci n'est c£u'un premier aperçu des spéculations auxquelles les Anglais se livrent pour attirer chez eux les ricliesses im- menses (ju'ils espèrent arracher aux entrailles des montagnes du Mexique. Nous allons jeter un coup-d'œil sur les moyens d'attérage aux côtes du Mexique, et des dangers qu'y courent les bâtimens. Le premier danger qui se présente à un na- vire qui se dirige vers le golfe du Mexique, c'est celui qu'offrent les nombreux pirates qui, depuis plusieurs années, infestent les parages donnant entrée à ce golfe, vers les îles sous le vent ; il se- roit donc dans l'intérêt des armateurs de n'y envoyer que des bâtimens armés d'un certain nombre dte pièces de canon • quelques sabords ouverts sont souvent un porte-respect suffisant pour en éloigner ces modernes flibustiers , qui ont déjà causé de grands dommages au com- merce européen ; mais il est plus prudent en- core de se tenir sur le qui-vive, quels que soient les moyens de défense. Pour cela, on partage l'équipage et même les passagers en deux divi- sions , dont l'une est toujours sur le pont , où chacun a son poste. Ces précautions sont d'autant plus nécessaires que, tout récemment, un navire américain a été EUROPÉENNES. SsS attaqué par quatre pirates, à la hauteur du port de Manzinella ; ce qui a donné lieu au Jamaïca-' courant y du i5 octobre 1824, de se pJaindrede la protection que les autorités de Cuba donnent aux pirates. Ces plaintes sont d'autant plus fon- dées, qu'il est prouvé par les fréquens accidens de ce genre, que le gouverneur de la Havane ne prend aucune mesure pour les empêcher. Nous ne laisserons pas échapper l'occasion que cette petite discussion nous offre, pour indiquer la source de cette piraterie, et pour prouver qu'elle est, au contraire, encouragée par l'insou- ciance du gouvernement de la Havane. On voit depuis cinq à six ans dans cette ville un assez grand nombre d'individus de toutes nations et de toutes nuances de couleur, la plu- part mal couverts et de mauvaise mine, qui se réunissent dans des lieux publics, où l'on joue quelquefois des sommes énormes. On est sou- vent étonné de voir des hommes couverts de haillons jeter sur la table des poignées d'or, sans que qui que ce soit se mêle de rechercher la source d'un pareil contraste. Que résulte-t-il de ce désordre? C'est que ceux que la fortune con- trarie se réunissent pour commettre des crimes semblables à ceux qui les ont mis à même de prodiguer l'or sur le théâtre des jeux de hasard. 21. 524 ANNALES Ceux qui se réuniàsent pour tenter fortuue sur un plus grand théâtre , s'arment tant bien que mal de sabres, d'épëes, de poignards, de haches ou d*arjnes à feu , et vont dans la nuit au bord de la mer, s'emparent de la première barque qu'ils rencontrent, y mettent quelques provi- sions, et vont attaquer le premier bâtiment assez foible pour ne pouvoir leur résister. Mais où conduisent-ils ces bâtimens pour en tirer profit? C'est ce qu'on ne sait pas. Le fait est qu'ils trouvent à vendre le navire et la cargaison, et qu'avec le produit , qu'ils partagent , ils se livrent de nouveau à la vie désordonnée qu'on leur voit suivre à la Havane. Dans les commencemens, ils laissoient la vie sauve aux équipages qu'ils dépouilloient ; mais depuis que quelques-uns de ces brigands ont été reconnus et inquiétés, ils tuent tout ce qu'ils rencontrent. Non-sewlement ces crimes restent impunis , mais si quelques-uns de ces malfai- teurs sont arrêtés , on est tout étonné de les voir remis en liberté au bout de quelques jours; personne d'ailleurs ne voudroit servir de témoin contre eux, dans la crainte d'être assassiné j ce qui est arrivé plusieurs fois. ...ji Il est inutile d'entrer dans les détails sur la n^vigai^ion le long des îles qui gar^iissent l'entrée EUKOPi:ET Nous prîmes pour guides deux Higlilanders, dont l'un ëtoit un homme extrêmement vif et agile ; son compagnon disoit de lui qu'il pourroit défier à la course tous les chevaux d'Inverness. Ils étoient tous deux Irès-servia- bles et très-polis ; la politesse paroît être , chez les Highlanders, une qualité nationale. Nous dirigeâmes notre marche vers le fort Auguste. La ville d'Inverness et ce fort sont situés aux deux extrémités du lac Ness ^ et le chemin qui mène de l'un à l'autre a été taillé en grande partie dans le roc. Le temps, sans être chaud, étoit superbe, le paysage varié et pittoresque , et la route si unie, que, lâchant la bride à nos chevaux, nous nous livrâmes tranquillement à la contempla- tion. Sur noire gauche, s'offraient de hautes collines couvertes de bruyères et couronnées de bouleaux. A droite, les eaux limpides du lac Ness venoient battre doudement leurs bords, et une léiijère ondulation en ridoit la surface. Dans l'éloigncment, on distinguoit des rochers, les uns tapissés de verdure , les autres élevant en pointe dans les airs leur hideuse nudité. De 33. 356 ANNALES dislance en dislance, un petit champ de blé ren- doit plus frappante la stérilité générale. Le lac Ness a environ vingt-quatre milles de long , sur deux ou trois milles de large. Il remplit un vaste bassin bordé de deux rangs de rochers escarpés , et il est entretenu en partie par des torrens qui s'y précipitent des deux côtés, et en partie, comme on le suppose , par des sources intérieures. Ces eaux sont très- limpides, et les habitans leur attribuent une vertu médicinale. On dit , mais avec peu de vraisemblance , qu'elles ont en quelques en- droits cent quarante brasses de profondeur. On nous assura que, dans les hivers rigoureux , ce lac Ness ne gèle jamais. La première chose à examiner en discutant ces exceptions aux lois de la nature , c'est si le fait est bien présenté ; en général on aime tout ce qui est extraor- dinaire, et l'exactitude dans les récits est rare; peu de gens sont assez philosophes pour ne point établir comme invariable ce qui n'est . que fréquent ou accidentel. S'il est vrai que le lac Ness ne gèle point , il faut attribuer ce phénomène, soit à la grande élévation de ses bords qui l'abritent des vents du Nord , soit aux courans qui le traversent , et qui entre- tiennent ses eaux dans une continuelle agita- EÛflOPEENNES. 357 iion 'j leur profondeur , quelle qu'elle soit, n'en peut être la cause. Les puits profonds ne gèlent point ^ parce que l'air extérieur n'y pénètre pas j mais il n'en est pas de même d'une vaste étendue d'eau exposée à l'influence active d'une atmosphère glacée. La route qui suit les bords du lac est par elle-même un objet de curiosité. Il a fallu, pour la construire, tantôt creuser très-avant dans le roc , tantôt briser des masses énormes de pierres, dont les fragmens sont rangés en forme de mur , avec des ouvertures ménagées ça et là pour l'écoulement des lorrens : elle est bordée d'ar- bres en quelques endroits^ et ressemble assez aux chemins de traverse d'Angleterre , si ce n'est que ces derniers sont presque toujours fangeux. Cataracte de Fiers» Nous passâmes le soir sur un pont construit sur la rivière qui forme la fameuse cataracte de Fiers. Toute la campagne aux environs retrace à l'imagination la sombre grandeur des solitudes de la Sibérie. Le chemin fait un coude, et de hautes montagnes couvertes de bois se présentent à la fois en face et sur la gauche. 358 ANNALES Nous dîmes à nos guides de nous conduire à la cataracle, el , descendant de cheval , nous nous mîmes a gravir des rochers escarpes. Après des efforts pénibles et long-temps infructueux , nous arrivâmes à un endroit d'où nous découvrîmes tout le cours de la rivière. Nous la vîmes couler dans un canal tor- tueux^ se briser contre de noires piles de pierres qui s'élèvent au milieu de ses flots comme des barrières insurmontables, et tomber enfin d'une si prodigieuse hauteur, qu'un mouvement na- turel d'effroi nous fit détourner les yeux. Cependant la saison n'étoit pas favorable pour jouir de ce spectacle : la rivière de Fiers étoit alors dépouillée de sa terrible majesté. Une longue sécheresse, qui rendoit la route douce et facile, nous priva en partie du plaisir que nous nous étions promis en visitant la ca- taracte. La rivière, n'étant plus entretenue que par des sources, n'offroit qu^m courant rapide et peu profond, roulant sur un lit de roche, et laissoit à l'imagination à se représenter mille torrens fondant des montagnes dans un canal étroit, luttant pour s'y frayer un passage, et, par une chute soudaine, déchaigrant toute la fureur de leurs ondes dans un gouffre épou- vantable. rrtj EUROPEENNES. i/Og Le chemin au-delL de la cataracte descend par une pente roide et inégale , mais qui n'est point dangereuse. Nous allions maintenant gagner la côte occi- dentale d'Ecosse , et traverser les Highlands. La route n'est pas d'une longueur effrayante , car deux jours suffisent pour les parcourir; mais elle est très-inégalement partagée. La seule aa- i>erge où Ton puisse s'arrêter, se trouve au tiers du chemin. Nous parvînmes hientôt aunehaute colline , que nous montâmes par une route mili- taire, tracée transversalement. A rhesùre que nous nous élevions sur un théâtre supérieur, nous voyions notre hagage nous suivre en has dans une direction contraire. Celte roiïtèa été taillée dans le roc avec un travail qui auroit lassé la jpersévérance d'une légion romaine. La plupart des montagnes des Highlàfias sont , comme l'Ida d'Homère , abondantes en sources; mais il y en a peu qui méritent l'épi- thète qu'il donne au Pélion j couronné defeuil- /«^e. Elles offrent, en généra?j un aspect mono- tone : elles sont toutes couvertes de bruyères > et leur uniformité n'est rompUé que pàV qiîèl- qnes ruisseaux qui descendent, en murmu- rant, de leur sommet. Le voyageur, accoutumé aux pâturages fleuris, aux moissons ondoyariïés^ 36o A1NNALES est surpris el attriste à la vue de cette immense étendue de pays frappée d'une triste stérilité : il croit voir une matière informe, privée des regards et des faveurs de la nature, ou animée seulement d'une force impuissante de végé- tation. Les montagnes , les contrées incultes et sau- vages composent aujourd'hui une grande partie du globe; et quiconque ne les a pas visitées, ignore les scènes les plus imposantes de la na- ture. Je m'assis sur un petit tertre , dans une po- sition telle qu'un auteur de roman se seroit plu à l'imaginer. Je n'entendois pas frémir le feuillage au-dessus de ma tête ; mais à mes pieds couloit un clair ruisseau. Le ciel étoit serein, l'air doux, le site agreste, silencieux, désert. Nous n'apercevions aucune trace d'habita- tion , si ce n'est quelques cabanes informes , construites en terre, qui avoient servi à des pâtres pendant la belle saison. Dans le temps où. il n'existoit point de routes , un malheureux qiïe le hasard auroit conduit dans ce lieu , sans connoissance du pays , dépourvu de provisions, auroit erré parmi les rochers , et seroit mort de faim et de lassitude avant de trouver de la EUROPÉENNES. 36 1 nourriture et un asile ; et cependant que sont ces humbes collines et ce petit désert , compare's aux chaînes du Taurus et aux solitudes de l'Amérique! Les Macraes étoient originairement un clan pauvre et dépendant; comme ils n'avaient ni métairies , ni fonds à faire valoir , ils servoient les Maclellans. Ces derniers prirent les armes en faveur de Charles I" , sous la conduite du brave Montrose. Ils périrent presque tous dans une bataille, et leurs femmes, devenues veuves, épousèrent leurs esclaves , comme autrefois les femmes scythes. Armydel est une jolie maison située dans l'île de Sky , sur l'emplacement de l'ancien château des Macdonalds qui fui brûlé pendant les troubles de la révolution. Le parc, entouré de murs, est planté de hauts frênes d'une es- pèce particulière et fort rare. Le docteur Camp- bell, dans sa nouvelle description de la Grande- Bretagne, parle de cette plantation ; et elle mé- rite en effet d'être remarquée, car elle prouve que la nudité actuelle dès Hébrides n'est point entièrement la faute de la nature. Je vis à Sky , pour la première fois , des brogues , espèce de chaussure grossière cousue avec du fil si lâche, qu'elle défend le pied 562 A^'NALLS contre les pierres sans le préserver de Teau. On les faisoit anciennement en cuir crud ^ avec le poil en dedans ; mais aujourd'hui on se sert de cuir préparé, soit avec l'écorcedu chêne, comme ailleurs, soit avec celle du bouleau, soit enfin avec des racines de tormentille. H y a environ cinquante ans qu'un particulier recommanda celte dernière substance, à défaut d'écorcc, aux tanneurs d'Irlande, et le parlement de ce royaume lui décerna une récompense (i). Il falloit traverser une grande partie de Sky pour trouver un passt^e commode de cette île à Raasay. Nous nous procurâmes des chevaux et un guide; car il n'y a point de grandes routes dans les Hébrides , et les étrangers se font toujours accompagner d'un naturel , à qui l'habitude de poursuivre le gibier et de con- duire les troupeaux a do une une connoissance approfondie du pays. On est obligé de fran- chir, tantôt des marais fangeux , tantôt des collines escarpées, bordées de précipices, au fond desquels roulent de rapides torrens. (r) Il y a long-temps qire l'on devroit faire usage de celte racine en France ;. vu que les bois commencent k nous manquer. EUROPÉENJNES. 36; Réponse à une Lettre anonyme sur la Société, de Fructifica lion. Ayant reçu une lettre, en date du jo dé- cemhre , de la part d'un de nos lecteurs ^ relative ù Texamen des statuts de la Société de Fructification générale ^ nous commençons par remercier sincèrement M anonyme , qui , guide par dessentimens honorables, nous adresse des observations sages^ que nous apprécions avec une juste estime; et nous nous empressons de dire ici que les choses étoient déjà scrupuleuse- ment pre'vues, et dans le sens, des ])ons conseils qu'il veut bien nous adresser. L'avis inséré à la fin du dernier cahier an- nonçoit déjà qu'on avoit mieux développé les statuts, et fait surtout des changeniens notables à l'art. 6 , parce qu'il importoit au fondateur de la Société de ne point laisser d'équivoque , étant chargé des dépenses capitales qui n'y sont pas énoncées, et de conserver à cette œuvre toute la pureté du principe dans lequel elle a été conçue , et dans la vue aussi que les frais d'éta-» à(yi AINNALES blissement d'une machine aussi vaste ne puis- sent point peser sur les actions. Ne pouvant, dans Tinte'rêt de la Compagnie, tant qu'elle est en instance , rendre publique la marche qu'elle suit pour atteindre le but patrio- tique qu'elle a en vue, marche, d'ailleurs, en parfaite harmonie avec les nobles senti mens des hommes honorables et déjà nombreux qui for- ment le noyau de la Société de Fructification, nous prions l'estimable anonyme de vouloir bien se rendre au bureau des Annales, où le directeur 'sempressera de lui fournir avec la plus grande franchise tous les documens relatifs au vaste plan dont il s'agit, et de lui donner la preuve satisfaisante qu'il est parti de suppositions qui reposent sur des terreurs réelles. L'ambition et la cupidité ne peuvent prendre racine dans une entreprise qui est patriotique- ment prédominée par l'ardent désir d'attirer sur la terre de France mille trésors qu'elle peut ajouter à ceux qu'elle possède déjà, et que la nature lui montre de tous les points du globe , pour généra] iser le bonheur dans toutes les classes de sa riche population. 'Nous donnons ici, comme suite toute natu- relle à la réponse que nous venons de faire , le passage que nous trouvons, sur le même sujet, EUKOPKEISINES. 565 dans le Numéro du lo décembre de la Feuille d' Annonces de Riom ( Puy-de-Dôme ) , qui est , comme nous avons de'ja eu Tagrëable occasion de le dire , un des journaux deparlemenlaux dans lequel on reconnoît un solide meriie de rédaction; mérite qui distingue un grand nombre de journaux de l'intérieur, qui fort souvent ri- valisent d'une manière avantageuse avec ceux de la capitale. « C'est toujours avec un plaisir nouveau que je m'empresse d'annoncer aux lecteurs du Jour- nal de Riom le but du directeur des Annales Européennes, qu'il a constamment exprimé avec l'accent du patriotisme le plus pur comme le plus éclairé. » Son vœu ne pouvoit manquer d'être entendu de tous les bojumes attacbés au bonbeur de la commune patrie; il a été répété avec tous ceux qui gémissent de voir le sol si brillant et si ricbe de la belle France dépouillé , dans cer- taines parties , des attributs de la grandeur^ de la majesté, de cet aspect prospère dont la nature avoit orné le sommet de ses montagnes, le bassin de ses fertiles vallées. " Plus on s'éloignoit de la création de tant de bienfaits, plus il sembloit que la main des hommes appelés, comme ceux des premiers 366 ANNALES temps, à jouir de l'immensité de ses trésors, se pLlisoit, dans un coupable égarement, à arra*^ cher du fond de nos collines celte couronne qui ^ productive elle-même^ feriilisoit en outre nos champêtres vallons. » Un plan vaste , le plus beau , le mieux com- biné, le plus philantropique qu'ait pu produire le xix" siècle , a tente la restauration de cette belle portion de l'immense domaine de la na- ture , en faisant fructifier ce qui , par suite d'une aveugle dépopulation , par ignorance ou par faux calcul , se trouvant abandonné , est devenu aride, inculte, inhabité, et a, pour ainsi dire , préparé le deuil effrayant de la nature. >j Le plan àe fruclification générale , depuis long-temps annoncé, va vecevoir enfin son exé- cution. Les statuts de la Société qui doit exécuter cette honorable entreprise, digne d'illustrer le plus beau règne, est soumis en ce moment à la sanction royale. w Je me borne aujourd'hui, en attendant que je puisse faire connoître à mes abonnés Fen- semble de ces statuts, à leur donner une idée succincte d'une opération à laquelle, de toutes parts, on tient à honneur de concourir. » U Editeur du Journal de Riom. EUROPÉENNES. 56^ La Quotidienne vient de dérober à ramitië la communication de la lettre d'un artiste voya- geur, sur Pompeï : le lecteur y retrouvera avec plaisir les inspirations familières à l'un des coo- péra teurs du bel ouvrai^e des Voyages pitio- resnues en France. a A M. Gha^rles Nodier. cç Herculanum et Pompeï sont des objets si importans pour l'histoire de l'antiquité , que , pour bien les étudier, il faut y vivre, y de- meurer. » Pour suivre une fouille très-curieuse, je nie suis établi dans la maison de Diomède ; elle esta la porte de la ville, près la voie des tom- beaux, et si commode, que je l'ai préférée aux palais qui sont près du Forum. Je demeure à, côté de la maison de Salluste* » Il faut cependant avoir trouvé les mœurs du Levant agréables pour être bien dans un pa- lais des anciens Romains.-Ceci m'amène naturel- lement à vous dire , mon ami , ce que je vous ai S68 ANNALES répété tant de fois : c'est que les Grecs oiiC étendu leur civilisation dans un cercle immense, et que, plus tard, les Romains, maîtres du monde, ont porté partout les arts de la Grèce, sans être toujours aussi heureux que leurs de- vanciers. < . , V M On a beaucoup écrit sur Pompeï, et l'on s'est souvent égaré. La cause première éloit le mode adopté sous l'ancien gouvernement de Na- ples, qui ne donnoit pas la liberté d'y dessiner ou d'observer long-temps , afin de réserver aux savans nommés par lui l'avantage de- publier seuls le fruit de travaux aussi importans : sys- tème absurde, qui j^roduit toujours les plus graves inconvéniens. La liberté est partout né- cessaire; de ce bienfait viennent toutes les lu- mières, et il étoit bien probable que des hommes qui ne pouvoient être contredits par personne , finiroient par dire des sottises; et c'est ce qui*est arrivé. » Par exemple, un savant, nommé Martorelli, fut employé pendant deux années à faire un| mémoire énorme pour prouver que les anciens n'avoient pas connu le verre de vitre, et quinze jours après la publication de son in-folio , oji dé- couvrit une maison où il y avoit des vitres à toutes les fenêtres. Il est cependant juste de dire EUIlOPÉEJ>rjNES. 5C)9 cieiis ii'aimoirni pas beaucoup les croisées : Je plus conuiiunemeat le jour venoitpar la porte; mais eiiljn , chez les palricieus, il y avoit de Irès-belles glaces aux fenêtres, aussi iranspa* rentes que hotre verre de Bohême si renommé , et les carreaux joints avec des listels de Lronze de bien meilleur goût que nos traverses en bois. Au reste, raccidenl de ce pauvre antiquaire se renonvellcra souvent; car la plupart des archéo- logues modernes ont le défaut d'étudier exclusi- vement dans les livres pour juger les monumens de& siècles passés. Il faut faire plus : il faut fouiller la terre que vous voulez connoître, et c'est en comparant les monumens sur le sol même, que votre esprit sera à l'abri de toutes les fausses théories et de tous Jes préjugés qui inon- dent le monde savant. "Un voyageur de beaucoup d'esprit et de la- lent, qui a publié des lettres sur la Morée, et un grand nondjre d'autres voyageurs qui n'ont pas la même supériorité, trouvent extraordi- naire que les constructions modernes de l'O- rient soient absolument semblables à celles de Pompeï. Avec un peu de réflexion , cette res- semblance paioîtroit toute naturelle : tous les arts nous viennent de l'Orient; c'est ce qu'on ne sauroit trop répéter aux hommes qui ont le 2. 24. 070 AISNALES désir d'ctudier et de s' éclairer. Dans l'Orient, depuis le Bas-Empire, tout est resté slalionnaire, La civilisation s'est portée dans le Nord , où elle a donné un nouveau caractère à ses monumens et à sa littérature. La France fait son possible pour arrêter l'expression de la Société chré- tienne : le temps nous prouvera si le génie des Grecs peut refleurir vers le Nord, ou si les en- fans du Nord établiront leur littérature. Quant aux arts, ils ont prouvé qu'ils ont élevé des temples dignes d'être mis en parallèle avec ce que l'antiquité a construit de plus admirable. J'oserai dire que , pour empêclier une littéra- ture nouvelle de s'élever, il ne faudroit rien moins que la chute du christianisme. ».... Miiis sous les portiques de l'Académie, a Ponq^eï , au pied de la tribune , occupons- nous des Romains. " Les fouilles se continuent avec persévé- rance et avec beaucoup d'ordre et de soin : on vient de découvrir un nouveau quartier et des thermes superbes. Dans une des salles^ j'ai par- ticulièrement remarqué trois sièges en bronze d'une forme tout-à-fait inconnue et de la plus belle conservation. Sur l'un des deux étoit placé le squelette d'une femme dont les bras et le cou éioient couverts de bijoux; en outre, des brace- EUROPl'EISÎSE.S. 071 î^ts d'or , dont la forme ctoit déjà connue ; j'ai détaché un collier qui est vraiment d'un travail miraculeux. Je vous assure que nos bijoutiers les plus experts ne pourroient rien faire de plus précieux ni d'un meilleur goût. On y retrouve l'industrie des bijoux moresques que j'avois examinés a Grenade , et les mêmes dessins qui ornent les parures des femmes maures et des juives de Tétuan sur la côte d'Afrique ; les bra- celets, formant un seul anneau, sont particu- lièrement d'une ressemblance si parfaite, qu'on les croiroit travaillés par le même artiste. ji La principale salle de ces thermes est cou- verte d'ornemens délicieux, et l'entablement est soutenu par un nombre infini de petites fi- gures ronde-bosse d'un caractère très-original. » Il est difficile de peindre le charme que l'on éprouve à touclier ces objets sur le lieu même où ils ont reposé tant de siècles , et avant que le prestige en soit tout-à-fait détruit. Une des croisées étoit couverte de très-belles vitres que l'on vient de faire remettre au Musée de Naples. Tous les bijoux ont été portés chez le Roi. Sous peu de jours ils seront l'objet d'une exposition publique. » Le nombre des ouvrages sur Pompeï est très-considérable , et une académie tout entière 572 ANNALES ëcrit encore chaque jour sur ce sujet. Les Fran- çais, qui ont iaissé partout des souvenirs^ ont aussi ]a gloire d'avoir travaillé sur cette vieille lave du Vésuve, et leurs travaux sont les plus estimés (1). » L'Académie d'Herculanum a publié quel- ques volumes; Piranesi a donné quelques fewilles détachées , Dancora a présenté des recherches remplies d'érudition; les Anglais, du temps d'Hamilton, et surtout notre abbé de Saint- Non , ont fait des dessins et des relations cu- rieuses; mais l'ouvrage le plus satisfaisant sous tous les rapports, est celui de M. Mazois, un de nos architectes les plus distingués , et les ar- ticles de M. le comte de Clarac, témoin des fouilles faites en 181 3. Aussi leur souvenir est-il gravé dans la mémoire des gardiens de Pompeï, et les noms de nos artistes et de nos savans fran- çais y sont proncfncés avec ceux des artistes grecs et des poètes romains qui ornèrent ou habitèrent Pompeï , et honorèrent les beaux siècles de l'Au- sonie. » Pompeï a passé vingt siècles dans les en- (i) On montre aussi à Rome les travaux des Français au Forum. EtlROPEENTvES. ^yS trailles de la leire ; les nations ont passé sur son sol; ses nioniimens sont restés debout, et tous ses ornemens intacts. Un contemporain d'Au- guste, s'il revenoit , pourroit dire : « Salut, ô » ma patrie! ma demeure est la seule sur la » terre qui ait conservé sa forme, et jusqu'aux » moindres objets de mes affections. Voici ma » couche, voici mes auteui^ favoris. Mespein- » tures sont encore aussi fraîches qu'au jour où » un artiste ingénieux en orna ma demeure. » Parcourons la ville, allons au théâtre; je re- » connois la place où, pour la première fois, » j'applaudis aux belles scènes de Térence et » à' Euripide. « Rome n'est qu'nn vaste musée ; Pompeï » est une antiquité vivante. Je n'ai plus qu'un )i désir à former, c'est d'être un jour ici votre » cicérone,.,. Je vais au temple solliciter tîette » faveur des dieux. M Votre ami, etc. « TatloIi. y> Pompeï. i6 novembre. » .J7^f A ANNALES Industrie pour économiser le combustible, M. B. Ghaussenot, de Dijon, chimiste, auteur de plusieurs découvertes utiles applicables aux arts, a inventé un calorifère, dont M. Auguste Roëhn a fait, de concert avec l'auteur, une heureuse application à la fusion des corps gras, en y adaptant un appareil pour lequel le Gou- vernement a délivré un brevet pour quinze an- nées. Ge calorifère mérite d'être cité comme le moyen le plus puissant pour déterminer la com- hustion complète des corps combustibles , et conséquemment pour en obtenir le maximum de calorique. De grandes surfaces , combinées et ménagées avec une rare habileté, au milieu desquelles s'opère la combustion , sont en contact avec les liquides qui les environnent. Il en résulte cet avantage précieux et très-remarquable, qu'il n'existe aucune surface de déperdition ; que la chaleur dégagée dans le foyer est totalement absorbée par les liquides qu'on se propose de chauffer. L'examen attentif que nous avons fiiit de cet appareil, nous a convaincu que ce système EUllOPÉEWi^ES. 5-5 est, sans aucun cloute ^ le plus parfait que l'on puisse imaginer. Pour en donner une ide'e plus précise, nous ferons remarquer que^ pendant que la combus- tion s'opéroit, nous fîmes enlever le tuyau ser- vant de cheminée ; nous ne fûmes pas peu étonnés de reconnoître qu'il n'y avoit pas pro- duction sensible de fumée, et que le courant d'air dilaté qui s'échappoit par Toritice du gé- nérateur, n'étoit point chargé. Les expériences réitérées qui ont eu lieu dans cotte capitale, les résultats qui ont été constatés par des hommes éclairés , ont prouvé que cet ingénieux système présentoit une économie considérable de com- bui-tible. Nous ajouterons que l'étonnante rapi- dité avec laquelle les liquides peuvent acquérir la plus haute température et la productioji cons- tante et volumineuse de la vapeur, présentent des avantages immenses dans un grand nombre d'applications. Cet appareil peut être construit sur toutes sortes de dimensions, depuis les plus petites jusqu'aux plus grandes, et appliqué avec le plus grand succès aux machines à vapeur; il offre pour premier avantage une économie de plus d'un tiers du combustible- employé par le procédé de chauffage ordinaire. En second lieu, il rend 57^ AINÎNALES toul-à-fail iniitiJes les dispendieuses construc' tioîis des fourneaux , ei suilout des ënormei» cheminées si impiopremonl appelées /«wiV'o^^^. Les propriétaires du brevet de cet appareil foui construire en ce moment plusieurs généra- teurs de grandes dimensions ; ils doivent être adapiés à des niachines à vapeur. Leur prix modéré ne contribuera pas peu à en répandre l'usage, et à favoriser l'essor de nos industries mari tintes et manufacturières. Notre zèle ardent pour la propagAtion des choses utiles , notre intime conviction , nous portent à affirmer que l'invention de cet ingé- nieux calorifère est la conséquence d'une heu- reuse et savante application de connoissances physiques et chimiques très- étendues. Nous osons prédire même qii'eiles sont le prélude de productions plus importantes encore, qui doivent assigner a M. Chaussenot une place honorable parmi les hommes qui produiront des choses d'une utilité générale, et qui surtout ont pour objet de diminuer la dépense du bois , devenu beaucoup trop rare. H. J. llna^Hroerie de C. T. Thouvé, rue des FiJIesi-Sjvim-niouias, n. X2. ANNALES EUROPÉENNES, ET DE FRUCTIFICATION GÉNÉRALE, PUBLIÉES SOUS LA DIRECTION DE M. RAUCH, ANCIEN OFFICIER DE GÉNIE, ETC. XXIV. LIVRAISON. Rapport adressé en mai 182 1, par M. le comte de Toquevdle , Préfet du département de la Moselle y a S^ Exe* le Ministre de T intérieur ^ concernant V influence que les bois exercent sur lafertdité et la climat ure d'un pays. Monseigneur , Par votre circulaire du 26 avril dernier, vous m'avez fait l'honneur de m'adresser plu° sieurs questions sur les changemens qui , depuis a. 25 SjS ANNALES tre/i te ans (i) , sonl bui'\enus dans le so] foreslier, et sur les alléralions qu'a pu suLir la constilu- tion almospliérique. JLes iiiformalions que j'ai recueillies, ei dont j'ai l'honneur de transmettre les résultats à Votre Excellence, sont exacts. Il s'ensuit que, si l'on excepte 192 1 hectares de hois qui ont été essartés depuis 1790 , les forets du département delà Moselle conservent encore la même éten- due qu'elles avoieni autrefois j elles occupent 135,019 hectares. Dans ce nombre , il en appartient à l'Etat , SAVOIR : De Tancien domaiue. ... 35, 1 80 h. go j du clei'ge. . . . 17,100 00 ' ^ Aux communesV . " 40,199 90 Aux particuliers 4^,505 ^5 (ï) Si on avoit pu remonter seulement jusqu'à soixante ans , on ainoit vu la prodigieuse quantité de bois de cons- truction que du seul canton de Bitsche on floltoit à celte époque en Hollande. La Lorraine a toujours été, par les richesses de ses belles forêts , un des pays les plus abondans de la France ; tout le bonheur et la fortune champêtre sont là : abondance de bois, abondance en eaux fraîches et vives, en poissons, en oiseaux, en gibier et en troupeaux , en huiles et en fruits , qui rem- plissent les premières et les plus douces nécessités de la viç. ( Noie du Rédacteur. ) EUROPÉENNES. SjQ Le tiers des forets de l'ancien domainecouvrent les montagnes du pays de Bitsche , qui sont un prolongement de la chaîne des Vosges ; mais elles ne s'élèvent pas de plus de 5oo mètres au- dessus du niveau de la mer. Les autres forêts sont éparses dans le dépar- tement , et ne forment nulle part de grandes masses. Elles sont situées sur les coteaux et dans les plaines. Les bois répartis entre les quatre arrondissemens y sont au territoire productif, dans l'arrondissement de Briey , comme 24 est à 100. De Metz. 20 De Sarguemines 28 De Thionville 28 Le chêne y domine généralement. Viennent ensuite le hêtre, le charme, l'érahle , le Irène, le merisier, le plane, le sorbier, le tremble et le cornouiller. Le pin , le sapin et le boni eau ne se trouvent guère que dans les forêts de Biische. L'orme et l'aulne sont rares. Les bois des particuliers n'ont pas été dégi^- dés ; ceux des communes sont assuj.'tis à une police vigilante, et ils sont sagement aménagés. Il en est de même des forêis de l'Etat; non- seulement elles ont été bien conservées, mais 25. 580 ANNALES encore aniince du zèle le plus louable , Tadmi- iiistralion forestière a fait semer en Lois gSo hec- tares de places vides , et la plupart de ses semis ont réussi. Quatre-vingt-dix-huit mille cinq cents jeunes sujets ont, en outre, été plantés par les gardes-forestiers en divers lieux , et notam- ment dans les forets de Bitsche , où Ton a re- connu la nécessité de substituer le pin, pinus syhestris , et le sapin, ahris taxifolio , au chêne qui, une fois abattu, ne se reproduit plus, ou n'est remplacé que par des sujets foibles, ra- bougris , dans les parties où domine la silice, et elles y sont en grand nombre. Les communes ont été astreintes à faire des semis dans les clairières de leurs bois : cette mesure a eu le double avantage, et de leur ôter tout prétexte d'y envoyer leurs bestiaux en pâ- ture, et d'augmenter la masse de leurs forets. Il faut remarquer cependant que la plupart des bois vendus depuis i8i5 doivent être , en quelque sorte , considérés comme défrichés , puisque les acquéreurs n'y ont laissé qu'un petit nombre de baiiveaux, trop foibles pour résister aux vents; en sorte qu'il ne restera en délinitif que le taillis. Il est vrai que, jusqu'à présent , il n'en a été aliéné que 1,800 hectares, entre lesquels 7(^8 EUROPÉEINNES. 58^1 ont été achetés par les hôpitaux de Meiz , en remplacement des biens qu'ils ont vendus en pays étranger, et ceux-là ne seront pas dépjradés ; mais si l'on continue de vendre les 7,800 hectares des bois du Domaine , et les 8,100 hectares des bois du clergé qui sont jugés aliénables , il en pourra résulter de graves inconvéniens , parce que tout porte à croire qu'ils ne seront pas exploités avec plus de ménagement que les autres. Il est vraisemblable que, si Ton met dans le commerce 16,000 hectares de bois pour élre abandonnés à l'imprévoyante cupidité des spé- culateurs , la futaie en disparoîtra bieniôt ; et si, comme on est porté à le croire , c'est la futaie qui principalement influe sur les météores, la température pourra être altérée plus sensible- ment qu'elle ne l'est aujourd'hui. D'ailleurs, ce n'est pas d'un seul point qu'il faut partir pour tirer des conclusions générales sur l'état ancien et actuel du climat : il faut embrasser une plus grande étendue de ter- ritoire (1). (i) Cette remarque est d'une grande justesse ; nous avons eu souvent occasion de dire , dans le cours de ces Annales ^ 582 ANIMALES Dans la Moselle, les anciennes maîtrises, et la conseï vallon des forets qui leur a succédé, ont opposé constamment la plus forte résistance à la dévastation des bois. Secondés par des magistrats animés d'un esprit d'ordre et de justice, elles les ont préservés ; mais a-t-on obtenu le même succès dans les autres provinces? 11 est permis d'en douter, û'aprés les plaintes qui éclatent de toutes parts; et l'on ne peut disconvenir que le climat dupays , soumis à l'influence des dévas- tations commises dans les contrées voisines , n'ait perdu de sa douceur , et les saisons de leur régularité (i). que les départemens étoient, par leur situation physicO'^éo- graphique , solidairement responsables, les uns envers les autres, sous le rapport des abris mutuels qu'ils peuvent, qu'ils devroient se prêter dans leurs quatre faces cardinales , pour se constituer réciproquement des chmats plus favo- rables; et nous devons, à^« sujet, avoir le courage dédire q:je cette intéiessante question de phjsico-mëtéorologique , que nous traitons depuis trente ans , et qui pourroit si raerveil- leusemeut favoriser nos climatures , n'est pas encore géné- ralement sentie. (i) Ou voit dans lesprit élevé de M. le coiûte de Toque- ville , avec une manière large de voir les phénomènes de la nature, 1 habitude d'un observateur judicieux qui sait ap- précier avec les effets de la puissance immuable et bienfai- sante de la nature, nos trop aveugle-- et déplorables caprices qui s'efforcent à la détruire à notre détriment. EUROPE ENIN ES. SSo Ce n'est pas toutefois que les hivers soient plus longs et plus froids, que la chaleur soit moins grande en été' : car j'ai sous les yeux des observations météorologiques faites de 1770 à 1779, ^^ 1785 à 1789, et de i8o4 à 1809 ^^^" clusivenient. Le terme moyen du plus grand abaissement du thermomètre au-dessous de zéro, est_, pour les temps anté- rieurs, de 8 d. 55 cent. Et la plus haute ële'vation de. 24. 75 Pour le temps actuel au-des- sous de zéro , de 7 21 Au-dessus, de . 25 92 ^ Ces différences sont peu sensibles; mais il en existe d'autres qui sont dignes de remarque. Par exemple , antérieurement on n'a eu , année commune , que quatre-vingt-douze jours de grands vents , et actuellement on en marque cent quarante-quatre; c'est presque un tiers dç^ plus. Ces grands vents soufflent presque tou- jours de rOuest et du Nord-Ouest ; ils amènent des pluies abondantes, de fortes averses, mais rarement des pluies douces , bienfaisantes et continues : aussi la terre est tantôt trop imbi- bée , tantôt elle souffre de la sécheresse. Pour bien juger des effets produits par le retour, plus fréquent aujourd'hui , des grands 384 AWNALES vents , il suffit d'observer que les jours de pluies éloient ante'rieurement au nombre de izio^ actuellement 89 Les jours nuageux. 117 ^4 couverts.. . . 166 44 brouillards. . 70 16 L'impétuosité des vents empéebe les nuages de se fixer, de se résoudre en pluie; et lorsque ces nuages, arrête'spardes causes que Timperfec- tion de la science météorologique ne permet pas d'expliquer, se résolvent en pluie, il pleut le plus souvent par torrens. Autrefois les pluies étoient i^Xus* fréquentes , mais moms fortes ; aujourd'hui elles sont plus rares et plus abondantes. Presque toujours elles refroidiss€nt\e temps, et nuisent à la végétation. Il arrive assez souvent que le thermomètre varie en deux jours de 12 à i5 degrés. Ces brusques changemens de température étoient autrefois moins communs ; ou voyoit moins àUncons- tance dans l'ordre des saisons. A. quoi en attri- buer la cause , si ce n'est au déboisement de la France , peut-être même de tous les pays ha- bités ? Jusqu'à présent, on n'a pas remarqué que ie volume diGs rivières ait diminué; mais des fou- EUROPÉEjNINES. 585 laines ont tari là où les futaies ont été abattues; et tout re'cemment un ruisseau , dont les eaux avoient toujours suffi aux besoins de plusieurs usines , même dans les êtes les plus chauds , s'est tiovive presque à sec, parce que les bois où il prend sa source ont été aliénés par le domaine, et que les acquéreurs n'y ont laissé aucune réserve. Il y a plusieurs années qu'une grande ému- lation s'étoit introduite dans toutes les classes de propriétaires : chacun plantoit à l'envi sur ses héritages. La Société d'Agriculture avoil donné l'impulsion : des récompenses ont été décernées ^ar elle à des maires , à des gardes- forestiers , à plusieurs particuliers , et l'on a vu reparoître les avenues , les vergers , les arbres épars qui autrefois contribuoient à Vornement de nos campagnes , à la fraîcheur de nos paysages et à la fécondité de nos champs. Les deux invasions , trois ans d'occupation ont amorti le zèle des propriétaires et des com- munes. Il ne seroit pas inutile de le ranimer. Quelques côtes des environs de Metz et dans le voisinage de Longwy sont incultes ; elles ne servent qu'à la pâture du troupeau communal. Il seroit facile de les boiser : les arbres verts et *^86 ANNALES les inëlezes y réussiroij vec peine; lors même qu'elles sont parvenues 3î à s'infiltrer, le lit d'argile, de marne ou de » grès qu'elles rencontrent, les repousse à la » superficie , et les y fait surnager. Ce n'est pas » par l'infiltration qu'elles se dissipent, et que » les terres sont desséchées, mais par l'évapo- w ration. /|.02 ANNALES » Aucune plantation d'arbres dans cette eon- » trée ; aucune eau courante; quatre cent » treize ctangs couvrant une étendue de terrain » d'environ quatre mille hectares j point de » montai^aies , point de collines, point de co- » teaux ; seulement quelques monticules jetés » çù cl là , sans ordre , et d'une très-foible ëlë- » vaîion. » Nul moyen à l'air de se raréfier et se dé- » cliar<^er , soit des vapeurs humides, soit des » miasmes pestilentiels, dont il s'imprègne en » passant sur ces vastes réservoirs d'eau, et sur » tous ces cloaques fangeux. Aussi chaque jour, » au coucher et au lever du soleil, voit-on l'at- » mosphère chargée de brouillards épais, ré- » pandant une odeur infecte. Ces miasmes s'in- « sinuent, pénètrent, affectent non-seulement » tout ce qui a vie, mais encore tout ce qui » végète. » L'enfant sortant du sein de sa mère n'a pas » encore contracté le germe des maladies qui » l'attendent, et doivent le miner jusqu'à ce » qu'elles l'aient précipité dans la tombe; son » teint est clair, ses yeux sont vifs^ il a de » l'embonpoint : mais est-il sevré , ses souf- »> frances commencent^ son teint devient ba- » sané , ses yeux se couvrent d'une teinte EUROPÉEINNES. 4o5 » bilieuse; il maii^iit ; il ne prend aucun déve- » Joppement ; une fièvre lente le saisit ; ses vis- » cères s'engorgent ; des obstructions se for- n nient : il n'atteint pas sa septième année. >j Franchît-il ce terme, il ne vil pas, il végète; » il reste empâté, opilé, cacochyme, boursou- » fié, hydropique, sujet à des fièvres putrido- » malignes, à des fièvres d'automne intermi- 5j nabiCs , à des hémorrhagies de dissolution, M et à des ulcères aux jambes d'une giiérison » trcs-difïicile. C'est en se débattant au milieu » de ces maladies, qui rassiégent souvent toutes » à la fois, et qui ne sont pour lui qu'une longue » agonie , qu'il parvient à l'âge de vingt h » trente ans. A cette époque^ la nature rétro- M grade déjà; les facultés s'atfaissent , et com- » munément l'âge de cinquante ans est le der- » nier terme. » (Un des tableaux de la popu- lation générale du département de l'Indre dépose de cette vérité. ) « Les animaux sont, dans cette contrée, d'une » petite et foible complexion ; ils sont rachi- M tiques et peu vivaces. » L'herbe est courte et aigre ; les arbres, le* M arbrisseaux y sont rabougris ; leur écorce est >» galeuse, couverte de mousse, et la verdure » des plantes, comme celle des feuilles, n'y est 4o4 ANNALES )) pas animée. La nature elle-même semble souf- » frir; elle semble consternée. » Le laboureur trace péniblement et triste- « ment son sillon ; le compagnon de ses tra- » vaux l'est aussi de sa tristesse. Tout est dans le » silence : on parcourt des lieues entières sans M découvrir une liabilation , sans apercevoir » autre cbose que des bruyères et des eaux, » sans entendre aucun bruit que le cboc des M vagues et les cris perçans des birondelles de » mer. w II m'est impossible de révoquer en doute, » et tout le monde est convaincu que, dans la » Brenne, l'air est vicié : mais il ne paroît pas » que l'on soit également convaincu que ce soient » les noml)reux étangs qui contribuent à le » vicier , et que leur dessécbement soit un » moyen de salubrité. » M. Dalphonse entre ensuitetlans la discussion sur les avantages et les désavantages qu'il y auroit de dessécher les étangs de la Brenne y et conclut par dire qu'il ne faut pas détruire tous les étangs, ni les laisser subsister tous : « Quoi w qu'on en dise, ajoute-t-il, il est impossible " que , par leur multiplicité, ils ne nuisent pas M à la salubrité de l'air, lors même que les w vapeurs qui en émanent ne seroient qu'hu- EUROPÉENNES. 4o5 » mides , et ne feroient qu'épaissir la lymphe , w relâcher la fihre, appauvrir le sang , et suppri- » mer la transpiration. Personne n'ignore que » l'air est le premier agent qui influe sur la vie '» animale; tout le monde sent que la santé est M le premier bien de la nature. Tous les étangs » marécageux infectent l'air, et nuisent consé- » quemment à la santé : ils devroient donc » tous être détruits, quel que soit leur emploi. » La conservation des hommes est le premier » devoir des Gouvernemens, etc. » Vous voyez, Monsieur , la sollicitude du premier magistrat d'un département extrême- ment alarmée, en fixant ses regards sur cette partie qui réclame avec tant d'urgence les soins de l'administration. Eh bien! ce digne magis- trat exprimoit sa douleur en l'an XII ou i8o5. Vingt-un ans se sont écoulés , et bien des siècles auparavant , sans qu'on se soit occupé d'arracher des malheureux à une mort prématurée. Vrai- ment l'homme sensible frissonne et reste attéré, quand il pense qu'environ douze mille indi- vidus répandus sur cette contrée infortunée sont moissonnés successivement avant d'être ar- rivés à la moitié de la carrière des autres habi- tans du déparlement. J'ai lu, Monsieur, dans vos intéressantes /|OG ANNALES Annales y que le plaiàue avoit le don particu- lier d'assaillir l'air : si doue votre Compagnie étoii en activité, elle ne nianqueioil pas de jeter sespreuiie.s regards sur celte partie souf- frante de mon département, elle viendroit à son secours; si elle parvenoit a procurer à ses ha- bitans le premier bien de la vie, la santé, de sincères bénédictions en seroient la douce ré- compense. C'est daus mon département que je voudrois qu'elle fît ses premiers essais sous le rapport sanitaire. Ab I avec (juel zèle je la se- conderois. si elle daignoit m'appeler à y con- courir.' Comme ces nialbeurcux rachitiques nous béniroient, si nous parvenions à cbanger leur existence ! Il me semble déjà voir ces spectres ambu- îans clianger leur teint livide pour ces mines rubicondes de notre pays , dit Champagne; se mêler avec ces robustes laboureurs dans les as- semblées villageoises; danser avec eux au son de la musette, et trinquer ensemble sous la ra- mée (i), en criant à tue-tête : Vive le Roi! tan- dis que l'on voit ces êtres languissans, s'acbe- (i) Espèce de teiite faite avec des cerceaux et des draps : trois plauches posées sur des tréteaux forment la table , sur trente à quarante pieds de longueur. EUROPÉENNES. [^O'j minant lentement vers ces réunions bruyantes , flûre leurs prières, leurs affaires, puis remon- ter sur leurs vieilles cavales , dont les os percent la peau. Le soleil les voit arriver à leur hutte malsaine , où du pain d'orge et de l'eau crou- pie les attendent ; tandis que le gai Champe- nois prolonge son plaisir dans la nuit, et ga- rantit de toute atteinte la jeune bergère qui , dans l'année , doit devenir la moitié de lui- même. Mais, Monsieur, je m'aperçois que je suis sorti de mon sujet, et que me voilà dans la danse avec ces bonnes gens , voyant déjà dans une perspective séduisante le bonheur de mon pays. Je crois donc fermement que si celle pauvre contrée de la Brenne , qui forme le dixième de la superficie du département, étoit plantée de ces arbres qui purifient l'air, et y répandent un baume salutaire ; que si ces plantations étoient faites avec intelligence et discerne- ment, il seroit très - possible d'en changer la climature. Votre Société auroit aussi de grands travaux à exécuter, sous le rapport de la fructification générale. La division agricole du département de l'Lidre présente une superficie de 1,375,00© 4o8 ANWALES arpens de terrain employé dans onze variétés de culture , non compris les marais , étangs , eaux courantes j emplacernens de maisons, de villes rurales, roules, chemins, sentiers; et ce qui est affligeant, c'est qu'on y trouve 276,716 ar- pens de terres incultes et 20,38i arpens de com- munaux; ce qui fait un total de 297,096 ar- pens; tandis que l'on ne compte que 864,236 arpens de terres labourables : voici donc plus du tiers de cette quantité en terres incultes, et le pays de la Brenne en possède à lui seul plus des trois cinquièmes. Il est donc de l'intérêt le plus grand , le plus urgent, de repeupler le vide de nos forets, et d'en créer de nouvelles, tant pour assainir notre pays que pour satisfaire à nos besoins. En 1789, la corde de bois (équivalant à deux voies de Paris) coûloit de 12 à i5 fr. ; en i824-? elle vaut à Châteauroux 20 fr. , et on nous me- nace de 3o fr. pour l'an prochain. Que l'on ne vienne pas dire que l'on fera tort au reste de l'agriculture; on ne lui pren- droit qu'un terrain peu productif en céréales, et dont elle ne défiiche pas cent arpens par an : d'ailleurs , de ce côié , nous sommes au- dessus de nos besoins, puisque , noire consom- mation prélevée, nous exportons 220,000 quin- EUROPÉENNES. 4^*9 lauxde grains, dont 170,000 en froment (1) pour le propriétaire et Tagriculteur ; mais /i4>955 fa- milles consomment, les unes dans les autres, clia-; cune quatre cordes de bois à 20 fr* Tune : voici une de'pense de 4,393, 5oo fr. Que Ton admette que moitié de ces familles soit composée de propriétaires et d'agriculteurs, cette moitié se trouvera à peu près au pair; mais cette classe nombreuse d'ouvriers de tout genre et de néces- siteux j qui non-seulement n'a point de grains à vendre, mais qui l'achète plus cher, par cela même qu'il s'exporte . aura à débourser^ sans compensation, une somuic de 2,24^,7^0 fr. Que de considérations puissantes invitent à la culture des arbres forestiers et autres! Je laisse k une plus savante plume le soin de les faire valoir, de les présenter dans leur rapport avec l'iiuérét général et particulier , mémo avec la haute politique, dans un Gouverne- ment où la population augmente avec une ra- pidité on pourroit dire etîrayante , si la solli- citude ne pourvoyoit par de sages dispositions à tous ses besoins. (i) On sait bien que voilà un produit en argent de 2 mil- lions de francs environ. 2. 27 4lO AXIALES (^uantàmoi, je reiouiueà mon ])etît moulin, où déjà , sur une snperiicic de trois arpens à peine, y compris même le l)assin de uia ion- laine, je compte plus de deux cents peupliers de toute espèce, trente et quelques platanes, autant de sanles - pleureurs , cinquante saules ordinaires, le blanc de Hollande, le bouleau, des acacias vernis du Japon , et mille à douze cents petits arbustes d'agrément. Mon terrain, très-humide, ne supporte pas les arbres frui- tiers. Vous voyez, Monsieur, que j'ai protité de vos conseils. Voici les Chambres en session , et sûrement avec elles un nouvel ordre de choses, tendant à peifectionner le bien déjà fait. Notre auguste et aimant mouar([ue se montre à son aurore sous les plus nobles auspices : la hideuse pers- pective de la guerre et du trouble s'éloigne de plus en plus, et se trouve, en se perdant, cachée sous les touffes d'oliviers; tandis que celle qui se raj^proche de plus en plus de nous, nous laisse apercevoir un bonheur et une paix durables, (^uel moment favorable pour la réus- site de votre projet î Je ne doute pas qu'il n'ob- tienne la sanction du Roi :tous vos plombs sont sans doute jetés; une fois vos cadres dépar- tementaux bien formés, l'exécution viendra JLUROPÉEJNJSES. 4li facilement pour le bonheur de la terre de France. A«réez, Monsieur, etc., etc. Châteauroux, le 3i décembre 1824. Greffe de Dauhenton, décrite par feu M. André ThouÏn (i). On peut, au moyen des greffes, accélérer de bien des manières la croissance des arbres en diamètre et en élévation. Jusqu'à présent on ne connoissoit , pour les faire croître en largeur, que le procodé de \^ ^vQ^e B ancksîa. Celle dont nous donnons la description, supérieure à toutes, semble devoir ajouter à nos ressources en ce genre, et promet des résultats fort utiles, cons- tatés déjà par l'expérience. Pour mettre les (i) Nous donnons ici une nouvelle et fort intéressante expérience faite par feu M. Thouïn (dont la mémoire sera à jamais honorée de tous les amis de leur pays ) , sur la manière de greffer les aibres forestiers : expérience qu'il a essayée avec succès depuis la publication de sa savante Mu-- nographie des Greffes, 27. 4l2 ANNALES cultivateurs à même de l'exécuter ici avec assu* rance de réussite, nous allons en présenter tous les développemens dans un texte explicatif. Choix des sujets. Il faut donner li préférence à des individus d'espèces d'une longue vie , de première gran- deur , à bois dur et coloré, indigènes ou natu- ralisés, rustiques, de l'âge de deux à cinq ans, rarement plus; choisir les liges saines, sans nœuds, aussi droites que possibles, et flexibles par le sommet. Déplantage, Il faut effectuer le déplantage à l'automne , après la chute totale des feuilles, larsque les gelées ont arrêté la sève des arbres estivaux ; lever toutes les racines avec la plus grande , partie du pivot ; rejeter les individus dont les racines ne seroient pas en aussi grand nombre et aussi bien conservées que celles des autres sujets destinés à faire partie du même groupe. Si le climat est pluvieux, froid , la terre argi- leuse, compacte et humide , il est préférable de faire ce déplantage à la fin de l'hiver^ et même à l'époque du premier printemps. EIPROPÉENNES. 4l5 Préparation des sujets. Il faut disposer les racines des trois sujets destinés à faire le milieu du groupe , de ma- nière qu'elles se dirigent en croissant, à angle droit , sur la ligne que doivent former les arbres, et supprimer celles qui , par leur position , ena- pécheroient les collets des racines de se rappro- cher exactement ; couper tout prés des tiges les branches et rameaux qui se trouveroient sur les parties des arbres qui doivent élre réunis; étéler le sujet du miUeu à deux ou trois déci- mètres au-dessus du point où il doit être opéré ; en faire autant au second individu , et à même dislance, au-dessus de la coupe du premier; rogner la flèche du troisième vers le milieu de la ramille terminale de la dernière pousse, et immédiatement au-dessus de l'œil le plus dis- posé à faire croître son bourgeon dans la direc- tion verticale du pied de l'arbre. Plantation» ■.>■> On doit procéder à la plantation dès que les sujets ont été déplacés et préparés. La fosse disposée d'avance pour les recevoir dàns'uh 4l4 ANNALES terrein et dans une situation convenables à l'es- pèce des arbres dont 'sc compose le groupe , doit être faite en liru aéré, ëloi*^né des racines et de l'ombrage de tous les grands végétaux du voisinage. Les trois individus présentes ensemble au milieu de cette fosse , seront plantés perpen- diculairement à côté les uns des autres. Opération* Elle peut se faire sur les arbres à différentes hauteurs^ selon la force des individus et les projets du cultivateur. On coupe horizontale- ment la tête de l'arbre du milieu à un mètre au-dessus du niveau du sol ; on affile l'extrémité supérieure de la tige qui lui reste en biseau très-aigu, de quatre a six centimètres; on en- lève à ce même sujet, sur un de ses côtés en ■ C' ]i y xv.^^.^ «,..^ . ^ . a* nière d'écorce, depuis l'épiderme jusqu'à l'au- bier, à partir du niveau de la terre jusqu'à la coupe en biseau qui termine la tige. On entaille pareillement l'arbre de droite en regard de la plaie faite à celui du milieu, dans la même longueur et de la même largeur ; à la hau- teur du biseau qui forme la tête du p rem ier, on fait une entaille propre à recevoir cette même tête , EDIIOPÉEISNES. 4^^ de manière que la lige du groupe n'ait pas plus d'épaisseur dans celle place que celle deo parues voisines. Enfin, le iroisième sujet est opéré . comme le second , avec cette diflerence que la lige est conservée eniière , et que l'iiicisiou oLlique , au-dessous de laquelle commence récorcement latéral, doit être faite à deux dé- cimètres au-dessus. de celle du second individu , et du côté qui lui est opposé. Après cette opé- t-ation , on insère latéiaiement dans rentaille que l'on fait au second individu , le coin qui termine la tcte de l'individu du milieu , et 1^ coin qui termine la lige de celui-ci, dans la plaie du troisième sujet. On approche ensuite les unes des autres les parties dépouillées d'écorce. de manière qu'elles se couvrent mutuellement le plus exactement possible. Toutes ces opérations minutieuses doivent être faites avec la plus grande justesse et la plus grande célérité. On les termine immé- diatement en posant l'appareil qui doit assurer la réussite de celle greffe. f\ » : : Appareil, ■i\lK Il consiste, i° à lier de distance en distance avec du gros fil de laine \es trois tiges opé- 4l6 ANNALES rées , pour le.s niainlenir dans la posilion qU'Oii leur a donnée ; 2° à couvrir les arbres ainsi réu- nis, depuis leur pied jusqu'à un décimètre au- dessus de la dernière opération, avec des lanières de deux ceniimètres de large , fraîchement en- levées à de jeunes branches de tilleul , d'orme ou autres arbres, dont la sève douce et vis- queuse ne peut nuire au jet; 3° a couvrir cette espèce de fourreau d'écorce , de l'épaisseur de trois à quatre millimètres, de terre jaune argil- leuse, mélangée avec un tiers de bouse de vache, et corroyée en consistance de mortier épais, à l'effet d'empêcher les insectes , Teau , l'air et la lumière de s'introduire entre les arbres, et de nuire à la prompte soudure de leurs plaies, et enfin à placer des tuteurs qui maintiennent les arbres contre les vents, et à leur faire prendre la direction qu'on veut leur donner. Culture, On sent très-bien que plusieurs sujets placés ainsi dans un si petit espace, et dont les racines sont pressées les unes contre les autres, ont be- soin d'être protégées dans leur jeunesse par une culture soignée et nutritive : on pratiquera donc auprès du groupe un large auget dans lequel EUROPÉENNES. 4l7 on mettra environ trois décimètres cubes de terrein de fumier de vache consommé , qu'on saupoudrera de marne calcaire, et qu'on re- couvrira d'une couche de dix doigts de terre du sol. Des arrosemens copieux seront nécessaires pendant les chaleurs de l'été. Résultats acquis» Plusieurs expériences sur cotte sorte de greffe ont été répétées au Jardin du Roi cette année. Un premier groupe de trois érables^ un second de pareil nombre àe frênes cT Europe , un troi- sième de trois micocouliers de Provence , furent successivement offerts aux regards des élèves qui fréquentent l'Ecole pralique d'agriculture. Un quatrième groupe de diverses variétés de chênes succéda aux trois premieis; il subsiste encore aujourd'hui au Jardin , et est admiré des vrais amateurs de l'agriculture. Cette greffe fut dédiée à la mémoire respec- table de J.-M. Daubenton, mort en 1800, à qualre-vijigt-qnatre ans , professeur, adminis- trateur du Muséum d'Histoire naturelle, à l'il- lustration duquel il a puissamment contribué par l'organisation première des collections dont 4l8 ANNAI-ES il a été pendant cinf£uante-cinq ans Tunique rlëmonslralour (i). (i) Les greffes vont bientôt présenter des merveilles à étonner I imagination , et reproduiic sur le sol français des choses qu il n'a pas encore vues : ce sera la tâclie de la Compagnie de Fruclification , qui se propose de i éaliser des phénomènes de végéUilioa dignes d'un grand intérêt. Déjà nous avons parlé dans ces Annales de la greffe qm peut élrc essayée, du hêtre sur l'olivier et de l'olivier sur \e hêtre , de ralliance des chênes du Midi avec ceox du Nord; mais nous avons encore les espérances les mieux fondées d'assurerr à nos départemens du Midi tous les arbi-es à épices des Indes. Bien d autres végétaux qui doivent résul- ter de tant de paisibles et utiles conquêtes , sont incalcu- labiés. EUROPÉEÎÎNES. 4 ' 9 LE JILIUBÏER. Notice sur le Jujubier, extraite des con-espon- dances du Père Cihot , du Père Gaubis ^ du Père jànijot , et autres savrms qui , de Pékin , ont envoyé en France le résultat de leurs recherches surtout ce qui intéresse les sciences, les arts et l'agriculture, que inerit de nous passar M. Amyot_, neveU du célèbre Mission- naire de ce nom. Puisque le jujubier çrqit.tlaus les piovinces de Provence, Roussillon et Lani^aedoc, à quoi tient-il qu'on ne soiijne davantage la culture de cet arbre utile et agréable? L'auteur célèbre de la Matière médicale y et l'illustre M. Duhamel, nei\ comptent que peu d'espèces. Or^ nous sommes bons témoins qu'on a en Chine autant et même plus d'espèces de jujubiers que nous de pruniers dans nos pro- vinces les mieux partagées. Les Chinois n'ont rien épargné pour perfectionner la culture d'un arbre qui denaande peu de soins , donne presque 420 ANIMALES toujours sou fruit en grande quantité, et tel, qu'il est digne de paroi tre sur les meilleures tables. Que ceux qui n'ont vu que les jujubes de leurs tisanes , ne se pressent pas de traiter cela de fable I Parmi plus de soixante espèces qu'on en compte en Cbine , il y en a de précoces et de tardives , de longues et de rondes, de grosses et de petites, de blanclies et de jaunes, de rouges et de violettes, de couleur de cbair et de couleur de café , de parfumées et de miellées , de douces et d'aigres, avec des noyaux et sans noyaux (i). Si nos provinces méridionales de la France sont aussi favorables aux jujubiers qu'on le dit, il seroit très-aisé , avec quelque soin , de perfec- tionner les espèces qu'elles ont déjà, et de leur en procurer de nouvelles par le moyen des entes. Comme cet arbre n'est pas délicat, et ne demande aucune culture, tout terrein qu'on voudra lui abandonner lui sera bon, et ne sera pas un ter- rein stérile , si l'on a soin de bien cboisir les espèces. Il seroit facile d'en avoir, ce semble. (i) En nous faisant connoîti-e ce qui existe et se fait d'utile en d'autres pays, c'est bien réellement servirla patrie ; et Ton peut dire que les naissionnaii'es fi ançais ont cons« tamraeut rempli celte nolile lâche avec autant de zèle que celle de la propagaiion de la Foi. EUROPÉEISNES. 421 par le moyen des vaisseaux qui vont à Alexan- drie et dans les autres ports du Levant ; mais . comme nous disions tout à l'heure, on viendra à bout de varier, d'améliorer et de perfectioFjner les espèces qu'on a déjà , par le moyen de la greffe. Les Chinois, quelque esclaves qu'on les dise du préjugé et de la coutume, ont long-temps travaillé sur leurs jujubiers; ils les ont entés sur des pruniers , des cerisiers, des pêchers, des abricotiers, et sur l'arbre, en particulier, des figues-caques : aussi sont-ils parvenus à se pro- curer d'excellentes jujubes de plusieurs espèces. Le même soin nous procurera le même succès. Peut-être pourrions-nous en faire sécher et con- fire en assez grande quantité, pour pouvoir en céder aux étrangers. Il y a en Chine de grosses jujubes qu'on vide de leurs noyaux, et qu'on dé- pouille de leur peau en les faisant sécher. Si cette façon chinoise passoit en France , on pour- roit l'appliquer à d'autres fruits, et on réussiroit sûrement pour les jujubes. Les jujubiers sont beaucoup exposés à la per- sécution annuelle des chenilles; mais, comme ces insectes redoutables laissent sur les jujubiers mêmes leurs œufs rassemblés cà et là au bout des branches , les Chinois parcourent tous leurs 422 ANNALES arhies avec un braiifloa an boni d'une perche, et ])rûlent tous ces icpaireà d'insectes. La médecine chinoise fait aussi i^rand casque Ja noire des jujub(îs pour les décodions pecto- rales, rëphecliques , etc. Le docteur chinois Li-chi'tchin a remarque que les paysans se gué- rissent tous les jours de leurs maladies avec de la tisane de jujubes, à la manière des anciens, et avec un peu de gingembre, quaml ils ont pris du froid. Pour qu'on ne le soupçonne pas de vouloir dédier un remède si simple , il avoue que, hors les cas de plénitude et d'indigestion, on ne sau- roit donner rien de mieux pour dégager la nature daiis le commencement d'une maladie. Nous ajouterons à la suite de cette notice, sur les soins qu'on donne au jujubier en Chine, les rapports sous lesquels il est connu en Afrique et dans le Midi de la France ; on concevra peut- être l'espoir que son mariage avec le figuier et le dattier potirroit être d'un grand avantage pour nos dépariemens méridionaux. Nous aurons bientôt à présenter des exemples plus étonnans sur les merveilleuses métamorphoses que nous offrent les greffes. EUROPÉENNES. 423 Le jujubier est originaire de Syrie : il a été Iransporië en Italie par Sextus Papirius, du temps de l'iine, d'après le rapport de cet au- teur (^Lil?. i5, cap, i4). Il est depuis long- . temps cultivé en Espagne, dans le Midi de la France, sur les côtes de Barbarie, etc. Son bois est dur, pesant, roussâtre; il prend un beau poli : on rcmi>loie à des ouvrages de tour. Ses fruits, connus sous le nom de jujubes , ont un goût assez agréable^ mais un peu fade. Les juju- bes sont pectorales, adoucissantes ; on en prend la dédociion pour calmer les toux violentes, les maux de gorge , les cracbeniens de sang , etc. Comme aliment, les jujubes sont très-nutri- tives , et même de facile digestion , lorsqu'on les mange dans leur élal de fraîcheur. On les dessèche^ pour les conserver, en les exposant sur des claies à l'action du soleil ; après leur parfaite dessiccation , on les enferme dans dès caisses, et on les livre au commerce : elles ac- quièrent un goût plus sucré; mais elles sont en même temps plus difficiles j\ digérer ; ce qui les rend peu convenables aux personnes déli- cates. On en prépare un sirop très- vanté dans les maladies pulmonaires , qui peut être admi- nistré avec le même succès que leur décoction, mais qui n'a pas plus de vertu que celui de 424 ANNALES guimauve. Leur mucilage sert à la préparation de la pâte et des pasiilles dites à.Q jujubes y dont le goût est aussi agréable que leur effet est sa- lutaire. Voici de qu'en dit M. Desfontaines : « Le jujubier se multiplie facilement de " graines et de drageons : il se plaît dans les >i terreins légers , sablonneux et secs. On peut » le cultiver en pleine terre dans le Nord de la » France, en le plaçant contre un mur exposé » au midi_, et en le couvrant de paillassons pen- )) dant l'biver. Malgré ces précautions , il ne « s'élève jamais beaucoup , parce que les gelées » en font souvent périr les jeunes brandies. Il » fleurit presque tous les ans, et donne même " souvent des fruits , mais qui ne sont pas d'une >i aussi bonne qualité que ceux des pays cliaucîsé n Lorsque le fruit est mûr, les lotophages "le cueillent, l'écrasent et le renferment dans w des vaisseaux. Ils ne font aucun choix des » fruits qu'ils destinent à la nourriture des w esclaves; mais ils choisissent ceux qui sont de » meilleure qualité pour les hommes libres. On » les mange ainsi préparées : leur saveur ap- » pioche de celle des figues ou des dattes. Oa >j en fait aussi une sorte de vin, en les mêlant M avec de l'eau. Cette liqueur est très-bonne, EUROrÉENNES. 42 ^ » mais elle ne se conserve pas au-delà de dix » jours. .^^3 Théophrasle raconte que le lolos étoit si » commun dans Tile Lotophagite (aujourd'hui » l'île de Zerbi) , et surtout sur le continent ad- w jaoent^ que l'armée d' Orphelins, ayant man- w que de vivres en traversant l'Afrique pour se M rendre à Carlhage, se nourrit des fruits de cet » arbrisseau pendant plusieurs jotirs. " Aujourd'hui les habitans des bords de la » petite Sjrte et du voisinage du désert recueil- » lent encore les fruits de ce jujubier; ils les » vendent dans les marches, les mangent comme » autrefois , et en nourrissent même leurs trou- » peaux : ils en font aussi une boisson , en les M bruyant et les mêlant avec de Teau : enfin , la M tradition, que ces fruitsservoient anciennement » de nourriture aux hommes, s'est conservée » parmi ces peuples. C'est encore ce même lotos w dont Homère parle dans rOâ^^.yee, li^, 9, et M qui avoit un goût si délicieux , qu'il faisoit w perdre aux étrangers le souvenir de leur pa- » trie, n C'est le sort qu'éprouvèrent les compa- gnons d'Ulysse, qu'il fallut arracher avec vio- lence de ces côtes étrangères. Les nègres nomment ses fruits tomberougs. « Ce sont, dit M. Desfontaines, de petites baies 2. 28 , 426 ANNALES » jaunesetfarineuses, d'un goût délicieux; elles M sont très-priséespar les gens du pays, qui en font » une sorte de pain. Ils commencent parles expo- M ser quelques jours au soleil; ensuite ils les pilent " légèrement dans un mortier de Lois, jusqu'à » ce que la partie farineuse soit séparée du » noyau. Ils délayent cette farine avec un peu »> d'eau ; ils en font des gâteaux, et ils les mettent » cuire au soleil. Ces gâteaux ressemblent, par M l'odeur et la couleur , au meilleur pain- w d'épices. )) Après qu'on a séparé les noyaux de la fa- » rine , on les met dans un grand vase d'eau , et » on les remue pour en extraire encore le peu >» de farine qui y reste. Cette farine communique » à l'eau une saveur douce et agréable ; et, avec i) l'addition d'un peu de millet pilé, elle forme » une espèce de gruau très-bon , qu'on appelle » àw. fondl, et qui , pendant les mois de février »» et de mars, sert communément de déjeûné » dans une partie du royaume de Ludamar. On » recueille le fruit du lotos en étendant un drap » sur la terre , et en battant les branches de u l'arbrisseau avec une gaule. w Ce lotos croît spontanément dans toutes les » parties de l'Afrique que j'ai parcourues; mais » on le trouve surtout en très-grande abondance EUROPÉENNES. 427 M dans les tèrreins sablonneux du Camhara et du ^iLudamar, ainsi c|ue dans la partie septentrionale n du Cambara : nul autre ar])uste n'y est aussi » commun. Il fournit aux nègres un aliiifent » qui ressemble au pain , et une boisson douce >» qu'ils aiment beaucoup. Ainsi , on ne peut » guère douter que ce ne soit le fruit de ce » même lotos dont Féline dit que se nourris- » soient les lotopbages de la Lybie. J'ai mange w du pain de lotos ^ et je crois qu'une armée M peut fort bien avoir vécu d'un pareil pain, )) comme Pline raconte qu'en ont vécu les Ly- » biens. Le goût de ce pain est même si doux, » si agréable, qu'il y a apparence que les soldats M ne s'en plaignoient pas. » Considérations sur la mortalité remarquée dans les différentes conditions de la vie (i). Dans la séance de l'Académie des Sciences, du lundi 29 novembre 1824, M. le docteur (i) Le Moniteur a contesté une partie des faits de ce rapport; mais M. Yillermé est parti de bases si positives, 28. /j28 Ai^*ALE9 Villermé a lu un Mémoire sur ta mvrtaiitéf €n Fiance y dans la classe aisée ^ comparée à celle qui a lieu parmi les indigens. On a souvent agité la question de savoir lequel est le plus favorable au maintien de la vie , de l«i rfebecse ou de la pauvreté. Les pauvirs Oui contre eux la misère, Texccs de leur travail et les angoisses du besoin ; les ri- ches , leur ennui, leur oisiveté, et un régime trop abondant. Tant qu'on ne considère les choses que d'une manière particulière, et en comparant individu à individu, il est bien dif- fï